FIG. 238. — PSAMMÉTIK II
(xxvi' dynastie).
Une grande partie de cette statue est due à une restauration moderne.
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
la civilisation égyptienne, déjà très développée à cette époque lointaine.
Les parents du défunt, qui faisaient exécuter ces peintures, y attachaient une signification superstitieuse. Représenter le mort dans tous les actes de sa vie, allant, venant, mangeant, travaillant, c’était lui rendre l’existence ainsi dépeinte, prolonger pour lui le pouvoir d’accomplir les actions ainsi figurées. Gomme il était réduit
Musee ae Bounq.
FIG. 239. — BAS-RELIEF DE LA Ve DYNASTIE.
Après avoir terminé avec la gravure précédente la série des plus remarquables statues égyptiennes, nous commençons la reproduction d’une suite de bas-reliefs égyptiens depuis l'époque des Pyramides jusqu’à la fin de la période grecque. Ainsi que pour les statues, les bas-reliefs les plus anciens sont bien souvent les meilleurs. On peut en ;uger par la photogravure ci-dessus. Le bas-relief qu'elle représente a 6000 ans d’existence. 11 serait difficile à un artiste moderne de mieux rendre la forme et le mouvement d’un animal.
à l’état d’ombre, il pouvait se contenter d’ombres de serviteurs, d’ombres d’aliments, d’ombres de meubles et d’instruments. Les peintures lui rendaient tout cela.
Ce double, dont il était si important de soutenir l’existence par toutes sortes de simulacres et de symboles, ne pouvait subsister qu’aussi longtemps que la momie demeurait intacte. Aussi allonsnous voir les précautions extraordinaires prises pour défendre cette momie contre toute les chances de destruction possibles.
Toutefois, au cas même où le corps périssait, des statues du défunt pouvaient encore jouer son rôle et soutenir la vie du double.
Aussi avait-on soin de placer plusieurs de ces statues dans les tombes. Moins bien gardées que la momie, elles étaient pourtant mises sous la protection de bonnes murailles et enfermées dans une sorte de corridor appelé le serdab. Ce corridor n’avait aucune communication avec le dehors, sauf parfois un étroit boyau, où l’on pouvait à peine engager la main, et qui débouchait dans la chapelle. Par cette petite ouverture, le double pouvait entretenir quelques relations avec les vivants, et entendre les prières que les prêtres venaient murmurer à l’orifice.
Jamais, dans les tombes de l’Ancien Empire on ne trouve d’inscriptions ou de peintures sur les parois du serdab ni du caveau. Elles cessent dès qu’on quitte la chapelle pour pénétrer plus avant.
La troisième et la plus importante partie du mastaba était le caveau. Il contenait le sarcophage, de granit rose, de calcaire bleu ou de basalte noir, dans lequel était enfermée la momie. Ce caveau, creusé tout au fond de la tombe et parfois dans le roc même sur lequel elle reposait, se trouvait toujours situé dans l’axe vertical du monument et formait le fond d’un puits carré qui venait aboutir au milieu même et au sommet du mastaba. Lorsque le corps avait été descendu et mis en place, on remplissait le puits de blocs de pierre, de moellons, de sable, sur lesquels on versait de l’eau et qui formaient une espèce de béton d’une excessive dureté. On comblait absolument la cavité, dont on dissimulait souvent l’orifice supérieur en dallant la plate-forme du tombeau. Cette plate-forme ne portait aucun ornement, sinon parfois des vases de terre ou d’albâtre plus ou moins enfouis dans la maçonnerie.
En dehors du sarcophage, on n’a rien retrouvé dans les caveaux de l’Ancien Empire, sinon des chevets d’albâtre, sur lesquels le double pouvait appuyer sa tête fatiguée, et des ossements provenant des quartiers de bœufs offerts en sacrifice au moment de l’ensevelissement.
Le plan du mastaba, tel que nous venons de le tracer rapidement, n’était pas toujours aussi simple.
Les morts de qualité, les grands personnages, montraient un grand luxe dans l’aménagement de leurs demeures éternelles. La porte s’ouvrait parfois derrière une sorte de péristyle formé de deux ou quatre piliers carrés; ou bien elle était surmontée d’un linteau
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artistement sculpté. Au lieu d’une seule chapelle, il y avait plusieurs chambres funéraires, aux parois couvertes de riches peintures ou même de figures en relief. Le serdab se ramifiait en plusieurs corridors. Le caveau lui-même, appartement particulier de l’âme, se creusait plus profond, plus caché, renfermait un sarcophage plus somptueux.
Parmi les plus belles tombes privées de l’Ancien Empire, on peut citer celle de Ti, celle de Phtahotep, qui nous ont conservé en fait de peintures et de sculptures les chefs-d’œuvre de l’Ancien Empire.
Mais les plus parfaits, les plus achevés des mastabas ne pouvaient rivaliser avec les monuments funéraires des rois, avec ces formidables Pyramides, qui dominaient de si haut les milliers d’uniformes monticules rassemblés dans la ville des morts, comme la majesté du Pharaon lui-même planait au-dessus de son peuple et confondait les têtes les plus altières et les plus humbles de la foule dans une même égalité servile.
Pour avoir entrepris la construction de ces monuments gigantesques, il fallait avoir à sa disposition, par centaines de milliers, les seuls instruments mis alors en usage, c’est-à-dire les bras humains. C’est à la force des bras, aidés des machines les plus élémentaires, que furent accumulés, dans leur ordre symétrique, les millions de mètres cubes de pierre qui composent la grande pyramide de Khéops. Cent mille ouvriers, se relayant tous les trois mois y travaillèrent pendant plus de vingt ans.
Lorsque le Pharaon faisait commencer son tombeau, il dépeuplait d’un coup toute une province, dont les habitants, artisans, ouvriers, agriculteurs, quelle que fût leur profession, étaient enrégimentés sous les ordres des architectes et des ingénieurs royaux. Les vieillards, les enfants venaient aussi, s’occupant aux travaux moins pénibles, gâchant le mortier, emportant les déblais, servant les maçons. Lorsque la première troupe était épuisée, décimée par la fatigue du labeur terrible sous un ciel brûlant, ou par les brutalités des contremaîtres, on la renvoyait à ses villages, et l’on recrutait les habitants d’un autre nome.
Toutes les gigantesques constructions de l’Égypte, pyramides, canaux, digues, souterrains et temples, furent exécutées de cette
façon. Plus tard on y employa les prisonniers de guerre, les esclaves hébreux, et l’on se rappelle que l’exode de Moïse et de son peuple fut provoquée par l’excès des travaux et des mauvais traitements. ^ Bien entendu il n’était pas question de salaire pour les manœuvres qui exécutaient ces formidables corvées; on les nourrissait seulement. Hérodote et Diodore racontent que les frais de cette nourriture se lisaient inscrits sur l’une des faces de la grande Pyramide. Elle portait « une inscription indiquant les dépenses en légumes et en raves consommés par les ouvriers, et ces dépenses se sont élevées à plus de mille six cents talents » (huit millions huit cent mille francs.)
Un roi, en arrivant au trône, commençait la construction de sa pyramide, et l’œuvre allait s’agrandissant toujours par l’addition de couches extérieures, à la façon de l’aubier des arbres, aussi longtemps que le règne durait. Les pyramides dont la masse est la plus considérable appartiennent aux règnes les plus longs. Khéops, qui fit exécuter la merveille du genre, haute de 137 mètres et ayant 227 mètres de côté à la base, régna cinquante-six ans. Sa grande Pyramide n’a plus tout à fait la hauteur qu’il lui donna; cela tiejit à ce que la pointe du sommet a été détruite ainsi que le revêtement extérieur. Telle qu’elle apparaît encore au voyageur, avec ses deux moindres sœurs, les Pyramides de Khéphren et de Mykérinus, elle produit encore un effet frappant, bien que très inférieur, d’après nous, aux descriptions enthousiastes des voyageurs. Il n’y a pas, assurément, de beauté proprement dite dans ces collines artificielles. Notre œil ne goûte pas à les contempler le plaisir que lui procure l’harmonie délicieuse et les détails délicats d’un temple grec. Mais l’esprit voit tout d’abord dans un objet sa signification, et il ne peut le trouver gracieux ou laid en dehors d’elle. Or, la physionomie des Pyramides, ce qu’elles représentent, ce qu’elles expriment dans leurs grandes lignes simples, est infiniment supérieur au pittoresque de leur aspect. L’effroyable effort dont elles sont le résultat, le nombre immense de siècles quelles ont vus fuir et qu’elles ont bravé dans leur impassibilité formidable; l’espèce de tranquille orgueil qu’elles respirent, si l’on peut s’exprimer ainsi; et aussi leur destination funéraire, leur situation sur le bord du désert infini, tant d’idées différentes qu’elles éveillent
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leur prêtent une puissance évocatrice qui ébranle notre âme et fait naître en nous toute une série de sensations.
Cependant au point de vue purement esthétique, la forme d’une pyramide n’offre rien de bien attrayant pour l’imagination, et les Pharaons qui ont fait élever celles du plateau de Gizeh ne comp-
Musée de Boulaq.