PRODUCTIONS ÉPISTOLAIRES
Une des formes qu’affectaient le plus souvent en Égypte les œuvres littéraires, est celle de l’épitre. Nous possédons de nombreuses lettres, sur toutes sortes de sujet, écrites soit par un père à son fils, soit par un maître à son disciple, soit par un scribe à un autre scribe.
A ce genre d’écrits se rattachent les Instructions, écrites il y a environ cinq mille ans, par Amenemhat Ier, fondateur de la xne dynastie pour son fils Ousortesen Ier. C’est en même temps un document historique, car le souverain raconte les luttes qui ont rempli les premières années de son règne et ses victoires successives sur ses ennemis, tels que les Libyens et les Asiatiques.
Amenemhat Ier, parvenu à un âge avancé, avait associé au trône son fils Ousortesen, et c’est dans les loisirs de sa vieillesse qu’il écrivit ou dicta les Instructions , qui devinrent fameuses en Égypte et restèrent un livre classique jusqu’à la xixe dynastie.
Voici comment ce grand souverain résume son règne :
« J’ai fait que ceux qui étaient en deuil ne fussent plus en deuil, et ils n’ont plus été entendus; — les batailles perpétuelles, on ne les a plus vues, — tandis qu'avant moi l’on s’était battu comme un taureau qui ignore le passé — et que le bien-être de l’ignorant ou du savant n’était pas assuré. »
« J’ai fait labourer le pays jusqu’à Abou, — j’ai répandu la joie jusqu’à Adhou... — Je suis le créateur de trois espèces de grains, l’ami de Neprat*. —
* La divinité des grains.
Le Nil a accordé à mes prières l’inondation sur tous les champs; — point d’affamé sous moi, point d’altéré sous moi, — car on agissait selon mes ordres et tout ce que je disais était un nouveau sujet d’amour. — J’ai renversé le lion et pris le crocodile; j’ai réduit les Ouaouaï *; j’ai emmené les Matsion** en esclavage; j’ai forcé les Asiatiques à marcher près de moi comme des lévriers. »
C’est également de la xne dynastie que date une autre lettre curieuse. Elle est adressée par le scribe Douaour-se-Ivharda à son fils Papi, pour le décider à embrasser la profession de scribe. J’en ai cité la conclusion plus haut, pour montrer l’importance de la littérature, qui menait à tout dans la vallée du Nil. Toute l’épître est consacrée à la description des différents métiers, montrant surtout leurs côtés ingrats et pénibles, afin de faire ressortir les avantages de la carrière littéraire.
« Le forgeron est souillé, noirci, ses doigts sont rugueux, il travaille jour et nuit; le tailleur de pierre se rompt les . bras pour emplir son ventre » . Le maçon « est exposé aux rafales », construisant les chapiteaux en forme de lotus au faîte des maisons. Le tisserand a les genoux ployés, « il est lié commé un lotus de marais. » Le fabricant d’armes voyage sans cesse : « arrive-t-il à la maison le soir, il lui faut s’en aller ». Le courrier, en quittant sa famille, doit faire son testament, exposé qu’il est à tous les dangers « des bêtes sauvages et des Asiatiques. » « Le teinturier, ses doigts puent, il passe son temps à couper des haillons. » Etc...
Les détails de cette lettre, bien que formant de parti pris un tableau assez sombre, nous font connaître les principaux métiers de la vallée du Nil avec la façon dont ils y étaient exercés.
Une autre épître non moins célèbre dans la littérature égyptienne, est celle que le scribe Ani adresse à son fils Khons-Hotpou. C’est un traité de morale complet, non plus la morale utilitaire et pratique du vieux Phtahotep, mais une morale très élevée et désintéressée, se rapprochant de la belle confession négative du Livre des Morts, et même parfois remplie d’un spiritualisme et d’une charité presque évangéliques.
* Nubiens.
” Lybien3.
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE