FIG. 23. — PYRAMIDE A DEGRÉS DE SAQQARAH
La pyramide de Saqqarah, remarquable par sa forme à degrés, est un des tombeaux de l'ancienne nécropole de Memphis; sa hauteur est de 57 mètres. On n'est pas exactement fixé sur la date de sa construction. Si on doit la faire remonter, comme l’admettent plusieurs égyptologues, à la première dynastie, elle serait bien antérieure aux grandes pyramides et serait le plus vieux monument connu de l’Egypte et du monde. Elle aurait 7,000 ans au moins d'existence.
Baléares au temps de Diodore de Sicile, soit aux étrangers chez les Babyloniens décrits par Hérodote, montre combien avaient été forts autrefois les droits communs de tous sur la propriété d’une femme.
En prescrivant à la femme de se livrer à un étranger avant Je mariage, la loi religieuse, gardienne fidèle chez tous les peuples
des plus anciennes coutumes, ne faisait que maintenir la reconnaissance des anciens droits de la communauté.
Outre ces usages caractéristiques, la filiation par les femmes et le matriarcat, si faciles à retrouver au début de l’histoire, témoigneraient encore de l’universalité du communisme antique au point de vue féminin.
L’enfant ne connaissant que sa mère, prit son nom dès que les noms existèrent, et hérita d’elle seule dès que les propriétés se transmirent individuellement. La parenté par les femmes paraît avoir existé à Athènes jusqu’au temps de Gécrops. Les enfants n’y portaient d’abord que le nom de leur mère. On peut supposer qu’il en fut d’abord de même dans l’ancienne Égypte, puisque, suivant Hérodote, c’était aux filles, héritières sans doute de la communauté et pouvant seules supporter des charges, et non aux fils, que l’on imposait de nourrir leurs parents âgés. Chez beaucoup de peuples inférieurs de l’Asie et de l’Afrique, notamment les habitants de l’Assam et les nègres du sud de l’Inde, la filiation par les femmes, c’est-à-dire le matriarcat, s’est prolongée jusqu’à ce jour.
Dans le matriarcat solidement constitué, les oncles maternels sont forcément les plus proches ^ parents masculins de l’enfant, puisque celui-ci ne connaît pas son père. Ils le traitent comme un fils, et en font leur héritier. Chez les Achantis, ce ne sont pas les enfants d’un homme qui héritent de lui : ce sont ceux de sa sœur. Chez les Cafres, le pouvoir du chef passe à son frère ou à son neveu maternel.
L’état qui suivit immédiatement la communauté des femmes fut une communauté restreinte nommée polyandrie. Ce ne furent plus tous les hommes de la trihu qui possédèrent chaque femme, mais seulement quelques-uns d’entre, eux. Généralement les différents maris d’une seule femme étaient frères. Les peuples mogols du Thihet, les noirs de la côte de Malabar, beaucoup de tribus de l’Afrique et de la Polynésie pratiquent encore la polyandrie, et généralement la polyandrie fraternelle. Dans l’ancien poème hindou, le Mahâbhârata, on voit les cinq frères Pandavâ posséder en commun « la belle Draâupadi aux yeux couleur de lotus bleu. »
Dans la polyandrie, comme dans la promiscuité, la filiation pater-
EVOLUTION DES CIVILISATIONS
nelle est absolument impossible à établir. Chez certains peuples pratiquant la polyandrie fraternelle, dans l’Assam, par exemple, les enfants sont partagés de la façon suivante : l’aîné appartient à l’aîné des frères époux, le second au puîné, et ainsi de suite. C’est un premier essai, grossier sans doute, mais enfin un premier essai de filiation paternelle.
Cette seconde filiation ne dut apparaître que très tard, et on la trouve à peine établie à l’aurore des temps historiques.
Avec le développement du sentiment de la propriété et des habitudes de conquête, la demi-communauté dont nous venons de parler arriva à se restreindre de plus en plus.
Au temps où la tribu était la seule unité, on dut enlever des femmes de tribu à tribu, et c’est ce qui fait que le mariage est généralement resté exogamique chez les peuples sauvages. Le premier chef assez puissant pour se faire attribuer personnellement une certaine part du butin conquis sur l’ennemi dut sans doute tâcher de s’attribuer la possession exclusive de quelquesunes des femmes conquises. Elles devinrent ainsi pour les hommes les plus forts un objet de luxe qu’ils se réservaient alors que la polyandrie continuait à être pratiquée encore par la majorité des membres de la tribu.
On eut des femmes comme on eut des troupeaux et des esclaves; les enfants qui naquirent de ces femmes furent également la propriété du maître, et considérés uniquement comme des esclaves dont on pouvait tirer profit. Les Fantis, peuples de l’Afrique centrale, épousent le plus de femmes possible, pour obtenir des troupeaux d’enfants dont il font ensuite un commerce lucratif. M. Désiré Charney, M. Olfield, rapportent que dans l’Australie on ne laisse à chaque femme que deux ou trois enfants. Les autres sont élevés jusqu’à l’âge de dix ans, puis engraissés pour être mangés. Lorsqu’on les tue, la mère pleure un peu, mais ne refuse jamais sa part du festin.
Les mots de père et mari furent donc pendant longtemps l’équivalent du mot propriétaire. Le code hindou de Manou, qui a sans doute enregistré des usages très antérieurs à l’époque ou il fut rédigé, ne fait pas souvent de distinction bien nette entre les termes de propriétaire et de père. Pour lui, celui qui épouse une fille
enceinte ou déjà mère devient simplement le propriétaire des enfants de cette femme.
Ainsi ce fut tout d’abord par droit de violente conquête que s’établit la propriété exclusive d’un individu sur une . femme.
D'apres une photographia.