FIG. 192. — CHASSE ÉGYPTIENNE AU CHIEN COURANT
Peinture de Thèbes (Temple de Gournah.)
assimilée à un prêt, pour lequel elle gardait hypothèque, sa vie durant, sur les biens du mari.
Nous retrouvons parmi les contrats égyptiens des actes de location, qui généralement se faisaient pour douze mois et se renouvelaient annuellement.
Les Égyptiens n’usèrent que tard de la monnaie d’or et d’argent. Ces métaux précieux s’évaluaient au poids. Le blé, l’huile, servirent pendant longtemps de monnaie d’échange. La plus grande partie des impôts était d’ailleurs payée en nature.
Toutes les transactions, en Égypte, tous les marchés, tous les dons, étaient soigneusement dressés et enregistrés par des scribes et parafés par les témoins. Tous les délits, tous les crimes étaient prévus, réprimés et punis par les juges royaux au nom de l’État. Cette intervention de la société dans toutes les querelles, tous les arrangements survenus entre particuliers suffirait, comme je l’ai dit en commençant ce chapitre, à défaut de toute autre preuve, à montrer combien était grande l’antiquité de la civilisation égyptienne et à quel point avancé elle était parvenue. En effet, nous avons vu, dans nos chapitres préliminaires, que l’attribution de la justice à l’État, la spécialisation des fonctions judiciaires au profit d’un corps organisé, constitué, ne se rencontrent que chez des sociétés arrivées à un degré très supérieur d’évolution. Les races primitives n’ont pas la plus faible notion d’une organisation semblable. Le droit de vengeance reconnu à l’offensé, la peine du talion, telles sont les premières formes de la justice chez les peuples sauvages et barbares.
L’Égypte avait depuis longtemps dépassé cette phase, non seulement à l’époque où la vit Hérodote, mais déjà au moment où débute son histoire, c’est-à-dire cinquante siècles environ avant notre ère.
A mesure que l’on pénètre davantage dans les divers éléments de la civilisation égyptienne, que l’on approfondit la constitution de la société pharaonique, on est étonné du chemin immense qu’avaient déjà accompli les Égyptiens dans la voie de la civilisation dès l’aurore de leur histoire. On voit alors se dessiner de plus en plus nettement derrière ce passé historique des temps préhistoriques d’une effrayante durée. Ce que l’on prenait pour les débuLs d’une civilisation ne nous apparaît plus que comme l’épanouissement final de cette civilisation. C’est alors, avec un étonnement mêlé de respect, que l’on s’incline devant la terre du passé mystérieux et redoutable, devant la vieille Égypte, la plus ancienne société du monde, l’institutrice véritable du genre humain.