DES SOURCES DE LA PRÉIIISTOIHE ET DE LIUSTOIKE U
les temps les plus anciens jusqu'au cours des époques historiques les plus modernes.
Les conquêtes politiques, les envahissements pacifiques, l'esclavage, à peine éteint de nos jours (1), ont mis en présence les peuples les plus divers ; certaines peuplades ont été exterminées, laissant les femmes de leur race aux mains de leurs bourreaux (2) ; d'autres, tout en conservant les mœurs et la langue de leurs ancêtres, se sont, au point de vue anthropologique, fondus avec leurs voisins, prenant leur type; sans compter ceux qui ont perdu leur parler et leurs usages (3). Et il n'est pas une région au monde qui se soit trouvée en dehors de ces vicissitudes.
Les Ossèthes, peuple iranien dont, par la linguistique, nous retrouvons aisément l'origine, sont, par contact, devenus physiquement des Caucasiens, tout en conservant la langue et les ino'urs de leurs pères. Par contre, beaucoup de Slaves sont aujourd'hui linguistiquement germanisés. Les Italiens de nos jours dérivent du mélange des anciens peuples italiotes (/i), des Romains, des Grecs, des Gaulois, des Lombards, des Français et des Allemands; sans compter le sang étranger que l'esclavage fit affluer dans la péninsule, sans compter également les invasions dont l'histoire ne nous a pas laissé de traces.
Chez les Français, on retrouverait aisément le sang du Celte, du Gaulois, du llomain, du Germain pour l'ensemble du pays, du Northman, du Basque, de l'Espagnol, de l'Anglo-Saxon pour certaines régions, sans parler de l'homme des cavernes, de celui de la pierre polie, du bronze, etc.
Les Israélites, qui, malgré bien de svicissitudes, ont conservé leurs traditions et ne s'allient qu'entre eux, présentent-ils tous les mêmes caractères morphologiques (5) ?
(1) L'esclavage a joué un grand rôle dans la (2) Joab égorgea toute la partie maie de la
coiiiposilion du fellah égyptien acliiel entre population iduméenno (1, Rois, XL 15-1tV).
autres. Pendant l'ancien et le moyen empire, David massacre les Moabites IL Sam., X-Xl;
les e.xpéditions des pharaons amenèrent dans l, Chron,, XIX-XX).
la vallée du Nil des nègres, des Libyens, des (3} Anciens peuples de l'Ilalie; Celtes, Gau-
Nubiens, des Sémites du Sinaï. Sous les pas- lois et Francs; Pélasgcs et Grecs; Grecs de
leurs, l'élément s»'mili(|ue prit une grande im- Sicile, de Sardaigne; Carthaginois d'Espagne,
portance numérique; après ce furent des de Sicile; Normands et .\iifilo-Sa.\ons, etc..
Syriens, des llélrens, des Arabes, des Elliio- (4) Sicanes, Ligures, Celles, Boïens. Insu-
piens, des Aryens (peuples de la mer^ (jui vin- briens, Cénomans, Etrusques, Venctes, Illy-
renl comme prisonniers ; puis les Ethiopiens riens, Pélasges, Lydiens, Hellènes. Phéniciens,
dominèrent avec les prélres d'.Xmmon, les Sicules, Chones, .Morgètes, OEnotriens, Dau-
Grecs sous Alexandre et les Ptoirniées, les miens, Peucétiens, Messapiens, Liburnes, Thy-
Romains avec leurs légions composées de tous rennieiis, etc.
les peuples du monde antique. Enfin les.Vrabcs, (5) Les Juifs d'Akhaltsikh (Caucase) [indice
les Turcs el les Européens de la Méditerranée. céph ,85,2J,de Galicie et de la Russie occiden-
Dans de telles conditions, que devons-nous attendre des études anthropométriques? Qu'elles nous signalent quelques parentés assez proches encore pour que les caractères ne se soient pas effacés ; qu'elles fassent ressortir les modifications imposées par l'habitat, par les conditions auxquelles certains groupes sont soumis depuis une longue période. C'est tout ce que nous sommes en droit de leur demander, et, pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur une carte ethnographique basée seulement sur les mensurations.
Quant aux origines, aux migrations, aux faits principaux de l'évolution humaine, l'anthropologie est et restera muette, sauf dans quelques cas spéciaux. Peut-être même est-il parfois dangereux d'avoir recours à ses déductions autrement qu'à titre d'indication, de renseignement de valeur secondaire à l'appui d'un fait déjà reconnu ou soupçonné grâce à d'autres méthodes.
Un seul exemple suffira pour montrer à quelles conclusions peut conduire la recherche purement anthropologique.
Le quatrième groupe (1), la race assijroïde^ comprend :
Les Pe/'sans, peuples de langue aryenne, venus des montagnes et des plateaux du nord-est, dont l'histoire nous est connue, et qui n'entrent sur la scène politique générale que peu de temps avant la fin de la monarchie assyrienne.
Certaines tribus kurdes (2), peuples également de langue aryenne, étroitement apparentés aux Persans, aux Ossèthes, et dont la migration nous est également connue, comme ayant pris place vers Pépoque de la chute deNinive,sous la pression des Iraniens persans.
Les Arméniens (3), peuples de langue aryenne ; mais non iranienne, que nous suivons dans tous leurs mouvements, depuis leur passage du Bosphore jusqu'à leur installation sur le plateau d'Erzéroum et dans le petit Caucase.
Les Juifs, tribu sémitique issue de Chaldée et d'Arabie, que l'histoire suit pas à pas depuis plus de trois mille ans; et qui, toujours, se mariant entre eux ont, mieux qu'aucun peuple, conservé leur langue, leurs mœurs et leur religion.
taie [indice, 83,31, sont sous-brachycépiiak'S ; (1) Demker, Races el peuples, 190O. p. 345.
ceux duDaghestan (Caucase) [indice, 87,0; sont (2) Cf. J . de Morgan, Mission scienlifique en
hyperbrachycéphales,ceu.\ de Bosnie [indice. Perse. 1904, t. V. Études linguistiques.
80,1] sont mêsocéphales. Cf. J. Denikeiî, les (3) Cf. J. de Morgan, Mission scienlifique aa
Ftaces el les Peuples de lu lerre. Paris, 1900, Caucase. Paris, 1889, t. II. p. G07. Appendice II et Commentaires, p. 69.