DES SOURCES DE LA PRÉHISTOIRE ET DE L'HISTOIRE
Les Assyriens, peuple aujourd'hui disparu, de langue sémitique, issu de Clialdce et, comme nous le verrons plus loin, d'Arabie.
Ainsi, dans un même groupe, nous voyons figurer des peuples sémites venus de la péninsule arabique, un groupe aryen descendu, par le Bosphore et l'Asie Mineure, des steppes de Scythie; et deux peuplesiraniens qui, avant d'habiter le plateau persan, avaient leur patrie commune plus au nord vers les rives de la Caspienne et de rOxus. On se demande comment quelque parenté pourrait exister entre ces divers éléments.
Au contraire, le linguiste réserve le nom de peuples sémitiques pour une famille possédant les mêmes caractères de langage et, je dirai plus, bien des aptitudes communes. Cette parenté comprend les Assyriens, Clialdéens, Syriens, Arabes, Hébreux, Phéniciens, Carthaginois, Himyarites, etc.
Ainsi, pour ce groupe d'hommes seulement, nous voyons l'anthropologie en complet désaccord avec l'étude du langage et avec l'histoire elle-même. Cela tient à des causes nombreuses, dont les principales sont :
Que tout peuple conquérant, quittant son habitat originel, s'est mélangé aux races des pays conquis, tout en conservant \o [)lus souvent sa langue, ses mœurs et sa puissance; et que ces mélanges prolongés ont, suivant leurs proportions, amené des métissages, ou fait entièrement disparaître les caractères zoologiques primitifs.
Que les peuples conquis ont été fréquemment absorbés à tel point que le souvenir même de leur existence s'est éteint; que la formation de toute population est tellement complexe et que les éléments en sont si intimement mélangés que les caractères originaux, s'ils ont existé jamais, ne sont plus appréciables.
C'est à ces transformations physiques, par mélanges, qu'on doit attribuer l'existence du groupe anthropologique des Assyroïdes ; l'histoire le prouve.
Issus de Chaldée, les Assyriens s'avancèrent lentement vers le nord, déplaçant par trois fois leur capitale et refoulant devant eux les peuples de langues [)robablem(;nt agglutinantes, premiers occupants de l'i\ssyrie. Dans ce mouvement, les vaincus furent réduits en esclavage, d'où un premier mélange dont l'anthropologie ne parle pas.
Pendant plus de mille ans les rois d'Assour ravagent l'Asie
l/j LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
antérieure, alors peuplée de tribus apparentées aux Elamites,dont l'aspect assyroïde démontre qu'ils n'avaient rien de sémitique. Il en résulte encore des mélanges tant chez les Assyriens que chez les vaincus.
Enfin les Kurdes ou Mèdes entrent en scène et, remplaçant la domination assyrienne, emploient les mêmes moyens qu'elle de gouverner les peuples vaincus. Puis vient le Perse avec ses rois achéménides ; et l'Arménien qui, vers la même époque, s'installe sur les ruines du royaume de Van.
Dès lors, il n'est plus question de l'Assyrien ; vaincu, il se fond dans les races voisines. Perses, Mèdes et Arméniens, déjà très mélangées elles-mêmes par l'absorption des autochtones de langue agglutinante. 11 se forme un type nouveau dans lequel le sang assyrien joue certainement un rôle et ce type, c'est r.4ssf/roïde de l'Anthropologie.
On doit également observer que la réunion dans un même groupe d'un peuple disparu, sur lequel on n'a pu opérer de mensurations, et de peuples modernes, de trois mille ans plus jeunes que le type, est au point de vue scientifique un rapprochement tout au moins hasardeux.
Mais si nous nous en rapportons uniquement aux caractères du squelette, à ceux qui ont pu survivre jusqu'à nous et sont nos seuls guides anthropométriques, en ce qui concerne l'antiquité, nous nous trouvons en face de conclusions bien plus originales encore.
Les Assyroïdes sont des brachycéphales et, à ce titre, se rapprochent, au point de vue anthropologique, des races: européenne occidentale, adricdique, cenlraméricaine, patagone, lapone, turcotartare, mais sont éloignés des Arabes et d'une partie des Juifs.
Est-il possible de jeter un plus grand désarroi dans l'histoire de l'humanité ?
En séparant TAssyrien de l'Arabe et de l'Hébreu (pars), du Chaldéen, du Syrien et des autres peuples que la linguistique range dans le même groupe, l'anthropologie commet la grave erreur de considérer comme primordiaux des caractères essentiellement secondaires; de négliger les affinités de langage, de mœurs, de coutumes, d'aptitudes, de traditions, d'origine géographique ; en un mot, d'oublier l'histoire.
DES SOURCES DE LA PUKHISTOIIIE I;T DE LHISTOinE | T,
L'influence que peuvent avoir la nature 7.oologi(|ue de riiomnie, la forme de son crâne, sur ses aptitudes à développer ou à recevoir la civilisation, nous est absolument inconnue. Or, ce qu'il nous importe d'étudier dans l'homme, c'est l'être capable de penser, d'inventer, de progresser et non un quadrumane quelconque, autrement développé que les autres, mais à ranger parmi les simiens. L'anthropologie doit rester dans son rôle zoologique et ne pas chercher h se donner une importance dont elle n'est i)as capable.
Pour les temps très anciens, nous sommes i>ien obligés de faire usage de ses données souvent discutables (I), n'ayant à notre disposition aucun autre document sur l'homme lui-même; mais dès que commencent les annales, dès que les langues, la manifestation de la pensée nous viennent en aide, nous ne devons plus nous servir de l'anthropométrie qu'avec une extrême réserve, peutêtre même une grande méfiance.
Sociologie. — La soc/o/o^/e reposant sur les usages, les mœurs, les croyances, les coutumes des hommes, montre les affinités des groupes entre eux. Malheureusement, cette science est encore en enfance, et l'évolution préhistorique ne nous a guère laissé de documents ([ue la sociologie puisse analyser avec sécurité. Tous sont d'une interprétation difficile et vague; car nous manquons le plus souvent de termes de comparaison.
Quoi qu'il en soit, la sociologie est appelée à rendre les plus grands services; parce qu'elle étudie les lois régissant les rapports des hommes entre eux, la morale de l'individu par rapport à luimême, la religiosité, le culte des morts, toutes notions qui ont conduit l'humanité aux sommets qu'elle atteint aujourd'hui.
Linguistique. — En ce qui regarde l'antiquité, la linguistique (2) ne fournit pas, avant l'histoire, le moindre enseignement direct sur les groupements humains ; mais dès qu'apparaît l'écriture, elle se montre comme le plus sur moyen de réunir les hommes suivanl
(1) Cf. A. DE Lappahent. /e.î Silex taillés el langues, on linguisliqiie propremenl liilc ; mai-- V Ancienneté de l'homme. Paris, 1907, p. .')5. aussi la philologie qui en découle, sciencr Docteur Hugo OitKu.MAiER, les Restes liuinains dans lafjuelle les langues sonl envisagées quaternaires dans l'Europe centrale, in l'An- quant à leurs affinités et à leur origine, à Ihropologie, t. XVI, 1!)()5 et t. XVU, lîlUti. leurs niotlificalions dans le lemps et dans l'es-
(2) J'entends par linguistique, non seulement pacc, aux iiilluences quelles ont subies et à rétude de la phonétique el de la structure des Km- littératui-e. (.1. M.)
leur génie, leurs tendances, leurs intérêts, leurs affinités, leurs ambitions. Elle nous offre dès les débuts un tableau des races permettant de remonter par la pensée aux temps antérieurs. Pour les peuplades vivant encore à l'état sauvage, elle est un guide précieux.
Certainement la méthode linguistique n'est pas parfaite ; bien des groupements nous échappent (1), d'autres sont atrophiés parce que des peuples absorbés ont perdu leur langue. Pour la haute antiquité, nous nous dirigeons au milieu de ruine.s,doiit les grands monuments seuls ont laissé des vestiges. Quoi (ju d en soit, on retrouve toujours quelques guides d'utilité qui,\'iiant s'ajouter à d'autres éléments scientifiques, permettent de faire la lumière sur bien des points.
La valeur des données linguistiques est souvent aiijouiHl'hui repoussée par des écoles qui n'ont pas su la remplacer \)m des classements plus précis; elle reste et, longtemps encore, (h^rneurera le guide le moins incertain.
Lors de l'époque pléistocène, les hommes déjà répandus sur la majeure partie des continents étaient divisés en une mulîitude de groupes différents par leurs caractères ethniques, par leurs usages, et certainement aussi par les idiomes qu'ils parlaient. Ces groupes s'adaptant aux conditions naturelles de leur habitat, à leurs propres besoins, avaient déjà modifié leur façon primitive d'être, de vivre, de parler (2), des époqii< s antérieures.
Les pays où la vie était la plus facile, n'exigeant pas de grands efforts physiques et intellectuels, les progrès en tout ^oure s'y produisirent lentement ; Tahiti et les îles océaniennes en sont un exemple frappant. Les régions au climat très rigoureux produisirent le même effet; parce que l'homme, sans cesse préoccupé de faire face aux nécessités matérielles immédiates, y mena une existence elle-même matérielle. Les populations actuel les du
(1) II ne faut pas confondre les similitudes tibles à des formes antérieures n'oiTrent abso-
dc structure des idiomes avec la parenté lunient rien de commun, soit dans leurs étoffes
d'origine. Les diverses langues à flexion se sonores, soit dans leur constiUition syllabique.
divisent en deux groupes irréductibles et les Secondement, quand les lois qui président
langues agglutinantes en un grand nombre, aux premières combinaisons de c >- mots sim-
complèlement étrangers les uns par rapport pies diffèrent absolument dans lis deux sys-
aux autres. lèmes comparés (II.Cn.wÉE, le> I ungues et les
(i) Deux langues peuvent être tenues pour Races. Paris, 18Ij2, p. 13). C'est ainsi que, dans
des créations radicalement séparées. Premiè- les langues agglutinante-;, l'agglutination se
rement, quand leurs mots simples ou irréduc- fait suivant des lois très diverses. (J. M.)
DES SOURCES DE I.A l'HKlIISKJlHE ET DE L I11ST(JIH1-; j/
nord silDérien, de la Laponie, du Groenland, de la Terre de Feu sont dans ce cas (1).
C'est dans les zones tempérées, dans celles où l'individu, vivant sans grande peine, est sûr du lendemain, que le développement intellectuel fut le plus rapide. La lutte pour satisfaire aux nécessités devint un stimulant de l'intelligence et de l'énergie, au lieu d'en être une cause de ralentissement. L'homme accrut ses besoins en ajoutant à son bien-être des raffinements inconnus dans les autres régions, incompréhensibles même pour les êtres moins élevés que lui.
En même temps qu'il progressait, sa langue s'affinait parce qu'il lui demandait plus d'expressions, pour traduire d'une façon précise sa pensée devenue de jour en jour plus complexe.
L'Asie antérieure et le bassin de la Méditerranée ont été le théâtre des premières civilisations; parce que les conditions de la vie ne s'y trouvaient ni amollissantes, comme sous les tropiques, ni absorbantes, comme sous les latitudes froides.
Dans le nouveau monde, ce ne sont ni les grandes plaines des Etats-Unis, ni les forêts du Brésil ou des Guyanes qui ont vu s'épanouir les grandes civilisations américaines; c'est le Mexique et l'Amérique centrale, pays où la vie était facile. Là, l'écriture figurative, les arts et l'industrie atteignirent un degré de perfection inconnu partout ailleurs dans ce continent.
Les savants qui s'adonnent à la philologie comparée sont d'accord pour diviser les langues en trois grandes classes, suivant leur nature :
1° Groupe monosyllabique ;
2° Groupe agglutinant ;
3" Groupe des langues à flexion.
Ils pensent même, s'appuyant sur des vestiges du passé, que toutes les langues de la troisième classe sont passées par les deux autres formes; autrement dit, que les trois divisions correspondent à trois phases successives de l'expression de la pensée, cha(iue langue évoluant séparément.
(1) 11 ne faut pas oublier qiip,ptu suite de mi- arcélérée tant dans la langue (\uc dans la civi- Srationsou de modifications climalériques.bien lisation générale. C'est ainsi que, depuis leur des peuples sont passés dun pays favorable à exode, les Canadiens ont progressé beauune région défavorable et vice versa, et que, .oiip plus lenlement (pie les Frantjais, les Ispar suite, les conditions de développement landais que les Scandinaves, etc. {J. M.) s'élant modifiées, l'évolution s'est ralentie ou
Cette classification, comme celle que nous avons adoptée poulies industries préhistoriques, n'implique aucune idée chronologique ou synchronique.
Toutes les langues ne sont pas parvenues à la flexion; certaines sont encore dans la phase monosyllabique, d'autres, et c'est le plu» grand nombre, ont atteint l'agglutinance. Beaucoup sont mortes avant d'avoir atteint le troisième degré, ou se montrent occupant une position mixte entre deux formes. Voici quelques exemples de ces divers étals des langues :
Langues monosyllabù/ues pures. — Chinois, annamite, siamois.
Langues monosyllabiques avec traces d'agglutination. — Birman,, tibétain, pégouan, paloung, moi.
Langues demi-monosyllabiques et demi-agglulinantes. — Khasia.
Langues agglutinantes pures. — Hottentot, bochiman, cafre,. poul, nubien, négrito, papou, australien, maléo-polynésien, japonais, coréen, dravidien de l'Inde (1), ouralo-altaïque, basque, américain.
Langues agglutinantes avec traces de flexion — (groupe caucasien); géorgien, mingrélien, iméritien, laze — (langues éteintes),, sumérien (?), élamite, vannique, iiétéen (?)
Langues à flexion — (groupe sémitique). Akkadien, assyrien, chaldéen, syriaque, hébreu, phénicien, punique, himyarite, arabe — (groupe indo-européen), hindou, iranien, hellénique, italique, celtique, germanique, slave, lettique.
Toutes les langues indo-européennes ont conservé des traces d'agglutination.
fl) Les langues dravidiennes sont celles par- originellement à la race jaune el se rattachent
lues dans le sud de'^l'Inde, depuis les monts' au rameau tibétain ; mais sont profondéinenL
Vindhya et la rivière N'erbuddah jusqu'au cap mélangés de sang négrito et mélanésien; ou
Comorin (3S millions d habitants). Ce sont le du moins d'une race, très proche parente
tanioul, le telinga, le kanara, le malayâla et des Mélanésiens, qui occupait le sud de
le toulou. La première est la plus importante llnde avant 1 arrivée des peuples jaunes,
par son ancienneté el sa littérature ; mais c'est 11 semblerait donc que la péninsule hindoue,
le kanara qui a le mieux conservé les forme-; peuplée au sortir des temps quaternaires de
archaïques. A Ceylan et dans les monts Vin- Négritos, a subi : 1° une invasion de Mélané-
dhya, on rencontre des idiomes d'origine dra- siens venus par mer ; 2° une invasion de peu-
vidienne, imprégnés d'influences étrangères. pies apparentés au.x Tibétains descendus des
Dans le nord-est du Beloutchistan, on trouve montagnes du Nord; 3° une première invasion
le dialecte brahoui, qui appartient aussi à la aryenne (dans le Nord et le Centre); 4" une
famille dravidienne et est le dernier témoin invasion iranienne dans le Nord seulement,
occidental de la grande extension de ces lan- Les langues dravidiennes sont nettement
gués avant la conquête indo-européenne de agglutinantes, mais ditTèrent notablement de
ces pays. celles des groupes ouralo-altaïque, caucasien,
La plupart des peuples parlant ou ayant t)as(iue, vannique et anzanite avec lesquels
parlé les langues dravidiennes, appartiennent elles ne possèdent aucun liendeparenlé.(J. M.)
DES SOURCES DE LA PRÉIIISlUlUE ET DE L'HISTOIRE 19
Comme on le voit, c'est dans le groupe des langues les plus développées qu'il faut aller chercher les peuples auxtjuels est due la grande civilisation mondiale (1).
Pour lesj autres classes, la' Chine (monosyllabique) est un centre de développement, l'Amérique centrale (agglutination) en est un autre ; mais ((uelles sont les civilisations des races (jui les em- ])loient en comparaison de celle due aux peuples parlant les langues à flexion ? (}uant à la nature ethni(|ue, aux caractères anthropologiques de ces créateurs du monde moderne, nous n'avons guère à nous en préoccuper, leur «mvre parle pour eux. Qu'importe que cet homme soit dolichocéphale ou brachycéj)hale si, par son intelligence, il est armé de telle sorte que la domination du monde lui est réservée !
En ce (jui regarde le vieux continent, l'histoire nous enseigne que, lorsque deux peuples sont entrés en antagonisme, c'est celui des deux (|ui possédait la langue la plus affinée qui, tôt ou tard, est parvenu à dominer l'autre; soit matériellement, soit au point de vue intellectuel.
A l'aurore de l'histoire, un centre de civilisation se crée en Chaldée, dans un milieu d'idiomes agglutinants; les Sémites l'envahissent et lui imposent leur langue à flexion.
L'Élam (agglutinant) réagit ; mais il tombe à son tour une première fois sous les coups des empereurs akkadiens de la Chaldée, une seconde, et pour ne jamais se relever, sous les armes des rois sémites d'Assyrie.
L'Egypte berbère conquise par l'esprit sémitique, venu de Chaldée, voit se fonder 1 empire pharaoni({ue.
Le Phénicien fonde des comptoirs chez tous les peuples de langue inférieure, à Carthage, en Sicile, en Ibérie.
L'heure des Sémites sonne, leurs empires s'écroulent pour faire place à des dynasties aryennes, les Achéménides s'emparent
(1) Le développeiuenl du langage esl le incil- inslniit, et par suite civilisé, plus son vocabu-
leur témoin, mis à noire poitée, du progrès in- laire est étendu. Ce qui est vrai pour le nom-
tellectuel. Nos langues européennes conlien- lire des (;.\pressions fondamentales de la |)ensée
neiit dans leur vocabulaire complet de 30 à lest également en ce qui concerne les procd-
40.000 mois; mais ces mots sont loin d'être etii- dés Usitijs pour leur emploi, cesl-ù-<lire la
ployés par tous nos com|);ilriotes. Go'llie el grammaire et la syntaxe. L'esprit peu déve-
Voltaire qui ont tant écrit, <lont l'esprit élail loppé n'emploie qu'un nombre restreint de
si affiné, n'ont eu besoin pour traduire leur lle.xions, simplilie même celles que la langue
pensée que de 20 000 mots environ; Shaks- maternelle met à sa disposition. En sorleque
peare n'en employa que 15.000. elpourbeaucoiip légalité inlellectuelle ne.xisle ni chez les na-
de nos campagnards 5 ou t;oo mois suKisinl. lions prises dans |. ur eiisc'mi)le, ni chez, les
Les sauvages ont en général :W0 mots à leur hoTimes considérés individiirllciucnl ^J. M.) service. 11 en résulte que plus un peuple esl
de tout l'Orient, les langues parentes de celle de l'Avesta triomphent de celle des ninivites.
Mais bientôt entre sur la scène un idiome plus affiné que tous les autres, le grec ; en peu d'années il domine le monde entier, du Caucase aux déserts de l'Afrique, des Indes à la péninsule Ibérique. Partout on s'exprime en grec, partout on pense en grec, partout les peuples s'inclinent devant la supériorité de cette langue incomparable et du génie des peuples qui la parlent.
L'Italie, fille de la Grèce comme civilisation, domine le monde entier, recule les frontières de l'intelligence jusqu'aux glaces du Nord, jusqu'à TOcéan, jusqu'aux sables de l'Afrique.
Devenue omnipotente, Rome perd ses qualités d'expansion ; elle tombe elle-même sous les couj)S des barbares, mais les absorbe et, de sa chute, sort l'Europe moderne où domine encore l'esprit gréco-'atin.
Les succès des Arabes et des Turcs, obtenus à la faveur de la désorganisation dans laquelle se trouvait alors le monde civilisé à la suite de l'invasion de l'Europe par les barbares, ne sont qu'éphémères; il n'en reste plus aujourd'hui que des ruines chancelantes.
De nos jours, l'Europe se partage entre des nations pourvues de langues à flexion, se disputant la suprématie du monde, et, dans leur ensemble, tenant la tête de la civilisation.
Ainsi, c'est surtout aux peuples parlant des langues à fiexion que nous devons les grands progrès. Maîtres tour à tour, les Sémites d'abord, les Aryens ensuite, ont vaincu, subjugué, presque toujours même anéanti les autres races. C'est entre elles que s'est passée la grande lutte pour la suprématie ; aujourd'hui encore c'est entre elles, mais entre Aryens seulement, que se continuent ces compétitions millénaires, et si jamais d'autres hommes venaient à dominer l'omnipotence occidentale, ce ne serait qu'à l'aide des idées européennes ; fait inadmissible, semble-t-il, car il serait contraire aux enseignements de six mille ans d'histoire.
Si, au lieu de classer les langues suivant leurs formes grammaticales, nous cherchons à les grouper par rapport à leurs affinités ou à leur parenté entre elles, nous nous trouvons en présence d'une foule de groupes irréductibles, les uns par rapport aux autres, et, par suite, sans origine commune apparente.
Le développement dans chaque groupe subdivisé lui-même,
DES SOURCES DE LA PHÉIlISTUlRE ET DE EIIISTOIUE 21
s'est opéré indépendamment des autres groupes, cliacun [)araissant issu d'une source qui lui est propre.
Pour les familles sémitique et indo-européenne, celles qui nous ont laissé une grande partie de leur histoire, nous entrevoyons, je ne dirai pas les souches originelles; mais tout au moins des foyers de diffusion. Pour les autres, nos connaissances sont et resteront toujours très limitées ; l'observation ne pouvant remonter le cours des temps que pour les types seulement qui ont laissé des traces écrites.
Dans le groupe monosyllabique, le chinois seul fournit des enseignements. Nous le voyons se modifier, se perfectionner sans toutefois rien perdre de son caractère primitif. Il représente nettement la civilisation chinoise, figée depuis des siècles et incapable par elle-même d'un grand essor.
Quelques-unes des langues agglutinantes parlées par des peuples voisins de la classe la plus développée ont, par contact, appris l'écriture (1), et, grâce à cela, nous en possédons des traces anciennes. L'élamite (2) fournit des textes dès le quinzième siècle avant notre ère et nous pouvons suivre son évolution jusqu'aux temps achéménides, où il se montre complètement défiguré (3). Le vannique (/i) n^est connu que par des inscriptions appartenant toutes à une même période de quelques siècles (du neuvième au sixième siècle avant J.-C).
Les inscriptions hiéroglyphiques hétéennes (5) ne sont pas encore déchiflrées, en sorte que nous ne sommes pas à même de dire si cet idiome était agglutinant ; mais toutes les probabilités sont en faveur de cette hypothèse.
L'étrusque (6), l'ibère (7), le crétois et bien d'autres langues
(1) L'écriture se divise nalurellemenl en : lrilin<;iies (col. UIi (J. Oppert, le Peuple et la
1° Picloyraplùe ; 2° Hiéroglyphes; 3° Signes Langue mèdes.)
issus des hiéroglyphes, mais conservant leur (:t) Textes de Tépoque achéménide de Bisouvaleur; 4" Signes syllabiques ; 5° Signes alpha- toum.de l'Elvend.de Persépolis, de Suse, etc. béli(|ues. Ces cinq divisions peuvent être con- (4) Cf. A. -H. Sayce, Cuneiform inscriptions sidérées comme des phases de récriture. of Van., in Journ. Roi/al As. Soc, 1882, XIV, Quelques pays lesonttoutes connues (Egypte), N. S., pp. :f77-732. — SI-Glyard, Journ. d'autres se sont arrêtés aux signes syllabi<iues A.si'a/., 1880, t. XV, pp. 5i0-r>43; 1882, t. XIX, (Perse), d'autres aux néroglyplies simplifiés pp. 511-515; 1883, t. I, pp. 2(')t -203, 517-523; 1883, (Egypte pharaonique, Crétois, Chinois, prolo- t. II, pp. 30fi-307; 1884, t. 111, pp. 479-517. Elamile), d'autres aux hiéroglyphes (lléléens, (5) A. -H. Sayce, The Monuments of Ihe Uit Américains). Beaucoup à la première phase tites, in Trann. Soc. Bibl. ArchxoL, t. VIII, pictographique (Eskimaux, Polynésiens, etc. , p. 553, sq.
d'autres enfin ne possédant aucune notion de (fi; Certains linguistes considèrent l'étrus-
l'écriture (tous les Indo-Européens) ne la (]ue comme une langue aryenne. iCf. Cons-
connurent que par contact (J. M.) sen, Ueber die Sprache der Etru.sker. Leipzig,
(21 Comparer les textes anzanites (V. Scheil, 1874-1875.)
Mém.de la Déléy. en l'er.se, t. III, 1901 ; V, 19U4; (7) Cf. "Van Eys, la Langue ibérienne et la
IX, 1906) et ceux des inscriptions achéménides Langue basque, in Rev. de linguistique. Paris,
aujourd'hui mortes, laissent sans solution le problème de leur traduction, de leur nature et de leur origine.
Les langues, comme les individus, vivent, prospèrent et meurent. Il n'en naîtra plus aujourd'hui parce qu'il n'existe plus d'hommes à l'état primitif non encore doués de la parole. Les langues existantes évolueront ; soit sur elles-mêmes, soit en s'aidant des influences extérieures, aujourd'hui surtout que les relations entre peuples sont plus faciles et plus fréquentes (piautrefois.
Les transformations dans la grammaire et la syntaxe (i) sont des évolutions naturelles attachées à la langue elle-même; celles touchant la lexicologie ])rocèdent de deux sources, Tune intérieure issue du progrès, l'autre extérieure résultant d'influences étrangères.
Prenons comme exemple, la langue iranienne dont nous pouvons suivre les transformations pendant une période de trois mille ans environ, en laissant de côté ses branches collatérales, telles que le zend (2), le kurde, le pouchtou, l'hindoustani, etc.
Sous les Achéménides (3), le Perse possédait une grammaire et une syntaxe très complètes, comprenant presque toutes les flexions de l'aryanisme, et son vocabulaire était, semble-t-il, j)urement indo-européen (Zi).
Peu à peu, au contact des populations sémitiques de la ^lésopotamie, ce vocabulaire s'est chargé de mots étrangers, proportion qui s'accrut encore par la domination grecque de l'Iran et par le règne des Parthes arsacides.
Lorsque, cinq siècles environ après l'avoir quittée sous les derniers Achéménides, nous retrouvons la langue iranienne, devenue le pehlevie ou huzvârèch (5 , elle est bien transformée ;
1874, t. VII, p. 1. — \'iNSON. la Question ihé- était déiivé du zend ou d'un dialecte très
Tienne M/em. Concjr. se. France. Paris, 1874, voisin; ce qui prouve que la région afghane
t. II, p 357.) formait le domaine, ou du moins faisait partie
(1) Rien n'est plus curieux que l'évolution du domaine de la famille zende (J. Darmes-
deslangnes.Celles de lEurope surtout, que nous teteu, te Zend-Auesla, t. III, 1X1(3. Introd.p. V.
connaissons mieux, montrent toutes les tran- /J., Chansons populaires des Afgans, lxiv, sq.).
sillons, tous les passages entre les formes an- (3) De 549 av. J.-C. (Cyrus) à 330 (Darius IIJ
ciennes et les formes modernes. On connaît le Codoman).
texte ilii serment de Louis le Germanique, il (4) Le vocabulaire fourni par les textes cu-
est 1 un des exemples les plus frappants. (J. M.) néiformes perses ne renferme guère plus de
[i) La langue des Achéménides est le dia- quatre cenis mots (Cf. Spiegel, Die allpersis-
lecte propre à la province de Perse; celle de chen keilinschrisflen. Leipzi», 186-2).
l'Avesta appartient à une autre province. Le (5j Sous les rois Sassanides, de 225 à 652 ap.
zend s est éteint sans descendance apparente. J.-C.,i'Cf.F.SpiECEL, Grammalik ier huzvàresch-
Néanmoins le phonétique et le lexique de l'af- sprac/ie. Vienne, 1856. —De Harlez, Gramm.
ghan moderne s'expliquent comme si l'afghan pehlevie.)
DKS SOURCES DK LA PRÉHISTOIRE IT l»i: L'HISTOIHK 0
les expressions sëniitiques foisonnent, et les flexions atrophiées ne nous oflVent plus que des ruines du passé.
Avec la conquête musulmane, l'arabe vient se greffer sur les intrusions sémitiques anciennes ; puis arrive le turc, et la déca- <lence du persan (I ) se continue (2). A peine conserve-t-il quelques verbes et des conjugaisons aussi simplifiées qu'il est possible ; la •déclinaison a disparu et la position relative des mots dans la phrase remplace peu à peu la flexion. C'est le retour vers les langues primitives.
L'histoire de la langue iranienne est l'image fidèle de l'histoire <le la Perse. Elle-même, sous les Achéménides, connut son apogée; puis le déclin vint par secousses, montrant des hauts et des bas. Aujourd'hui, la Perse agonise et dans peu de siècles, soumise •comme colonie à quelque empire, elle oubliera jusqu'à sa langue pour adopter celle de ses maîtres.
N'avons-nous pas cent exemples de la dispai ilion d'une langue dans de telles conditions ?
Combien sont ainsi déchues ! le grec ne nous ofTre-t-il pas la même décadence ? le latin qui peu à peu s'est transformé en italien sous l'influence des barbares et surtout de l'agonie de l'Empire ; l'arabe vulgaire, fantôme de l'arabe litl«''raire de la conquête musulmane.
Si donc nous envisageons l'homme au point de vue ethnique et linguistique à la fois, nous voyons (|uil existe de grandes divergences entre les classifications résultant de ces deux branches de la science.
Les causes en sont multiples : il y a d'abord les mélanges que je signalais plus haut ; ensuite bien des j)euples ont, par contact, abandonné la langue de leurs ancêtres. Les Étrusques sont devenus des Romains ; les Ibères, des Espagnols ; les Égyptiens, des Arabes ; les Normands, les Burgondes, des Français ; les Lombards, des Italiens, et il est bien difficile de se reconnaître dans ce dédale ethnique.
Par migrations, j)ar mélanges, par contacts, les groupes les plus divers se sont trouvés entrer dans une même famille linguis-
(l) C'est aux dixième et onzième siècles (Fir- (2) Le parsi, langue des Mazdéens de Perse,
<lousi)que le persan moderne fut à son apogée s'est mieux conservé que le persan moderne;
(depuis il n'a fait que décliner^. Il y «ut alors il est encore parlé dans quelques villes (Yezd,
«ne réaction contre les termes sémitiques: le Kirman, Téhéran, etc. iJ. M.) Oi«//) iiamelt est très pur à cet égard. (J. M.)
tique, et c'est cette entrée même qui leur a communiqué les aptitudes évolutionnelles de la race absorbante, leur faisant perdre leurs caractères propres. Ces groupes ont disparu, ils ne présentent plus d'intérêt que pour l'annaliste (1).
Chronologie. — Pour les temps antérieurs à l'histoire, il est impossible d'évaluer scientifiquement, même de manière approximative, la durée ou l'ancienneté des phénomènes.
Quoi qu'il en soit, bien des auteurs, s'appuyant sur des déductions inexactes ou des données incomplètes, n'ont pas hésité à prononcer les termes de milléniums, de centaines et même de milliers de milléniums. Il serait puéril d'attacher la moindre importance à ces évaluations ; mais il est cependant intéressant d'en citer quelques-unes, pour mieux faire sentir l'inanité de nos efforts dans ce sens.
« Que je porte l'apparition de la vie organique, dit E. Haeckel (2), à vingt-cinq, cent ou mille quatre cent millions d'années en arrière de ce jour, c'est ajjsolument équivalent pour mon imagination. 11 doit en être de même pour la majorité des autres hommes. »
Goldschmidt (3) ne compte pas moins de 1 .400 millions d'années, depuis l'apparition sur la terre des êtres organisés jusqu'à nos jours ; selon cet auteur, 93 millions d'ans se seraient écoulés depuis les débuts des formations tertiaires.
D'autres [li) estiment la durée des temps géologiques à 100 millions d'années seulement et répartissent comme suit ce nombre de milliers de milléniums :
Archéozoïque ou primordial, 52 millions d'années; palèozoïque ou primaire, 3/i millions; mésozoïque ou secondaire, 1 1 millions; cénozoïque ou tertiaire, 3 millions : anthropozoïque ou quaternaire, 500.000.
G. de Mortillet (5) accorde 230 ou 2/iO.OO0 ans à la durée des
(1)11 est bien des peuplades qui, refusant la (4) Chedner, Elém. de Geo/., 8« édit.. 1897. —
civilisation, sont destinées à disparaître; il en Nelmays, Enlgeschichle, 2' édit., 18H5.
est d'autres qui conservent leurs qualités et (5) G. de Mortillet, Evolution quaternaire
leurs défauts, bien qu'ayant perdu leur langue) de la pierre, \n Rev. de l'Ecole d'Anlhrop.,
et de ce fait décroissent; d'autres, enfin, qui VII' année, 1, 15 janv. 1897; Exlrait, p. 26. —
conservant toujours leur nationalité survivent Dans le Préhistorique, par G. et A. De Mortil-
à tous les événements et prospèrent dans les let.Ics nombres suivants sont indiqués: chel-
milieux les plus divers auxquels elles ne s'as- léen, 78.000 ans; moustérien, lOU.OUO ans; solu-
similent qu'en apparence. (J. M.) térien, 11.0(X) ans; magdalénien, 33.<X>0ans.—
(2) E. Haeckel, Origine de l'homme. Trad. Rutot (Essai d'évaluation de la durée des franc., note 20, p. 61. temps quaternaires, ds Bull, de la Suc. belge
(3) E. Haeckel, op. cit. de GéoL, t. XVHI, 1W4, pp. 12 à 23,j réduit ces
DES SOURCES DE LA l'RÉIIISTOlUE ET DE LIUSTOIRE 25
temps (|iiatei'naires, depuis Tapparition de rhomme (chelléen), dont '200.000 sont compris par rëpoqiie glaciaire et ses oscillations, et 30 ou /lO.OOO ans par le postglaciaire. La période historique ne comprendrait, dans ce cas, que 1/30" au plus de l'évolution humaine à partir de l'état paléolithique.
LyeU(l), étudiant un phénomène spécial, porte à 22/i.000 ans la période entière de submersion et d'émersion des îles Britanniques, que d'autres évaluations permettent d'estimer à 20.000 ou 7.000 ans par hectomètre de hauteur (2).
S'appuyant sur des données astronomi(|ues, le même géologue, Croll et J.Lubbock (3), placentla plus grande extension glaciaire entre 2/i0.000et800.000ans(récartestgrand),admettant80.000anspourles temps moderne3.L'homme(chelléen) serait donc vieux de 300.000 ans.
« Suivant d'autres auteurs, l'époque de grande extension des glaces aurait eu lieu de 225.000 à 350.000 ans avant notre ère et sa durée aurait été pour les uns de 160, pour les autres de plus de 2.000 siècles... la date tout à fait tardive du départ des glaces se[)tentrionales enlève toute valeur à de tels calculs {!i) ».
Quant à la durée de l'époque glaciaire: nous verrons (5) qu'en basant les calculs sur l'observation des phénomènes actuels au Groenland on arrive à un minimum de 1.000 années pour la durée de ces phénomènes quaternaires, et à 3.000 ans, en accordant 2.000 ans aux fluctuations.
Lyell admet (6) par ailleurs que la formation des tourbières danoises (7) a exigé 16.000 ans, tandis que Stecnstrup (8) réduit ce nombre à /i.OOO ans.
Heer (9) pense que l.liOO ans ont été nécessaires pour la formation des lignites quaternaires de Dûrnten (Suisse ; alors que Pretswich (10) estime que 600 ans sont suffisants.
nombres comme suit : Faune de l'Eléphant the date, diiration and condition of Ihe glacial
anlif^ue.ôO.OOOans; F. du Mammouth, 8i.00Uans; peiiod witli référence lo Ihe Aiiliquity of nian.
Faune du Renne, 5.000 ans, portant ainsi à in Quart. Journ. of Geol. Soc, 1887, p. 393, sq.
139.000 ans la période <iue G. et A. de Mor- (i) De Lapparent, Traité de Géologie, 6» éd.,
lillel estimaient à 22-2 000 ans. 1906, p. 1728.
(1) Cii. Lyell, Aniiq. vf man., i' éd., 1873, (5) Cf. chap. ÏU.
XIV, |). 33i. (6) Cii. LvELL, Ancienneté de l'homme, Irad.
(2) Cf. chap. IIL franc., p. 21.
(3) Croll, Geol. Mag., 18G7, p. 172. — Croll, (7) Pour l'étude des tourbières de la Suisse, Climale and Time, X^li), chap. XIX. — Cn. Cf. .1. Frlii et C. Schroter, Die Moore Lyell, Princ. of Geol., iO' éd., l. I, p. 275. — der Scliweiz mil Beriicksichligunij der Gesamlcn J. Llbbock, Prehisl. Times. 2" éd., p. 403. — Moorfrag. Berne, lilOi.
Le IIo.n, l'Homme fos.file, 2" éd., p. 296, sq. — (8) in Worsaae, In Préhifloire du Xord, 1878.
MoonE, Preglacial man and Geol. Chron. Du- i[9) Ukeix, Monde primitif de la Sui.'i.'^e, p. b9â.
blin, 1869. — J. Lvams, /'Aye de p/e;ve, trad. fr., (10) Puestwicu, Quarlerly Journ. of Geol.
l. I, p. 686. — Puestwicu, Considérations on Soc, 1887, p. 403.
26 LES PREMIÈRES CIVJLISATIOXS
Galliéron, Morlot et Tryon (1) admettent entre 6.000 et 3.300 ans pour l'antiquité des cités lacustres de Suisse.
Gosse (2), s'appuyant sur l'étude des terrasses du lac Léman, compte 18.280 ans depuis les débuts de l'époque du renne dans ces pays.
Morlot (3). basant ses calculs sur les déjections du torrent de la Tinière, trouve 64.000 ans pour la durée de la période néolithique et 38.000 pour celle de l'âge du bronze.
Ferry et Arcelin (4), étudiant les berges de la Saône, ont conclu à 1.500 ans pour l'époque romaine, 2.250 ans pour l'âge du bronze, 3.000 pour la pierre polie et 6.750 pour l'industrie quaternaire.
Kervilerj (5), s'en rapportant aux limons de la baie de Penliouët, fixe la date des armes et outils de bronze à 500 ans avant J.-G. et à 6.000 ans le commencement de la période géologique actuelle.
Lejeune (6), prenant pour chronomètre la formation de la terre de bruyère, compte 5.797 ans entre l'époque romaine et la pierre polie. Ces calculs revus par Gosselet donnent 5.300 ans.
Se basant sur le déplacement de l'axe terrestre, Roisel (7) propose 77.500 ans pour la fin de Tâge chelléen: de cette date à /i6.000 pour le moustérien, 35.500 pour la fin du solutréen, de 35.500 à 25.000 pour le magdalénien, de 25.000 à l/|.5O0 pour le robenhausien, de 1^.500 à '4. 000 pour l'âge du bronze (dernière période glaciaire selon lui) ; enfin il déclare que l'âge actuel commencé en /lOOO avant J.-G. se terminera en 6500 de notre ère (8).
Mais l'une des plus curieuses appréciations des temj)s est celle
(1) Galliekon, Acles Je la Soc.Jurans. d'Emu- de laSaone. Lyon, 1808. — Arceu.n, Eludes d'urlaliun, 1860. (Cf. Morlot, .Soc. Vaudoise de.t se. cliéologie préhislorique. Paris, 1875. — Arce[.i.\, nat., Ih janv. 1662). — Tro\os, Bull. Soc. Vau- la Chronologie iiréhi.slorique. Mùcon, 1874; doi.se, 1862. — Cf. Lykll, Anriennelé de ibidem. Congrès de Paris, 18f)7, p. 260 ; /6;Wem. l'homme, trad. fr., pp. 34-:fâ. — J. Libbock, Matériaux p. l'hiat. de Ihomme, t. IV, p. 39. l'Homme avant l'h'ixloire, trad. fr., p. 3-20. — (5) Kerviler. l'Age de bronze et tes Galtn- De N.\daii.l.'\c, Premiers Hommes, t. II, p. 33;). Romains à Saint-Nazaire. Paris, 1877. — Cf. Ftei<.
— De Quatrefages, l'Espère humaine, p. 101. arc/iéo/., 187(), t. II, p. 224; t877,t. I, pp. 145,230,
— De Mortillet, le Prehistoriiiue, p G18. 342; Acad. des sciences, 9 avril 1877; Ilutl..Soc.
(2) Cf. Cautaii.hac, iU(iîe>(«iJX, t. XX, p. IGl. Anthrop, 1877, p. 30O ; /?ei'. d'Anthrop., 1878,
— Assoc. /rançaise, 188G, p. 171. l. VII, p. G6. — G. de Mortili.et, te PréhisL,
(3) Morlot, Huit. Soc. Vaudoi.-te, t. VI, ii" 4t5. p. G20. — De ^admllac, les Premiers Hommes,
— Cf. Ibid.,ib janv.l8G2, t. IX, n» 55. — Lyell, l. II, p. 337.
j4)iCie/i/ie/e f/e /'/lomme, trad. fr., p. 33. — BouÉ, (') Cf. Matériaux pour t'hist. de l'homme.
Ueber Geol. Chronologie, p. 13. — J. Lubbock, l. VIII, p. 151.
l'Homme avant l'histoire, p. 356. — Pozzy, ta (7) Koisel, Essai de Chronologie des temps
Terre, p. 415. — De Nadaillac, Premiers préliistoriques. Paris, 1900.
Hommes, t. 11, ]>. 336. — Soutiiall, Recenl (8) Citons, pour mémoire, L. Rémond, Douze
origin of Man, p. 475. — De Mortillet, le cent mille ans d'humanité el l'âge de la terre, par
Préhislorique, p. 621. l'explication el l'évolution périodique des climats,
(4) Ferry cl Arcelin, le Maçonnais préhis- des glaciers et des cours d'eau. Monaco, 1^2, torique, pp. 85, 104. 123. — Arcelin, les Berges in-12.
DES SOLRCKS DE LA FRÉUISTOinE HT DE I.HISTOIHE '27
(le Broca. « Après avoir constaté <|ii'onti-e la grotte du Moustier et celle de la Madelaine, dans la vallée de la Vé/èie, il y a une diflérence de 27 mètres, M. Broca écrivait : ce creusement de 27 mètres, dû à l'action des eaux, s'est eflectué sous les yeux de nos troglodytes et depuis lors, pendant toute la durée de l'époque moderne, c'est-à-dire pendant des centaines de siècles, il n'a fait que très peu de progrès. Juge/ d'après cela combien de générations humaines ont dû s'écouler entre l'époque du Moustier et celle <le la Madelaine (l) ! Or, d'une part il y a eu seulement depuis l'époque des plus hautes cavernes, déblaiement d'une vallée occupée par des dépôts meubles, et dautre part, s'il ne s'est rien fait depuis ce déblaiement achevé, c'est (pie la rivière avait conquis sa pente d'équilibre (2). »
De même cju'il ne nous est pas permis d'estimer les dates anté-historiquos, de morne il n'est [)as possible d'évaluer l'âge d'une ruine d'après l'épaisseur des débris qu'elle renferme ; la progression de ces couches ayant été forcément très variable. Fl. Pétrie (3) a cru pouvoir proposer une échelle proportionnelle d'un mètre d'exhaussement moyen par siècle. Cette échelle appliquée au Tell de Suse (hauteur 30 mètres maxima) donnerait à la capitale Elamite une durée de 3.000 ans alors que nous savons (ju'en 5000 avant J.-C, elle existait déjà et qu'elle n'a cessé d'être habitée qu'au quinzième siècle de notre ère, ce qui lui donne une durée minima de 6.500 ans; correspondant à 65 mètres de hauteur suivant F\. Pétrie, alors que les terres des villes successives n'ont formé qu'une butte artificielle de 30 mètres. 11 en est de même pour la plupart des ruines de la Chaldée.
Lorsque, dans les débris accumulés sur l'emplacement d'une ville antique, on constate une transition brusque d'une civilisation à une autre, la surface de contact correspond non pas à une invasion pacifique ou militaire; mais bien à un hiatus pendant le(juel la ville a cessé d'être habitée. Lorsqu'une population reconstruit une ville ruinée, elle le fait par les moyens indigènes, en conservant ses goûts et ses usages; et si la civilisation de ses vainqueurs est destinée à dominer cette culture ne s'établit que progressivement, se substituant peu à peu aux coutumes d'autan.
(I) Association from;.; Congre! de Bordeaux, (2) De Lappaiikm, Traité de Gcoloyic, 6" t<i.,
p. 1-212. lyOG, p. 1728.
(3) Tellel Ilesij, p. 15.
Il ne peut donc, en aucun cas être tenu compte des épaisseurs de débris dans la recherche des âges absolus.
De toutes ces évaluations, et de bien d'autres encore que je ne crois pas devoir citer, rien ne doit être retenu ; car aucune d'elles ne s'appuie sur des bases rigoureusement scientifiques. Les phénomènes observés sont loin d'être simples dans la nature : non seulement ils varient suivant des lois que nous ne possédons pas, mais ces lois sont elles-mêmes troublées par des influences secondaires parfois fort importantes. En sorte que ce qui nous semble, à première vue, être le facteur principal n'est souvent qu'un terme nég-liffeable de la formule.
Quant à la chronologie historique, elle doit reposer uniquement sur des textes sinon contemporains du moins très voisins de l'époque envisagée.
En aucun cas il ne doit être tenu compte des temps indiqués par les légendes ou les mythes.
Les histoires, chioniques, annales et autres écrits très postérieurs aux événements, n'olIVent qu'une valeur indicative; et, avant d'entrer dans la chronologie historique, doivent être vérifiés.
En mettant en jeu tous les éléments fournis par l'histoire universelle et en synchronisant les faits pour lesquels nous possédons des documents précis, nous parvenons à fixer une foule de dates venant encadrer les récits (1).
(1) Oiielques synchronisnu's i)ciivent ôlic établis d'une façon certaine, par exemple ceux d'Aménopliis IV, roi d'EgyiJlcavecBourna-Bouiiach, roi cosséen de Babylone cl de Chéchonq 1, roi d'EyypIe avec Jéroboani, roi d'Israël. En ce qui concerne Bourna-Bouriach, roi cassite, nous savons que celte dynastie réynail vers 1400 av. J.C. parce que Nabonid [b'>b à 538) nous enseigne, par ses inscriptions, que le roi cassite Chagacli-alli-bouriach régnaitSOOansavanl lui. Mais d'autre part noussavons que Bourna-Bouriach était contemijorain de Pouzour-Aclichour, roi d'Assyrie, et nous savons aussi <(ue Fouzour-Acbchour vivait avant Achchour-Ouballit, roi d'Assyrie. Nal)onid nous dit, que Bourna-Bouriach vécut 7U0 ans après riamrnourabi. Assourbanipal (667-62G) dit que le roi élaniile Koudour-Naiiliounta envahit la Babylonie 1635 ou 1535 ans avant l'époque où lui-même s'empara de Suse, c'est-à-dire en 2285 ou 2185 av. J.C. Or c'est Ilamniourabi qui renversa le pouvoir élamite en Chaldée ; il vécut donc après Khoudour-Nakhounla. C est donc vers2-2(X» av. J.-C. que nous devons placer l'époque de son règne. 11 s'ensuit que Bourna- Bouriach, qui vécut 700 ans après Ilamniourabi, régna vers 1450 ou 1400 av. J.-C Maintenant il nous faut revenirà Achchour-Ouballit,
l'un des successeurs de Pouzour- Achcbour, roi d'Assyrie, dont la date peut être li.vée au moyen des données suivantes: Bammàn-nirâri déclare être l'arrière-petit-fils d'Achchour-Ouballit. D'aulre part, Salmanasar I se dit lîls de Rammàn-niràri I, et Toukoulli-Ninip affirme être le fils de Salmanasar I.— Sennachérib fil faire sur argile une copie d'un le.vte de Toukoulli-Xiuip qui avait été gravé sur un sceau de lapislazuli ; ce sceau avait été tiansporlé d Assyrie à Babylone et fut retrouvé par Sennachérib lorsqu'il s'empara de celle ville. Nous savons (pie Sennachérib régna d'environ 705 à 081 av. J.-C. el Sennachérib nous dit que le sceau de Toukouiti-Ninip avait été emporté à Babylone 600 aii^ avant son temps. Il s'ensuit que la limite inférieure du règne de Toukoulli- Ninip doit être placée au plus lard en U80 av. J.-C; et comme rien ne prouve que le sceau de ce roi fùlde son vivant transporté à Babylone, nous pouvons allribuer à Toukoulti-Niiiip la date de 1300 environ av. J.-C Mais nous avons vu qu'Achchour-Ouballil était le cinquième ancêtre (graiid-grand-grand-grand-père) de Toukoulti-N'inip ; il a donc vécu environ cent ans avant lui. Donc Achchour-Ouballit ne peut pas avoir vécu plus lard que 1400 ans av. J.-C Ceci étant acquis, nous savons que les lettres
DES SOURCES DE LA IM^KIIISTOIIŒ KT DE LllISTOlHE
Toute autre méthode chronologique n'étant pas scientili([ue doit être rejetée. Pou i- h's débuts de l'hisloire, sur tout, il est essentiel (le l)ien faire ressortir les dates rigoureuses, de celles qui seulenuMil sont supposées ou approchées. Il en est de même ch<v. tous les peuples dont nous j)ossédons peu l'histoire et (|ui, cependant, vivaient aux temps où d'autres nous fournissent une chronologie exacte. Si nous parlons d'eux à ces époques, ce ne doit être qu'en faisant toutes réserves snr le synchronisme adopté.
Telles sont les principales sciences à même de fournir les hases sur lesquelles s'établissent la préhistoire et les débuts de l'histoire de l'homme. J'ai cru devoir insister plus longuement sur la linguistique que sur les autres ; parce (ju'à mon sens elle joue un rôle préj)ondérant dès que nous approchons des temps historiques. Pour les époques plus reculées, elle n'est d'aucun usage; c'est à l'anthropologie et à l'ethnographie seules que nous devons avoir recours, en ce qui concerne l'homme et les [)roduits de son industrie, dans les temps antérieurs à l'écriture.