‹ Les premières civilisationsChapitre 66 sur 189 · TRAVAIL DU CHARPENTIER · texte numérisé non relu

TRAVAIL DU CHARPENTIER

TRAVAIL DE L’ÉRÉNISTE.

FIG. 172 à 177. — MÉTIERS ÉGYPTIENS D’APRÈS LES PEINTURES DES TOMBEAUX.

I.es diverses planches de ret ouvrage représentant les arts et les métiers égyptiens, sont la copie fidèle di peintures égyptiennes (dn temple de Gonrnah.à Thèbes, notamment) antérieures de quinze sièeles environ à notre ère. Il serait difficile d’illustrer plus exactement aujourd'hui un traité de technologie.

plus élevées, et entourées par des sièges. Des pièces de viandes, des oiseaux d’eau, des poissons, des légumes, des fruits, surtout du raisin, des dattes et des figues, formaient les principaux éléments du repas.

Les convives n’avaient ni couteaux ni fourchettes, et mangeaient à même le plat, avec leurs doigts, comme le font encore les Orientaux. Des esclaves leur passaient des serviettes pour s’essuyer la bouche et les mains. De minutieuses ablutions précédaient d’ailleurs et suivaient le repas. La bière, le vin, coulaient à flots. On servait aussi des potages, dans lesquels les invités trempaient ces charmantes cuillers au manche ciselé, dont nous possédons encore de si jolis modèles.

Autour des tables du festin, la présence des femmes apportait un attrait que n’a guère connu le monde antique, pas plus que l’Orient moderne. Mais en Égypte, partout où se trouvait l’homme, sa femme l’accompagnait. On ne séparait pas les époux comme il est de bon goût de le faire dans nos repas européens. Aucune circonstance ne brisait, fùt-ce pour un instant, en Égypte, l’intimité conjugale. Le mari et la femme traversaient la vie la main dans la main, tels qu’on les voit sur leurs tombeaux.

Même au milieu de ces festins, parfois trop copieux, — car les peintures nous montrent des hommes et des femmes incommodés par un excès de bonne chère ou rapportés chez eux dans un état complet d’ivresse, — même au milieu des plus joyeuses réunions, la grave Égypte n’oubliait pas la mort, son éternelle préoccupation.

« Aux festins qui se font chez les riches, » nous raconte Hérodote, « on porte, après le repas, autour de la salle, un cercueil avec une figure en bois si bien travaillée et si bien peinte, qu’elle représente parfaitement un mort ; elle n’a qu’une coudée ou deux au plus. On la montre à tous les convives, tour à tour, en leur disant : « Jette les yeux sur cet homme; tu lui ressembleras « après ta mort; bois donc maintenant et divertis-toi. »

Cette idée de la mort, telle que la concevaient les Égyptiens, n’avait rien, du reste, de terrible ou de répugnant. Elle les terrifiait si peu qu’ils se faisaient un plaisir de conserver parfois dans leur maison la momie de leurs parents morts, de longs mois avant de l’enfermer définitivement dans son tombeau. Il arrivait même

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

qu’on réservât à l’une de ces momies la place d’honneur dans un festin, sans que la présence de ce convive muet, aux prunelles fixes, au faux visage soigneusement colorié, cachant la face sinistre du cadavre, refroidit à quelque degré que ce fût la gaîté des assistants.

Le repas était toujours suivi de distractions plus variées encore que celles qui l’avaient précédé. C’était la musique, le chant, la danse; puis les pantomimes, les plaisanteries des bouffons, les exploits des lutteurs, les tours de passe-passe des escamoteurs. Ou bien des femmes jonglaient avec des balles, se les renvoyant, et gardant des attitudes plaisantes lorsqu’elles avaient manqué à les rattraper.

Les jeux de dames, d’échecs, faisaient également la joie des Égyptiens. Et, si les grandes personnes avaient tant de sources d’amusements, il était naturel que les enfants eussent également les leurs. On a retrouvé des jouets de toutes sortes dans les tombeaux : pantins articulés, poupées, animaux, petits ustensiles de cuisine, minuscules instruments de jardinage.

Les Égyptiens n’ont jamais eu de théâtre proprement dit. Les danseuses, les lutteurs, les bateleurs, les bouffons, suffisaient à les amuser. Au dehors, leurs plaisirs étaient la chasse et la pêche. Ils avaient des chiens de chasse, de l’espèce de nos lévriers et de nos chiens courants.

L’Égypte prenait goût encore à toutes les cérémonies, religieuses ou autres, qui permettaient de déployer de la pompe et de l’éclat. Les couronnements des rois, les brillantes processions en l’honneur des dieux, les funérailles mêmes, formaient des occasions de mise en scène qui réjouissaient les yeux de ce peuple, épris des sons harmonieux, des formes magnifiques et des éclatantes couleurs.

La danse, la musique, étaient admises dans les temples et prenaient alors un caractère de gravité sacrée. Un instrument, qui ne ' résonnait jamais en dehors du sanctuaire, y rythmait le mouvement ou la mélodie. C’était le sistre, sorte de fer à cheval de bronze, allongé et monté sur une poignée, à travers lequel passaient des tringles mobiles et bruyantes. Les reines, les princesses, les femmes et les filles des prêtres avaient seules le droit de l’agiter durant les

cérémonies. Il jouait un rôle analogue à celui de la sonnette pendant les offices dans les églises catholiques.

C’est dans les funérailles surtout que l’Égypte déployait toute sa pompe.

On voyait défiler les pleureuses, poussant des gémissements et la tète couverte de poussière ; les pleureurs se frappant la poitrine ; les esclaves portant des tables chargées d’offrandes; les prêtres

tenant dans leurs mains les images des dieux; d’autres chargés des figurines mortuaires; puis les animaux destinés au sacrifice; puis d’autres pleureuses, d’autres prêtres, d’autres esclaves, et, enfin, la barque sacrée, glissant sur une espèce de traîneau et portant le magnifique sarcophage. Le cortège des parents et des amis fermait la marche. Et cette interminable procession, au milieu des cris de douleur, du ruissellement des guirlandes de fleurs, de l’évaporation des parfums, et du déploiement des riches offrandes, s’embarquait sur le lac sacré, et conduisait le mort jusqu’au seuil de son éternel asile.

Les larmes répandues en cette circonstance n’étaient guère d’ailleurs qu’une marque de respect pour le mort, un accompagnement plus convenable peut-être que la musique et les danses. Elles ne témoignaient pas d’une véritable douleur. Car, pour l’Égypte, la mort ne fut point douloureuse. L’imagination confiante de ce peuple est seule parvenue à embellir le sombre mystère final de notre destinée; elle seule a su changer en un sourire le rictus railleur et tragique de la Reine des épouvantements.

Page 1