DESSIN EGYPTIEN
(D’après une peinture de la xxvie dynastie.)
nées à la glorification des rois et des dieux.
11 ne nous reste pas beaucoup de statues authentiques du Moyen Empire, par la raison que les souverains des dynasties postérieures ne se firent aucun scrupule de les démasquer et y faire graver leurs cartouches. Celle de Sévek-Hotep et un beau sphinx de granit rose, qui se trouve au Louvre, remontent à coup sûr à la xm° dynastie.
Une autre cause d’incertitude existe au sujet des œuvres sépulcrales du Moyen Empire. La domination des Hyksos remplit les
cinq derniers siècles de cette période et eut pour centre Tanis. Or les fouilles de Tanis nous livrent un grand nombre de statues royales dont le type est manifestement différent de celui des Pharaons égyptiens. L’école tanite serait-elle une école asiatique, ou bien une école égyptienne qui se serait consacrée à la glorification des vainqueurs? Jusqu’à quel point les étrangers ont-ils adopté ou influencé l’art indigène? Les égyptologues n’ont pas encore tranché ces questions. Nous n’essaierons pas de les résoudre, et nous arriverons tout de suite aux trois premières dynasties du Nouvel Empire, qui marquent l’épanouissement complet de la statuaire en Égypte.
Les temples gigantesques de Thèbes et d’Abydos, les profonds hypogées se couvrent de bas-reliefs qui déroulent sur les murs les exploits des Ramessides. Pour rester en harmonie avec les énormes pylônes, avec les colonnades gigantesques des salles hypostyles, la sculpture produit des colosses. Les Pharaons de granit, hauts de douze, de quinze, de vingt mètres, s’asseyent au seuil des sanctuaires et s’adossent aux montagnes à l’entrée des temples souterrains.
Tous ils ont le même geste sobre et grave : leurs mains puissantes, qui si longtemps ont brandi les armes victorieuses, se posent, immobiles à toujours, sur leurs genoux, dans le repos inviolable de la mort. Leurs visages sont empreints d’une majesté douce, et telle est la noblesse de leur physionomie que jamais aucun art, môme l’art grec, n’a su donner aux traits humains pareille expression de grandeur souveraine, de force consciente et d’inaltérable sérénité.
Les colosses royaux remplacent pour les Pharaons ensevelis les statues que l’on enfermait autrefois dans le serdab.
Quant aux bas-reliefs des temples, ils remplissent un but différent. Ils doivent immortaliser les hauts faits des princes victorieux. Aussi n’offrent-ils jamais l’attitude calme des statues isolées. Ils montrent le Pharaon sur son char de guerre, emporté au sein de la mêlée par le mouvement impétueux de ses chevaux; on le voit, les armes à la main, jetant l’épouvanté autour de lui. Après la victoire, il extermine les vaincus, ou les traîne enchaînés à sa suite, comme un vil et tremblant troupeau. Des scènes plus douces se déroulent aussi sur les murs. Voici l’intérieur du palais : les tables de festins sont dressées; les serviteurs couronnent de fleurs les convives,
tandis que de belles esclaves nues circulent parmi eux et remplissent leurs coupes; des musiciennes agitent le sistre et pincent les cordes de la harpe; des danseuses ploient en cadence leurs sveltes corps au son des instruments et ressemblent au lotus du Nil sur lesquels passe un souffle léger. Plus loin nous contemplons les mystères du harem royal. Le Pharaon, facile à reconnaître à sa taille toujours plus élevée que celle des autres hommes, est assis sur un siège richement sculpté. Des filles charmantes. Égyptiennes de haute race. Éthiopiennes voluptueuses, Asiatiques aux longs yeux troublants, se groupent autour de lui, lui présentent des fleurs et des fruits. Le roi leur sourit; sa main caresse la joue ou la chevelure de la plus proche; ou bien encore, on le voit s’absorbant avec l’une d’elles dans une partie d’échecs, jeu favori des Égyptiens, ce peuple dont les divertissements eux-mêmes avaient quelque chose de sérieux et de réfléchi.
Certes, dans toutes ces scènes de guerre ou de plaisir, le sculpteur du Nouvel Empire pouvait rivaliser de vie et de vérité avec ses prédécesseurs des premières dynasties. Il a su y mettre en effet de la variété et de l’animation. Mais l’art s’est trop éloigné de la réalité pour donner, comme dans les premiers temps, l’illusion complète de la vie. Des écoles se sont formées, des traditions se sont établies, certaines conventions ont triomphé et ont détrôné la simple nature. Les modèles que l’on étudie, ce sont les chefs-d’œuvres des maîtres, ce ne sont plus des êtres vivants. A force d’avoir pratiqué un genre gracieux mais faux, on ne sait plus rendre le mouvement vrai des formes animées.
Prenons pour exemple le cheval. Cet animal a pénétré tard dans la vallée du Nil. On ne l’emploie que sous le Nouvel Empire. Partout à cette époque il apparaît sur les bas-reliefs. Mais on ne pourrait pas citer une seule représentation du cheval capable de lutter pour la perfection des formes et de l’allure avec les merveilleux animaux sculptés dans les tombes de Saqqarah. Les ânes, les bœufs, les chèvres, les oiseaux aquatiques, etc., furent, sous l’Ancien Empire, rendus avec une étonnante vérité; ils n’apparaissaient pourtant qu’en silhouette sur les murs, mais cette simple silhouette est tracée avec tant d’intelligence, de sentiment et de sûreté que — on peut hardiment l’affirmer — nul peuple moderne n’a mieux
que l’ancienne Égypte compris et représenté les animaux. Les chevaux du Nouvel Empire, plus grêles que nature, avec des mouvements moins naturels, moins variés, plus symétriques, sont loin d’égaler leurs humbles frères, les ânes, trottant en troupeaux sous le bâton de l’ânier, sur les murs des chapelles des mastabas.
Les principales conventions des bas-reliefs égyptiens, conventions qui, d’ailleurs, furent identiques pour les peintures, sont les
suivantes : têtes et jambes toujours de profil, tandis que les yeux, les épaules et la poitrine sont de face; la hauteur de la stature variant avec la dignité du personnage : les rois plus petits que les dieux; les prêtres et les guerriers plus petits que les rois; les esclaves plus petits que les hommes libres ; l’absence totale de perspective ; les différents plans d’un tableau figurés par des registres superposés au lieu de s’enfoncer en perspective; le rang, l’âge, la fonction, tôutes les distinctions sociales indiquées par des attributs spéciaux, comme la tresse et le doigt dans la bouche de l’enfance, l’urœus des rois, etc. Enfin une convention singulière alignait dans le même tableau des files de personnages accomplissant tous le même geste; ce geste perd ainsi de sa valeur propre pour indiquer le mouvement et la vie; il devient un signe cabalistique et mystérieux plus qu’une action naturelle.
Le contour sommaire des objets, qui constitue l’hiéroglyphe, semble avoir hanté le cerveau des artistes du Nouvel Empire, et l’avoir impressionné de plus en plus. Les figures tendent à se raidir
D'après Ebers.