CHAPITRE III
Les phénomènes g-lacialres.
Nous avons vu combien les modilications continentales pliocènes eurent d'importance (1) en ce qui concerne les reliefs de l'Europe et par suite la nature de son climat; mais nous devons remarquer aussi que la formation de grandes nappes d'eau dans la Méditerranée, l'existence de lacs étendus dans la région ponto- <3aspienne, en Afrique, en Syrie, en Sibérie, aux Etats-Unis, l'efîondrement de continents entiers dans l'Atlantique (2), ne furent pas sans modifier également d'une façon notable les conditions climatériques de l'hémisphère boréal. Ces mouvements ne cessèrent pas avec l'époque tertiaii-e; ils se sont poursuivis au cours du pléistocène et se continuent encore de nos jours.
Ces oscillations, dues à la plasticité de l'écorce terrestre, se manifestent sous forme d'immersion sur certains jjoints, d'émersion sur d'autres et, fréquemment, en vertu des lois de compensations dictées par l'invariabilité relative du volume terrestre, il y a mouvement de bascule ou de glissement allcctant de vastes n'ii-ions (3).
(1) Voici (luelciues données sur l'cLat actuel (les reliefs terrestres pris dans leur ensemble; la surface totale du criobe étant de 5U',t.i)ôO.0OO kilomètres carrés, 365.501.000 sont occupés par les mers et 144. 449.000 par les terres, Cf. Wagner, BeilrAqe zur Geophiisik, 1895; dont 100.800.000 pour l'hémisphère boréal et 44.200 environ pour l'hémisphère austral. Le quart environ des continents est occupé par des hauteurs supérieures à 1.000 mètres daltitudc. soit 70.0no.000 kilomètres carrés pour lesallitudes situées entre 1.000 et 2.000 mètres. 13.000.(00 pour celles de 2.000 à 3.000 mètres, 7. 500.000 pour celles entre 3.000 et 4.000 mètres et 7.500.000 également pour les altitudes supérieures à 4.000 mètres.
2) Cf. .Vu sujet de la théorie de l'Atlantide, A. DE Lapparent, Traité de géol. — Lubbock, l'Homme auaiil l'Histoire, p. 40. — Cii. Ploix, lieu. d'Anthrop., 1887, p. 291. — Bull. Soc. df Borda (Dax). 188 i. Bien des .savants se refusent à cette hypothèse.
(3) " Au moment où une grande ligne de relief se constitue sur le globe, elle forme le rivage d'une dépression océanique ou lacustre, sous laquelle elle s'enfonce par son flanc le plus abrupt, et en général, l'importance de la chaîne à laquelle elle donne naissance est en rapport avec celle de la dépression qu elle côtoie. >■ (A. DE Lapparem. Traité de Géoloflie, 1906. p. 67.)
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Des défornialions de cette nature se sont produites à toutes les époques ; et nous en retrouvons les traces dès les temps géologiques les plus reculés. De nos jours, elles sont généralement peu sensibles et, par suite de leur lenteur même, avaient, jusqu'à ces derniers temps, échappé à l'observation rigoureuse.
De l'intensité des phénomènes qui se produisent sous nos yeux, nous ne pouvons cependant pas déduire l'importance de ceux concernant les temps écoulés; il y a certainement eu des périodes d'activité maxima et des époques de minima ; mais nous ne sommes pas en droit d'établir des lois chronologiques basées sur l'observation des faits récents.
Les phénomènes dus à la plasticité de l'écorce terrestre sont de trois natures : les éruptions volcaniques, les secousses sismiques et les déformations plus ou moins lentes de la surface.
Les temps pléistocènes ont vu, comme les nôtres, de nombreuses éruptions volcaniques: je citerai entre autres celles du massif central de la France, les dernières de ce groupe.
Depuis, les éruptions se sont continuées sur toute la surface du globe et l'on ne compte pas moins de 323 volcans (1) qui, depuis trois siècles au plus, ont donné des preuves de leur activité.
Grâce aux nouvelles méthodes d'observation (2), il a été possible de reconnaître l'existence d'un certain nombre de foyers sismiques principaux et d'établir approximativement l'aire de leur action. J'en citerai quelques-uns.
Dans le Nouveau Monde sont deux groupes ; celui des Açores dont l'influence s'étend de 20" à 60" de latitude septentrionale, et celui des Rocheuses et des Andes comprenant toutes les côtes occidentales de l'Amérique et se reliant par l'Alaska au groupe asiatique. Le groupe Central Américain, dont les limites comprennent les Antilles, la Floride et les Guyanes, se relie vers l'est à celui des Açores.
Dans la mer du Nord, le foyer islandais fait sentir ses effets depuis les côtes nord-ouest de la Norvège jusqu'à 70Mnlitude nord environ.
Plus au sud, le groupe indo-européen affecte les régions comprises d'une part entre Bombay et Lisbonne, d'autre part entre Zanzibar et le Caucase.
il) FvscHs, les Volcans. Paris, lt<78, -2' cdit. (2) J. Miliie.
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Enfin, un autre foyer sisinique comprend Maurice et Madagascar.
Il serait aisé de citer un plus grantl nombre de régions ail'ectées par ces phénomènes; mais les exemples que je viens de donner sont particulièrement intéressants parce (|u'ils concernent des portions de l'écorce terrestre qui, nous le savons, ont travaillé pendant l'époque tertiaire et dont Tactivité s'est continuée au cours du pléistocène et jusqu'à nos temps.
Il existe certainement des relations entre les diverses manifestations des forces centrales de la terre, qu'.elles se traduisent sous forme d'éruptions volcaniques, de secousses sismiques ou d'oscillations lentes de l'écorce; mais, jusqu'ici, nous ne possédons pas les données nécessaires pour relier entre eux ces phénomènes. En les passant en revue sommairement, j'ai simplement voulu montrer combien est mobile cette croûte sur laquelle l'homme s'est développé et combien, par suite, il doit être fait de réserves dans l'étude des causes de son évolution aussi bien zoologique qu'intellectuelle.
En effet, si nous étudions les oscillations de l'écorce terrestre (1), nous nous trouvons en présence de faits dont les conséquences touchent de bien près à l'histoire de l'humanité ; car ces mouvements ont profondément affecté l'habitat de notre espèce.
Au nord de l'Europe, la péninsule Scandinave tout entière subit actuellement un mouvement de bascule, le fond du golfe de Bothnie s'enfonçant de 1 m. 60 par siècle, tandis que la pointe méridionale de la Scanie se relève (2).
Jadis, cependant, au cours de la période actuelle, un bras de mer joignait la Baltique à la mer du Nord, passant par la dépression des lacs Mâlaren, Hjelmaren et W'enern ; et ces districts sont aujourd'hui situés bien au-dessus du niveau des mers. Ailleurs, sur d'autres points de la Scandinavie, des plages marines d'époque glaciaire se trouvent maintenant surélevées de 200 mètres.
(1) Pour les moiiveirients de l'écorce 1er- Sitpan, r*e/. .Vi;., 1888. — Bhùckner, Verliandl. reslre en général, Cf. Ed. Suess, Das Antlitz d. IX'^'" Geographentays. — Siéger, Ze.tsch. d. derErde, surtout le t. II, trad. E. de M.'irgerie, Ge.s-. fiir Erdkunde. Berlin, 1890. — A. de Lap- 190U. Toutes les théories du savant professeur parent, Trailé de Géologie. 1906, p. 581 sq. — viennois ne sont cependant pas admises par Docteur Andue, M. Hause^. Skandinaviens l'ensemble des géologues. SUgning, 104 p., avec résumé en anglais, in
(2) Sur les mouvements de la péninsule Geologislœ iindcrsôgelser, n' iS. Aarbog, I89G Scandinave, consulter : V. Schmidt, le Dane- til i89!>. Krisliania, l'JOO.
mark en 1867. — Suess, An/Z/Zz derErde; —
Le nord du Danemark, suivant le mouvement de la Suède méridionale, émerge lentement; de telle sorte que les kjœkken-
Le plateau sous-marin et les vallées dans la mer du Nord (d'après les cartes marines).
mœddings laissés jadis près des grèves en sont aujourd'hui distants parfois de 10 kilomètres environ.