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FIG. 193. — LA PREMIÈRE CATARACTE DU NIL

Cette première cataracte n’est qu’une suite de rapides. A l’époque des basses eaux, la hauteur de la chute finale de la cataracte est de deux mètres, au plus. L'imagination des anciens voyageurs était telle que, sous Louis XIV, Paul Lucas affirmait que la cataracte se précipite de ces rochers avec un tel fracas qu’à plusieurs lieues à la ronde les habitants sont sourds. La première cataracte est. à 10 kilomètres d’Assouan, dernière ville de l’Égypte, et à 300 lieues environ d’Alexandrie en suivant le cours du Nil.

bien simples. Ce qui nous reste de la science des Égyptiens se borne à deux ou trois papyrus exposant des notions élémentaires, et qui probablement devaient servir à l’enseignement dans les écoles enfantines; mais si nous jugeons de cette science par ses résultats, nous voyons immédiatement qu’elle dut être très avancée. Nous ne savons presque rien, par exemple, de l’état de la géométrie égyptienne, mais nous pouvons juger, par les applications qui en ont été faites, que cette géométrie était certainement développée. Les Égyptiens savaient en effet évaluer la surface des terres — évaluation à

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laquelle il est fait très fréquemment allusion dans les papyrus. Ils connaissaient la théorie et l’application du nivellement, puisqu’ils construisirent des canaux et des lacs artificiels. Ils connaissaient aussi la théorie de la coupe des pierres, comme le prouvent les combinaisons savantes qu’on rencontre dans les monuments, et notamment dans les couloirs de la grande pyramide, et la perfec-

D'après

FIG. 194. — GEBEL SILSILEH.

Façade d'un temple souterrain construit sous les rois de la xyiii' dynastie.

tion — à peine atteinte aujourd’hui — avec laquelle étaient ajustés leurs joints.

De môme pour les autres sciences. Nous ignorons entièrement, par exemple, les méthodes d’observation des Égyptiens en astronomie, mais nous sommes certains qu’ils savaient parfaitement orienter les monuments, qu’ils connaissaient la durée de l’année — ce qui implique toute une série d’études préalables, que des peuples fort civilisés n’ont réalisées que très tard. Nous pouvons supposer qu’ils connaissaient le gnomon, puisque nous sommes certains que

les Babyloniens le connaissaient, et que, soit par les invasions guerrières, soit par les opérations commerciales, les Égyptiens avaient toujours été en relation avec la Babylonie. Or, il ne faut pas avoir manié un gnomon bien longtemps pour s’apercevoir que ce primitif instrument — simple tige verticale dressée sur un plan horizontal — permet de déterminer les points cardinaux, le midi vrai, l’époque des solstices, l’obliquité de l’écliptique, la latitude d’un lieu, etc.

Nous ignorons encore le détail des opérations de chimie industrielle des Égyptiens; mais nous sommes certains que ces opérations étaient nombreuses et compliquées, puisqu’ils savaient extraire les métaux les plus importants, fabriquer le verre, l’émail, le papyrus, les parfums, les pierres précieuses artificielles, et des couleurs tellement résistantes que plusieurs milliers d’années n’en ont pas altéré l’éclat. Nous ne savons pas davantage quelles étaient leurs . méthodes de construction, mais quand nous voyons les restes de leurs monuments, nous constatons que ces méthodes devaient former tout un corps de doctrines lentement élaboré et très habilement conçu.

Ces premières indications, appuyées sur des faits parfaitement précis, nous permettent déjà de dire que les connaissances scientifiques et industrielles des Égyptiens étaient très avancées ; mais nous avons — sans parler des renseignements d’ailleurs assez vagues d’Hérodote — d’autres sources d’information qui nous permettent d’aller plus loin encore. Si nous voyons un peuple ne posséder absolument aucune connaissance scientifique avant d’avoir eu des relations avec les Égyptiens, et en posséder ensuite aussitôt que ces relations ont été établies, nous pourrons dire assurément que le premier a emprunté ses connaissances aux seconds; et si les connaissances du premier nous sont restées, nous pourrons pressentir la nature et l’étendue des emprunts effectués. Le peuple ne sachant rien avant d’avoir été en relation avec les Égyptiens, sachant beaucoup après son contact avec eux a existé : ce sont les Grecs. Nous sommes sûrs, et cela d’après le témoignage des écrivains grecs euxmêmes, que les sciences furent totalement inconnues aux Hellènes jusqu’à l’époque où un souverain d’Égypte, Psammétik, qui régnait vers le milieu du VIIe siècle avant notre ère, ouvrit aux étrangers les ports de l’Égypte, lesquels jusqu’alors leur avaient toujours été

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fermés. Navigateurs, marchands et voyageurs grecs affluèrent bientôt sur le sol des Pharaons. Les merveilles de la civilisation égyptienne frappèrent d’admiration ces nouveaux venus qui n’étaient guère alors que des demi-barbares. Les plus éclairés d’entre eux essayèrent bientôt d’acquérir les connaissances qui leur manquaient en se mettant à l’école des prêtres égyptiens. Parmi eux se trouvaient des hommes tels que Thalès, Solon, Platon, Pythagore, dont les noms lumineux rayonnent dans l’histoire . Leurs connaissances furent, en effet, profondes; mais ces connaissances, l’Égypte seule les leur avait données. Un des plus célèbres parmi les hommes illustres que nous venons de nommer, Pythagore, fréquenta pendant vingt ans les écoles de Memphis et de Thèbes.

Nous ignorons tout à fait dans le détail ce que les Grecs apprirent des Égyptiens; mais ce n’est pas, je suppose, s’avancer beaucoup, que d’affirmer que la plus grande partie constituait ce que nous trouvons dans leurs anciens livres, puisqu’ils ne savaient rien avant d’être en relation avec l’Égypte.

Ce qui précède nous montre que les origines de la science sont bien plus anciennes qu’on ne le suppose généralement, puisque, loin de les faire remonter aux Grecs, comme l’affirment les historiens, il faut les placer à plusieurs milliers d’années avant eux. Ce lent développement est conforme à ce que nous savons des lois générales de l’évolution. Avec cette conception du développement des connaissances scientifiques, on peut considérer, ainsi que nous le disions dans un précédent chapitre, la civilisation comme un édifice unique auquel tous les peuples ont travaillé tour à tour.

Lors donc que l’on voudra faire le bilan de la science des Égyptiens, c’est dans les ouvrages des premiers Grecs qui furent en relation avec eux, tels que Pythagore et Platon, qu’il faudra le chercher.

Ce n’est pas, d’ailleurs, à cette seule source que l’historien désireux d’écrire un livre ayant pour titre celui de ce paragraphe, pourra puiser. Il devra s’adresser également, mais naturellement avec plus de réserve, aux travaux de l’École d’Alexandrie.

Chacun sait que cette École fut fondée trois siècles avant notre ère par Ptolémée Soter, à qui l’Égypte était échue à la mort d’Alexandre, et qui y réunit les savants les plus remarquables de

l’Égypte et de la Grèce. Grecs et Égyptiens y travaillèrent ensemble, et c’est pourquoi il peut être difficile de faire la part de chaque peuple; mais si l’on se rapporte à ce que nous avons dit plus haut, on voit aisément qu’il n’y a aucune raison d’attribuer exclusivement aux Grecs les travaux de cette école, comme on le fait généralement. Si nous considérons que sous la domination grecque, l’influence égyptienne resta toujours prépondérante en Égypte, comme on le voit aisément par les monuments construits pendant cette période, nous pouvons aisément pressentir qu’elle continua .à dominer à Alexandrie.

Alors même que cette influence égyptienne n’eût pas exercé une action très marquée à Alexandrie, il ne serait guère supposable qu’ après avoir été les maîtres des Grecs, ainsi que nous l’avons montré plus haut, les Égyptiens eussent brusquement cessé de s’occuper des connaissances qu’ils avaient accumulées pendant cinq mille ans. A vrai dire, je crois qu’on pourrait répartir équitablement la part de chaque peuple, en disant que les Grecs furent aux Égyptiens ce que les Arabes du moyen âge furent aux peuples gréco-romains. Les Grecs, et, bien plus tard, les Arabes, firent progresser des sciences qu’ils n’avaient pas créées; et c’est précisément parce qu’ils n’eurent pas à les créer qu’ils purent leur faire accomplir d’aussi rapides progrès.

Nous devons donc considérer comme le produit de la science gréco-égyptienne les travaux de l’École d’Alexandrie; et si nous voulons présenter le bilan des travaux de cette école, qui résument en réalité cinq mille ans de recherches, nous n’aurons qu’à consulter les ouvrages de Ptolémée, qui, un peu plus de cent ans après J. -G., réunit dans une véritable encyclopédie tout ce qui était connu avant lui.

Les connaissances rassemblées par Ptolémée, en astronomie et en géographie notamment, sont trop considérables pour qu’il soit possible d’en tenter un simple résumé ici. On appréciera suffisamment leur importance en songeant que c’est de son traité de géographie et surtout de son traité d’astronomie — YAlmageste des Arabes — ouvrage comprenant, oulre la description du ciel, celle des instruments d’observation et un traité de trigonométrie rectiligne et sphérique, que vécurent toutes les universités du moyen âge. Les

D'après Ebers.

ouvrages de géographie de Ptolémée ne furent abandonnés dans nos écoles qu’au XVe siècle. Quant à son traité d’astronomie, on peut dire que, sans lui, Copernic, Képler, Newton, n’auraient pu réaliser leurs découvertes immortelles.

Ces grands créateurs de l’astronomie moderne se rattachent donc à Ptolémée, et Ptolémée se rattache directement aux Égyptiens. Nous pouvons ainsi entrevoir, malgré les formidables lacunes dont l’histoire de la science est pleine, une lente évolution de nos connaissances, qui nous conduit, au-dessus des âges et des empires, depuis les fondateurs des Pyramides jusqu’aux fondateurs de la science contemporaine. Une telle vue nous donne de nos connaissances une conception bien plus philosophique et plus haute que celles qui régnent actuellement dans les livres et continueront longtemps, sans doute, à y régner encore.

Ces préliminaires généraux étant posés, nous allons résumer successivement ce que les monuments et les livres nous ont appris des sciences égyptiennes, sans essayer, — tâche impossible à entreprendre aujourd’hui, — de rechercher ce qui est attribuable à chaque époque.

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