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II. — Des sources de Ihisloire proprement dite

Les documents sur lesquels s'appuie l'histoire (2) proprement dite sont de quatre natures dilférentes :

1° Les textes contemporains des événements, inscriptions, monnaies et médailles, histoires, annales et mémoires.

(le Tell el Aniorna étaient écriles an roi Ameiiophis IV, par Achchour-Ouballit son contemporain, c'est d'inc vers 1400 av. J.-C. que nous devons placer Aménophis IV. Nous avons vu plus haut que Bourna-Bouriach était le contemporain de Pouzour-.Vchchour, roi d'Assyrie, prédécesseur dWciicliour-Ouballlit. C'est donc vers 1430 qu'il vécut. Mais nous savons également que Bourna-Bouriach était en relations de lettres avec Aménophis III. Nous sommes donc autorisés à dire que le début du règne de ce Piiaraon ne peut être postérieur à 1450av. J.-C. Ainsi se trouve établi le synchronisme.

Un autre non moins important est celui qui relie Chéchonq I, roi d'Egypte, à Jéroboam, roi de Juda vers 950 av. J.-C. Le premier fait historique syrien dont nous connaissons la date d'une manière certaine est la bataille de Kharkhar (854 av. J.-C) dans ia(pielle .Vliab et ses alliés furent défaits par Salmanasar IL roi d'Assyrie, qui régnait de 859 à 8^25 av. J.-C. C'est en partant de ces dates (ju'il a été possible de calculer celle de Chechon([ I el de

Jéroboam. (E.-A. WALiis-BincE, .4 Hislonj of Egi/pt , vol. L 1902; Eytjiil, in Ihe Neolithic and Arcliaic periods, p. 153, S(].)

'1) J. DE Morgan, les Recherches archéologiques, leur but et leurs procédés, ds Revue des Idées, 1900.

(2) L'histoire se définit suivant la manière dont elle est traitée, (^est le « récit des choses dignes de mémoires » [Dict. de l' Acad.fr ); c'est " une narration ordonnée des choses notables dictes, faictes ou advenues dans le passé pour en conserver la souvenance à perpétuité » (Amyot, Préface. Trad. Plutan]ue)pour lesannallstes ; c'est « la science du développement de la raison « (L. Bouroeau, i Histoire et les Historiens. Paris, 1888, p. 5.) pour ceu.\ qui n'envisagent que l'esprit humain. Ces délinitions ont toutes le grand défaut de ne pas être générales A mon sens, l'Histoire est la .science des enriutinemenis du progrès humain, comprenant les faits, leurs causes et leurs résultats en ce (jui concerne 1 humanité, tant au point de vue matériel, qu'à celui des idées. fj. M.)

30 LES PREMIÈRES CIMLISATIO.XS

2" Les documents archéologiques, monuments et objets divers rencontrés sur le sol ou dans le sol.

3" Les écrits postérieurs aux événements qu'ils narrent. Il" Les considérations tirées des sciences dont j'ai parlé plus haut (géologie, zoologie, botanique, anthropologie, ethnographie, sociologie, linguistique), auxquelles il convient d'ajouter les observations sur les industries, les arts, le commerce, les connaissances scientifiques, etc.

Les sources rédigées au temps des événements sont, sans contredit, celles de plus grande valeur ; car elles renferment les témoignages. Les secondes, bien qu'étant du même ordre, sont souvent d'une interprétation difficile et par suite donnent lieu à des déductions douteuses. Ouant aux troisièmes, elles exio^ent des vérifications avant d'être employées et les quatrièmes ne peuvent,, en général être d'usage que pour Texplicatiou des sources qui précèdent.

Les textes contemporains, inscriptions sur pierre, argile, papvrus, parchemin, poterie, etc. (1), sont des éléments certains. INIais avant d'en accepter les dires, il est bon de vérifier leurs assertions par d'autres textes d'origine étrangère ou par des faits ; car souvent, par vanité les inscriptions triomphales dénaturent la vérité ; augmentant la portée des événements glorieux, amoindrissant la portée des revers.

Pour l'Assyrie, par exemple, dont, dans la plupart descas, nous ne connaissons les annales que par les Ninivites eux-mêmes ; les victoires sont souvent amplifiées et les défaites, comme bien on pense, passées sous silence. Ce n'est que par les récits égyptiens,

(1) Voici les époques approximatives des Grec. Vers le septième siècle av. J.-C. premiers textes connus dans les principales Latin. Vers le sixième siècle av. J.-('. langues : Punique. Huitième siècle av. J ~V.. (Car- Egyptien. Tablette d'ivoire du lombcau de thage ) Menés, XL' siècle env. av. J.-C. (Cf. De Mok- Ibérien. (Sur les monnaies). Premier siècle GAN, Rech. orig. Eyijple, 1897). av. J.-C.

Akkadien. Antérieurement à 3800 av. J.-C. Rhune. Premier siècle ap. J.-C.

Elamile. Vers le quinzième sièile av. J.-C. Cliinois. Dix ou douzième siècle av. J.-C.

Assyrien Quinzième siècle av. J.-C. ? Perse. Texte de Cyrus (Persépolis^ vers

Hébreu. Sixième siècle av. J.-C? 5^5 av. J.-C.

Araméen. Huitième siècle av. J.-C Indien. Troisième siècle avant J.-C

Phénicien. Dixième siècle environ. Indobaktrien. Troisième siècle av. J.-C.

Héléen. Date incertaine, antérieure au dix- Textes d'Açoka.

huitième siècle av. J.-C Zend. Zend-Ave-la attribué au deuxième

Chypriote. Sixième siè< le av. J.-C. (Cl. siècle ap. J.C., n'existe qu'à l'état de copies

Bréai.,.S. ledéchiff. des iiiscr. chypriotes. Pan^, récentes. (Seizième siècle ap. J.-C.)

1877, in-i, 26 p.) Etrusque. Sixième siècle av. J.-C.

Cretois. Vers le quinzième siècle av. J.-C. Proto-Elamite. Vers le trentième siècle av.

Carien. Septième siècle av. J.-(.!. J.-'J.

Phrygien. Septième siècle av. J.-C

DES SOUHCES DE LA PRÉHISTOmE ET DE L'HISTOIRE 31

J>abyloniens, élamites, vanniques, otc, qu'il est possible derectifier ces supercheries, etil eu est certainement de même, dans bien des cas, pour les récits pharaoniques, chaldéens, anzanites, ourartiens et autres.

Malheureusement, il est bien rare que nous rencontrions des documents de deux sources dilTé rentes relatifs à un même fait historique ; le vaincu n'ayant jamais narré sa défaite. Mais il arrive parfois (|ue les deux s'attribuent la victoire. Dans ce cas, ce n'est que par les événements postérieurs et antérieurs, par des considérations sur l'ensemble de la politique à cette époque et dans ces pays, qu'il est possible de reconnaître celui des deux qui réellement a remporté l'avantage.

En Egypte comme en Ghaldée, la vanité ou le fanatisme portait les vainqueurs à détruire les inscriptions triomphales des peuples dont ils mettaient à sac les villes. Ainsi, bien des documents furent irréparablement perdus.

Les Elamites, cependant, moins barbares que leurs adversaires, se contentaient souvent d'emporter comme trophées les monuments, se faisant probablement grand honneur des hauts faits de ceux qu'ils avaient vaincus. Grâce à cette coutume, beaucoup de documents chaldéens sont parvenus indemnes jusqu'à nous(1).

En Egypte, les inscriptions couvrent les rochers, les murailles des temples et des tombeaux ; en sorte que par leur grand nombre, par la duretéde la matière dans laquelle elles étaient gravées, elles ont généralement échappé au vandalisme; cependant celles laissées par les Hyksos ont été systématiquement martelées par haine pour les noms qu'elles étaient destinées à transmettre à la postérité (2). II en a été de même pour les inscriptions du schismatique Ivhouenaten (Aménophis IV) après le rétablissement du culte orthodoxe (3).

Les tablettes d'argile et les briques inscrites employées dans les constructions, sont, en Asie, les documents écrits qui ont le mieux résisté ; leur très grande abondance, la difficulté qu'on rencontrait à les détruire les a sauvés. Malheureusement, ces textes historiques sur briques sont fort courts, et ceux plus

(1) Le souverain élamite Choiitroiik Nak- (2) Cf. Musée du Oaiiv. Monuments décou-,

liounta est celui qui a rapporté à Suse le plus verts par Mariette dans les ruines di- Tlia-

^rand nombre de trophées épigrapliiques de nis.

M'- campagnes en pays sémitiques. (Cf. Mé- (3) Cf. Sépultures de Tell f\ Amarn«.

inuin's de la Délétjdlion en Perse.)

étendus sur tablettes n'ofïVent,le plus souvent, qu'un intérêt secondaire (1).

En Ghaldée, les briques presque toujours estampillées, sont peu variées. A Suse, et presque partout en Elam, au contraire, elles ont été inscrites à la main, sur la tranche, avant la cuisson et chaque prince, ayant construit, inscrivit sur ses matériaux son propre nom et celui de son père. C'est en s'appuyant sur ces données que V. Scheil a pu reconstituer avec certitude la liste des souverains élamites.

B,, roi de Suse, fils de A., roi de Suse, construit un temple; C, roi de Suse, fils de B., en construit un autre, et ainsi de suite.

Cette liste étant établie, d'autres documents viennent fournir le nom de personnages contemporains, ayant vécu dans d'autres pays ; et parfois nous connaissons la date de ces étrangers. 11 s'ensuit, alors, que certains points sont fixés chronologiquement dans la liste élamite,et que les intervalles entre ces dates sont occupés par les règnes des souverains dont l'époque varie entre deux limites fixes.

En Chaldée, tous les documents écrits (2) sont donc sur pierre ou sur argile. Il en est de même pour tout ce que nous possédons comme originaux sur les Perses, les Ourartiens, les Elamites et quelques peuplades sémitiques de la Syrie (3).

En Asie Mineure, chez les Hétéens, les Cypriotes, les Grecs; et en Europe, chez les Etrusques, les Latins (/j), les Gaulois, les

;1) Leslexles sur tablelles d'argile sont parfois extrêmement nombreux. Il sulfira de dire «juils composaient à Koyoundjik (Ninive) la bibliothèque royale et que par ailleurs, dans certaines localités (Telloh), on en a rencontré des groupes de plus de trente mille.

(2) Ce qui dislingue les écritures modernes rationnelles des écritures antiques, c'est ((ue nos écritures se composent uniquement de signes conventionnels et excluent l'idée de figuration. C'est dans cet esprit que désormais évoluera l'écriture dans les rares pays où les procédés antiques sont encore en usage. Pour rendre les services qu'on attend d'elle, l'écriture doit être aussi cursive que possible. Cette condition exclut de l'usage une foule d'écritures compliquées de l'Orient, et quel(|ucsunes encore usitées t-n Europe, telles les écritures slaves et gotliiques. Toutes disparaîtront devant l'alphabet latin dès aujourd'hui le plus /usité et pouvant s adapter à toutes les langues Cf. Alphabets linguistiques de Le[)sius, de Ros- ;ty, etc.l. Il y a phis d un siècle que l'application de l'alphabet latin à toutes les langues a été préconisé (Cf. C.-F. Volmev, Simplification

des langues orientales ou méthode nouvelle et facile d'apprendre les langues, arabe, persane et turque, avec des caractères européens. Paris, an III de la République (1795). in-8.)

C'est par suite de l'extrême difliculté de rendre cursives les écritures hiéroglyphiques et cunéiformes que toutes deux ont disparu de bonne heure. (J. M.)

(3) Certainement, pour l'Asie antérieure, tous les textes n'étaient pas écrits sur pierre, argile ou métal ; il en était (comme en Egypte) sur bois, parchemin, étoffe, etc. Mais ils ne sont pas arrivés jusqu'à nous, par suite de l'humidité de ces régions. Dans les fondations du temple de Chouchinakà Suse, nous avons rencontré de minces feuilles d'or et d'argent qui probablement plaquaient des objets de bois ; elles sont couvertes de signes (Cf. Mém. Délég. en Perse, t. VII, pi. XII.) Les textes assyriens parlent parfois de chars couverts de peintures (Cf. Inscrip. d'Assourbanipal.) Ces ornements étaient sùrementacconqiagnés d'inscrii)tions.

4) Sauf les papyrus découverts à Ilerculanum (Cf. Musée de Naples) et en Egypte.

DES souRCKs Di: LA PHKnisToirŒ i-T DE LnisToiiu- :\:^

Ibères, (île, nous ne possédons que des documents contemporains (les faits, écrits sur pierre et sur métal.

En Egypte (1), grâce aux merveilleuses facultés conserva- Iriccs du climat cl du sol, les documents ne sont pas uniquement sur pierre; mais aussi sur bois, cartonnage, papyrus, |)archemin, étoile, etc. On rencontre non seulement des textes hiéroglyphiques, hiératiques et dénjotiques; mais aussi du grec, du latin, de l'araméen, de l'hébreu, tlu pehlevie, sans compter un certain nombre d'écritures encore indéchiflVées.

A ces documents écrits, contemporains des événements, il convient d'ajouter les monnaies et médailles (2), dont le secours est grand à partir du septième siècle avant notre ère. Parfois elles sont datées (3); toujours elles fournissent de précieuses indications historiques (/i) et géographiques (5).

Il n'existe aucune monnaie ou médaille portant des textes hiéroglyphiques ou cunéiformes; cependant ces systèmes d'écriture étaient encore en pleine vigueur lors de l'usage du numéraire. En Egypte, la frappe ne commence qu'avec les Ptolémées; en Perse, on monnayait pour la couronne, sous les Achéménides, l'or et l'argent sans légendes ; mais avec texte phénicien ou araméen dans les satrapies de Syrie et d'Asie Mineure.

Pour les temps très anciens, jusqu'au troisième siècle, les légendes numismatiques furent en grec, en phénicien, araméen, punique. C'est plus tard seulement qu'on vit apparaître le latin, libérien, le bactrien, l'himyarite, le pehlevie, etc., et le chinois: mais je reviendrai plus loin sur cette importante question i\\i numéraire et de sa circulation de par le monde.

Telles sont les sources les plus sures des premiers tem|)s historiques; il convient d'y ajouter quelques auteurs très anciens, tels

(1) C'est surtout au coins du nouvel Empiro (3) Les monnaies des rois de Syrie, entre (XVIII' à XXIl' djnastics; que, la préparation antres, sont datées d'une ère spéciale dite des des momies étant plus soignée, les papyrus Séleucides commençant en 312 av. J.-C. et. c[ui accompa<T;naient le corps sont les mieux qui fut usitée, dans bien des pays de l'Orient conservés (Cf. Musée du Caire, papyrus (Syrie. Perse) sous les Parlhes (Egypte, etc.). royaux de Deïr el Bahri, des prêtres d'Am- (4) Bien des dynasties ne sont connues que mon, etc.); pour l'ancien et le moyen empire. parla numismatique, celles entre autres de la conservation laisse beaucoup à désirer. On Bactriane, de Persépolitainc, d'Elymaïde, etc.: rencontre aussi des papyrus, et en nombre. sans compter les usurpateurs romains sur les dans les ruines des villes. I.e Fayoum en a quels l'histoire se lait, tels Pacatianus. Do fourni une grande quantité, la plupartsonl de mitianus (emp. gauloisj, etc.

basse époque (ptolémaïque ou romaine). (J M.) (5, l'resque toutes les villes grecques el phé

(2) Cf. Kn. Lknormant, la Monnaie dans l'an- niciennes de l'antiquité ont frappé monnaie. liqaité. Paris, 1878, 3 vol. — Id., Monnaies et Les indications que fournissent ces médailles médailles, ds Bibliol. de l'Enseignement dex ont permis de contrôler les dires des géografieaux-Arls. phes. Plolémée, Strabon.etc.

3/i LES PREMIÈRES r.l\ ILISATK t\S

que Gtésias, Bérose, Sanchoniaton et Hérodote qui, pour la plupart, ne nous sont malheureusement parvenus qu'à l'état de fragments, tous sous formes de copies de seconde main.

Chez ces auteurs, il faut distinguer deux classes dans les sources : l'une correspondant aux faits que ces écrivains ont vu se dérouler, l'autre comprenant les renseignements qui leur ont été narrés par les indigènes ou par les prêtres (1). Pour les événements s'étant passés de leur temps, ces historiens sont fort précieux ; pour les autres, ils rentrent dans la catégorie des auteurs postérieurs; avec cette différence qu'étant beaucoup plus anciens que la plupart des classiques, ils ont souvent puisé dans des sources originales disparues après eux et avant leurs successeurs.

L'Orient posséda de nombreuses bibliothèques, en Egypte (2 et en Chaldée (3), chaque temple avait la sienne ; les villes de Phénicie conservaient leurs annales. Tous ces trésors ont été détruits : nous n'en possédons que d'informes et rares débris et il n'y a guère d'espoir qu'on retrouve jamais les ouvrages perdus.

Des fragments qui nous restent des auteurs classiques, nous ne possédons pas les originaux, sauf dans quelques rarissimes papyrus trouvés en Egypte. Il ne nous est parvenu que des copies faites au moyen âge et souvent fautives, spécialement en ce qui concerne les nombres et les noms propres; il y a donc lieu d'être très circonspect en ce qui regarde ces données. Ces auteurs onl toutefois été, dans ces derniers temps, l'objet d'études très attentives de la part d'hellénistes de premier ordre, et les éditions dont nous disposons aujourd'hui, ayant subi toutes les correction.s et rectifications dont elles étaient susceptibles, présentent de sérieuses garanties.

En ce qui touche à l'histoire du monde oriental, les auteurs grecs ont défiguré les noms propres à tel point qu'il est parfois très difficile de les reconnaître dans ceux fournis par les documents originaux (4) ; de sorte que les listes classiques de souve-

(1) A ce point de vue Hérodote est fort pré- [Musée britannique), mais elle renfermait peul- ■cieux, car il indique toujours ses sources. être aussi des parchemins, papyrus et. autres

(2) Dès la VI'^ dynastie, un haut fonctionnaire matières qui ont disparu. A l'époque d"Ale3sanprend le titre de « Gouverneur de la maison dre les bibliothèques chaldéenncs sur ai^le des livres ». (Lepsius, Denkm., II, 50.) Le lem- existaient encore (Simplichjs, Commentaire sur pie dlmhotpou. à Memphis, avait sa bibliothè- Arislole. De Caelo, p. 503. A.)

que (G. Maspero. //f.sfo/re a/ic. de.s peupfp.'? (/e (4j ilsaor/pt; = Zoserliti. (Pharaon delà

VOrkni, b' éd., 1893, p. 74 ) j|j. dynastie); KepaepT.ç == Snofrou (HI« Dyn.l ;

(3 La bibliothèque du palais d'Assourbanipal ,, . u . ..r .i.,i t^

à Ninive, découverte par Layard (JVia.t^eA end A.aspijç - Amenemhat lil XW Dyn. .

Babylun), se composait de tablettes sur argile SxEfjiidopi: = Sovkounofriou {XII« Djn.).

DES SOL'RC.HS UK LA IMîKlIlSTOIlU-: l.T Hi; I. IIISTUIUK .S.",

rains ne doivent plus entrer en ligne tie compte. Ce sont seuls les noms tirés des écrits indigènes qui méritent considération (1 1.

Jusqu'au début du dix-neuvième siècle, nous ne possédions, pour nous guider dans l'histoire de la haute antiquité, que ces auteurs et la Bible à laquelle on attribuait une antiquité extrêmement reculée, alors que sa rédaction n'est certainement pas au plus tôt antérieure à Hérodote. Aussi Tliistoire n'était-elle composée alors que d'un tissu de fables et de légendes dans lesquelles les peuples hébreux et grec jouaient le rôle le plus important, comme passant pour avoir été les seuls promoteurs des idées philosophiques et de la civilisation moderne.

A peine connaissait-on les auteurs arabes, arméniens, pejsans, syriaques qui, lors de leur étude, déçurent d'ailleurs l'altente; car, en ce qui regarde l'anticjiuté. ils nont fait que copier sans discernement (2) les classiques et n'olTrenl d'intérêt que pour les faits dont ils ont été témoins, c'est-à-dire pour des événements postérieurs au début de notre ère.

C'est donc seulement depuis la découverte de l'interprétation des langues mortes orientales qu'est réellement née l'histoire ancienne. Chaque jour elle se complète par la découverte de nouveaux textes d'une inestimable valeur et peu à peu nous la posséderons sans lacunes ; mais intei'viennent alors de grandes difficultés, le déchiffrement de ces textes et leur interprétation.

En Egypte (3) la tâche est devenue moins ardue depuis les admirables travaux de Champollion, de Lepsius, de Brugsch, de Rougé, de Maspero, etc. On lit les hiéroglyphes avec facilité : quoit(ue la comjîréhension de l'esprit de ces textes soit souvent fort difficile, surtout alors qu'il s'agit de compositions philosophiques. Cela tient non pas à l'imperfection de la méthode de lecture, ni à l'insuffisance de nos connaissances en égyptien; mais bien à ce que nous ne pensons pas encore dans l'esprit de ce peuple. Les nombreusescritiques dont la traduction du Livre des mor/s, par Maspéro. a été l'objet, n'ont pas avancé la question et n'ont guère eu pour

^11 Bien des liisloriens, Hérodote le premier, (2) Moise de Korcne l'avoue lui-même (Cf.

onl cherché à encadrer les faits historiques Irad. V Langlois.j J. de Mokgan, Miss, se

daus une formule générale séparant nettement au Caucase, t. II, p. l^t, entre autres,

les diverses phases. Mais cette tendance se (3) L'usage des hiéroglyphes s'est con-

trouve cocnbaltue jiar les continuelles decou- tinué, sans grandes inodilirations, dccuis

ve-les de lestes contemporains des faits. G est I époque de Menés, jusque 1 Empire roniain.

ainsi que les trouvailles récentes de G. Le- Ln déblayant en 18 3 le lemplo d'Ombos j'ai

grain à Karnak portent une grave atteinte à la trouvé, gravé sur l'une des colonnes de la

succession des dynasties pharaoniques. (J.M.) cour le cartouche, de l'Empereur Géta (J. M.)

résultat que de montrer l'énorme supériorité de l'égyptologue français sur ses contradicteurs.

Pour les textes cunéiformes (1), c'est une tout autre chose ; d'abord parce que les signes sont bien moins facilement reconnaissables que ceux du système hiéroglyphique; ensuite parce que cette écriture s'est modifiée suivant les temps et suivant les pays qui l'employaient et que, su r l'argile, elle était devenue, surtout vers la fin de son usage, extrêmement cursive et embrouillée ; parce qu'enfin elle a été mise au service d'un grand nombre de langues très difTérentes, tant par leur vocabulaire que par leur structure grammaticale, l'akkadien, l'assyrien, l'anzanite, le vannique, le perse, etc.

Les assyriologues sont beaucoup moins nombreux que les égyptologues; d'abord parce que leur science est plus ardue, ensuite parce que les documents asiatiques étaient jusqu'à ce& derniers temps bien moins abondants que ceux de la vallée du Nil et que, par suite, il était moins aisé de s'exercer.

A peine compte-t-on aujourd'hui, en Europe, quatre ou cinq de ces savants dont l'opinion fasse autorité et, parmi eux, est Y. Scheil que j'ai la bonne fortune et l'honneur d'avoir pour collaborateur dans mes travaux en Perse. Son nom restera à jamais attaché à sa magistrale traduction des lois de Hammourabi (2) et au déchiffrement des textes élamites (3), tour de force accompli sans l'aide d'un bilingue.

Pour les époques qui suivent le cinquième siècle avant Jésus- Christ, nous sommes peut-être moins riches en documents épigraphiques (ù) ; mais, jusqu'à notre ère, les historiens se contrôlent les uns les autres, tandis que l'épigraphie et la numismatique viennent corroborer leurs assertions.

C'est pour cette époque que le champ est le plus largement ouvert à la critique; parce qu'elle est celle pour laquelle les renseignements sont les plus nombreux. Mais, là encore, on est, à mon sens, tombé dans un excès en portant l'hellénisme si haut qu'il écrasa longtemps toutes les autres branches de l'histoire. Certes lesGiecs méritent une très grande place parmi les peuples

(1) L'inscription cuiiriforme la plus moderne (i) Cf. V. Scheil. iUf'/n. (/e la Déléy.en Perxc^

connue jusqu'ici, porte le nom tlu roi P.'irlhe t. IV.

Pacorus(77-lll ap. J.-C ), contemporain de l'em- (.3) Cf. V. Scheil, Mém. de la Délég. en Perse.

pereur Trajan (Cf. J. Oppert. Mélanges dAr- t. IH, 1901; V, 1904; IX, 1907.

rhéologie égyptienne et assyrienne, t. Lpp- 33- (4) Les textes lapidaires très nombreux sonl

29). beaucoup moins longs et importants.

DES SOURCES DE LA PKÉllISTOIUE ET DE LIIISTOIIŒ 37

auxquels nous devous la civilisation ; mais ils ne sont pas seuls dans les temps qui précédèrent la prépondérance romaine et ils ne sont pas les auteurs de tous les progiès. Leur rôle politique, jusqu'à l'entrée en scène d'Alexandre III, n'est, en somme, que très secondaire.

Cette tendance s'explique par ce fait que les études grecques, plus abordables que celles des langues orientales, ont été dans tous les pays européens très suivies depuis jjlusieurs centaines d'années; que les hellénistes étant très nombieux et comme presque tous les philologues, souvent quelque j)eu (exclusifs, ont donné aux Hellènes une position trop importante pour le rôle <|u'a joué cette famille jusqu'au quatrième siècle avant J.-C.

Ainsi, fréquemment l'histoire s'étend sur les faits et gestes d'insignifiantes petites bourgades grecques; alors que des actes très importants du monde oriental sont presque passés sous silence. Cette tendance à l'exagération, très humaine d'ailleurs, est du même ordre d'idées que celle qui fit attribuer au peuple juif une importance prépondérante dans la haute antiquité.

Je ne parlerai pas des textes hindous, kmères, chinois, etc.; ils font l'objet d'études tout aussi suivies que Tégvptien et l'assyrien et apportent chaque jour leur contribution à l'avancement de l'histoire générale, mais ne sont j)as de grande portée.

De l'Amérique, malgré l'extrême abondance des inscriptions (1), nous ne connaissons rien; bien (|ue des philologues d'une indiscutable sagacité eussent, à maintes reprises, tenté le déchiffrement des hiéroglyphes du nouveau monde ; c'est que pour ces textes, nous ne possédons aucun bilingue. Le fanatisme religieux des Espagnols, en brûlant les archives et les bibliothèques du Mexi([ue, a détruit toutes les clefs à l'aide desquelles ces annales pouvaient être interprétées. Ce crime pèsera toujours sur le souvenir des « Conquistadores ».

Les recherches archéologiques sont de beaucoup celles qui fournissent les données les plus précieuses. C'est par elles que

(1) L'écriture azièqiie parait avoir été com- /'yl«/(V/(ii7e, 18'J1, p. 23).— Mission scienlifiqiic nu

mune aux différentes races, Tollèques, Clii- Mexique : Rech. Hi.il. el Arcliéol., pnlil. s. la

chimèques, Aztèques, qui ont successivement direction de E.-T. Hamy- I" partie, Hi>l<>irP...

envahi le Mexique, venant du Nord el qui Paris. 181^5, in-4. Cf. au musée du Troradéro le

toutes appartenaient à la grande famille des moulage de la célèbre tablette du Temple ili-

Naliuas; elle se composait d'images peintes la Croix à Palenqué, document hiéroglyplii-

ou sculptées, qu'accompagnaient de courtes que du pius li;iut intérêt. légendes (Cf. Pu. Bercjer, Hist. Ecriture de

:;ïi LES PItHMIÈRES CIVILISATIONS

nous possédons les textes contemporains des faits, la connaissance des monuments et ces milliers d'objets qui, par leur présence, permettent de reconstituer la vie intime et publique aux diverses époques et d'interpréter les récits historiques.

L'archéologie est une science des plus comj)liquées ; car non seulement elle embrasse tout ce qui a rapport à l'homme, mais doit étudier aussi les phénomènes naturels ayant influencé sa vie. (^n la peut diviser en trois parties bien distinctes : l exploration. Viîwention et l interprétation.

L'exploration est. de beaucoup, la phase la plus ardue dans la tâche de l'archéologue; car,/îe devant rien abandonner au hasard,. il doit, par des études préparatoires, posséder tout ce qui se sait sur la matière à laquelle il se consacre et connaître dans ses moindres détails, et à tout point de vue, le pays qu'il a choisi pour ses recherches. Ce n'est qu'à la suite de ces études approfondies, en se basant sur les moindres indices judicieusement interprétés, qu'il sera justifié dans l'attaque d'un site antique.

L'invention (je dis invention et non découverte, parce que je n'admets pas comme scientifique les découvertes fortuites, les trouvailles qui ne sonl que des aubaines (1), l'invention, donc, résultante de l'exploration, nécessite des travaux de fouilles exigeant, pour être bien conduits, des études préalables spéciales sur l'organisation des chantiers, les moyens d'attaque, l'évacuation des déblais, le déblaiement des monuments, etc., connaissances dont, généralement, les archéologues ignorent jusqu'aux premiers éléments. Elle requiert une observation minutieuse et savante des conditions dans lesquelles se trouvent les choses, des rapports existant entre elles.

L'invention doit être le résultat de calculs, de conclusions régulièrement amenées ; et il est aussi déraisonnable de qualifier d'heureux un archéologue parvenant au succès par des moyens scientifiques, que d'attribuer de la chance à l'astronome, qui, par ses déductions mathématiques, découvre une planète.

L'interprétation qui, jusqu'ici, est presque toujours demeurée entre les mains des savants de cabinet, devrait, elle aussi, rentrer dans le domaine de l'inventeur ; car, connaissant seul toutes les

(1) Les momies royales, celles des prêtres Bosco Reale, ceux de Kerlch, el tant d'autres

d'Ammon, découvertes par des fouilleurs illi- sonl des aubaines. Ce qui, d'ailleurs, n'a pas

cites à De'i'r el Rahri, ont été signalées par empêché les archéologues d on tirer un 1res

la police au service des Antiquités; le trésor de grand parti scientifique. (J M.)

DES SOURCES 1>K l, A PRÉIHSTOIRE Kl DE LlllSTOlRH .^9

circonstances des découvertes, il est dans les ineilleuies conditions pour tirer d'une inscription toutes les inloiniations dont ce document est capable.

Ainsi, Ihéoriquenient, l'archéologue deviail posséder toiiles les sciences dont l'étude de rantiqnité meta |)ront les connaissauces; mais pratiquement il ne le peut, tant sa lâche serait vaste. Des recherches conduites par un tel homme produiraient le maximum de notions et, partant, seraient les plus prolilables à l'histoire.

Dans la léalite, les choses ne se passent pas ainsi. Presque toujours les mémoires archéologiques sont écrits par des personnes n'ayant jamais vu les pays dont elles parlent; décrivant et e.\|)liquant des monuments dont elles ne connaissent pas les affinités extérieures, des objets qui leur parviennent soit de chei-cheurs ignorants, soit même par le commerce. En sorte qu'il se débite, de ce fait, une foule d'erreurs fort préjudiciables à la science.

C'est afin d'obvier à ces graves inconvénients que la France a fondé ses grandes missions permanentes au Caire, à Athènes, à Home, en Peise, en Tunisie, en Indo-Chine, et qu'elle envoie, de par le monde, tant de missions temporaires. L'Allemagne a suivi son exemple; aussi ces deux pays tiennent-ils aujourd'hui la tète du mouvement archéologique et historique.

Beaucoup d'autres en sont encore à l'étude unique des objets venus par le commerce. Je n'insisterai pas sur la confiance que doivent inspii'er de tels documents et les travaux anx(|uels ils servent de base.

Il était jadis de bon ton parmi les savants spécialistes de négliger, je dirai plus, de mépriser tout ce qui ne rentrait pas dans leur spécialité. Cet état d'esprit, néfaste au point de vue scientifique, tend aujourd'hui à disparaître. On com[)rend maintenant que le spécialiste n'est autre que l'ouvrier dans la construction du monument dont l'historien est l'architecte et que, pour achever l'œuvre, le concours de tous les corps de métier est nécessaire.

Il s'en faut de beaucoup que tous les pays soient également explorés au point de vue archéologique. Tous ne présentent pas, il est vrai, la même importance historique ; mais le malheur veut que la plupart de ceux où se sont développées les premières civilisations, offrent de telles conditions que les recherches y sont pai'liculièrement difficiles.

!xO LES PREMIÈRES CIVILISATR)NS

Presque toute l'Asie antérieure est dans ce cas ; les communications y sont pénibles, souvent même dangereuses et l'administration du pays ne possède pas grand moyen de faire elle-même les études; en sorte que la plupart des sites antiques sont journellement dévastés sans profit scientifique (1).

Certainement que, malgré ces difficultés, la Chaldée, grâce; à l'inlassable énergie de quelques archéologues (2), a déjà fourni bien des enseignements ; mais combien elle a été peu inexplorée par rapport à l'Egypte, à la Grèce, à l'Itaie! et encore ce que nous connaissons d'elle aujourd'hui provient-il en majeure partie de travaux effectués sur le sol persan !

L'archéologie de l'Iran est depuis dix ans confiée à la France, La Perse est aujourd'hui un pays ouvert. Je n'insisterai pas sur les résultats obtenus dans ces premières années de fouilles, tant dans le Sud que dans le Nord du pays.

L'Afghanistan, l'ancienne Bactriane, est absolument fermé. Il en est de même pour l'Arabie, la Chine (3), l'Asie centrale où les voyageurs ont peine à pénétrer. Ces pays n'ont encore fourni que bien peu d'indications. Mais l'Asie orientale importe moins; car, ayant vécu retirée de la politique générale, elle n'entre, semble-t-il, pour rien dans les origines de la grande civilisation.

Quant aux autres contrées, toutes sont phis ou moins ouvertes à la science; elles ont été étudiées depuis longtemps et ont fait l'objet de travaux considérables. Toutefois, dans l'état de nos connaissances, sur chacune d'elles, sont bien des degrés; car pour certaines, les études ne font que débuter, tandis que pour d'autres, elles sont déjà vieilles de plusieurs siècles.

Je citerai en première ligne l'Egypte (/|), la Grèce (5), l'Italie (6), l'Algérie et la Tunisie (7j, la France, la Suisse, l'Allemagne,

(1) D'après les anciens règlements turcs, lar- la ivligion (jiii ditend de toucher aux tonichéologue désireux de faire des fouilles devait beaux.

d'abord déposerune caution, puis prendre avec {il Les règlements égyptiens sur les fouilles

lui à ses frais un surveillant auquelil payait archéologiques encourageant les archéologues

500 francs par mois. Tous les objets décou- et leur faisant une large part dans leurs décou

verts étaient, au fureta mesure des fouilles, vertes enrichissent chaque année le Musée

saisis et expédiésau Musée de Constanlinople. du Caire et permettent l'exploilalion scienti-

n en résulte que la majeure partie des res- fique des sites antiques (lui sans ces travaux,

sources de larchéologue étaient mangées en seraient dévastés par les fellahs,

frais généraux et qu'il n'avait droit à aucun (5) Les règlements grecs, extrêmement oné-

prodtiit de son travail De là provient que le reux pour le fouilleur, ne lui laissent la pos-

sol turc n est presque pas exploré scientifique- session d'aucun objet.

ment, mais a été dévasté par les indigènes. 11 (6) L Italie, qui laisse libres les recherches

en est de même pour la Cyrena'ique. (J. M.) arcliéologiques, ne se réserve qu'un droit de

(2) I-oflus, Taylor, Place, Layard, Oppert, préemption lors de l'exportation des objets, de Sarzec, etc. (7) Où la France entreli<!nt un service régu-

(3) En Chine, les fouilles sont interdites par lier des Antiquités.

UFJS SOURCES DE LA PRÉHISTOIRE ET DE l/mSTOIHE /| |

l'Autriche, les iles Biitaunicjues, les pays Scandinaves, les Étatsllnis d'Amérique du Nord '1); contrées dans lesquelles il y a certes encore bien des découvertes à faire; mais qui tiennent la tête du mouvement archéologique.

Viennent ensuite la Tur([uie, les Eialkans, le bas Danube, la Russie (2), ri^spagne, le Portugal, le Japon, les Indes, les colonies anglaises, françaises, hollandaises, le Mexique, l'Amérique centrale, le Chili, le Pérou (3), bien peu explorés.

Enfin tous les autres pays du monde sont encore presque fermés, soit |)ar des difficultés naturelles, soit par la mauvaise volonté, la jalousie, la cupidité ou l'incurie des populations (jiii les habitent.

Parmi les pays demi-ouverts aux recherches, il en est qui soni plus ou moins favorables aux savants. 11 en est aussi qui, se réservant les travaux, ne possèdent ni les moyens scientifiques, ni les ressources matérielles pour les eOéctuer.

Ces entraves ne sont |)as seuleihent un retard apporté dans l'avancement de la science; c'est pour elle un préjudice énorme. Car, durant ce temps, les sites antiques sont, dans un but vénal, pillés par des mains indignes (4). et ainsi, les documents se perdent sans espoir d'être jamais relruiivés.

Nous connaissons donc aujourd'hui les pays où se sont pro- <luits les effets; tandis que ceux c|ui sont le théâtre des causes restent encore bien peu étudiés. Deux régions surtout oUreiit un intérêt capital : l'Arabie, la Clialdée et toute l'Asie antérieure, en ce qui concerne l'évolution sémitique. L'Altaï, le Pamir, l'Afghanistan et la Transcaspienne en ce qui regarde l'origine des peuples aryens. L'histoire des autres contrées n'est

(1) En France. Suisse, Allemagne, Autriche- à conslruirc la maison d un pacha, les infî«'

Hongrie, Scandinavie. Granrie-Bielajinc.Elals- nieurs du canal de Suez ont brisé à la poudre

Unis, les fouilles peuvent être considérées une stèle quadrilingue achéménide, presque

comme libres. loiiles les nécropoles ont été dévastées. En

(i) En Ru isie les fouilles sont prohibées. Le Syrie, les sépultures phéniciennes sont en monopole en appartient à la Socielé russe core e.xploitées. En Chaldée, rVrcdeClesi- •rArchéologie qui ne fait rpie d'insignilianls plion a été. dans les dernières années, en partravaux, t'^' <lémoli pour construire une école à laide de

(;j) Les nécropoles <lc l'Amérique centrale cl ses matériaux. Tous les tells soni lobjel de

méridionale ont été exploitées pour la recher- fouilles clandestines. En Perse, il se donne de

elle des méuiux précieux quelles renfer- vérilablesconccssions de terrains anliquesqui.

maient. parla vages, produisent des métaux précieux

(i, Ucstpeu de paysdOrient dont les An- Dans le Caucase et le Talyche, les indigènes

tiquilés ne soient <lévaslées et les monuments exploitent les anciens tombeaux pour vendrr

détruits dans un bul vénal En Egypie. avant au poi.ls les métaux qu'ils y trouvent. naii>

les nouveaux règlements, le Temple d'Ermenl pres(|ue tous les pays il se pra.i(|ue de-

a fait les frais de la conslruclion dune sucre- fouilles dont le produit alimenie d'antiquités

j-ie voisine, le temple d'Eléphanline a servi les marchés d Europe.

Il2 LES I^IÎEMIÈRES ClVILISATIONy

({u'accessoire par rapport à celle de ces foyers d'où est sorti le monde moderne.

Quant à l'ancienne rédaction de l'histoire elle-même, à l'esprit des textes antiques que nous tenons à notre disposition, la eiitique la plus sévère est de rigueur; car, presque toujours, les faits sont présentés avec un parti pris fort nuisible au jugement impartial de celui qui consulte ces sources.

Pour certains historieus il n'existe que les grands hommes; pour d'autres, les personnalités disparaissent devant les tendances des peuples qu'elles conduisent, devant les croyances religieuses, ou devant toute autre force dont l'affirination est pensée dominante chez l'auteur.

Sans partager le sentiment de ceux des écrivains modernes (1) qui ne voient dans l'histoire que des héros, nous devons cependant reconnaître que c'est surtout [)ar les souverains que les annales se manifestent ; que les grands hommes personnifient, en les exagérant souvent, les qualités et les défauts de leurs sujets et que, par suite, ils fournissent les meilleures indications sur lé caractère des peuples; éléments d'appréciation qui, la plupart du temps, nous manqueraient sans eux. Quelle description, en efiet, est capable de mieux caractériser les Assyriens qu'une |)age des fastes de Sennachérib ou d'Assourbanipal ; de faire mieux comprendre les Perses que le récit d'Hérodote sur les règnes de Darius ou d'Artaxerxès, la Grèce conquérante que la vie d'Alexandre, la puissance impériale romaine que les règnes d'Auguste ou de Trajan?

Les peuples eux-mêmes, ouvriers de la civilisation, c'est sur leur compte que généralement les annalistes s'étendent le moius, considérant leurs efforts comme d'intérêt secondaire (•>) ; alors que le plus souvent les actes des souverains n'ont été que l'exécution plus ou nu)ins consciente des désirs et des volontés de leurs sujets, (juele rollet diin état général des esprits.

La plupart des grands despotes ne doivent être considérés (|ue comme les représentants de la pensée des peuples, les uns ne dépassant pas les limites des volontés nationales ; les autres entraînant leurs sujets dans l'exagération de leurs tendances;

(1) Cf. Renan, Dialogues philosophiques. — {i) Nihil lani inesHmabile qunm animi mnl-

*: <ini.vi.E, On heroes.hero'worship and Ihc heroir litudinis tTirs-LivE, Annales, XXXI, 31) Plebi

in hislort;. — CocstN, Hist. f.V /.( Philosophie non jndicium, non Veritas (Tacite, Uisl., 1,

nimlerne, elo. 32/.

DES SOURCES DE LA l'HÉIIISTOIHi: i:i' DE I/IIISTOIIU; '|.S

mais presque tous, j)ai- désir de conservation de leur trône, ont cherché à les guider dans le progrès. Quant à ceux qu'il semblerait même inutile de citer dans l'histoire, leur sommeil politique correspondait bien souvent à celui de leur peuple, et nous seiions mal avisés de ne pas tirer de leur inactivité les conclusions qu'elles comportent. Les grands génies ont été rares parmi les rois de l'Oiient antique; quant aux souverains plus modestes, ce n'est pas leur individualité, souvent misérable, qu'il faut envisager; mais les temps qu'ils représentent.

Les religions étaient pour les peuples antiques le miroir- de l'ame; car on faisait alors son dieu à sa j)ropre image, lui allribuanl ses qualités personnelles, ses défauts, voire même ses vices ; et il en était de même pour les lois profanes.

C'est avec l'aide de ces données, et en y joignant celles que fournissent les observations archéologiques, que nous devons dégager l'histoire de l'évolution, des annales anecdotiques. Mais, je ne saurais trop le répéter : si, théoriquement, la méthode est simple, elle se complique, dans la mise en pratique, par suite d'une foule d'incertitudes dues au langage généralement tendancieux des documents sur lesquels nous avons à nous appuyer. Quelle qu'eu soit la nature, quelle qu'en soit l'époque, rarement ces écrits sont sincères.

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