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CHAPITRE II

Les origines. — Les temps tertiaires.

Nous ne connaissons rien des origines nalurelles de rhomme(l): de même que nous ignorons comment ont pris naissance les divers groupes zoologiques auxquels, pour lixer les résultats de nos observations, nous donnons le nom de familles, genres, espèces, variétés, formes ; appliquant, pour aider et satisfaire notre esprit, une nomenclature entièrement artificielle.

L'apparition de l'homme, en tant que représentant d'un groupe zoologique, est expliquée par la création dans les philosophies religieuses (2) ; par la génération spontanée (3) et le transformisme dans les écoles du stoïcisme et les systèmes qui en dérivent (Ti).

(1) " La question suprême pour l'humanité, le problème qui est la base de tous les autres, et qui nous intéresse plus prorondénient qu'aucun autre, est la détermination de la place que l'homme occupe dans la nature et de ses relations avec l'ensemble des choses. » (Th. Huxley, Evidence us lo maiïs place in nalurc. Londres. 1863 Trad. fr. Paris, 1868.)

1,2) D'après les e.\égètes bibliques, les dates de la « Création du Monde » sont les suivantes : 3761 ans avant notre ère, pour les Juifs modernes ; 3'JôO pour Scaliger (1583) ; 3983 pour Pétau (contemporain de Scaliger); 4ii04 pour Usher (1650), date acceptée par Bossuel, P.ollin, etc. ; 4138 pour Clinton (1819) ; 4963 poui' l'Aride vérifier les dates (1819) ; 6U00 pour Suidas; 6310 pour Onuphrius Panvinus, enfin 6984 pour les tables alphonsines.

• Le nombre va toujours dimi.iuant des esj)rils étroits et insuffisamment éclairés, qui se croient obligés de défendre comme un dogme le système des 400i ans de la création à Jésus- Christ. » (Fr. Lenormant, les Orir/ines de l'Hisloin; t. L p. -273, note i.)

Sur les récits cosmogoniques chaldéens, Cf. G. Smith, Clialdean Account of Genesis, p. 6-J, sq — Delitzsch, G. Smith Chaldœische Genes/v, pp. :294-298. — J. Oppert et E. Ledrain. Histoire d'Israël, t. L p 411, sq. — A. -H. Sayce, Hecords of the past., t. IX, p. 109, sq Sur ceux de la Phénicie, Cf. Fn Lenorma.nt. les Origines de rilisloire. t. I, p. '>'i-2, sq.

(3) La faillite du bulhubius ou protoplasma. substance, disait-on, vivante, et dont l'analysf chimique a fait justice, ne doit certainemunl pas arrèler les études dans ce sens, mais engage à la prudence. La dédicace pompeuse qu'on avait faite de ce corps au professeur Uaeckel, la conception théorique du protubathybius n'ont laissé ipiune impression de profond ridicule (J. M.)

(4) Voici l'ascendance (|ue nous assigne Ernest Haeckel (Origines de l homme. Trad. française, p. 45) ; 1" Homo sapiens; i" Homo slapidus; A" Pilhecanlhropus alalus^i' Protliylobales alaviis; b" Archipithecus ; 6° Neucrolemwes: 1" Lemurauida <Pachy lémures); 8° Archiprimas {Prochoriata), foime îincestrale hypothétique.

LES ORIGINKS /i5

« Nous savons à n'eu pas douter, dit ()nahefages '1), qu'envisagé au point de vue analomique et physiologique, i'iiomme n'est autre chose qu'un mammifère, rien de plus, rien de moins. Dès ([ue les mammifères ont pu vivre à la surface du globe, l'homme a pu y vivre avec eux. »

UIJomo {Piihecanlhropus ! alalus, privé encore de la parole, VHomo stiipidus d'IIaeckel, les Ani/irojwpiihecus Bourgeoisi et Ribeiroi de Mortillet sont des êtres hypothétiques, dont l'existence ne repose (|ue sur des suppositions sans bases scientifiques précises. Cette théorie implique l'unité originelle de l'espèce humaine; ce (jui semble vrai pour les races vivant aujourd'hui, mais peut aussi ne pas l'avoir été pour d'autres disparues.

Ces hypothèses, dont la gratuité ne fait absolument aucun doute, ont cependant pris, dans la pensée de beaucoup, la valeur d'axiomes sur lesquels s'échafaudèrent, en ces dernières années, nombre de théories où la fantaisie tient lieu de raisonnement scientifique (2). Il no manque pas de savants, ou de soi-disant tels, qui considèrent le Pithecanthropus comme notre ancêtre ; alors que rien ne prouve cette ascendance ; (ju'aucune donnée ne permet d'affirmer que cet être fut une forme ancestrale de l'homme; qu'il est apparenté, même d'une façon très éloignée, à notre espèce (3).

Darwin ('i), bien qu'adoptant en général les idées de son disciple allemand, admettait comme possible que la transformation du singe en homme, en tant qu'annoncée par la perte de la fourrure primitive, pouvait remonter jusqu'aux temps éocènes.

Wallace (5), plus réservé, a reporté vers le milieu de l'époque tertiaire le moment où un singe indéterminé atteignit la forme humaine, à la suite d'évolutions morphologiques multiples (6) ; et bien d'autres, dont les travaux sont appréciés par les penseurs superficiels, n'ont pas craint de se lancer dans cette voie, sans songer

1) Hommes (ossilcset Hommes sauvages. Pai'i^, rattril)iilion de mes documents à un livre donl

1884, p. 15. ainsi je semble approuver les absurdités et le-

(2) Cf. entre autres El. Reclus qui, dans folies. (J. M.)

l'Homme et la Terre, a poussé les choses à {3) Une autre théorie tend à considérer les

le-xtrême ridicule. Il va jusqu'à considérer les Simiens comme des branches dégénérées de la

animaux domestiques (se basant sur leurs race humaine. Cf. J.-II.-F. Kohlurugge, Die

perfectionnements» comme des candidats à Morphologische Abslammung des Menschen.

l'humanité Ce livre renferme bon nombre d'il- Stuttgart, 1908

luslralions prises dans mes ouvrages par (4) La De.scc/u/a'ice Jfi /'/7omme, 1872, p. 115.

suite de la gratuité et de la liberté absolue (5) Contrih. to llic Iheorg of .\alural sélect. .\

que j'ai laissées jusqu'ici de puiser datis mes Séries of essays. Londres, 1870, ch. IX.

|)ublications. Je prolestc hautement contre (6) Cf. de Quatiiefages, op.d/.

({lie le terrain réellement scientifique faisait défaut sous leurs pieds.

Ces assertions manqueront peut-être toujours de bases positives; mais on ne saurait condamnera l'avance ces recherches: car la science a le devoir d'examiner impartialement toutes les hypothèses, sous quelque forme qu'elles se présentent.

L'apparition de l'homme sur le globe, envisagée indépendamment du système adopté, esta coup sûr prodigieusement ancienne. Quant à l'histoire du développement de son esprit, elle se partage en deux périodes bien distinctes; celle où l'homme ne connaissait pas l'écriture et celle où, ayant trouvé le moyen de fixer matériellement sa pensée, cet homme s'est trouvé à même de transmettre à ses descendants l'exposé de ses conceptions et le récit de ses actes.

Cette dernière période est extrêmement courte par rapport à la durée de celle qui l'a précédée et, bien qu'aucun moyen ne permette d'évaluer, même approximativement, l'étendue des temps antérieurs à l'histoire, ils nous apparaissent comme ayant été très longs.

L'histoire ne débute pas en même temps dans tous les lieux, loin de là ; comme il en advient pour toutes les notions intellectuelles, il s'est formé des foyers, des centres ; grâce à des circonstances privilégiées, à des incidents occasionnels, à la supériorité de certaines races, de certains groupes sur les autres.

De ces foyers, la science de l'écriture, base de l'histoire, s'est répandue, rapidement dans certaines régions, lentement dans d'autres ; suivant que la civilisation rencontrait des milieux plus ou moins aptes à la recevoir.

Suivant l'école transformiste, l'homme primitif, celui qui le premier foula le sol de notre globe, avait bien en lui les éléments de la mémoire, de la parole et des autres facultés qui le placent aujourd'hui à la tête du monde animal; mais ces aptitudes, tout en faisant de lui un être très supérieur, n'en faisaient pas encore l'homme.

Réparti sur tous les points habitables de la terre, vivant en bandes, sortes de troupeaux, plutôt qu'en tribus, il aurait cultivé peu à peu son intelligence, sa faculté de parler; chaque jour évoluant séparément suivant les nécessités de son existence; et, peu à peu, iY Homo slupidus, il serait devenu Homo sapiens (1),

(1) » Les fonctions physiologiques de Torga- livilé spirituelle, ou plus simplement dame, nisme, que nous réunissons sous le nom d'oc- sont commandées chez l'homme parles même--

LES OHIGINKS

Il est scienti(i(juemenl im|)ossible de dire si l'homme vinl sur la terre (1) type unique (2) ou s'il ajjpaïut, types multiples, possédant déjà des caractères spécialement appropriés aux milieux dans lesquels ces divers types devaient vivre.

Quoi qu'il en soit, un homme de type unique eût-il été versé sur l'écorce terrestre (3), que rapidement sa descendance se serait modifiée, en raison des conditions variables de la vie sur les divers points du globe (1).

L'espèce humaine actuelle est une ; car ses diverses variétés peuvent se mélanger et procréer une descendance indéfinie Doit-on penser que toujours elle a été une ? non; car on peut supposer la pluralité des espèces humaines, eu admettant que les espèces inférieures soient disparues devant c(>lle ([ui aujourd'hui occupe la terre (5).

Ne voyons-nous pas, de nos jours, les races lortes extcrmineijusqu'aux derniers représentants des laces faibles et ceci se produire dans une même espèce humaine (6) ?

Quant à l'ancienneté de l'homme, elle est, depuis cent ans environ, l'objet de travaux considérables f7 . Quelques siècles

phénomènes mécaniques .;physiques cl chimiques) que chez le-< autres vertébrés. » E. HAECKEL,Or/^iie de //iomme.Trad. française, p. i!, note 9.)

(1) Parmi les nombreuses hypothèses émises au sujet des origines de la race humaine et de ses migrations, lune des plus curieuses, et en même temps des moins fondées, est celle du centre unique situé dans le grand massif montagneux de l'Asie centrale, qui pendant longtemps passa pour avoir été le berceau du genre humain. Cette thèse est fort bien résu méc par E. de Ujfalvv (Migrations des peuples, l'aris 1873) et plus spécialement dans la carte accompagnant cet ouvrage (Migralion des peuples depuis le moment oii ils quittirenl le Plateau Central, leur premier séjour, d'après M. DE Hauslalb •■).On remarquera que lespays recouverts rie hachures sur cette carte, répondant dans la pensée de l'auteur au berceau de l'humanité, sont précisément ceu.x qui, aux temps quaternaires, étant couverts de glaces, se trouvaient être inhabitables. (J. M).

[i) Sur le monogénisme et le polygénisme, consulter : Abel Hovelacque et Georges Hervé, Précis d'Anthropologie. Paris, 1887, chap. IV, p. 120, sq. — A. Dësmouli.ns, Hist. nal. des races liumaines.

(■{) La tradition sémitique localisant dans la Chaldée le Gan-Edcn ou Paradis terrestre, n'a rien qui doive surprendre; car ce pays était, «le tout le monde connu d'alors, le plus planlui'cux, et les Sémites d'Arabie qui l'abordèrent et s'y fixèrent conservèrent dans leur esprit la comparaison entre l'aridité des rives du golfe Persiqueet la richesse de la Babylonie M.'M. .

Fr. Lenormant [Uisl de l'Orient, 9" éd., 18.S1, t. I, pp. 98 et 99) place dans le Pamir le Gan-Edcn de la Genèse et l' Aryana-V-sprija de l'AvesIa, et en fait le berceau de riiumanilé post-diluviennc. On remarquera que le berceau de l'humanité ne peut être pour les Hébreu.x le même (|ue j)our les Indo-Européens, chacune de ces familles ne s'élant souciée que de 1 origine de sa propre race. Ensuite que le point choisi, le Pamir, a toujours été depuis les temps glaciaires l'un des poiiils de l'Asie les moins habitables. (J M.)

(4) L'envahissement des deu.x Amériques, d<' l'Australie, de la Nouvelle Zélande par les Européens, est de (laie loule récente et cependant déjà l'on i)cut constater des différence-; sensibles entre les populations émigrées et celles de même race (jui sont demeurées dan-le vieux monde.

(5) Déjà les Aryens, depuis les temps hisloriques, ont fait disparaître une foule de peuples anaryens. Leurs progrès actuels sont si rapides, l'accroissement de leur nombre si grand, qu'il est à prévoir (pie, dans quelques milleniums. il n'existera plus sur le globe que des Aryens. métissés des autres races fond u es avec eux. (J. M.

(6) Cf. J.-E. Cai.i.er, of Ilobard-Town. Account of the war of extii-pation and babils nf the native tribes of Tasmania. in Journ. ofthe Anlhrop. Insl. of Greal Bri'ain et Ireland. 1874. t in, p. 8. — A. de Quathefaces, Hommes fossiles et Hommes saui'uges, 1884. p. 357, sq.

(7) L'un des plus importants est sans contre dit celui de f.u. Lyell, Tlie Antiquily of Man I London, 4' éd., 1.873), auquel j'iuirai frèquetumeni recours.

LKS OHir.INES !i9

avant nous, les exégètcs hijjliques faisaient remonter à 7.000 ans au plus la création du monde ; plus tard, on découvrit que riionime avait vécu à l'époque pléistocène. Et voilà que maiutenant des savants apportent des indices, souvent discutés, il est vrai (1), mais tendant à faire remonter Tliomme jusqu'au pliocène, au miocène même (2) ; et, qu'en tout état de causes, l'ensemble des faits le montre antérieur au quaternaire.

Grâce aux récentes études des zoologistes e\ des géologues, il est aujourd'hui possible de reconstituer scientifiquement les diverses phases du développement de la vie sur notre planète; <le suivre l'évolution des climats et des êtres; et, par suite, de déterminer la période qui, pour la première fois, odrit des conditions favorables à la vie de l'homme ; celle, donc, à laquelle il est admissible de placer sa venue, même s'il n'a pas laissé de vestiges de son squelette ou de ses industries.

Dès qu'un mammifère vécut, l'homme put vivre et, comme on le sait, le premier type des mammifères remonte à la fin des formations secondaires ; c'est donc à cette époque que débute la possibilité de la vie humaine sur la terre, probainlités l)ien incertaines, il est vrai, en ce qui regarde ces temps reculés ; car, à l'époque crétacée, le développement des mammifères était fort incomplet, si nous en jugeons par leurs restes fossiles parvenus jusqu'à nous.

L'homme, s'il a connu ces temps, s'est trouvé à même de survivie à bien des cataclysmes; j)arce que, doué d'une intelligence' supérieure, il portait en lui les moyens de lutter contre la nature et, là où d'autres mammifères ont péri, peut-être a-t-il su résister. Son aptitude d'adaptation aux climats est si grande qu'il peut vivre sous presque toutes les latitudes. 11 est omnivore et, par suite, jiiieux qu'aucun animal trouve sa nourriture. Ces facultés, et la

(1) O. MoNTELius, Congrèx PrPhhl. France. signalés jusqu'ici : Thenay (oligocène^ ; Duan. 1907-08, p, 85. .. Les éolilhes. situés au-dessous i»uy-Courny (miocène; plateau crayeux de des couches paléolithiques, ont été travaillés Kent (pliocène moyen); Saint Presl et lit fore? par une main humaine ou par un être inler- lier de Cromcr (pliocène supérieur); et ceux médiaire entre le singe et Ihomme. Ce sont du quaternaire inférieur.— A. De: yuATREtA les vestiges de l'homme ou de ceux qui n'étaient ces, l'Homme tertiaire et sa survivance, d> pas encore des hommes. » Celle manière de Malériaux, 1885, p. 337. - Max Vekworn, Arvoir rencontre beaucoup d'opposilion delà part ch;eol. u. palfcol. Reisesludien in Frankreich <hi plus irrand nombre des préhistoriens. J. M.) and Portugal ; in Zeitscbrifl fiir Ethnologie.

(2) Cf. Conijrc.-i international d'Anlhropoloiiie Berlin, l'Jt)6. Heft. IV u. V, p. "Il, ^1- — de 1889. Paris, 1891. pp. 5-29-5.=il, où sont discu- Fiutz Wikcjer, Die natûriische Entslehung der tés les silexdOtta, de Thenay. de Puy-Cour- Norddeutschen Eolithe, in Id. llcft., Hl. ny. etc. — Hugo Obermaier, Zur Eolithen frage, p 39.=). — A. Rutot. Congr. Pré.hmt. de France. 190."), où lauleur reprend tous les gisements 1907-1908, p. 77.

ij^rancle extension de son habitat, étaient pour lui des causes puissantes de conservation à travers les âîres.

Mais il semble inutile de remonter si loin dans les tem|)s

Esquisse de l'Europe à l'oligocène inférieur (d'après A. de Lapparent, Traité de Géologie, 1906, p. 1547, f\g. 733).

géologiques et d'envisager la possibilité d'existence de rhomme secondaire; nous nous en tiendrons à l'examen de la période terliaire, de la plus rapprochée de celle où l'humanité se révèle

indiscutable manière, jjar les produits de son intelligence et par les restes mêmes de son squelette.

II existe une transition insensible entre la faune du. crétacé supérieur et celle de Téocène inférieur; malgré cela, la difï'érence entre les types purs des deux faunes est telle, que la coupure choisie par les géologues doit être maintenue, aussi bien au point de vue zoologique <|u'à celui de la formation des continents.

En ce qui regarde la géographie, c'est en effet, h la fin de l'époque secondaire que commencent à se dessiner les masses continentales actuelles. Certes, elles n'acquièrent pas de suite les contours que nous leur voyons de nos jours; elles n'y parviendront qu'à la suite de nombreuses et importantes modifications; mais les massifs demeureront dans leur ensemble (1).

Ces efforts des continents pour conquérir leur forme et leur relief actuel, le début de l'éocène (Lutétien, Barthonien) les a vus se continuer sous un climat tempéré, sans hivers sensibles. Les Pyrénées commencent à surgir dans un premier mouvement (Lutétien), continuent dans un second (Bartonien); puis achèvent de se former dans un troisième (Sannoisien, Stampien).

Bientôt, un bras de mer venant du sud traverse le continent européen et amène de grandes perturbations atmosphériques. Le régime des saisons s'établit, les unes sont sèches et brûlantes, les autres pluvieuses et tempérées. La moyenne thermoniétri(|ue annuelle se maintient dans les environs de 25° dans les pays qui, plus tard, formeront le littoral français de la Méditerranée, ce qui amène dans l'Europe centrale et méridionale une flore tropicale.

A cette époque, le palmier croil dans le nord de la France, le cocotier s'avance jusqu'en Angleterre ; tandis que les arbres à feuilles caduques occupent les régions boréales (2) et les hauteurs d'où ils ne descendront qu'à la fin de l'éocène.

La flore de cet étage débute, dit Saporta (3), par un asperl

(1; Four l'étude de la «géographie géologique. senicnl qui amènera la période glaciaire du

Cf. A. DE Lappareni. T rai lé lie Géologie. P avis. pôle- De Saporta ap. de Lapparent, Traité

190(5. de Géologie, 19(Xi, p. 1504.

(2) Cf. Nathorst, Geogr. Journ., 1899, p. 6i. (3) Sur la flore fossile, consulter : O. Heeb.

— La flore boréale Landénien) renferme Recherches. ^iir la végélalion tertiaire, IS61. Trad.

laune. le tilleul, le magnolia; on en retrouve fr — O. Hker. Flora fo-^silia Arclica. 7 vol. —

les empreintes, à la Nouvelle Sibérie (V.ToLL, Sciiimper, Traité de Paléontolog réyétale,\S&).

.Mém Acad. Se. Sainl-Pélersbourg, 1899), à Ate- — De Saporta, le Passé des régions arcli(|ues,

nakerdliik Groenland) par 70" lat. N., à l'Ile in Rev. des Deux Mondes, 15 aoiH 1884. — De

des Ours, en Islande, à la Terre de GrinncI S\pohta, le Monde des plantes avant l'apparition

(8-2« lat. N.), au Spilzberg (Eisfjord et Bell de f homme. 1879. .Sound;. Elle marque les débuts du refroidis-

LES OR[GINES

étroitement lié à celui de la flore crétacée, puis, clans la seconde partie de l'éocène (Landcnien, Yprésien), elle montre des plantes oflVant de grandes analogies avec celles qui, de nos jouis, couvrent les côtes de la mer des Indes, l'Asie australe et l'Afrique équatoriale.

Dans ces forets apparaissent (1) des animaux nouveaux, des pachydermes, dont l'ère commence, caractérisée par des formes très curieuses. En Amérique (2), ce sont des types alliés à la fois à l'éléphant, au rhinocéros et au sanglier; ailleurs, on en voit d'autres parents des équidés. Les vrais carnivores se dessinent; lesquadrunianes semblent, eux aussi, débuter avant la fin de la période par le Ca'no/;/7/?ec«s. C'est l'aurore des temps modernes (|ui commence à poindre, amenant avec elle toutes les facilités de la vie.

Le continent européen dillére géographiquement peu de ce qu'il est aujourd'hui, sauf, toutefois, par l'existence de grands lacs Cn Orient.

La (in de la période est signalée par quelques mouvements dont l'importance sera grande dans la géographie de l'avenir. Les Alpes se plissent pour la première fois (oligocène, probablement Stampien), elles s'achèveroiit dans un second mouvement (postérieur au Tortonien) et, avec elles, tout le système sardo-corse, peutêtre aussi celui de la Sierra Nevada d'Espagne. Il se forme toute une zone de plissements s'étendant depuis l'Indo-Chine jusqu'au Maroc, peut-être même plus loin dans ce qui est aujourd'hui l'océan Atlantique. Le Caucase, dont les premiers mouvements sont antérieurs à ceux des Alpes, continue son évolution pour ne la terminer que dans le tertiaire supérieur (Sarmatien).

Malgré ces transformations, le climat demeure au cours du Miocène doux en hiver, pluvieux en été; toutefois, le sol s'est quelque peu refroidi. A la végétation tropicale succède une flore à feuilles caduques ; les forêts se peuplent d'érables, de platanes, bouleaux, aunes, charmes, peu[)liers, saules, lauriers, etc. Quelques conifères donnent au paysage un aspect analogue à celui ipi'il présente aujourd'hui dans les régions tempérées. Les pal-

(I) Cf. A. GAiionv, Mainniifèrcx lerliaires. sous les mêmes laliludes croissaient Chara,

{-2) Le caraclère conlinejital de l'Amérique Marcliantia, AspU-nium Alsophilu, Juijldndites,

'lu Nord se fait sentir dans le climal dès Sasxa/'ra.'î, des noyers, liliacés,magnoIias(Rilly).

l'éocène inférieur. I. a llore comprend lesgenres Cf. Munier-Chal.mas, Hull. Soc Gëol. France

Po/iulus, Vihunnim, t'hlnniis, Conjlus (Haut [3], XVII, p. 870 — Sta.>to.n, Knowlton, Bul.

Missouri) Sabal, luylans, Quercus (terril de G. S. Amer., VII, p. 130. — Dawson, Trans.

NVashinglon, Vancouver^ alors qu'en Europe Roy. Soc. Canada, 1895.

niiers deviennent de plus on plus rares el le sol se couvre d(^ graminées dans les clairières.

Au milieu de ces richesses que répand à profusion la nature ,ipparaissent lo mastodonte et une foule varice d'h(U'bivores (1), parmi lesquels Tliipparion, ancêtre du cheval.

Les gisements célèbres (Sarmatien et Pontien) de l'Attique (Pikernii) (2) et de la Provence (mont Lubéron) montrent qu'à cette époque des pays, aujourd'hui arides et désolés, élaienl couverts de gras pâturages; où, sur les rives des lacs méditerranéens, s'ébattaient d'immenses troupeaux de cerfs, d'antilopes et d'autres herbivores. L'hippopotame avait déjà pris possession des rivières, l'Amérique possédait un ancêtre du cheval (Miohippus), l'Inde était peuplée d'éléphants.

Au cours du tertiaire moyen, les traces de ce climat béni se retrouvent juscju'à 80" latitude nord dans le Groenland et le Spitzberg (3) où croissaient alors le séquoia, le magnolia, le platane [Ix).

iVvec le pliocène, surviennent de nouvelles transformations plus ou moins profondes, [)lus ou moins étendues, amenant des conséquences d'autant plus intéressantes à noter, que nous approchons des temps où se révéleront l'homme (Homo sapiens) et son industrie, où nous entrerons dans la p-àvùe préhistorique do l'humanité.

L'axe de la région soulevée entre l'Atlas et la chaîne Bétique s'écroule à cette époque, laissant ouvert le détroit de Gibraltar. L'Océan pénètre dans la partie occidentale de la iSléditerranée, amenant avec lui sa faune marine. En même temps, l'ancienne chaiiic formée par les Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Sicile se disloque, l'Atlas lui-même s'ouvre, laissant une fosse profonde (|iii. vers l'est, ne dépasse pas l'ile de Cos.

La mer pénètre profondément dans les vallées du Guadalquivir et du Rhône transformées en golfes étroits; elle entoure l'Apennin, longue presqu'île alors reliée^ par un archipel à la Sicile aux trois quarts submergée.

(1) Dès loligocèiie appar.nl VAiilhnicolhe- w;i.s de CaliforniccL une foule d autres plantes /7i;m, avant-coureur des ruminants (jui, dansles montrant((u a ceUe époque res latitudes jouispériodes qui suivent, prennent une énorme saient d'un «•limai moyen (Ch. Lyeli.. Anlii). importance. of Man, (>' é<l., 1873. ch. Xlll, p -279) anaiogu.-

(i) Cf. A. Gauohy, Animaux fossiles el Géolo- à celui de IKurope actuelle. Des découvertes

gie de l'Allique. Pari i, 1862. de même nature ont été laites d.tns le cercle

(3) Les couches du miocène supérieur de polaire a loncst de la rivièie Mackenzic, en

l'île Disco (Lat- N. 70°) renferment Sei/uoiVi lslande,etc.. .

Lanysdorfii, conifère v..isin de 8. Semperri- (4)0. 1\em\\. Flora jossitis Arclica.

Des mouvements inconnus clans l'Atlantique déterminent dans^ la Méditerranée l'invasion d'une faune marine boréale.

Un golfe s'avançait alors dans le Maroc et l'Algérie, laissant pénétrer la mer jusqu'au nord de Tétouan : un autre occupait la vallée du Nil, couvrant le Fayoum et la majeure partie de la moyenne Egypte.

Sur notre continent, la Dalmatie, le Péloponèse, les Cyclades,

Esquisse de l'Europe à lepoque Plaisancienne. (D'après A. de Lapparent, Trailé de Géologie, 190G, p. Iti33, fisf. 703.)

la mer Egée, la Floumanie étaient occupés par les lacs du groupe ponto-caspien, indépendants de la mer Méditerranée.

Les terres américaines, elles aussi, avaient leurs immenses lacs au pied des montagnes Rocheuses; tandis que la mer couvrait les côtes californiennes jusqu'à une grande distance du rivage actuel.

Plus tard (Astien), nous assistons à une invasion marine des lacs de l'Egée. De nouvelles dislocations ouvrent un véritable fjord dans ce qui sera plus tard la vallée du Nil, et la mer se précipite jusqu'au 2/i° latitude nord. La mer Piouge n'existait pas encore.

Enfin, au terme du pliocène (Sicilien), les mouvements se poursuivent presque pai'tout. La Hollande émerge des eaux tandis que, dans le Cornouaille, est un golfe.

Le delta du llhiu se trouvait alors vers le milieu de la uier du Nord, celui de la Seine dans la Manche à la hauteur de la pointe occidentale de la Bretagne. Les anciens golfes (Plaisancien) deviennent dans la Bresse, la vallée du Rhùne, etc., des lagunes ou des lacs; et le régime fluvial s'étal)Iit en France.

En Sicile (l) apparaît une faune maiine froide, dont les rivages soulevés se rencontrent aujourd'hui de 30 à 70 mètres au-dessus ilu niveau de la mer. Dans le Péloponèse, on les retrouve à ôOO mètres d'altitude. La mer Ixouge se forme sans communication avec la iNIéditerranée.

Dans la région ponlo-caspienne (2) sont toujours les grandes nappes d'eau douce, dont cependant l'étendue diminue. De vastes lacs s'étendent sur le versant oriental du Liban (mer Morte, O route).

Nos golfes se transforment en lagunes saumatres, celui du Nil entre autres; tandis qu'en Asie, en Amérique, des mouvements s'efléctuent, produisant dans les Pampas des alternances de lits lacustres et marins. A Sumatra, des tufs ponceux de formation neptunienne émergent de 1.000 à 1.500 mètres.

Les mouvements que je viens d'esquisser, en ce ((ui regardi^ les régions méditerranéennes, ont eu leurs analogues dans toutes les parties du globe à la même époque. Tous ne sont pas (également bien étudiés, beaucoup sont encore inconnus. Je ne dirai ici que peu de mots sur ce ([ue furent les transformations survenues dans l'Asie antérieure (3), réservant j)our un chapitre spécial l'étude plus complète de la formation géologique de ces pays (h).

Pendant l'épocjue éocène, le massif iranien était en grande

(1) Cf. pour les Irniisformations des riva^fs mer. Sa faune jiarliculiùre renferme en m«"Miic

ilans la Médilerraiiée le savant mémoire de temp.s des formes asiali(|ues (cliinolses et ja

M. Houle, les Grotles ilc (îrimaldi, I. I, f;is. II, ponaises) et européennes. « Ainsi le Baïii.il a

l>. 128{Monaco, 1900) où l'auteur reprend toutes pu servir de refuge à des animau.'v qui, aupa-

les observations relatives à lu Côte d'Azur ravarit, peuplaient les lacs par les(iuels, de

(p. Ii8), la Liguric. la Toscane (p 129), la Corse, Tali-Fou jusqu'en Mongolie d'un côlé. jusqu'à

la Sardaigne (p 13'i). I Italie centrale et méri- Omsk de l'autre une grande partie de l'Asie

dionale (p. 131), la Péninsule des Balkans et était alors occupée. » (\. de Lapp.vuent, Leç-

la Crète (p. 133), la mer Egée et la mer Noire dp. Géogr. plu/s.. 1907, p. 541.)

(p 131), la Méditerranée orientale (p. 13d), (3) Cf. .1. ni: Moiujan, Mission en Perse, i. I,

l'Egypte (p. 17), la Tunisie (p. 138), l'Algérie 1894; t. II. 1895; t. 111, 1" partie, 1905. — Mcni.

(p. l.<9), le Maroc (p. 140), la Péninsule Ibéri- delà Délèijalion en Perse, l. I. 1900. — Notes sur

que (p. 141), le Golfe du Lion (p. 143). la Basse-Méso|)otamie, ds la (Géographie, iWi.

(a) Au centre de l'Asie se trouvaient aussi pp. 242-2h7. — Note sur les gîtes de naphtc de

lie grands lacs; le Baïkal (.\lt. 47G m.), dont la Kend-é-Chii in (Gouvernement de Ser-i-l*oul).

profondeur est par places de 1.500 mètres en- in Ann. des Mines, février 1892.

viron.est le dernier témoin d'un chapelet de (4 Cf. Chap. VII, « l'Asie antérieure et

lacs qui, vers la (in du leitiairc;. se succédant l'Egypte anté-hislori(|ues ». sur le cours actuel de l'Angara, le reliaient à la

partie sous les eaux (1) ; c'est donc postérieurement à cette époque qu'il a émergé.

Jusqu'à ce jour, il n a pas été rencontré el assises fossilifères post-éocènes ; mais les couches éocènes sont loin d'être les dernières. On trouve, sur le versant occidental (Louristan, Pouchté-Kouh), d'épaisses alternances relevées de marnes, de grès el de gypse, bien postérieures à l'éocène du plateau et reposant sur des calcaires que je crois appartenir au tertiaire supérieur.

Les gypses sont eux-mêmes surmontés de couches épaisses de sables, d'argiles, de marnes et de grès friables, relevées comme eux.

Cet ensemble forme le fond de la cuvetle mésopotamienne ; il affleure sur les flancs des montagnes iraniennes, disparaît sous les alluvions pour reparaître, redressé, sur le bord du désert arabique, tant à la hauteur de Bagdad qu'entre Deir-el-Zor, Palmyre et l'anti-Liban.

Nous ne connaissons pas l'âge relatif de ces sédiments supérieurs, dont les fossiles ont été dissous parles eaux acides de cette région gypseuse ; toutefois, le relief du sol était à peu de chose près établi lors de l'existence des lacs (Sicilien) de l'inter-Libau et aussi lors(Plaisancien) du dépôt osseux de ^taragha. Nous possédons ainsi les deux limites (éocène et Plaisancien-Sicilieni entre lesquelles le mouvement s'est opéré.

A la fln du tertiaire (Plaisancien), le plateau persan n'oflrait pas l'aspect désolé qu'il pi'ésente aujourd'hui; son climat plus régulier et plus humide permettait aux prairies et aux forêts de se développer.

A cette époque, l'Iran, peut-être moins élevé qu'aujourd'hui dans son ensemble, était ])ordé au nord par le grand lac pontoaralo-caspien, à l'ouest et au sud par le golfe Persique, prolongé dans le pays des deux fleuves, ou par un immense lac s'étendant jusqu'au Liban. Il portait lui-même des lacs, tel celui d'Ourmiah, alors très étendu, et alimentait une plantureuse végétation, si nous en jugeons par la faune qu'on rencontre dans les sables de Maragha.

La fin du pliocène vit l'Iran, l'Arménie, le Caucase se couvrir de névés et de glaciers reliés à la grande calotte de l'Asie centrale ;

(1) ("lisemonts éoconesde Soh. de KiMiin, de Mollali Ghiavan au Pouclil-é-Kouh,du ZagrOj,elc.

l.t:s OHllilNES 5t)

puis, au cours du pléislocène, le |)ays prit définitivemeiil ses formes lopographiques actuelles. De vastes lacs salés ou sauniâtres s'établirent dans toutes les cavités du plateau, rendant infertile toute la région.

C'est à l'époque des érosions et des alhivions quaternaiies que le pays a définitivement pris l'aspect actuel. Depuis longtemps peut-être la sécheresse et la salure des terres avaient fait émigr< r les herbivores; mais l'al^sence coiiijjlèle, (huis les limons du j)!;!teau, de mollusques terrestres autres que ceux vivant actuelhment,estla preuve que cette faune n'a pas changé et que, par suite, les conditiojis climatériques sont restées les mêmes depuis la fin du pléislocène.

Sur le plateau, et tout à l'enlour, sont de j)uissantes formations caillouteuses; près des montagnes, elles atteignent parfois (Zohàh, Dizfoul, Ghouster, Louristan) plusieurs centaines de mètres d'épaisseui-. .lamais je n'y ai rencontré d'ossements animaux ou de produits de l'industrie humaine.

Ces alluvions, en Chaldée, sont aujourd'hui recouvertes j)aid'épais limons; elle se retrouvent dans le désert syro-arabi(|ne, ofîrant à leur surface des instiumenls paléolithiques du type chelléen.

Dans la vallée du Lar, sur le versant de la mer Casi)ienne, j'ai, en 1889, découvert un gisement d'instruments très grossièrement éclatés (Ab-é-Pardôma) et plus bas, ])rès d'Amol, on a trouvé dans les alluvions caillouteuses une molaire d'Elephas primu/eniiis qui m'a été montrée; mais ces deux gisements sont situés en dehors du plateau : ils appartiennent au bassin caspien dont la végétation, surtout au Mazandéran, est et semble avoir toujouis été d'une extrême richesse.

Comme on le voit, l'Iran a subi au cours du tertiaire des modifications plus importantes encore que celles de l'Europe.

A la fin du pliocène, ou au début du pléistocène, la nier s'étendait au loin dans la Mésopotamie; et là, ses rivaires ont été relevés comme ceux de la Méditerranée. L'on voit en ellét, sur tout le bord du désert arabique, des falaises de giavier coquillier (Sicilien?) situées à une assez grande hauteur au-dessus du niveau actuel de la mer. Les phénomènes d'émersion se sont étendus, au moins jusque-là, dans la direction de l'est.

Avec le pliocène, le climat européen se refroidit encore ; on

ne rencontre plus les grands palmiers et les camphriers; seul, un chamérops se maintient encore en Provence.

Les séquoias et les bambous demeurent encore quelque temps dans les pays méditerranéens ; alors que les forêts de l'Europe occidentale se peuplent du chêne, de l'érable, du noyer, du mélèze, du peuplier ; essences dont quelques espèces se trouvent aujourd'hui encore en Algérie, en Portugal, au Japon et dans r Amérique du Nord.

Dès lors, la faune moderne se dessine nettement ; le genre maslodon disparaît de l'Europe avant la fin du pliocène pour survivre longtemps encore en Amérique. De grands proboscidiens le remplacent, VElephas nieridionalis entre autres, qui s'avance au nord jusqu'en Angleterre.

L'hippopotame est à son apogée, les rhinocéros sont très nombreux, de même que les cervidés, les bovidés, l'hipparion et enfin le cheval proprement dit qui fait son apparition.

Les singes vont quitter l'Europe pour se rapprocher des tropiques. A Java vit le Pithecanlhropus erectiis, grand quadrumane plus voisin de l'homme qu'aucun autre (1).

Comme on le voit par ce qui précède, depuis la fin des terrains secondaires jusqu'à l'aurore de notre époque, la flore et la faune ont évolué d'une façon continue. H y a homogénéité parfaite dans l'efi'ort delà nature et notre époque n'est que la suite et la consé- (juence de celles qui l'ont précédée. C'est même, semble-t-il, au cours du pliocène que les grandes provinces zoologiques modernes se sont formées.

Dans la suite, les phénomènes glaciaires viennent, il est vrai, troubler l'harmonie de cette évolution et obliger la vie à se cantonner d'une façon plus spéciale; mais le développement général ne se continue pas moins normalement dans son ensemble.

Depuis les débuts de l'éocène, les conditions ont toujours été

(1) " D'après les comptes rendus du Congrès les débris fossiles ù un homme, trois à un

'le Leyde (auquel j'assistais), je vois que les singe; en revanche, six zoologistes et même

.lulorités zoologiq'ies et analomi(|nes le^ plus davanlaRe les prirent pour ce qu'à mon sens ils

éminenlesont émis des opinions très diver- sonten réalité : les restes d une /'orme (icpfz>.s'/(/c

gentes sur la nature de ce remaniuable fos- encore inconnue ent:e l'homme et le singe.

sile [l'ilhecanthropus enctus] » (E. D. bois). (E Hakckel, Origine de ihjinme. Tiad Iran-

Malheureusement ses restes, consistant en une (;aise). Cf. s.iir Pilhecanlhropus. G Si;hwalbe,

calotte crânienne, un fémur et quelques dents, Sludien ilber Pilhecanlkrofius erechis (Du-

rtnient tiop incomplets pour permettre d'ass^-oir bois,, publié dans Zeilachrtfl fur Morplwlugie

un jugement délinilif. La conclusion de ces und Anthropologie. Stuttgart, 18%, t. I —

longs et orageux débals fut que, sur environ iMAiiouvRiEB, in Bull. Soc. Anlhrop. Paris.

dniizc savants compétents, trois rapportèrent :896.

Li:S ORIGINI-S (>|

favorables au déveloj)j)onient tlos èties vivanlainsi (|u(i riioiniiKî ; la flore coiimie la faune leur lurent toujours |)roj)ices.Si notre ancêtre a connu ces temps, il n'y a certainement pas rencontré plus d'ennemis que n'en virent les Chelléens et les Dorcioniens des diverses époques préhistoriques, que n'en trouvent aujourd'hui les nègres <le l'Afrique tropicale, les négritosde Tlndo-Chine ou les Lapons.

Si nous rejetons comme non probants tous les restes attribués à l'industrie humaine, signalés jusqu'à ce jour dans les couches tertiaires; ce n'est pas une raison pour nier à j)riori la possibilité de l'existence hunjaine dans ces temps reculés.

Nous ne connaissons, en effet, que bien peu de chose des dépôts terrestres laissés au cours du tertiaire sur les continents habitables ; beaucoup ont été lavés lors des grandes inondations, d'autres se sont abîmés dans la mer a\oc les teiritoires qui les portaient.

Nos recherches en ce sens sont encoii; insuffisantes, elles n'oni porté jusqu'ici (|ue sur une bien faible partie des ruines des continents tertiaires; et les régions explorées ne sont peut-être pas celles où l'homme d'alois a vécu. Dans tous les cas, la succession des dépôts terrestres de ces âges serait extrêmement difficile à établir d'une manière précise; car, d'une part les os et les coquilles ont généralement été dissous parles agents atmosphériques; el d'autre part les premiers hommes nont peut-être pas façonné <rinstruments en matières durables. 1! s(> peut que les pierres brutes, les morceaux de bois eussent répondu à tous leurs Ijesoins d'alors.

Admettons que l'origine humaine des éolithes présentés jusqu'ici (1) ne soit pas démontrée (2); il est impossible de nier (jue, même de nos jours, l'homme iic lasse fréquemment emploi

I 11 Cf. A. Rcror, Cnuserios sur li^s iiulustriep rieur,, lleulclii'ii. Maf/lien, Mcsvii, un {\>o\ir les

<le la i)ieiTe .ivcc (lémonstration scienlifique divers niveaux du quale iiaire iiiferieuri, Flr

el pratique de l'existence de l'industrie éoli- nusien (correspondant à l'iige néolilhique), el

Ihique, ds Rev. de l'École d'Anthropologie de Tasmanien p ^ur l'époque acluelle. Cette ingt-

Paris,1907,t. VIII. p. 283. — M. A. PiUtot (/îu//. nieuse théorie n'est généralement pas ;n-

Soc iielge de (iéol., \Wl,l. \Xl. p. ii\. la Fin cepléc. {.J.M-i

de la question des éolithes) considère les éoli- (2) M. Boule (lAge des derniers volcans de

thés non plus comme une industrie primitive la France, ds la Géographie, t. XIJI. liKKi.

de remploi de la pierre : mais comme une in p. 287) considère comme prohlémalique l'exis

duslrie spéciale, avant débuté à l'époque 1er- lence de Ihomme à la fin de la période plio

tiaire. .s'étanl développée dès le quaternaire cène, cesl-àdire au temps où vivaient VElr

parallèlement aux autres svstèmes, (;t ayant phas ineridionalis, Ithino erox cirusrus. etc., et

duré jusqu'à nos jours dans tous les pavs. Je où se formèrent dans la France les alluvion>

classe, dit-il, les diverses phases de l'état éoli- des plateaux el les moraines de la première

thique : Canlalien (miocène supérieur), Kenlien grande exiension glaciaire, pliocène moyen). Sa/n/-Pre.s/(cn(pliocène supé-

d'instruments naturels en pierre, en bois, en os, etc. Cet usage est inné chez lui, chez le sauvage comme chez l'homme civilisé, chez l'enfant comme chez l'adulte. L'adaptation est la consé- (|uence forcée de cet instinct; et les éolithes en seraient les vestiges.

Mais il est un fait plus important encore, venant à l'appui de la supposition qui accorde à l'homme une antiquité supérieure aux temps quaternaires; ce fait est que les instruments du type chelléen se rencontrent sur la plus grande partie de la surface du globe, dès les débuts du quaternaire.

Le coup de poing, même grossier, est un instrument trop perfectionné pour qu'il puisse représenter le premier essai d'un être doué d'intelligence, cherchant l'adaptation à ses usages des matériaux f|ue la nature mettait à sa disposition. Les tâtonnements ont (lu être nombreux et longs. Or, en possession de cette industrie relativement élevée, il nous apparaît déjà très répandu. Sa décou- ^ erte avait donc eu le temps de se pro{)ager dans les pays encore émergés à notre époque et dans d'autres engloutis aujourd'hui.

[jC foyer des dé\ eloppements antérieurs au coup de poing est probablement unique; mais peut-être aussi a-t-il, pour toujours, disparu sous les (lots ; on ne peut nier cependant qu'il a existé. C'est là, si ce lieu émerge encore, qu'on trouverait les stations éolithiques répondant à toute la série des essais, des tentatives qui, forcément, ('nd)rassent de longues suites de siècles.

C'estau cours du Icrtiaire seulement ((ue ces tâtonnements peuvent avoir eu lieu : peut-être ont-ils débuté pendant le pliocène, le miocène, l'éocène même; car rien ne s'oppose à ce que l'homme eût vu le jour dès les débuts du tertiaire. « Les nègres en Afrique, les négritos dans la ^falaisie affirment, a dit Cartailhac (1), par leur répartition sur la surface du sol, leur origine tertiaire. » (Chaque jour les présomptions s'accentuent en faveur de la thèse faisant renionter l'homme à ces époques. Elles sont combattues avec violence par certaines écoles et le seront jusqu'au jour où une preuve positive, inattaquable, viendra mettre fin au débat. Nous en sommes encore réduits, pour la solution de ce grave problème, aux conjectures, aux considérations générales basées sur

'1) La France préhi-<t.. Ik'JC, p. Xk

LFS ORIGINES 68

le rationalisme, et certes ces aperçus sont loin d'olïrir des bases scientifiques solides; mais 1(^ bon sens oblige à faire remonteira[)parition de l'homme au delà des temps où sa présence se manifeste par les réalités constatées jusqu'ici.

« L'ère moderne ou quaternaire est caractérisée par l'apparition de riiomme sur la terre », disent les géologues. Si le quaternaire n'existe ([ue par cette définition, il faut se hâter de le supprimer pour réunir les temps modernes au pliocène. Car ce n'est pas de l'homme primitif lui-même dont il est question dans cette définition, ce n'est pas de sa venue en tant que type zoologique; mais bien rapj)arition d'une industrie déjà nettement formée, développement qui suppose qu'une longue période s'est écoulée avant ((ue l'ouvrier du coup de poing eut perfectionné son intelligence au point de posséder une telle civilisation.

Si l'on envisage la flore et la faune des dernières époques terliaires,les comparant à celles des temps quaternaires et modernes on trouve de telles analogies, une suite si continue, (|u'il est impossible de ne pas relier intimement entre eux ces deux mondes. Les phénomènes glaciaires ont, il est vrai, créé un hiatus dans cel (msemble homogène ; mais ce hiatus est plus apparent que réel, car il ne s'applique pas à la totalité du globe.

Il ne saurait être ici question d'évaluation en millénaires des temps employés à ces perfectionnements ; nos chronologies ne peuvent être que relatives. Peut-être le jour viendra-t-il où les bases de ces calculs seront plus sûres; mais dans l'état actuel de notre savoir, nous ne pouvons que nous abstenir de formuler un nombre, quel qu'il soit.

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