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FIG. 21.-— DEUX DES GRANDES PYRAMIDES D’ÉGYPTE PENDANT L’INONDATION

enfants, de ses petits-enfants, de ses esclaves, de ses troupeaux, nous apparaît toujours à l’aurore des plus anciens temps connus.

Il s’en faut cependant qu’il en ait toujours été ainsi. La famille humaine n’a pas débuté par le patriarcat ; elle a passé d’abord par des formes inférieures que certaines espèces animales ont réussi à dépasser.

En effet, la promiscuité primitive, la communauté des femmes chez les premières tribus, sont des faits avérés dont nous donnerons bientôt les preuves. Or la promiscuité est rare chez les espèces animales voisines de l’homme. La jalousie du mâle pour sa femelle, ou pour ses femelles s’il .en a plusieurs, est un des sentiments les plus violemment apparents dans l’animalité. Le coq et le singe polygames, certains oiseaux monogames, défendent souvent au prix de leur vie la propriété exclusive de leurs compagnes. Les cerfs se battent pour la possession de la biche, qui appartient au plus tort, et n’appartient qu’à lui seul.

La famille animale ne dure guère d’ailleurs que le temps d’élever les petits; cependant la fidélité des conjoints se prolonge parfois davantage, et chez certaines espèces monogames, telles que le macaque de l’Inde, les perruches dites inséparables, la mort de l’un d’eux est bientôt suivie de celle de l’autre.

L’exemple des animaux nous montre quelles furent les premières mœurs de l’humanité. Nous pouvons nous représenter nos premiers pères, errant à travers les forêts, comme les grands singes, par petits groupes composés d’un seul homme et sans doute de plusieurs femmes, qu’il s’était appropriées par-là" supériorité de la force sur la faiblesse et qu’il défendait contre ses rivaux.

Ce furent les premières nécessités sociales telles que le besoin de s’unir et de se défendre contre des ennemis redoutables, qui, en substituant la tribu à ces petits groupes isolés, amenèrent la communauté des femmes, si contraire à l’instinct de jalousie animale, et que l’on constate cependant chez beaucoup de peuples sauvages, et même, par les traces qu’elle y a laissées, jusque dans les temps historiques et au sein de civilisations très développées.

Durant la sombre période où tout était péril pour l’homme, ignorant, sans armes, entouré de bêtes féroces, obligé de lutter contre ses semblables pour obtenir une misérable nourriture, l’isolement était plein de dangers, et la tribu devint l’unité dans laquelle se perdit l’individü, qui n’aurait pu subsister en dehors d’elle. La tribu, possédant toutes choses en commun, posséda également en commun les femmes et les enfants.

La promiscuité rendant impossible à un enfant la connaissanse de son père, son seul parent fut tout d’abord sa mère. C’est à peine

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si les peuples primitifs voient distinctement le lien paternel. Lorsqu’ils ont voulu l’affirmer, ils en sont arrivés à inventer de bizarres coutumes, telles que la couva.de, pratiquée chez tous les peuples de l’Amérique du Sud et qui subsiste encore jusqu’en Europe, parmi les Basques. Lorsqu’une femme devient mère, son mari se couche, simule les douleurs de l’enfantement et reçoit les soins et les félicitations que mérite sa compagne.

Cet usage, pourtant si naïf, est relativement récent, puisqu’il demande pour être pratiqué la connaissance approximative du père du nouveau-né, connaissance impossible au temps de la promiscuité antique.

La promiscuité primitive persiste encore chez beaucoup de peuples sauvages de l’Inde, de l’Amérique et de l’Afrique, et notamment chez les Indiens de la Californie. Elle a même été rétablie de nos jours par certaines sociétés communistes des États-Unis, où les enfants ne connaissent pas leur père et sont élevés en commun.

Mais ce qui prouve le mieux la généralité de cette institution dans lés temps préhistoriques, ce sont les traces nombreuses qu’elle a laissées au sein des premières civilisations. Les plus anciens historiens y font allusion. Hérodote, Pline, Strabon, Diodore de Sicile, la dépeignent comme existant encore, au moment où ils écrivaient, chez les Galactophages de Scythie et les habitants des Iles Britanniques, par- exemple. La prostitution prescrite par la loi religieuse que l’on observe dans tout l’ancien Orient, la considération qui entourait les courtisanes jusque chez les Grecs, l’usage de prêter sa femme à son hôte, si fréquent encore chez certains peuples, les sacrifices sensuels pratiqués sur les autels de Vénus, sont autant de restes de la promiscuité primitive *.

* Il n’est pas rare, aujourd’hui encore, de trouver dans les couches inférieures des peuples civilisés, des vestiges de la promiscuité primitive. Ils sont très visibles chez les paysans russes, ainsi qu’on peut le voir dans une intéressante étude : Le Droit usuel chez le paysan russe, publiée récemment par M. Tsakny dans la Revue scientifique, et dont voici quelques extraits :

« Dans le gouvernement de Nijni-Novgorod, par exemple, les jeunes gens et les jeunes filles se réunissent sur une montagne. Après des chants et des danses, les jeunes gens enlèvent les jeunes filles. Dans certaines de ces fêtes, après les danses, les jeunes gens et les jeunes filles vont par paires et se couchent ensemble. Les parents voient ces rapports d’un œil indulgent.

L’idée qu’une jeune fille ne peut appartenir à un homme seul, c’est-à-dire ne peut frustrer tous les autres membres d’une

« Dans le gouvernement d’Arkhangel, la liberté la plus grande dans les rapports sexuels règne pendant les fêtes, et cette liberté est loin d’être blâmée; au contraire, une jeune fille dont les jeunes gens n’ont pas voulu, s’expose aux reproches de ses parents. Dans plusieurs endroits de la Russie il existe un usage très curieux : un remplaçant conscrit qui a vécu quelque temps dans une famille, obtient des droits sur toutes les jeunes femmes de la famille.

« Une coutume remarquable existe jusqu’à présent dans le gouvernement de Stavropol. Dans la soirée qui précède la cérémonie nuptiale, on invite tous les jeunes gens et les jeunes filles à un bal, après lequel ils se couchent tous en commun, les fiancés ensemble et les autres jeunes gens par couples.

« Dans le gouvernement d’Arkhangel, l’innocence d’une jeune fille n’est nullement estimée; au contraire une jeune fille qui aaccouché trouve plutét un mari que celle qui a conservé son innocence. »

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tribu, avant d’avoir appartenu soit au prêtre, comme au Cambodge actuellement, soit aux amis de l’époux, comme dans les

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