FIG. 231. — STATUE DE LA DÉESSE SEKHET
la mort. Aie l’œil sur ta vie. Rappelle-toi ce qui a été. Place devant toi, comme voie à suivre, une conduite toujours juste. »
En voici quelques passages :
« Il n'est pas d’homme immuable en aucune chose; telle est la réponse de
« A toi viendra ton messager de mort pour t’enlever : oui ! il se trouve déjà prêt. Les discours ne le serviront de rien, car il vient, il se tient prêt. Ne dis pas : « Je suis encore un enfant, moi que tu enlèves. » Tu ne sais pas comment tu mourras. La mort vient, elle va au-devant du nourrisson, de celui qui est au sein de sa mère, comme de celui qui a accompli sa vieillesse. »
« Ne perds jamais de vue l’enfantement douloureux que tu as coûté à ta mère, ni tous les soins salutaires qu’elle a pris de toi. Ne fais pas qu’elle ait à se plaindre de toi, de crainte qu’elle n’élève les mains vers la divinité, et que celle-ci n’écoute sa plainte. »
« Garde-toi de la femme du dehors, inconnue dans sa ville. Ne la fréquente pas; elle est semblable à toutes ses pareilles; n’aie pas de commerce avec elle. C’est une eau profonde et les détours en sont inconnus. Une femme dont le mari est éloigné te remet un billet, t’appelle chaque jour; s’il n’y a pas de témoins, elle se tient debout, jetant son filet, et cela peut devenir un crime digne de mort quand le bruit s’en répand, même lorsqu’elle n’a pas accompli son dessein en réalité. L’homme commet toute sorte de crimes pour cela seul. »
« Ne mange pas le pain en présence d’un assistant resté debout sans que ta main s’étende pour lui offrir du pain. »
« Parle avec douceur à qui a parlé brutalement. C’est le remède qui calmera son cœur. >>
« Ne fais pas connaître ta pensée à l’homme de mauvaise langue pour lui donner l’occasion d’abuser de sa bouche. Elle circule vite la révélation sortie de ta bouche. En la répétant, tu crées des animosités. La chute de l’homme est sur sa langue; prends garde de te procurer la ruine. »
Au temps de la xxe dynastie, après la période des conquêtes extérieures, on voit encore les scribes décrire dans leurs lettres la noblesse et les avantages de leur profession. Ce n’est plus alors aux métiers manuels qu’ils la comparent, c’est à la carrière militaire elle-même, cette carrière pourtant si glorieuse sous les Thoutmès III et les Ramsès II.
« Pourquoi dis-tu que l’officier d’infanterie est plus heureux que le scribe? » demandait un scribe à son élève. « Attends que je te peigne le sort de l’officier d’infanterie, l’étendue de ses misères. »
Et, en effet, voici la description des souffrances du soldat : ses blessures, ses fatigues, ses marches dans le .désert, avec « son pain et son eau sur son épaule comme le faix d’un âne. »
De son côté, le scribe Amenemhat écrit à son confrère Penseba:
« Quand te sera apporté cet écrit de communication, applique-toi à devenir scribe; tu primeras tout le monde. Arrive que je te dise les devoirs fatigants de l'officier de chars. »
Et ces devoirs sont décrits de façon à ne pas rendre bien séduisant le métier militaire.
Dans toute cette correspondance des scribes éclate une vanité de leur savoir et de leur situation de bureaucrates qui fait sourire.
Si l’Égypte a manqué d’un Molière, elle n’a certainement pas manqué de Trissotins. Heureusement, dans tout leur fatras, nous trouvons à glaner beaucoup de renseignements utiles. Mais il est rare que dans les minutieux agencements de mots des scribes, dans leur style ergoteur et pédant, nous rencontrions une phrase spontanée, une page émue ou seulement naturelle. Toutefois les fines et souvent ironiques observations n’y font point défaut. L’esprit du scribe était généralement acéré, railleur. Le musée de Turin, le British Muséum possèdent des papyrus purement satiriques et même ornés de caricatures qui ne manquent pas de piquant. Nous en avons reproduit quelques-unes dans cet ouvrage.
Cette tournure d’esprit du scribe égyptien fait comprendre l’expression si vivante de la fameuse statuette du Scribe accroupi qui se trouve au musée du Louvre. Que l’on s’arrête un instant devant cette figure aux yeux brillants, au regard aigu, au sourire un peu railleur, et l’on sentira comme une inquiétude sourde, comme une irritation secrète, causée par la malice ingénieuse et froide contenue dans cette énigmatique physionomie. Ce contemporain des Pyramides regardait peut-être de cet œil-là les lourds monuments et leurs orgueilleux constructeurs. 11 aurait eu raison de les railler un peu s’il avait su que sa fine tête vivrait aussi longtemps que les monstres de granit, et qu’on interrogerait son équivoque sourire avec la curiosité passionnée qu’excite chez notre race nouvelle le mystérieux sourire des vieux sphinx.
g 7. — ŒUVRES POÉTIQUES
C’est sous le règne de Ramsès II Méïamoun, le grand Sésostris, que fleurit la poésie égyptienne. L’enthousiasme des victoires sut inspirer un moment ce peuple froid, réfléchi, qui ne s’élevait guère d’habitude jusqu’aux emportements de la poésie lyrique.
Le seul grand nom de poète qui soit arrivé jusqu’à nous appartient à ce règne, et c’est celui de Pentaour. La seule grande œuvre poétique égyptienne est une épopée de cet écrivain fameux, racontant la victoire de Kadesch, et surtout l’épisode où Ramsès, trompé par de faux transfuges, tombe presque seul dans le gros de l’armée ennemie, et se sauve par des prodiges de valeur. Ce haut fait fut le Passage du Rhin du Louis XIY de l’Égypte. Les poètes le célébrèrent à l’envi; des monuments furent élevés pour en perpétuer la mémoire.
Nous possédons tout au long le poème de Pentaour, soit gravé sur les temples de Louqsor, de Karnak, d’Ipsamboul, soit sur le manuscrit hiératique que possède le British Muséum. C’est une véritable épopée, au sens classique de ce mot, puisqu’on y voit survenir l’intervention des dieux. Le ton en est élevé, le style puissant, dramatiqùe, imagé.
C’est assurément une des meilleures œuvres de l’Égypte ancienne.
Le point capital du récit poéfig. m - statue en GHANiT de thoutmès ni. tique est l’apparition du dieu (xvm* dynastie). Ammon, dont le bras puissant s’é-
Ce souverain, le plus grand conquérant de , , , ,
l'Égypte, porta ses armes de l’Éthiopie et de tend aU-deSSUS de Ramsès et le l'Arabie méridionale à l’Euphrate et à l’Arménie. . . . ... ~ , . , , .
rend invincible. Cette intervention diminue, si l’on veut, le mérite du héros, mais elle est d’un grand effet dans le poème.
Nous choisirons, comme passage à citer, l’invocation de Ramsès à ce dieu, lorsqu’il se trouve seul au milieu de l’armée des Kétas :
« Qui es-tu donc, ô mon père Ammon? Est-ce qu’un père oublie son fils?
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
Ai-je donc fait quelque chose sans toi? N’ai-je pas marché et ne me suis-je pas arrêté sur ta parole ? Je n’ai point violé tes ordres... J’ai rempli ta demeure