ARCHITECTURE DU NOUVEL EMPIRE
Le Nouvel Empire marque l’apogée de l’architecture égyptienne. C’est sous la xvme dynastie, dont les premiers rois montèrent sur le trône dix-huit siècles avant notre ère, qu’elle s’épanouit dans toute sa splendeur, et qu’elle donna ses œuvres les plus étonnantes. La ville de Thèbes est l’expression la plus parfaite de cette floraison d’un art admirable et puissant. En décrivant quelques-unes des merveilles dont cette ancienne capitale contient encore les ruines grandioses, nous essaierons de donner au lecteur une idée de ce rêve de pierre, dont Champollion disait :
« Je me garderai bien d’en rien écrire; car, ou mes expressions ne vaudraient que la millième partie de ce qu’on doit dire en parlant de tels objets; ou bien, si j’en traçais une fois l’esquisse très colorée, je risquerais de passer pour un enthousiaste ou peut-être même pour un fou. »
Si Thèbes, même déserte et presque entièrement détruite, peut
LA CIVILISATION ÉGYPTIENNE
produire un pareil effet sur un homme de notre XIXe siècle, à qui nul chef-d’œuvre de l’art humain n’est inconnu, comment s’étonner qu’elle hantât l’imagination des poètes antiques, et que son nom plein de prestige ait vibré sur la lyre d’airain du vieil Homère, qui consacrait déjà sa renommée il y a près de trois mille ans.
Voici comment s’exprime Diodore, qui lui-même cite le chantre de l’Iliade :
« Busiris fonda la ville nommée par les Égyptiens Diospolis la Grande, et par les Grecs, Thèbes. Il lui donna cent quarante stades de circuit, et l’orna merveilleusement de grands édifices, de temples magnifiques et d’autres monuments ; les maisons des particuliers furent de quatre et de cinq étages ; en un mot, il en fit la ville la plus riche, non seulement de l’Égypte, mais de tous les autres pays. Aussi, la renommée de sa richesse et de sa puissance s’est-elle répandue en tout lieu; le poète lui-même en fait mention lorsqu’il dit : « Quand il offrirait toute la ville de Thèbes en Égypte, dont les édifices renferment tant de richesses, et qui a cent portes, de chacune desquelles peuvent sortir à la fois deux cents guerriers avec leurs chevaux et leurs chars... » Quelques-uns prétendent que cette ville n’avait pas cent portes, mais qu’elle a été nommée ville aux cent portes, à cause des nombreux et grands propylées de ses temples ; ce qui signifierait ville aux nombreux portiques... »
■ « Non seulement Busiris, mais encore tous ses successeurs ont rivalisé de zèle pour l’agrandissement de Thèbes. Aussi ne trouve-t-on pas de ville sous le soleil qui soit ornée d’un si grand nombre de monuments immenses, de statues colossales en argent, en or et en ivoire; à quoi il faut ajouter les constructions faites d’une seule pierre, les obélisques. »
« On voyait aussi à Thèbes les tombeaux des anciens rois qui, par leur magnificence, laissent à la postérité peu de chance de produire sous ce rapport rien de plus beau. »
Les tombeaux, sous le Nouvel Empire sont devenus complètement souterrains, au moins en ce qui concerne le serdab et le caveau. Quant à la chapelle, elle en a été tout à fait détachée et elle ne s’élève même plus à proximité du sépulcre. Mais sépulcre et chapelle ont atteint un degré de magnificence, qui, en effet, suivant l’expression de Diodore, est impossible à surpasser.
C’est dans le sein des collines qui entourent les villes que les Égyptiens du Nouvel Empire ont creusé ce qu’ils appelaient leurs demeures éternelles. A Thèbes une enceinte spéciale, une sorte de cirque réservé par la nature et fermé presque de tous côtés, la vallée de Biban-el-Molouk, sur la rive gauche du Nil, fut particu-
lièrement consacrée aux sépultures royales. Gomme pour les Pyramides, on commençait chaque tombe au début du règne de son hôte futur, puis on la continuait, on l’embellissait jusqu’à ce que ce règne prît fin. Seulement ce n’était plus en hauteur que se développait le tombeau, c’était en profondeur; les chambres se multipliaient, les couloirs s’allongeaient, le palais funèbre se creusait plus avant dans le sein de la montagne ; et chambres, couloirs, caveaux se couvraient de bas-reliefs et de peintures plus pressés encore, et en même temps plus achevés que dans les souterrains du Moyen Empire.
Ce n’était plus uniquement la vie du défunt, ni même ses vic-
fig. 246 et 247. — personnages de la xix' dynastie.
D'après un moulage exécuté à Xhèbes dans une tombe royale par l’auteur de cet ouvrage.
toires et ses travaux, qui faisaient le sujet des sculptures et des peintures dans les hypogées de Thèbes. L’Égypte, en vieillissant, était devenue plus spiritualiste. Elle ne se contentait plus de fournir au double une existence purement matérielle. Elle suivait l’âme dans ses longues pérégrinations à travers les régions infernales ou célestes ; elle montrait toutes les épreuves de la vie future : la lutte contre les ennemis surnaturels, la victoire finale du mort, et enfin — scène capitale — le jugement de l’âme devant le tribunal d’Osiris. De longues inscriptions, des chapitres entiers du Livre des Morts accompagnaient les tableaux. Pas un pouce de pierre ne restait nu. Les chambres, les couloirs, le caveau, le sarcophage lui-même, déroulaient dans les flancs ténébreux de la montagne cette épopée gigantesque, représentée souvent par des œuvres d’art admirables.
Ce n’était pourtant pas dans un but artistique que les Égyptiens du Nouvel Empire exécutaient ces patients et merveilleux
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travaux, plus étonnants peut-être dans leur genre que les Pyramides. Ils conservaient, quoique spiritualisée en quelque mesure,