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OUVRAGES HISTORIQUES

Les livres historiques de l’Égypte ont été surtout écrits sur des pages de pierre. Ce sont les inscriptions des stèles et des pylônes qui nous ont conservé les grands événements de chaque règne et leur succession, tandis que les murs intérieurs des tombeaux sont couverts, dès les époques les plus reculées, par les biographies des individus.

Les rois étaient entourés de scribes officiels, dont l’occupation consistait à enregistrer leurs faits et gestes. Les parties les plus importantes de ces chroniques étaient ensuite gravées sur les monuments, où la découverte de Champollion nous a permis de les déchiffrer.

Nous n’insisterons pas sur ce genre de littérature, puisque nous avons déjà résumé ce qu’il nous apprenait en résumant l’histoire même de l’Égypte.

Parmi les récits historiques plus ou moins légendaires que nous possédons sur papyrus, il en est cependant quelques-uns dont nous devons faire mentïbn.

Ce sont d’abord les très curieux Mémoires de Sineh, datant de la xiic dynastie et traduits d’un des papyrus hiératiques du musée de Berlin.

Ce Sineh était un homme d’un caractère énergique et aventureux, qu’une disgrâce royale obligea à quitter l’Égypte et à chercher fortune ailleurs. Il s’en alla en Syrie, se joignit à des bandes nomades, sut bientôt, par son courage, son habileté, obtenir le commandement d’une d’entre elles. Il fit des conquêtes, acquit des richesses, se maria, eut une famille nombreuse et prospère. Mais, au faîte de la fortune, il songeait toujours à sa terre natale, et il ne connut le bonheur que lorsque enfin, le Pharaon l’ayant gracié, lui ayant rendu sa faveur, il put rentrer en Égypte, certain maintenant d’y achever ses jours et d’y être enseveli.

Dans un des premiers paragraphes de ce chapitre, j’ai cité le

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

passage où Sineh exprime sa douleur d’exilé, et je l’ai donné comme le plus touchant peut-être de toute la littérature égyptienne.

Mais on trouve autre chose dans ces intéressants mémoires. Ils offrent des peintures des mœurs militaires de l’Égypte sous la xne dynastie et aussi des tableaux de ce qui se passait à la cour du Pharaon. On voit quel était le prestige royal, de quel poids cruel s’appesantissait sur un homme le mécontentement du souverain, et quel honneur suprême c’était pour un sujet d’être nommé l'ami du roi.

Voici comment Sineh, qui cependant croyait supporter injustement les effets de la colère du Pharaon, parle de lui aux étrangers qui le questionnent sur les causes de son exil :

« C’est un brave qui, certes, agit de son glaive, un vaillant qui n’a point son semblable; on le voit qui s’élance contre les barbares et qui fond sur les pillards... C’est un cœur ferme en son heure. C’est un lion qui frappe de la griffe ; jamais il n’a rendu son arme...

« Il saisit son bouclier, il bondit, il n’a jamais eu besoin de redoubler son coup; il tue sans qu’il soit possible de détourner sa lance, et même sans qu’il tende son arc, les barbares fuient ses deux bras comme des lévriers...

« C’est un bien-aimé qui a su merveilleusement conquérir l’amour ; son pays l’aime plus que soi-même et se réjouit en lui plus qu’en son propre dieu. Roi, il a gouverné dès l’œuf; lui-même, depuis sa naissance, c’est un multiplicateur de naissances et aussi un être unique, d’essence divine, par qui cette terre se réjouit d’être gouvernée. »

On voit par cet extrait que les sentiments des Égyptiens envers leurs rois étaient voisins des sentiments d’adoration qu’ils éprouvaient pour leurs dieux.

Un très précieux papyrus, acheté par le British Muséum à M. Sallier en 1839, raconte le commencement de la lutte contre les Hyksos. Ce n’est malheureusement qu’un fragment plein de lacunes Il rend compte d’un échange de messages entre Apôpi, roi des Pasteurs, et Soknounri, roi national, gouvernant la Haute-Égypte. L’issue de cette démarche diplomatique, qui, en somme, était une sorte de défi de la part d’ Apôpi, fut sans doute l’ouverture de la guerre par laquelle furent expulsés les Hyksos.

Un autre récit, plus empreint de fantaisie, mais où cependant on démêle la vérité historique, date de la xxe dynastie et a pour titre : Comment Thoutii prit la ville de Joppé. Le subterfuge

Gustave Le Bon

Statue de granit de Ramsès II (Sésostris)

( Musée de Turin)

Celte magnifique slalue est vieille d'environ 3,300 ans el car conséquent bien antérieure à toutes les productions de l’art grec.

LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE

Mille et une Nuits, le cheval d’Ulysse, le dévouement de Zopyre, etc.

Si nous sortons du domaine de l’histoire pour entrer dans la légende pure, nous ne manquerons pas de documents. Nous en parlerons dans un paragraphe spécial, mais nous devons mention-

qu’employa cet officier est analogue à beaucoup d’autres que nous rapporte l’histoire ou la légende, tel que celui d’Ali-Baba dans les

FIG. .230. — TAHUT NÉFER « GRAMMATE DES TROUPEAUX D’AMMON » ET SA FEMME BÉNEMBA. (Groupe en grès, xvin° dynastie).

lier dans celui-ci celles des légendes égyptiennes qui ont été prises pour de l’histoire authentique sur la foi des écrivains grecs. La plus fameuse est le conte de Rhampsinite, rapporté par Hérodote. Nous ne faisons que le nommer, car il n’est pas un livre d’histoire élémentaire qui ne le rapporte. 11 est inutile d’insister sur le côté contestable des récits d’Hérodote; on a été jusqu’à refuser au conte de Rhampsinite une origine égyptienne. Ce qui est certain, c’est que les prêtres le donnaient pour véritable à l’étranger qui les questionnait et qu’il était sans doute populaire dans la vallée du Nil comme le fut chez nous la légende de Roland à Roncevaux ou celle de saint Denis, décapité, portant sa tête sous son bras. Hérodote est un conteur charmant, et, maintenant que nous possédons tous les documents historiques dont il manquait, nous lui savons encore plus de gré de nous avoir conservé quelques-unes de ces poétiques et flottantes histoires populaires, qui nous font pénétrer dans l’esprit d’un peuple et que nous n’aurions jamais connues sans lui.

g 5. OUVRAGES SCIENTIFIQUES

Ainsi que nous l’avons déjà dit, les papyrus traitant de questions scientifiques venus jusqu’à nous sont extrêmement rares. Us étaient sans doute reproduits en petit nombre, alors que les livres religieux étaient reproduits par milliers de copies. De là vient aujourd’hui la rareté des premiers et l’abondance des seconds.

Le plus intéressant des documents scientifiques de l’Égypte subsistant encore est ce traité de géométrie dont nous avons déjà parlé.

Ce que nous connaissons de la science des Égyptiens nous est surtout transmis par les applications pratiques qu’ils en ont faites.

En traitant des sciences égyptiennes nous avons dit comment on pouvait tenter de reconstituer ce que les papyrus ne nous disent pas.

Les papyrus relatifs à la médecine ne sont pas rares, mais ne méritent pas d’être placés parmi les productions scientifiques. Ces recueils de recettes bizarres, mélangées de formules magiques,

peuvent être assurément rangés parmi ce que les Égyptiens ont produit de plus faible. Leur anatomie était d’ailleurs aussi fantaisiste que leur médecine. On pourra en juger par le fragment suivant tiré d’un papyrus de Berlin.

« La tête a trente-deux vaisseaux qui amènent les souffles à son intérieur; ils transmettent les souffles à toutes les parties du corps. Il y a deux vaisseaux aux seins qui conduisent la chaleur au fondement... Il y a deux vaisseaux à l’occiput, deux au sinciput, deux à la nuque, deux aux paupières, deux aux narrines, deux à l’oreille droite par lesquels entrent les souffles de la vie; il y en a deux à l'oreille gauche par lesquels entrent les souffles. »

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