LES PHÉNOMÈNES GLACIAIRES
Le sud et la partie centrale du Jiitland, au contraire, s'enfoncent; de telle façon que si ce mouvement se continue, le jour viendra, dans quelques siècles, où le golfe de Bothnie se joindra à la mer Blanche et où le détroit danois, au lieu de se trouver entre Gôteborg et le cap Skagen, sera reporté plus au sud vers le Schleswig (1), La Scandinavie, s'étendant au sud, absorbera le Danemark (2).
En examinant la carte des côtes norvégiennes, nous la voyons découpée par de longues échancrures, les fjords, profonds et étendus. Or ces fjords ne sont autres que des vallées d'érosion qui n'ont pu se former qu'à Tair libre (3), au cours du pliocène ou du pléistocène, sous l'action des rivières. Ils contiennent aujourd'hui, par places, plusieurs centaines de mètres d'épaisseur d'eau (Ji) ; c'est donc de cette hauteur au moins que les Alpes Scandinaves se sont affaissées depuis le creusement de leurs vallées (5) ; et il en est de même dans bien des régions, pour l'Islande entre autres (6 .
Cette remarque est d'une importance capitale en ce qui concerne la formation des grands glaciers ; car elle prouve que les Alpes norvégiennes ont été beaucoup {)lus élevées qu'elles ne sont actuellement et que, par suite, elles offraient, jadis plus qu'aujour-
(1) Forêts et tourbières submergées sur la côte orientale de Leba ^Poméranie). Cf. la Géogr., f. V, p. 284.
(2) L'un des points les plus intéressants à étudier, en ce qui concerne les mouvements post-tertiaires des cotes, est Tile de M()en. (Cf. Ch. Lyei.l, Geol. Transactions, II' série, vol. II, p. 243. — PuGGAARD, Geologieder Insel Môen. Bern., 1851.
(3) (Cf. DE Lapparent, Traité de géologie, V' éd., 1906, p. 24it.) Une seule conclusion demeure admissible, celle que ces déchirures du sol, si exactement prolongées sous la mer, existaient à l'état de vallées continentales, lorsqu'un changement de niveau a déterminé leur submersion partielle sous la nappe océanique. Ce changement semble avoir été très brusque, sans quoi les fjords n'auraient pas conservé leur aspect de vallées comme le fait a lieu dans la plupart des Rias de la côte de Galicie. delà Bretagne, de l'Irlande et du pays de Galles. Le fond des fjords a luimême subi parfois des déformations aux abords de la limite du massif montagneux. Ainsi le Hardanger fjord, profond de 800 mètres, a été relevé à son entrée de 450 mètres, tandis (|ue d'autres présentent une pente continue.
(4) La cavité la plus profonde des fjords norvégiens est de 1.242 mètres (Sognefjord) tandis que dans le Baker fjord, en Patagonie,
la sonde est descendue à 1.2G1 mètres. (Cf. Otto Norde.nskjOld, Topograph. Geol. Studien in fjordgebieten,ds Bull, de l'Institut géologique d'Ujjsala, 1899, n» 8, IV, 2). Les profondeurs des principaux fjords de la Norvège sont, d'après Nordgaard (Naturen Bergen, n" 12, décembre, 1904, p. 382): OfotentenfjonI, 550 mètres; Tysfjord, 725 mètres; Oxsund, 630 mètres; Foldenfjord, 530 mètres; Skjersladfjord, 518 mètres, etc. On voit d'après ces données que l'affaissement de la côte norvégienne, après la période d'érosion des vallées, ne s'est pas faite régulièrement et que son maximum semble avoir été de 1.250 mètres environ.
(5) Cf. sur les déplacements des rivages quaternaires dans la Norvège seplentrionaie, la Géographie, 1905, t. XI, p. 308. Compte rendu par C. Babot des travaux de W.-C. Brrigger(iVorye.s Geologiske Undersôgelse, n'^i], Om de Senglaciale og post-glaciale ,\ir,îforandringer i Kristiania fellet Kristiania, 19 X) et 1901) et de W. Bamsay (Ueber die Geologische Entwicklung der Halbinsel Kola in der Quurtarzeit. Helsingfors, 1898).
(6) Suivant \\. Sevastos [Bull. Soc. Géol. de France, IV' série, t. \ I, p. 235), la cause efficiente d'abaissement des aires continentales devrait être cherchée dans la surcharge de celles-ci par l'énorme masse de glace des époques glaciaires.
d'hui, des conditions favorables (1) à l'accumulation des névés (2).
Cet affaissement s'est produit en même temps que celui des pays situés entre la Scandina\ie et la côte anglaise, dont les îles Orkney et Shetland ne sont que les ruines; que celui du banc de l'île porphyrique de Rockhall, long de 160 kilomètres, large de 80, sur lequel la drague recueille, par 200 mètres de fond, des mollusques morts depuis longtemps et appartenant à une faune beaucoup moins profonde (3) ; en même temps, en somme, que toute la surface du célèbre plateau de cent brasses (180 m.) qui entoure notre littoral du Nord (/j), que les terres qui jadis joignirent l'Europe à l'Islande, au Groenland et au Continent Améjicain, que nos contrées elles-mêmes.
Ce mouvement semble se poursuivre encore dans les temps actuels; car on en peut suivre les traces sur les côtes de la mer du Nord et de la Manche (5).
C'est en 1170 après J.-C. que l'isthme qui joignait la Hollande à la Frise s'est rompu et a disparu sous les eaux. C'est au treizième siècle que le lac Flévo devint un golfe, que le Zuyderzee se forma (6). C'est en J/j21 que se créa la mer de Biebosch. 11 y a donc eu, du douzième au quinzième siècle, afl'aissement continu de la côte (7).
(1) « La tranche pluviale, dans un courant atmosphérique, est d'autant plus épaisse que le courant airétc par un obstacle est forcé de s'élever plus rapidement » ; (CEZANNf, Elude sur les torrenls, II, p. .'il), lair devenant plus froid avec l'altitude (1° par 100 mètres environ) se décharge d autant plus rapidement de son humidité que sa température s'abaisse plus vite. C'est ainsi que la friande muraille Scandinave, surélevée de 500 à l.OUO mètres, joua le même rôle vis-à-vis des vents océaniques, que joue l'Himalaya par rapport à ceux des tropiques (à Cherra-Ponjée (Indes), il tombe une moyenne de 1-2 à 14 mètres d'eau). Les pays jadis occupés par les glaciers se font d ailleurs encore remarquer par la grande quantité d'eau (]u'ils reçoivent sur (piel(|ues points (Bergen, 2 m 6' ; Slyehead [Cumberland;, 4 m. 7-2.)
(2) L'influence du relèvement des massifs Scandinaves et autres sur la formation des glaciers a été mise en évidence dès 18G4 par Frankland (On Ihe physical cause of Ihe Glacial Epoch, in Phitosoph. Mag.)
(3) Les dragages effectués sur le <■ Dogger bank » par une profondeur variant de 13 à 40 mètres ont amené un grand nombre d'ossements de mammouth, de rhinocéros, de renne, etc., montrant que ce plateau était jadis émergé. Plus au nord, sur le « Long forties bank n, parmi les coquilles roulées du fond, se rencontient des mollusques ne vivant que dans la zone des marées, prouvant par
leui' présence à une profondeur de 70 mètres qu'en ce lieu l'ancien rivage s'est affaissé d autant. (Cf. .Iukes Brow.n, The Building of Ihe British Iles.)
(41 A. Rutot [Congres préhist. de France, à Vannes en 1906, le Mans, 1907), examinant la question des gisements chelléens submergés du Havre, rappelle ses travau.x sur « les origines du quaternaire de la Belgique (ds Bull. Soc. Belge de Géol., t. XI, 1897 [Mém.]), dans lesquels il a prouvé que le plateau de la mer du Nord ne s'est enfoncé qu'à la fin du quaternaire et que, par suite, il a été occupé par 1 homme chelléen. Il accorde 10.000 ans à l'anticjuité de cet effondrement et fait remarquer que ce mouvement est indépendant d'autres qui ont eu lieu postérieurement.
(5) Cf. Langeraad, Zeilsch. f. wissensch. Geogriiphie, 1888, p. 265.
(6) C'est en 1277 que la mer, entrant dans le lac Flévo, forma le Zuyderzee. Quatrevingt mille personnes périrent dans !e cataclysme.
(7) J. Van Baren, ds la Géograjihie, t. V, 1902, p. 49 et les deu.x caries, pp. 50 et 51. — J.-C. Ramaer. Geogr. Geschied. V. Holland, beguiden de Lek en de yieuwe-Maas in de Middeleemven. Amsterdam, 1899. Ouvrage renfermant un essai de reconstitution de la carte de la Hollande en 1300 comparée à la géographie actuelle. — Ed. Jonckheere, l'Origine de la Côte de Flandre el le bateau de Bruges. Bruges, 1903.
LES PIIKNOMLWES GLACIAIIIKS 71
En France, au troisième siècle, le littoral entre Ardres et
Effet que produirait un afTaissement de KK) mètres dans les régions du Nord de TAIlernagne et du Sud des pays Scandinaves.
Nordkerque était suljmergé (1) et nous y voyons aujourd'hui encore la tourbe recouverte de 6 m. 50 par la mer (^2 .
(1) Cf. Deb:iay, Mém.d' la Soc. des Scienrt de l'Agric. el des Arls d- Lille, 1873.
(2) Cf. GossELET, Ann. Se. (i. .V.. XXX, p. 325.
72 LES PREMIÈRES CIMLISATIOXS
En Belgique (l), à l'époque de rindustrie néolithique, les flotsvenaient jusqu'à Bruxelles. Toute \â plaine marine (2) repose sur des couches de tourbe surmontées de dépôts d'eau salée ; puis elle se retira; mais revint au quatrième siècle, s'avançant jusqu'à Bruges.
Aux onzième et douzième siècles, on enregistre encore des irruptions de la mer dans la Hollande et la basse Belgique.
On voit, à Wimereux, sur les rivages du Pas-de-Calais, une forêt submergée avec les ateliers néolithiques qu'elle renfermait; et plus loin, entre la Somme et la Seine-Inférieure, l'embouchure de la Bresle montre des traces très nettes d'afTaissement.
A Cherbourg, un slatère d'or gaulois a été trouvé dans les tourbes submergées ; et entre le mont Saint-Michel et la côte, sont des traces de forêts.
En Bretagne (3), rinimersion de la ville d'Ys, dans la baie de Douarnenez, vers le quatrième ou le cinquième siècle, est un fait classique; aujourd'hui ses ruines sont par \!i à 15 mètres de fond, profondeur qui indi(jue pour l'afiaissement sur ce point une moyenne de 1 mètre environ par siècle.
Ilot d'Er-lanic (Morbihan) et les Cercles de pierre, d'après le docteur de Closmadeuc.
A la pointe de Plogoff, des monuments mégalithiques sont
(1) Cf. RuTOT, les Origines du Quaternaire de la Belgique. Bruxelles, l.>97; Soc. belge de Géologie. XI, p. i:'l.
(2) L'élude des oscillations de la plaine marine belge est due aux beaux travaux de M. A. Rulot qui (Congrès préhist de France, Vannes, 190ii) les résume comme suit : 1° à la lin du quaternaire, affaissement général très important, formation de la mer du Nord, séparation de la Grande-Bretagne de l'Europe ; 2° débuts des temps modernes, faible soulèvement ; 3* période de calme comprenant le néolilliique, les âges du bronze et du fer, les temps gallo-romains; 4° troisième et quatrième siècles, affaissement lent permettant à la mer de reprendre une partie de ce «lu'elle avait perdu i)ar2°;5° période de repos
de quatre siècles; 6° à partir de l'an 800, soulèvement lent; 7° en l'an 900, tous les pays ]ier<lus au troisième siècle sont repris, période de repos; b° vers l'an 1000, nouvel alTaissement qui, en 1179, amène la rupture des digues, formation du Zuyderzée, détachement des îles de la Frise, la plaine marine est couverte d'eau ; t)° retrait lent des eaux, établissement des dunes littorales.
(3) Vallées sous-marines: entre autres celle de la rivière de Pontrieux qui prolonge son lit jusqu'à 10 kilomètres en mer par un sillon de 30 à 40 mètres de profondeur (Cf. J. Rey- NAun, Comptes rendus Acad. Se, XXVI, p. SlH; A. DE L.^PPARENT, Traité de Géologie, 19U6, p. 579.)
LES rilKNOMÈNES GLACIAIRES 73
aujourd'hui sous 5 à 6 mètres d'eau (1), et il en est de même dans l'îlot d'Er-lanic (Morbihan) (2).
En Angleterre (3), les exemples de l'oscillalion du sol sont également très nombreux; ils montrent que la submersion est d'autant plus importante qu'on avance plus vers l'ouest, tandis qu'au nord, il y a manifestement émersion (A).
Ainsi, les mouvements ayant donné naissance à la Manche et à la mer du Nord se continuent encore sous nos yeux.
Ces affaissements, reconnaissables aux témoins qu'ils ont laissés sur le littoral, n'ont pas affecté que les côtes seules; leurs effets se sont fait sentir sur tous les continents voisins, modifiant l'altitude de l'ensemble. En sorte qu'à l'époque où le plateau de la mer du Nord émergeait, où les Alpes Scandinaves offraient des cimes comparables à celles de Fllimalaya de nos jours, la France, l'Angleterre, le Nord de l'Allemagne formaient des massifs plus ou moins élevés ; et c'est probablement à ces variations d'altitude que nous devons, en grande partie, les époques chaudes et froides que révèlent la flore et la faune des temps quaternaires.
Nos déductions, jusqu'à ce jour, ne reposent que sur les témoignages laissés sur les côtes et dans le fond des mers; parce que nous ne possédons aucun moyen d'appréciation en ce qui concerne la conduite des continents ; et le manque de notions à cet égard porte à supposer l'invariabilité dans l'altitude de ces terres. Grave erreur qui entraîne de sérieuses conséquences dans l'interprétation des phénomènes naturels continentaux.
Ces émersions et submersions sont très variables dans leur rapidité; en Angleterre, 0 m. 005 et 0 m. OU semblent actuellement être les extrêmes annuels.
Si nous prenons le minimum 0 m. 005 et que nous l'appli-
(1) Cf. Marcel Baudouin, les Më(jalilhe<i mais \\i peuvent n'avoir affecté que des icsubmergés des- côles de la Vendée; lex Cotes de gions peu étendues.
Vendée; de la période néolilhique au moyen âge ; (4) Hamsay [Glaciers o/" \orlh Wales, li^i'iO)
le Mégalilhe délruil de Sainte Croix (Vendée). constate, pour l'Angleterre cl le pays de
(2) Cf. Cartailhac, la France j)réhisloriqne, Galles, trois périodes glaciaires successives. 2' édit.. Paris, 189fi, p. 202, fig. 79 (d'après le Pendant la première, les terres, beaucoup plus docteur de Closmadeuc.) hautes qu'elles ne sont aujourd'hui, étaienl
(3) De nombreuses terrasses marines ren- couvertes d'une croitte énorme de glace. Dans fermant une faune récente, mais plus froide la seconde, ces mêmes terres se trouvaient à que la faune actuelle, montrent que les îles 750 mètres environ au-dessous de leur niveau Britanniques ont subi des mouvements d'im- actuel. Les hauts sommets des îles Britanmersion et de submersion au.xtempsglaciaires. niques émergeaient seuls alors ef ils étaient (Cn. Lyeix, Anliq. o/ Man, éd. IV, 1873, couverts de neige. La troisième période, celle chap. Xin, p. 286 sq.). Ces mouvements n'ont de l'état actuel des terres, montre encore dos pas été sans influencer notablement l'attitude glaciers, mais moins importnuts que ceu.v de des glaciers Scandinaves vers le sud-ouest, la première phase.
quions à la mer du Nord, nous voyons que 20.000 ans auraient été nécessaires pour abaisser de 100 mètres les terres qu'elle recouvre aujourd'hui, et que 7.000 ans environ auraient suffi pour le même aflaissement à raison de 0 m. Ol/i par an.
Mais ces évaluations ne permettent de tirer aucune déduction précise; car nous ne connaissons ni l'intensité du mouvement, ni sa conduite, ni les cataclysmes qui ont pu survenir pendant qu'il s'opérait, activant ou retardant son allure.
Si, des bords occidentaux de la dépression atlantique, nous passons aux côtes américaines, nous constatons un mouvement de bascule analogue à celui de la Scandinavie, quoiqu'inverse ; le nord émergeant, ])endant que s'aflaisse le sud.
Les dépôts marins se trouvent aujourd'hui à 300 et 330 mètres d'altitude dans le Labrador, à 1^9 mètres dans la baie de Fundy, à l/i3 mètres à Montréal, à 120 et 99 mètres au lac Champlain, à 30 mètres à Boston, à 12 et 15 mètres à la Nouvelle Angleterre (1).
Avant d'en terminer avec les oscillations des rivages, je dirai encore quelques mots de la Méditerranée (2), qui, nous l'avons vu, occupe une région très tourmentée pendant l'époque tertiaire. 11 s'y est formé, vers la fin des temps géologiques, des fosses profondes et, par compensation, d'importantes émersions (3).
Près de Marseille, à 2 kilomètres de la plage de Fos, sont, par /i et 7 mètres de fond, des ruines romaines d'où l'on a tiré plus de cent monnaies antérieures au règne d'Auguste ;V .
L'Italie n'est pas à l'abri des mouvements, d'après Issel (5). Ses
(1) D'après le docleur Ochsenius (Halbfass ueberjunge llebungen in der Hiidsonbai, iii Ololnis, LXXVIII, n° 12, l'JOO), la région de la baie d'Hudson s'exhausse rapidement, au pointque dans quelques siècles son fond, dont la profondeur n'excède pas i>(X> mètres, émergera en entier Pour l'affaissement de l'état de New-York, Cf. Raph. S. Tarr, Phijxicdl Geoijr. of New York Stule, part. IX. The Shore Lines, ds Bail, of Ihe American Geo/jr. Soc., vol. XXX, n" 5, 18SI9, pp. 417-4i:H, 22 hg.; affaissement d'environ 0 m. GO par siècle. O. n. Uersliey (ds The Quaternary of Southern California in [iall. of Ihe Dep. of GeoL. vol. lU, n» 1, pp. 1-30, 1962, observe qu'en C.atifornie un soulèvement général a eu lieu au pléistocène, atteignant 1.000 à 1.300 mètres dans lu district de los Angeles, 2.00J à 3.000 mètres dans la Sierra Nevada, 2.()00 mètres à la montagne de Fraser.
(2) De ses observations sur les rivages méditerranéens et de celles de ses prédéces-
seurs, M. Boule {les Grolles de Grimnldi, Monaco, 19U6, t. L fasc. H, p. 14i sq ), tire les conclusions suivantes : le phénomène de déplacement des rivages, pendant les dernières époques géologiques, est un phénomène général pour la Méditerranée; les déiiôts quaternaires sont presque partout sensiblement horizontaux et, par suite, postérieurs aux grands mouvements tectoniques. Le jdéistocène inférieur correspond à un grand mouvement négatif de la Méditerranée. Il est nécessaire d'admettre pUisieursgrandsmouvements négatifs au cours des dernières périodes géologiques ; un mouvement positif a pris place au cours du pléistocène supérieur.
(3) Pour l'élude des oscillations des côtes méditerranéennes aux temps pliocènes et pléislocènes. Cf. Cn. DEPtREr, Bail. Soc. Géol. de France, IV' série, t. VL 19J6, p. 207 sq.
(4) D. Martin, ZJu//. Soc. d Etudes des Hautes- Alpes, 1898.
(5) Issel, Bi'adismi. Gcnova, 1883.
LES PllK.NUMÈMiS (iLACIAIHES
côtes présenteraient des traces d'érncrsion pour les temps préhistoriques et, par contre, des indices de submersion générale depuis cette époque (1^.
II en est de même pour la Dalmatie, la Grèce (2) et beaucoup de terres méditerranéennes. Les autres parties du monde, moins bien étudiées que les régions dont il vient d'être question, présentent aussi des indices de submersion et d'immersion (3) sur bien dos points (/i). L'écorce terrestre travaille donc constamment. On conçoit de quelle importance sont ces constatations en ce qui concerne les événements glaciaires, la vie et la dispersion de l'homme sur le globe.
C'est, avons-nous vu, à la fin de l'époque pliocène que débute la période glaciaire ; elle chevauche donc sur deux des divisions adoptées, arbitrairement d'ailleurs, par la géologie.
Bien des hypothèses ont été émises pour expliquer les causes de la naissance et de la disparition des grands massifs de neige. On a mis en avant des phénomènes cosmiques ou astronomiques(5); il semble que ces théories doivent être abandonnées, en grande partie du moins (6).
D'autres (7) pensent que le refroidissement subit, qui causa la formation des névés, est dû à la descente vers le sud des banquises brisées par de puissants raz de marée, ou par des mouvements sismiques ayant eu leur foyer dans la région arctique. Les glaces flottantes (8), entraînées par les courants, s'étant accumulées sur les côtes d'Europe, auraient produit un
(1) D'après GUnlher [Geoyr. Journ., XXII, pp. 121, 269; XXIV, p. 101), le sol de Naples à l'époque romaine était sensiblement plus haut que de nos jours. Vers le cinquième ou le septième siècle, il s'est enfoncé de 10 mètres. Ce mouvement a pris fin au onzième siècle Puis, vers le seizième siècle, il y a eu relèvement de 5 m. 70. De nos jours il y a tendance à la submersion. Cf. Suess, Anllilz der Erde.
(2) Voies romaines du golfe d'Arta (Alti(iue), actuellement à 1 m. 20 sous l'eau. (Cf. Issei.. Bradisini. Genova, 1883.)
A Syracuse, les carrières exploitées par les Grecs au pied des falaises qui, au nord-est, bordent la ville antique, sont aujourd'hui submergées (J. M.).
(3; Cf. entre autres, E. Vredenburg, Pleistocene movements as indicated by irrcgularilies of gradient of the Narbada and olher rivers in the Indian peninsula, in Records Geol. Sarvey of India. vol. XXXIII, pari. I.
(4) Le fond de l'océan Pacifi(|ue s'est affaiisé sur de grandes étendues, car Icpaisseur des récifs corallins atteint par places
500 à 600 mètres de puissance; et ces courbes du niveau sous-marin accusent l'existence de vallées creusées jadis à ciel ouvert et aujourd'hui profondément immergées. Aux îles Carolines, des monuments sacres d'ancienne date ont aujourd'hui le pied dans la mer. Pour beaucoup de récifs corallins. la théorie de l'immersion a été vivement combattue par J. Murray, L. Agassiz, etc..., mais elle demeure exacte pour un grand nombre d'îles pour lesquelles d'autres preuves viennent appuyer cette hypothèse.
(5) James Ckoll, Climnle and Time. 187.i.
(6) Cf. A. DE Lapparent, Traité de Géologie. V» édit., 1006, p. 1722 sq.
(7) Piette, Déplacement des glaces polaires et grande extension des glaciers. Saint-Quentin", 190 i.
(8) La théorie des glaces floUantes antérieures à l'émersion de la Scandinavie et à la première extension des glaciers émise par Lyell doitètre abandonnée. (Cf. de Lappabent, Traité de Géologie, 1906; M. Boule. liev.dAnthrop., 1888, t. XVII, p. 134 cl noie 1.)
froid intense, en même temps qu'une grande humidité; d'où condensation abondante sur les sommets et grande extension des glaciers.
Cette théorie oublie que, si les banquises peuvent amener un abaissement notable dans la température, elles s'opposent à l'élévation du degré hygrométrique de l'air; élévation qui nécessite un accroissement dans la température. En Sibérie, par exemple, où les glaces flottantes et fixes occupent de vastes surfaces, l'humidité de l'air est presque nulle et par suite il tombe fort peu de neige.
Les causes de ces perturbations ne sont d'ailleurs pas aussi simples que certains auteurs ont été tentés de le penser; elles proviennent certainement d'une foule de faits indépendants les uns par rapport aux autres et qu'il convient de faire entrer en ligne.
La fin du pliocène et les débuts du pléistocène ont été signalés^ dans le monde entier, par un accroissement inusité des précipitations atmosphériques (1); c'est à cette époque que se sont creusées toutes les vallées, que le relief topographique actuel s'est établi. Ce fut pour les pays chauds l'ère des lacs et pour les régions froides celle des glaciers qui, dans l'hémisphère septentrional seul, couvrirent une surface de vingt à vingt-cinq millions de kilomètres carrés.
Pour créer des masses aussi considérables de névés (2), il faut des vapeurs abondantes que seule peut produire la chaleur ; et pour condenser ces vapeurs sous forme de neige, un abaissement de température sur certains points est indispensable ; ces lois sont absolues (3).
Il a donc fallu qu'au début de l'époque glaciaire, les circonstances naturelles permissent en même temps à des courants d'air
(1) Il ne faut pas oublier que le i.liénomène tens, Du Spilzbenj au Sahara, p. 3U); plus on glaciaire n'est pas spécial à la période pléis- descend et plus la densité du névé augmente, locène; nous connaissons à des époques Elle arrive à %0 et même 960 kilogrammes beaucoup plus anciennes des dépôts gla- quand elle est entrée dans le glacier. Dans claires. Sur les phénomènes glaciaires à les Alpes, au-dessus de 3.300 mèlres, elle nest l'époque permienne, Cf. W.-M. Davis, obser- pas agglomérée et forme une poussière fme. vations in South Africa, in Bull. Geol. Soc. of (3) La neige se forme à toutes les tempéra- America, XVII, U)05, pp. 376-U9.pl. 47-5i. Sur lures au-dessous de zéro. C'est à lort qu'on ceux, plus anciens, de la période Huronienne, a parfois pensé que la chute de la neige Cf. A.-P. CoLEMAN, The lower huronian ice- excluait un grand abaissement de tempéraage, in Jauni, of Geology Chicago, XVI, 2, ture. A Iakoutsk, on a vu neiger par — 37° et 1908. même — 46°. (Vocikof in Pet. Milh. Ergàn-
(2) Un mètre cube de neige fraicliement juny-s/ie/"/, 1874), à Moscou par — 22°. J'ai moitombée pèse 85 kilogrammes, le mètre cube même vu en 1889 neiger à Tiflis par — 18° et de névé de 500 à 600 kilogrammes (Ch. Mar- en 1890 à Hamadan par — 15° à — 18» (J. M.).
LES rilKXOMÈNES GLACIAIRES
cliaud de s'établir, à de grandes surfaces liquides de se trouver sur leur parcours et à des massifs réfri<^éraiits de se former.
Des variations dans la pression atmosphérique eussent, certainement, beaucoup modifié l'état hygrométrique de l'air; mais rien ne nous autorise à en admettre. Nous devons donc nous borner à rechercher, dans les phénomènes ayant laissé des traces, l'origine de ces singulières perturbations.
Carte des isanabases de la Norvège, d'après Rekstad et Vogt.
La fin du pliocène, on l'a vu, a connu des transformations importantes s'opérant dans l'Atlantique. Les continents s'y sont abîmés, laissant le chemin libre aux courants d'eau et d'air venus du sud, et créant d'énormes surfaces aqueuses. L'efTondrement des restes de ce continent fut l'œuvre du pléistocène ; en même temps que se créaient les fosses de l'Adriatique et de l'Egée, que, pour un temps très court, la mer Rouge communiquait avec la Méditerranée, que la mer Noire s'ouvrait le Bosphore, que le
monde entier se couvrait de grands lacs. Ce fut une révolution complète dans l'équilibre du climat.
A cette époque, le massif Scandinave, plus élevé qu'il n'esl aujourd'hui, offrait aux vapeurs d'eau venues de l'Océan nouvellement libre, un foyer de condensation très important, tant par son altitude (1), que par son étendue. Il n'en fallait pas plus pour qu'un amoncellement gigantesque de névés se produisît et que les glaciers en résultant s'étendissent au loin.
^'allées sous-marincs de l'Islande (d'après les cartes marines}.
Si l'Atlantique ne s'était pas affranchi des barrières qui l'encombraient, s'il n'avait englouti ces terres pour avancer jusqu'aux pays Scandinaves (2), l'humidité faisant défaut, le froid serait resté sec sur les sommets norvégiens et il n'y aurait pas eu condensation, partant pas de glaciers. Les plateaux tibétains,
(1) La lempérature s'abaisse de 1° par 100 mètres d'altitude (Supan, Grândzuge der fjhysischen Erdkunde. 11« édit., p. 5*5.) Cette loi se vérifie dans les grandes hauteurs atmosphériques; à 16.fX)0 mètres de tiauteur à laide de ballons sondes, on a observé — 68° et — 76° (Cf. Bouquet de La Grye, Annuaire des lonyitudes, 188?.)
(2) Un abaissement des eaux marines de 4. 000 mètres ne changerait pas les grandes lignes de la distribution des continents sur le globe Le Groenland s'unirait à l'Islande et à l'Europe et il se formerait dans l'Atlantique deux longues îles au nord et au sud suivant son axe. (Cf. A. de Lapparent, Traité de Géologie, 1906, p. 63.)
LES PIIKNOMÈNES GLACIAIRES
hauts de 5 et de 600 mètres, se trouvent dans ces conditions (1).
Les glaciers actuels de nos montagnes (2), lout en fournissant bien des indications utiles, montrent les phénomènes trop réduits pour que nous soyons autorisés à déduire de leur allure celle que durent avoir les glaciers Scandinaves et américains du pléislocène. Seules, les grandes masses de glace voisines des pôles offrent dans leur évolution une ampleur suffisante.
Deux surtout de ces masses sont intéressantes par leur immense étendue, par l'intensité du froid qu'on y rencontre et par la gigantesque accumulation de glace qui les compose : ce sont celles du Groenland et du pôle antarctique.
Le plateau groenlandais, haut de 1.000 à 1.500 mètres en moyenne et renfermant des pics élevés (3), est un immense réservoir où se précipitent constamment les névés, même au cœur de l'été. Ils se transforment en glace qui descend, sur ses flancs, jusqu'à la mer (/j).
Bien que la pente d'écoulement ne soit que de 0° 30' environ, la vitesse de ces glaciers atteint des proportions hors de pair avec ce que nous connaissons sous nos latitudes.
Le glacier de lakobhavn s'avance, en juillet, avec une vitesse de 19 mètres par vingt-quatre heures (5), celui du nord d'Upernivick parcourt 31 mètres par jour, celui de Torsukatak 10 mètres seulement. C'est de dix à vingt fois la rapidité que nous enregistrons pour les glaciers de nos montagnes.
(l) Dans rilimalaya, les pics les plus élevés sont dépourvus de neige et s'élèvent sur des ])lateaux dénudes également, sans névés.
C'est plus l)as que s'est opérée la condensation des vapeurs (Cf. Schlagintweit, Reisen in Indien, etc., IV, p. 523) et la formation des champs de neige d'où descendent les glaciers. L'air dépassant cette zone ne contenait plus d'humidité, se trouvant à une température variant entre — 50° et — 80".
(2/ Limite des neiges perpétuelles dans quelques montagnes :
Himalaya, versant méridional, 4.900 mètres, climat très humide Isoth. -f- 0°,5.
Himalaya, versant septentrional, 5.700 mètres, climat très sec. Isoth. — 2°, 8.
Karakoroun, .i.80O mètres, climat Irè-; humide. Isoth. — 3°, 9.
Alpes valaiscs, 2.700 mètres, climat moyen. Isoth. — 4°.
Alpes maritimes, 3.300 mètres, climat moyen. Isolh. — i».
Norvège, cote occidentale, 8811. 306 mètres, climat très humide.
Norvège, versant oriental. 1.021-1. U80 mètres, climat îrèî- -ce.
Caucase (.\fkhasie), 3.570 mètres, climat très humide.
Caucase (Daghestan), 4.300 mètres, climal très sec.
Ues Shetland (lat. 62°), 0 mètre, climal moyen.
Nouvelle-Zemble (lat. 75° N.), 0 mètre, climat très sec. Isoth. — 11°.
Du Mexique à l'Equateur, 4.500 mètres, climal très sec.
Andes (CliiliArgentine), 5.200 mètres, climat très sec.
Terre de Feu (lat. 54° 30* S.), 9.50 mètres, climat très humide.
Islande (lat. 64» N.), 860 mètres, climal moyen.
(3) Nanscn (Pet. Mit., 1889), pics de 2.700 el 2.500 mètres ; pics d'Umanak, 2.000 mètres d'altitude.
(4) L'Inlandsis du Groeidand (réservoir des névés) couvre une surface évaluée à 2 millions de kilomètres carrés; l'épaisseur de la glace est, sui va ntXansen, de 1.700 à 2.000 mètres (de Lappahent, Traité île Gdoloyie, V' cdil., 1906, p. 300).
(5) IlELLANn, Pet. Mit., 1887.
Au pôle austral (1), où sont des terres élevées et do hauts sommets, l'intensité glaciaire est autrement grande encore (2); les névés comprimés ayant rempli toutes les cavités, toutes les vallées, franchissent les chaînes de montagnes par leurs cols, cherchant pour s'écouler la ligne de plus grande pente. Là, les glaces
Fosse de Cap Breton, prolongemenl sous-marin de la vallée de l'Adour, d'après L.-A. Facre, le Sol de la Gascogne dans la Géographie, f. XI, 1905, p. 269.
forment aux continents une ceinture (3) émergeant des eaux de plus de 100 mètres. Les icebergs qui s'en détachent sont gigantesques. On en a vu de 100 kilomètres de longueur sur Qli de lar-
(1) Ch. Rabot (la Glaciation antarctique, ds la (léoyraphle. 15 déc. 1907, p. 385), réunissant toutes les notions actuelles sur le pôle sud, donne des aperçus du plus haut intérêt au point de vue des phénomènes qui prirent place au cours du pléistocène.
2) Les conditions climatiques actuelles, au pôle antarctique, sont insuffisantes pour alimenter les glaciers, et d'après Scott et Ferrar faudrait considérer la « Grande barrière », le » Piedmonl glacier » de la rive ouest du Me Murdo Sound, et nombre d'autres appareils comme les témoins d'une glaciation antérieure paroxysmale en voie de s'éteindre progressivement. (C. Rabot, la Gêogr., 1907, p. 395.) Toutes les récentes expéditions ont
reconnu le recul général de la glaciation antarctique. Ijd , p. 399.)
(:^) La " Grande barrière » de Ross est une nappe de glace haute de 15 à 84 mètres audessus de la mer, s'élendant d est en ouest sur 950 kilomètres dans toute la largeur de la mer de Ross, depuis la Terre Victoria jusqu'à celle du roi Edouard VII, et du nord au sud sur une longueur inconnue; mais qui n'est pas inférieure à 600 kilomètres. G est un vaste glacier (Nat. Antarc E.^ped., in iVa!. ///s/., vol. I., p. 67) dont l'écoulement est par places de 1 m. 35 par jour (environ 500 mètres par an). [Cf. G. FÎABOT, la Glaciation antarctique, ds la Géographie, 5 déc, 1907, p. 390.]
LES imii':.\()Mi;m:s (ILaciaiiîks
geur, pi'ësentant une épaisseur totale de 0 à 700 mètres au moins, s'en aller en dérive jusqu'aux environs de /|/i" latitude sud.
Ces énormes blocs ne peuvent provenir que de glaciers; aucun froid terrestre n'étant assez intense pour congeler l'eau de mer jus(|u'à une profondeur de près d'un kilomètre.
Malheureusement, le Groenland (1) comme le pôle arctique sont d'une exploration difficile et nous ne possédons à leur sujet que peu d'inlormalions ; c'est à nos modestes glaciers alpins ((uo nous devons encore avoir recours pour obtenir des détails plus précis.
Les années humides entraînent un accroissement dans la formation des névés et il s'ensuit une augmentation de l'énergie glaciaire. Cet accroissement ne fait pas de suite sentir ses effets ; ce n'est qu'après une période dite de retard, variable pour chaque glacier, que la tête s'avance ])Ius ou moins. Le recul correspond à des périodes sèches, longtemps après qu'elles ont eu lieu (2).
Pour le Grindehvald, dont la vitesse moyenne est de 1 mètre par jour environ, le relard est de vingt années.
Les glaciers se retirent avec la même facilité qu'ils s'allongent; c'est ainsi que celui du Rhône a subi de 1818 à 1880 un retrait de 1.000 mètres et une perte d'épaisseur de 137 mètres près de son extrémité, et qu'en vingt-sept ans les glaciers du Valais ont abandonné 5/i kilomètres carrés de terrain.
Généralement les glaciers alpins suivent une seule vallée ; mais lorsque deux thalwegs se joignent, les deux glaciers se réunissent, etl'intensité résultante, sans être la somme de ses composantes, est singulièrement accrue en vitesse et en puissance de transport.
Les glaciers descendent donc d'autant plus bas qu'ils sont mieux approvisionnés de névés ; c'est-à-dire que leur réserve de neiges est plus étendue. Ils atteignent les zones tempérées, qu'il pénètrent parfois profondément; c'est, entre autres, le cas de la Nouvelle-Zélande (3) où ils s'avancent jusqu'au milieu des forets de fougères arborescentes (4).
(1) Sur les glaciers actuels du Groenland, Creusement des vallées et périodicité des Cf. le résumé de Ch. Rabot [Rev. scienlif., mai phénomènes Jilaciaires, ds Congrès d'Antlirop. 1888. p. 580 sq.). Cf., Ch. Rabot les récentes et d'Arch. /(ri'/i/.s-;. Paris, 1889, p. 8.^. — De e.xplora(ions danoises à la côte orientale du Saporta, id., p. !)2. — Garrigou, id., p. 98. Groenland, ds/«Geo(/rap/i/e, 190-2, t. VI, p. 79 (3) Phénomènes glaciaires en Nouvelle- ^1- Zélande. Cf. E. C. Andrews, The ice-nood
(2) Cf. F.-A. FoREL, Essai sur les variations hvpothesis of Ihe New-Zealand Sound-basins. périodiques des glaciers. E.xlr. de la Dibl. In Journ. of GcoL, 1906, t. XIV, pp. 22-54. Unii'., 3= pér., t. VI, résumé dans les Mule- (4) Cf. Dupont, l' Homme pendant les âges de rtaux, 1888, pp. 336-348. Vallot, Oscillations des la pierre, p. 53. — Lykll, /'r/;ic., t. H. — Larglaciers des Pyrénées, Paris, 1887. — J. Geikie, xet, Relit]. AqniUmiae, p. 150.
Ainsi, la tête d'un glacier peut se trouver dans la région habitable, au milieu de la végétation, des cultures, des villages. Ses mouvements d'avance ou de recul peuvent être suivis par l'homme, dont, par suite, les traces peuvent être prises entre deux couches d'alluvions glaciaires.
La conduite de l'atmosphère est donc le principe de celle des glaciers; mais elle-même malheureusement, est peu connue. Les lois extrêmement compliquées qui la régissent, nous échappent encore pour la plupart (l).
Les météorologistes ontcependantétablique des périodes de dixsept années environ se succèdent régulièrement, les unes sèches, les autres humides. Mais en dehors do cette règle, il est bien des variationsdont nous ignorons la périodicité ; parce que nos observations ne sont pas encore de durée suffisante. Quelques faits isolés autorisent toutefois à supposer des lois de grande amplitude.
Depuis l'époque impériale romaine (Probus) jusqu'au moyen âge, la culture de la vigne, intimement liée au climat, a gagné vers le Nord; elle s'est arrêtée vers Bruxelles et Tournay pendant le quinzième siècle ; aujourd'liui elle redescend vers le Sud (2).
En /(Ol de notre ère, la mer Noire gela presque entièrement; en 762, la glace s'étendit du Caucase aux bouches du Danube et se recouvrit, disent les contemporains, de 20 coudées de neige.
Tous ces faits ont eu leur répercussion sur l'allure des glaciers, les faisant avancer ou reculer dans certaines régions, alors que dans d'autres, ils demeuraient stationnaires ; de là, cette grande complexité dans la succession des dépôts erratiques. Au milieu de ce désordre des témoignages naturels, il est bien difficile de discerner les phénomènes généraux des faits d'importance secondaire ou locale (8).
(1) La diminiilion îles pluies après la disparition complète des glacier-i doit, peul-êlre, en grande partie être attribuée au dél>oisement complet des pays autrefois couverts par les glaces. (Cf. Gaudry et M. Boule, Mater, p. IHisl. des temps quaternaires, 18^8, p. 83. — De Lapparent, Traite de G'-ol.).
(2) Cf. Arago, Annaaire, 1834. — Le IIon, l'Homme foss'le^-i" odit., p. 306. — De Nadaili.ac, 1 Origine et le développement de la vie sur le globe, ds Correspondant. Paris, 1888, |i. Si.
(3) Dans le Schleswig-Holstein, entre autres, on a relevé les traces d'un raz de marée haut de 'iO mètres environ, qui, entre le dixième et le cinquième siècle avant notre ère, aurait
(le part en part traversé la péninsule. (Cf. Flack, Die Cimbrische Flutli, in Mittlteil. d, Vereins NonlUcli d. Elbe, 18(59. p. 10 sq. — Geinitz, Mitt Petermann, XLIX. 1903, p. 82.) En 1(J34, un laz de marée couvrit la Frise et leSchles\vig-Holstein,englouLissant2.L(iOhommes et 50.000 létes de bétail. Le 8 septembre 1362, ce furent les îles de Sylt et de Fnhr que dévastèrent les eari.x. Trente paroisses environ, 11.000 êtres humains et 90.000 tètes de bétail disparurent (Cf. Eii.keh, Die Sturmflalen in der Nordsee, Eniden, 1877, p. 8 sq. — StEss, trad. fr., II, p. 672. — Marcks, Uonner Jahrbiicher, XCV, 1894, p. 35. — Moritz, Die Nordseeinsel Rœm. in Mitt. d. Geogr. Gesellscha/t, Hamburg, XIX, 1903, p. 161 sq.)
LES piU':.\omi^:nes ijl\(:iaiiu:s
Qui nous prouve, en eOet, (|ue les j)ëriodes (rextension des glaciers, en Amérique, sont exactement contemporaines de celles de la Scandinavie ; qu'en Europe même, les divers versants d'un même massif ont, en même temps, subi les mêmes phénomènes ; que les glaciers des Alpes ont évolué parallèlement à ceux des Pyrénées, ou de l'Ecosse; et que ceux de l'Altaï ont suivi les mêmes phases ?
Nos tendances à synchroniser les faits de même nature, à simplifier des phénomènes extrêmement compliqués, nous poitent à trouver des solutions capables de satisfaire superficiellement l'esprit; mais elles nous mènent dans une voie bien souvent contraire à la vérité.
Le grand glacier du pôle arctique, entouré d'énormes masses liquides, pourvu de sommets élevés, se trouvant dans les conditions les plus favorables, est la masse glaciaire la plus importante du monde moderne; car elle couvre une surface d'environ quinze millions de kilomètres carrés. Le Groenland (1 >, soumis sur sa côte orientale aux actions atlantiques, bordé par les mers au nord, offrant un inlandsis de deux millions de kilomètres carrés, affectant une région de cinq millions environ, se rapproche également beaucoup par son étendue et par les conditions géographiques dans lesquelles il se trouve, de ce que fut autrefois la masse glaciaire Scandinave; c'est donc aux phénomènes actuels de ces massifs modernes ([u'il convient de comparer ceux des grands glaciers quaternaires.
Le centre principal des glaces se trouvait dans l'ossature rocheuse des Alpes norvégiennes, plus élevées alors qu'aujourd'hui (2). Le Jjabrador, le Groenland, l'Islande et probable-
(1) Cf. H. RiNK, Journ. of royal Geor/r. Soc, vol. XXlII,p.l45, 1853. — NoRDENSKjMLD, Expédition to Groenland, Geo/. Mai]., 187-2, vol. I.X, p. 305 — R1C11.4RD Bkov,-^, Quart. Geol. Journ., 1870, vol. XXVI. p. fi8-2. E.vpodilion d'Amdrup à la côte orientale du Groenland, ds Geografisk Tidskrift, l'^DD, XV. 3 et 4. A (nielqtic distance de la cijle, on voit encore surgir des pics rocheu.x on nunataks, qui i)ointent au-dessus de la plaine glacée : mais plus loin tout disparait, et la glace, dont Nansen estime l'épai-. seur entr(! l.GOU et 1901) mètres, atteint des altitudes de 2.iOO mètres (Cf. A. dk L.^ppaue.nt, Leçons de G^ogr. i>liys., 1897, p. 2-23.)
(2) La bibliographie relative à l'étude des glaciers pléistocènes est extrêmement abondante. Je ne citerai que les principaux ouvrages : Dolfis-Alsset, 1365-09, Malériaur
pour l'étude de.i Glacier.-;. Paris. 8 vol. (renfermant la bibliographie jusqu'à 1869). — Falsan et Chanthk, les Anciens Glacierx du Rhône. 2 vol., Lyon, 1879. — Geikie, The Great ice Aye, 2' édit., Londres, 1877. — T\\D\LL.le.t Glader.'i et le.f Tranxfornialion.'i de l'eau, 3' é lit.. Paris, 1880. — Pkestwicu, The Glacial period. in Journ of IheGeol. .Soc, août, 1887. — Penck. Die Veryletxcherunij der deutxchen Alpen, Lei|)zig, 1882. — Pe.nck, Geogr. Wirkunyen des Eiszeit, Berlin, 1884. — \Vt»:iKor, A'/Zmcj/e derErde, 18H7. — Trameli-i Cause dcl Clima Qualernario. in lieniticonli In.sl. Lomb., 1888. — Boule, Essai de Paléontologie slraligraphique de l'homme, 1889, in liev. Anthrop. —De Lapparcnl (r/(//7c' de Géologie, 5' éd., 190). Paris, p. 1663 et sq.i résume et e.xpose magistralement la question.
LES IMIKNOMÈXES (II.ACIAIRES 85
ment aussi l'Irlande, l'Ecosse (1) et la Scandinavie étaient soudées ensemble par de gigantesques banquises, ou même par des terres dont les îles Jean-Mayen, Fa'rœ, Shetland, etc., ne seraient aujourd'hui que les ruines.Le sol de la merdu Nord, émergé, reliait l'Angleterre à la Norvège ; celui de la Manche également soulevé, joignait les îles Britanniques à l'Europe continentale ("il.
Les terres océaniques, s'il en existait dans la région située aujourd'hui entre la fosse glaciale et la fosse atlantique, devaient n'être qu'un archipel n'empêchant pas les courants du sud de lestraverser.
La Scandinavie (3) surélevée, se reliait à l'Allemagne du Nord; le Groenland lui-même, plus haut qu'aujourd'hui, se rattachait à l'Amérique par les plaines de Baffin et d'IIudson.
Les limites méridionales de cet énorme amas de glace suivaient, en Amérique (4), la vallée du Missouri, celle de l'Ohio, et venaient aboutir en dessus de New-York. De l'autre côté de l'Atlantique (5), elles comprenaient l'Irlande et l'Ecosse, passaient à Londres, à Anvers (6), au sud de Berlin, de Moskou, touchaient aux plages septentrionales du lac aralo-caspien et, vers l'Oural, remontaient droit au nord, laissant la Sibérie dégagée (7).
(1) En Ecosse, l'épaisseur des glaces fut gigantesque; les monts Schehallion (Perthshire) montrent des stries glaciaires sur leur flanc et jusqu'à leur sommet haut de 1.150 mètres environ. (Jamieson, Quart. Geol. Journ., 1865, vol. XXI, p. 105.)
(2) Cf. E. IIuLL, On the sub-oceanic lerrares and river ualleys of Ihe Coast of Western Europe. Londres, 1809, Institut Victoria, 17 avril 1899. Cette plate-forme entoure les îles Britanniques et les côtes de France, d'Espagne et de Portugal. En face de Brest, elle est large de 210 kilomètres; au nord de 1 Espagne, elle ne présente plus que 30 ou 40 kilomètres; elle s'incline en pente douce jusqu'à 200 brasses (.360 m). Au delà, un immense talus très raide la relie au.\ grands fonds de 2. 400 brasses (4.320 m.). Ce plateau est sillonné de vallées correspondant au.x fleuves actuels, à la Loire, la Gironde. l'Adour ; celte dernière se prolonge par une vallée profonde de 117 brasses au-dessous du plateau, 175 de profondeur absolue à 5 ou 6 milles du rivage, puis se poursuit sous forme d'un véritable canon pour venir s'ouvrir sur le fond de l'Océan à une profondeur de 1.000 brasses. C'est la fosse du Cap Breton II en est de même pour les rivières d'Espagne et de Portugal. D'a|)rès IIull, ce soulèvement daterait de la lin du piiocène. A celte épo(iue, l'Islande, l'Irlande cl l'Angleterre étaient réunies au continent; le talus serait le reste d'une grande falaise litlorale. Il y aurait donc ru surélévation de 2.000 mètres environ portant sur tout l'occident de l'Euroiic.
(3) L'établissement du relief actuel scandi nave procède de phénomènes de dislocation, d'émersion, d'immersion et de glaciation dont la complexité est extrême. (Cf. J. Rehstao, Norge.s Geologiske undersogelses Aarbog, 1902, 1905, 1907.)
(4) Moraines dans le sud-esl du Dakota. Cf. M. J. ToDD, Bull, of Ihe U. S. Geol. Survei/. 1899, n° 158.
(5) Cf. la carte de Penck (in Ranke, Der Mensch, t. II, p. 385) montrant les moraines anciennes et celles plus récentes. Congri-x de Bologne, \81i, pp. 89-97. Congrès de Budapest, 1876, p. 33.— Pe.nck, Zeitsclir. d. d. Geolog. Gesellsch., 1879, p. 117.-- Associât. Fr. p lavanc. des se, 1887, p. 29J. — Falsan, Esquisse géologique du terrain erratique et des anciens glaciers de la région centrale du bassin du Rhône,
(6, .1. Lorié (Tijdschrift ran het kon. Xederl. Aardrijkskundig Genootschap. Lej'de, 1902, n°' 2 et 3) pense que les glaciers Scandinaves Iiléislocènes ont franchi le Rhin.
(7) Le manque absolu de dépôts glaciaires dans la Sibérie centrale et septentrionale peut être le résultat de deux phénomènes distincts : ou bien les névés arrêtés par l'Oural d'une part, et de l'autre par les hauts sommets centre-asiatiques, n'ont pu, malgré le froid, se concentrer en Sibérie; ou bien la Sibérie jouissait d'un climat plus tempéré (|ue de nos jours Cette dernière hypothèse semble être la meilleure, si nous en jugeons par la faune do ce pays au temps pléistocène.
Ce vaste glacier, réuni à celui du pôle, se rattachait à la Nouvelle-Sibérie, aux îles Liakhov, Anjou, Long, etc., par le Spitzberg, la Nouvelle-Zemble, la Terre de François-Joseph et d'autres terres polaires, soit encore inconnues, soit abîmées sous les eaux.
Pour la région comprise à l'ouest du Groenland et au nord de l'Alaska, nous ne possédons aucun document; mais l'Alaska luimême avait ses glaciers très développés (1), probablement soudés à ceux du vieux continent.
L'ensemble (2) formait une masse tout aussi importante, si ce n'est plus, que celle des glaces antarctiques actuelles ; mais sa surface, au lieu d'être presque circulaire, se décomposait en deux grands massifs : celui d'Amérique qui, joint au Groenland, semble avoir été le plus considérable, et celui de l'ancien monde, dont le centre de dispersion se trouvait dans les pays Scandinaves, à 3.000 kilomètres environ des points extrêmes où les témoins erratiques ont été rencontrés.
Du côté de l'Europe, les glaciers s'étendaient bien plus aisément que ne le font aujourd'hui ceux du Groenland. Ayant comblé la dépression baltique, si toutefois elle existait alors, ils rencontraient la terre ferme et non la mer comme limite à leur avancement. La Scandinavie (3) surélevée formait un inlandsis d'environ un million et quart de kilomètres carrés, où se déposaient des quantités énormes de névés (4). La pente était, il est vrai, très faible; mais nous avons vu que la masse des neiges indue beaucoup plus sur l'allongement des glaciers que l'inclinaison du sol.
Plus au sud, dans le massif indépendant des Alpes, le glacier du Rhône (5), grossi par les affluents de l'Oberland Bernois, de la Savoie, etc., remplissait toute la plaine suisse, recouvrait le lac de Genève et s'étendait jusqu'à Lyon. Ses névés s'élevaient jusqu'à 3.550 mèlres d'altitude (6) et sa puissance atteignait par
(1) I.e mont Mac Kinlev dans l'Alaska, d'une la Scandinavie pendant la période pléi>t<icène, altitude de G. 139 mètres, est la plus haute la liyne de faite ne coïncidait pas avec celle monta-ne derAmérique du Nord. du relief Scandinave ; mais se rencontrait
(2) Aux temps quaternaires, les glaces, en beaucoup plus à l'est, en Suède, en aval de Europe, couvraient une surface d'environ la zone occupée actuellement par les grandes 'i. 00 i.UOO de kilomètres carrés, et en Amérique nappes d'eau du jilateau lacustre. Cf. G. i-mbrassaient quatre à cinq fois autant. Le Andeusso.n, Dcn Cenlraljnmiska ix.yun. in massif alpin, réduit aujourd hui à 4.000 kilo- Ymer, 1897, 1, Stockholm, résumé par C. Rainètres carrés, en couvrait alors 150.000. Cf. bol, ds la Géographie, t. III. 1901, p 325 sq. A DP Lapparevt, /es Silex tailles et lAncien- (5, Fai.sa.v et Chantre. Monogr. des Ane. netc de Ihûmme, Paris, 1907, p. 80. Clac, et des lerr. erratiques ds la partie mogenne
(3 Cf. Ch. Lyell, A/ih'r/. of Man, éô. W, de la val. du Rhône. Lyon, ISSO.
1R73, chap. XIII, p.274. - Kjerui.f. Zei/.sc/jn'/'/, (f.) « Dans toutes les vallées alpmes, la
C.eoloqische Cesell. Berlin, 1800. zone des polis glaciaires monte à plusieurs
(4) Sur la carapace glaciaire qui a couvert centaines de mètres au-dessus des glaciers
LES l'IIKNOMÉNES GLACFAIllKS
places l.()SO mètres. Au nord, il se joignait à ceux du lîhiu et du Danube et couvrait une surface d'environ 150.000 kilomètres carres, tandis que de nos jours sa superficie n'excède pas 'i.OOO (l).
Je ne parlerai pas des Pyrénées, du massif central de la l-'rance, du Jura, de la (^orse i'2) ; ces chaînes avaient aussi leurs glaciers, de peu d'importance, d'ailleurs, parrappoità ceux dont il vient d'être parlé f3).
L'Améri(|ue (h) du Nord, outre l'Alaska (5 , possédait aussi ses îlots glaciaires, dans les llocheuses justpi'à la Sierra-Nevada de Californie. De grands lacs les accompagnaient; l'un d'entre eux, le lac Bonneville, couvrait une surface de 50.000 kilomètres carrés et présentait une profondeur de 300 mètres (6).
L'Amérique du Sud (7) au Pérou et au Chili, la Nouvelle- Zélande ont également connu les glaciers pléistocènes, de môme que r Himalaya et la plupart des grandes chaînes asiatiques.
Le massif Scandinave, seule région élevée dans le nord de l'ancien continent, formait l'ossature principale de la masse européenne des glaces ; mais le relief actuel de cette chaîne ne peut donner aucune idée de la direction particulière de ses glaciers d'autrefois; car, disparaissant sous les énormes tombées de névés, les vallées, les sommets, les crêtes n'étaient plus alors un guide pour les glaces qui, comme le fait a lieu dans les régions antarctiques, suivant la ligne de plus grande pente, comblaient les dépressions, accumulant les neiges devant les obstacles, franchissaient les cols et se déversaient du côté le ])lus favorable (8). La
actuels, atle?.laril la hauteur à laquelle ceux-ci ont dû s'élever autrefois. (A. de Lapparent, Leçons de Géogr. pliyx., 1907, p. 213.) Sur la marche des glaciers alpins, Cf. Alb. Penck et Ed. Brickner, Die Alpeii im Eiszeilalter, Leipzig, 1901 et sq.
(l) De Lapparent, Trailt': de (iéolmjic, 5' éd., 1906, p. 1680.
(-2) Sur les traces de glaciation dans lile de Corse, Cf. P. Castelnau, le Niolo, ds la Géogr., 1908, p. 210.
(3) llooker (Nalural liistori/ review, 186-2, janv., n° 5, p 11) a reconnu dans le Liban des traces de glaciers descendant jusqu'à 1.250 mètres environ au-dessous des sommets de cette chaîne. Lai. nord 33° à 38".
(4) Des traces du glaciaire pléislocène ont été relevées dans les Andes de la Coloniliie, de l'K(iualeur et de la Bolivie. (Cf. A. Ben- RATH. l'eber eine Eiszeit in penianischen Kaslkordillorc, in Pelerm. Mill., 190», 50, Band. XL)
(5) Sur le glaciaire de l'Alaska, Cf. H. Brooks. The (ieograpliy and Geologv of
Alaska, a Siimmary of exisling knowledgc, ds U. S. Geol. Sarrei/, Washinulon, 1906.
(6) Gilbert, U. S. G. S. 2' Ann. Hep., 1882. — Russei.. u. .s. G. S. Monographx, vol. XL
(7) Partout, dans les forêts vierges du Brésil comme dans les Savanes de -Meta et de l'Apiue, on rencontre des boulders provenant du grand glacier des .\ndes. (De Nadaii.- LAC, ds Mulériiuij\ 1^81, p. 183.) Agassiz constatait la présence de roches moutonnées et striées jusqu'aux environs de Montevideo. (Agassiz, Voijat/e un lirésil, Irad. fr. Paris, 1869. p. 428)'
(8) « Le glacier du Pdiôiie a dû former, à la sortie du Valais, audessus de la plaine suisse, un gigantesque embâcle, dépourvu de pente, de 1 19 kilomètres de longueur. » (Alpii. Favre, Cdile du phénomène erralique. Expliralion. Genève, 188V, p. 18 ) Les glaces franchirent le Jura vers 1.2(0 mètres daltitude parles cols de la .longue, de la Croi.x.etc. pour venir se mélanger à celles des glaciers jurassiens. (Cf. De Lapparent, Traité de Géologie, 5' édit., 1906, p. 1678.)
ligne tles plus hautes crêtes ne demeura pas le centre principal de la diramation.
De ce foyer aux limites des dépôts glaciaires actuellement reconnues (1), on compte en ligne droite jusqu'en Angleterre 1.500 kilomètres, jusqu'en Allemagne 4.200, jusqu'à Moscou 2.000, et, enfin, les dernières traces orientales, vers l'Oural, se rencontrent à 3.000 kilomètres du centre glaciaire.
Nul doute que les glaciers d'alors, dans leur plus grande extension, ne s'étendissent à toutes ces régions en partant du foyer Scandinave; car les formations erratiques de tout le nord européen renferment, en grande proportion, des roches d'origine norvégienne et suédoise (2).
Bien qu'il soit scientifiquement impossible d'appliquer aux glaciers pléistocènes européens les données que fournissent ceux du Groenland, il est cependant intéressant de rapprocher les actions constatées de celles supposées pour les temps anciens, afin de se faire une idée relative de leur puissance.
Si nous acceptons le terme moyen de 20 mètres en vingtquatre heures, observé au Groenland (3j, (7.300 m. par an) pour la rapidité d'écoulement des glaces (juaternaires Scandinaves, nous voyons que la période de relard a dû être d'environ 200 ans en ce qui concerne l'Angleterre, de 170 ans pour l'Allemagne, de trois siècles pour la Russie centrale et de quatre pour les glaciers tournés vers l'Oural; que, par suite, en moins de 1.000 ans, cette masse énorme de glaces a pu se former et disparaître. En raisonnant sur une vitesse journalière de 30 mètres, six siècles seulement eussent suffi au phénomène glaciaire tout entier [h).
(1) Les phénomènes morainiques ne dé- glaciers Scandinaves dans leur trajet au pendent pas uniquement de l'intensité gla- milieu des pays plats de l'Allemagne du Nord. Claire; mais aussi et surtout du relief du sol (3, En 1903, le glacier dit IHassanabad. dans sur lequel se meut un glacier. A la terre ITIimalaya, s'est en deux mois et demi allongé Victoria, il est remar(|uablement peu déve- de 0.600 mètres, ce qui donne une vitesse loppé et sur la « Grande barrière » du pôle moyenne d'accroissement de 128 mètres par sud,., il n'a pas été observé le moindre caillou». jour. (Cf. Preliminary Survey of Certain (C. Rabot, /a Géoyr., 1907, p. 392.) Il résulte Glaciers in the North West Himalaya, in de cette constatation que les données que Rec. of Ihe Geol. Surveii of India, vol. XXXV, nous possédons relativement à lextension part. 3 et 4. Calcutta, 1907.)
des glaciers pléistocènes sont insuffisantes et (4) Joseph VaUol {Annales de l'obsermloire
que l'aire circonscrite par les moraines ne du Mont-Blanc, 1900, t. IV, p. 122), remarquant
peut être considérée que comme un minimum quela vitesse d'un glaciercroit avec son épais-
des surfaces jadis couvertes par les glaces. seur, affirme qu'à l'époque où l'ancien glacier
(2) Cf. dans Results of the Antarclic E.^pe- du Rhône mesurait l.OoO mètres d'épaisseur dition (in Geogr. Journ., XXV, n" 4, april, sur l'emplacement de Genève, il devait che- 1905, London). Les vues des glaciers Groenlan- miner de telle sorte que moins de 250 ans dais de Ferrar, et de l'ouest dans la terre suffisaient à un bloc erratique pour franchir Victoria dont la pente est extrêmement faible, la dislance qui sépare l'extrémité du Valais donnent une idée de ce que devaient être les du site de Lyon.
LES PHÉNOMÈNES GLACIAlIiES 89
On voit combien ce nombre de 1.000 années est peu en rapport avec l'idée que, fréquemment, on s'est faite de la durée des temps glaciaires (1). Il ne peut, il est vrai, être pris que comme un minimum, en supposant que le premier mouvement d'extension a de suite précédé le mouvement définitif de recul, ce qui n'a pas eu lieu ; mais en accordant 2.000 ans à ces oscillations, on n'obtient encore qu'un nombre de 3.000 années pour la durée totale de l'évolution complète (2) dans nos pavs.
Quand on songe à ce que représentent trois mille années, aux perturbations qui peuvent prendre place dans une aussi longue période, on est surpris de voir que bien des géologues se sont crus autorisés à faire intervenir les dizaines, les centaines, les milliers de millénaires pour expliquer ces phénomènes.
L'irrégularité de la formation des névés a causé, dans la marche de ces glaciers, des périodes d'avancement et des périodes de recul (3) et, les masses se modifiant sous ces influences, il en est forcément résulté des changements dans la direction des courants ; les traces de ces changements ont été fréquemment retrouvées; et souvent il n'y a pas lieu d'attribuer à des foyers secondaires les dépôts ne présentant pas la même direction.
L'origine des glaciers pléistocènes semble devoir être attribuée, d'une part à l'ouverture de l'Atlantique méridional par effondrement de ses terres, d'autre part à la surrection compensatrice des massifs, Scandinave pour l'Europe {!i) et groenlandais pour l'Amérique, ainsi que des terres avoisinant ces deux centres principaux. Leur disparition serait due à l'affaissement des deux masses réfrigérantes (5). Si les forces cosmiques ou astronomiques sont intervenues, élevant dans son ensemble le deo-ré hvo-romélrinue
/^'v9[; ^^'^^^ i-inliq. ofMan, 4' édit., 1873, l)elle di^nission île lauleur sur les évaluations
ch. XIV, p. 33ï) estime, en se basant sur une chronoloiiiques fournies par les glaciers. (Id.,
vitesse moyenne de deux pieds et demi par pp. 101-119.)
siècle, que la période entière de suijmersion (3; Li^niles de Diirnten, Utznach, Welzikon,
et demersion (correspondant au glaciaire) des etc., situés entre deu.x couches -ilaciaires.
lies Britanniques a e.xigé 224.000 ans. Cette (O. Heer, le Monde j,rimilif en Suisxe, trad.
évaluation, comme d'ailleurs toutes celles con- française. 1872. p. .5M sq.)
cernant ces mouvements, ne doit pas être (4^ Cf. Lyei.l, Anliq. of Man, 4» éd., 1873,
prise en considération. Cf. chap. I, Chrono- cli;!!.. \IV, p. 322 sq et carte, p. 325. Limmer-
logie. jjjy,, ,1,. l'Ecosse aurait été de 650 mètres envi-
(2) .. ^ous nous croyons pleinement autorisé ron, celle des autres parties des îles Britan-
a conclure que la dernière invasion glaciaire. niques, sauf les côtes de la Manche, de
celle dont nos ancêtres paléolithiques ont 420 mètres
connu et subi les vicissitudes, peut très bien (5) Cf. Lyell, Anliq. of Man, 4' éd., 1873,
avoir été enfermée dans un nombre peu con- chap. XIV, p. 328, carte. — U. de la Bêche,
sidérabie de milliers d'années. Vouloir dépas- Theorical Bexenrches, 1834, p. 90. Ces cartes
ser cette appro.\imalion serait illusoire. .. supposent «pie la surrection s'est produite
(A. DE Lappaisent, les Silex taillés et l'Ancien- régulièrement, ce qui n'a certainement pas eu
neté de l'homme. Paris, 1907, p. 118.) Voir la lieu.
de l'air, elles n'ont sûrement présenté qu'une valeur relative,, portant sur l'intensité, et non sur l'origine du phénomène ; chacune des périodes de croissance ou de décroissance correspondant, après le retard voulu, soit à des perturbations atmosphériques, soit à des oscillations de l'écorce terrestre, accroissant ou restreignant les surfaces liquides, modifiant la nature des courants atmosphériques, diminuant l'altitude des réceptacles.
Ces phénomènes, qui ont laissé des traces appréciables, nous les désignons sous le nom de phase glaciaire, quand il y a eu extension, et de phase inlerglaciaire, lorsqu'un recul important a fait quitter aux glaces de vastes territoires (l).
Les glaciers Scandinaves, lors de leur plus grande extension,, semblent s'être arrêtés vers l'Oural. Au delà on n'en rencontre plus de traces; soit qu'elles aient disparu, ce qui est improbable,, soit que les plaines sibériennes fussent demeurées libres, par suite de conditions climatériques [)rivilégiées.
Les plaines de Sibérie n'étaient pas alors ce qu'elles sont aujourd'hui (2). Un vaste golfe marin occupait la région où se trouve actuellement l'embouchure du Ienisseï et, vers le pied des chaînesaltaïques, s'étendaient de grands lacs en relations, peut-être,, avec celui de la Caspienne.
Dans la région arcli(jue, aux îles Liakhov, à la Nouvelle- Sibérie et dans des terres aujourd'hui disparues, se trouvaient alors des glaciers (3), annexes de ceux du pôle, ne semblant pas avoir été séparés par la mer des contrées sibériennes. Au sud, l'Altaï et son prolongement vers l'est jouaient, par rapport aux terres basses, le rùle que remplirent les Alpes en Europe. 11savaient leurs glaciers et formaient un massif très important (/i).
Nous ne savons pas ce qui, au j)léistocène, s'est passé entre lAllaï et l'Himalaya. Probablement (\\\c les plateaux élevés du
(1) Le-; restes (le forcis fossiles, les épaisses de leur paroxysme pléi=tocène, ils descen-
coiiches (le lisniles, les brèches (rcl-ljoulis ne daient jusqu'à la cote 2-200 mètres ( Docteur
sont pas le résultat do quelques années et L. Laloy, la Géoijr., 1908, p. 299, dap.L. Berg)
on les a observées, non seulement sur la limite alors qu'en Europe ils avan(;aient jusqu'à la
des grondes extensions, mais jusqu'au sein mer. Celte différence importante entre l'allure
des massifs montagneux qui, à ce;Uiins mo- des glaciers nord-asialiques et ceux de nos
ments, ont dû être débarrassés, sinon Iota- pays, montre que les conditions climatiques-
lement, du moins en grande partie de leur des plaines du Turkcslan et de la Sibérie oc-
manlea'u de glace. (M. Boule, /ifc d Anlhrup., cidentale étaient tout autres que celles de
18H8, p. t)70.) l'Europe septentrionale et centrale.
('il'L'allitude à laquelle se terminent aujour- {?.} Von Toll, Verluindl des .\ean!en Gemjvn-
d'hui les glaciers do la ctiaine du Turkeslan idien lags. Berlin, 1891.
varie de 3.070 mètres (glacier de Tatugen) à (41 OBR0USTC^E^v, in Pe!. Mit., 189-2, Lilte-
,T.180 mètres (glacier de DjaouPaya). Lors raturbericht, p. 99.
LES PHÉNOMÈNES (W.ACIAIRES
Pamir cl du Tibet (I),de Kouen-Liin et de Gobi, situés entre 1.000 et ô.0()0 mètres d'altitude, constituèrent un immense réceptacle de froid j)liilùt que de névés, dépourvu d'écoulement; (juant à Tllimalaya,sesglaciers ont laissé des Iracesjusqu'à 1.000 mètres d'altitude sur son versant méridional dans le Sikkin, le Népal et le Pundjab (2). Ailleurs, TAustralasie (3) et l'Afrique possédaient aussi leurs glaciers.
Le plateau iranien (/|), dont l'altitude moyenne est actuellement supérieure à 1.000 mètres, joua, en ])etit, le même l'ôle que les grands plateaux asiatitjues (5). Bordé surtout son pourtour par de très hautes montagnes qui condensèrent l'humidité (6), il demeura sec et froid, couvert d'une croule plus ou moins épaisse de neiges durcies, trop peu importante pour que, d'elle-même, elle pût former des glaciers et franchir ses barrières. Lors de la fin de l'époque glaciaire, ces neiges se fondirent, créant de vastes lacs, dont quelques-uns trouvèrent un écoulement vers la mer (7); tandis que les autres, s'asséchant, laissèrent d'immenses surfaces salées (8).
(1) D'après H.- H. Ilayden (Preliminary ote on tlie Geology of the Provinces of Tsang and Ù in Tibet, ds Records of Ihe Geol. Surv. of India. CalciiUa, vol. XXXII, part. II, 1905), le Tibet central, à 1 époque pléistocène, aurait été le siège d'une glaciation extrêmement intense. Une carapace de glace dev;iit occuper toutes les pentes de la crête maîtresse de ITIimalfiya et s'étendre très bas dans les vallées adjacentes (G. R.*BOT,/(( Ge'oyr., 1908. p Suli.
(2"; Medlicoit et Mi.AyFOKD, Geolo(i;/of India.
(3) Sur les époques glaciaires en .\us(ralasie. Cf. A. Pe?«ck, Zeilschrift der Ge/^ellsrliaft fiir Erd/iunde :u llerlin, t XXXV, p. 339, 1900. En Nouvelle-Zélande, Tasmanie. Alpes australiennes, il n'y a pas eu do calotte glaciaire ; mais seulement extrnsion des glaciers qui existent encore aujourd'hui sur les hauts sommets.
(4) En Perse, mémo dans les plus liantes montagnes(aU.r).080m.>, iln e.xisteiiius aujourd'hui de glaciers; mais seulement des neiges persistantes. Cela lient à ce qu il ne se trouve pas de champs de névés assez développés pour donner lieu aux masses nécessaires à la formation des glaciers. Les principales montagnes conservant des neiges éternelles sont le Démavend (ait. 6 080 m \ la chaîne de l'Elbour/. dont beaucoup de sommets déjjassent 4.500 mètres, le Savalan (ait. 4.813 m.), le Sahend (ait. 4.600 m.), les monlagnes du Kurdistan ait. 4.300 m.), le Zagros (ait. 4 5C0 m.), la chaîne d Ochti'iràn Kouli (ait. 4.401 m ) et de Kalian Kouh lalt. 4 800 m.), celle du Zèrd é Kouh (Baktyaris) (ait.
5.000 m ). Toutes ces montagnes ont autrefois possédé leurs glaciers. (.T. M.)
(5] Cf. J. DE MouGA>", les Travaux de la délégalicin scienlifiqur eu l'erse aucouisde'
la campagne de 190fi-1907, ds Complea rendu:i de I Acdd. des Inscr. el Belkx-Lellies, 1907 ; p. 397; id.; le plateau iranien pendant 1 époque pléistocène, ds Rei\ de l'Ecole d Anlhrop. de f'nri!^, VI, juin 1907, pp. 213-216.
(6) .J'ai rencontré des traces de moraines dans les hautes vallées des Baktyaris, dans celle du Ilo-roud (Louri.-^tan), dans les massifs montagneux de Kalian Kouh. d'Ochti'jràn Kouh, dans la vallée du Kialvi, dans celle d'Ouchnouv au Kurdistan ; des galets striés bien que très rares sur quelques points du Lourislan méridional el des Daktyaris. Dans ce deruierdistiict, bien des vallées présentent le profil en V typique du glaciaire, d'autres offrent des ruines de terrasses. Enfin l'énorme épaisseur des alluvions caillouteuses au pied des chaînes méridionales, tant sur le versant mésopotamien que sur celui du plateau, viennent prouver que de grandes masses d'eau se sont écoulées avec violence au moment de la fusion des neiges el des glaciers (.J. M ).
(7) Les eaux du Kurdistan oriental (Bidjar, Gherrous) ont donné lieu au Kizil ouzen qui, franchissant lElbourz par les passes de Mendjil, s écoule à la Caspienne sous le nom de Sélid rond. Celles du district de Bouroudjird où se trouvait jadis un lac (dont le nom s'est conservé dans celui de la localité de Bahrein) ont rompu la chaîne Loure pour former la branche septeiilriouale de l'Ab e Diz. Celles du district de Kirnianchah, main • tenues autrefois par la rlialne du Séfid roud, ont brisé celte barrière à Gherràban pour former le Se'in Mèrrè tpii gagne la Chaldée sous le nom de Kerklia (.1. M ).
(hi Tous les lacs de Perse sont salés, tous les bas-fonds sont recouverts dune épaisse couche de sel (.1. M. '■
Ainsi l'Iran, tout en ne renfermant pas de glaciers très importants, car il en eut de moyens (1), demeura pendant toute la période glaciaire un pays inhabitable i2), relié aux grands réservoirs de névés de l'Asie centrale (3).
La formation de masses de glace aussi considérables ne fut pas sans modifier très sensiblement le climat ; nées de la chaleur, ces neiges abaissèrent la température et modifièrent les conditions de la vie, suivant que l'expansion des nappes réfrigérantes était plus ou moins grande. Puis les glaciers disparurent, ne laissant dans nos montagnes que des ruines de leur grandeur passée, et le climat actuel s'établit.
Tandis qu'en Europe la température moyenne se relevait, par contre la Sibérie devenait un pays glacé ('4). L'avancement de sa côte septentrionale, l'assèchement de ses lacs la privèrent de l'humidité que le Gulf stream, reste très affaibli des grands courants d'antan, nous apporte généreusement (5).
Certainement la terre porte encore aujourd'hui des glaces fossiles datant, non seulement du pléistocène, mais aussi de l'époque tertiaire. Il suffira de citer celles de l'Alaska, de la Sibérie septentrionale, des iles Liakhov, de la Nouvelle-Sibérie, du Groenland, des pôles qui n'ont cessé, depuis la fin du pliocène, de couvrir les espaces qu'elles occupent encore de nos jours.
(1) Restes de moraines, vallée du Seïn Mèrrè. Cf. J. de Morgan, Misxion en Perse, t. II, pi. LXVII. Le lac Gahar (Loiirislan), barré par des alluvions morainiqiies. est un reste du glaciaire. Cf. ici., pi. LXXVII. Vallée du Kébir Kouh. Cf. id., pl.LXXX. — Terrasses glaciaires. Haute vallée du Gader Tchaï (Kurdistan) Cf. J. riE Moiîgan, Mission en Perse, l. II, pi. II. Village de Hei construit sur le-xtrémité d'une terrasse glaciaire. Vallée du Kialvi (Kurdistan). Ochturân Kouh (Lonrislan). Cf. J. M., op. cit., pi. LX et LXI. Vallée du Lar au pied du Demavend ; vallée de r.\raxe à Khoudaférin. Cf. /(/., t. III. 1905, pi. VII. Plaine de Déchl-i-Khawa (Lourislan). — .Mhivions glaciaires, Ilolwân Rou (Zohàb). Cf. DE Morgan. Mission en Perse, t. II, pi. XVIII et XX. Teng é Ziba. Cf. ici., pi. LXXIV, Tefig é Bâdouch, id., pi. LXXV. Germasirs de Pinùbiul. Cf. id., pi. XCIV. Vallée du Kechghan Roud I.ouristan), de 1 .\b è Zal. du Belal rou (Arabislan) et au pied mésopotamien de toute la chaîne du Louristan et des Baktyaris.
i2) Je n'ai rencontré en Perse d'instruments d'aspect archaïque qu'au gisement de l'Ab-é- Pardnma dans la vallée du Lar (Mazandéran). [Cf. J. DE Morgan, Miss. se. en Perse, t. IV, 1896, Bev Archéol., p. 1 sq.] Mais, encore, ne puis-je affirmer qu'ils appartiennent à la
période quaternaire. Ce gisement, situé sur le versant septentrional de l'Elbourz, était en dehois de la région glacée.
(3) L'e.xpédition anglaise à Lhassa (Cf. L. AusTiNE Waddell, Lhasa and ils nujsleries willi a record of Ihe expédition of 19O3-i90'i. Londres, 1905) a rencontré sur le versant septentrional de lllimalaya un très grand nombre de traces des phénomènes glaciaires.
(4) Il existe aujourd'hui deux pôles tlu froid; lun en Sibérie vers le cours de la Lén.i, température moyenne, — 17°. '2 (max. absolu, + ;iS°; minim. abs., — 70°; dilT. max 114°!, l'autre dans les terres polaires arctiques, temp. moy., —-20°. Le pôle septentrional du froid se trouvait autrefois vers le centre de la Scandinavie, il s'est donc transporté vers lest de 1.35° environ en longitude.
(5) Les iles Féroë et Iakoutsk, points situés tous deux par 62° 30' làl. nord, offrent des différences climatériques très notables Iles Féroë, temp. moy. ann., -f 7°,3; Iakoutsk. — 10°. 3; mois le plus froid, iles Féroë + '2°^' ; Iakoutsk. — 43°; mois le plus chaud, iles Féroë + l-2»,3; Iakoutsk + 20°, 4. Différences correspondantes, 17°, G. 41°,3, 8°, 3; différence extrè-ies, iles Féroë, 9°, 6; Iakoutsk, 63°, 4. (Cf. PROtif, Klima und Geslalhmg der Erdober flatrhc, 1S85, p. 8.)
LES l'IlKNOMKNES GLACIAIRES 93
Quelques géologues (1) ont admis, depuis la fin du pliocène jusqu'aux temps proto-historiques, l'existence en Europe de six périodes glaciaires ; d'autres (2) réduisent ce nombre à deux ou trois, ayant afTecté rensemi>le des continents, et considèrent les autres comme d'importance secondaire et locale. Suivant ces derniers, la première extension glaciaire, la plus étendue, aurait couvert toute la région iruli(|uée plus haut.
La seconde, moins violente, se serait cependant encore étendue sur l'Irlande, l'Ecosse, le nord de l'x^ngleterre ; mais dans l'Europe centrale elle n'aurait pas dépassé au sud Hambourg, Berlin, A'arsovie, Vilna, Novgorod, et, à l'est, le lac Onega et Arkangelsk.
Pendant les périodes qui suivirent, les glaciers, perdant de leur intensité, ont fait de moins en moins sentir leurs efTets.
Le synchronisme des phénomènes glaciaires ou interglaciaires est extrêmement difficile à établir scientifiquement ; car les dépôts de cette nature, ne renfermant aucune trace de la vie, ne peuvent être datés relativement que par les lits fossilifères qui les accompagnent, les supportant ou les recouvrant.
Les successions stratigraphiques, dit ^I. Boule (3), s'établissent aisément dans une même coupe, mais le synchronisme des alluvions pléistocènes est, pour ainsi dire, impossible à prouver; les fossiles variant peu et des sédiments de même nature ayant pu se déposer en des temps différents sur divers points.
A ces incertitudes viennent se joindre celles résultant de la conduite même des glaciers. L'observation prouve, en effet, que dans un même massif glaciaire, tous les courants ne croissent pas et ne décroissent pas en même temps. Les uns avancent, les autres reculent ; d'autres enfin demeurent stationnaires. 11 en résulte que, dans certaines régions, on serait tenté de croire à un recul général, tandis que, dans d'autres, tout concourt à faire penser l'inverse.
Si les Alpes, avec leur faible développement glaciaire, laissent souvent dans le doute, (jue doit-on penser de masses aussi con-
(l)Gh;iKiE, Greal ice Age. London, 1804. Pe.nck, Die vierle Eiszeit im Bereiche der Alpen,
(-2) Voir Penck, Vergleischerung der Deuls- Wien, 1699. — Chamberlin, Sa/js6urj/, Smoc/c in
chen Alpen.— B\vvck:^eh. Petit k'sGeog.Abhiindl., Salisbunj Drifl of New Jersey, p. 102. — Cha.m-
Wien, 1886.— Pe.nck, Die Glacial xcluitlcr in den berun, Proc. Amer. Assoc, 188G.
Oslalpen, 1890. — Du Pasquiek, Mnlér. pour la (3) Maucelli.n Boi:le, Essai de paléontologie
carie géol.de Suisse. XU'ii. - Penck et Dhuck.ner, stratigraphiiiuedelliomme, ds Rev. d'Anlhrop.,
Die A.penim Eiszeitaller, Leipzig, l'>01-l9iJô ; — 1888.
sidérables que celles des glaciers quaternaires? Il serait imprudent de se hâter de généraliser la portée des observations; car les mouvements d'ensemble sont composés d'une foule de circonstances particulières dont les traces peuvent être en contradiction avec la progression ou le recul général.
Quoi qu'il en soit, après une série plus ou moins variée de lluctuations, les glaciers ont disparu ne laissant, en dehors des régions polaires, que des représentants presque insignifiants.
Pendant la fonte il se forma, au sud-est et à l'est de l'ancien foyer glaciaire Scandinave, une vaste dépression, la mer à Yoldia^ beaucoup plus étendue que n'est la Baltique d'aujourd'hui et faisant communiquer la mer Blanche avec l'océan Glacial, par un canal dont on retrouve nettement les traces en Finlande et près des côtes méridionales de la Norvège (1). L'encombrement des deux extrémités de ce canal fit le lac (d'eau douce) à Ancylus et le détroit danois s'ouvrant, au moment de la formation de la mer du Nord, cette cavité devint la mer Baltique.
C'est à cette époque, après la période d'érosions cl d'alluvions qui précéda, accompagna et suivit le glaciaire (2j, que la chaîne Scandinave et les pays du Nord commencèrent ce mouvement d'immersion que nous voyons se continuer encore sur les côtes de Hollande, de France et d'Angleterre; que se créa la Manche en même temps que la mer du Nord.
Au sud-est, entre l'Europe et l'Asie, le lac aralo-caspien, depuis longtemps connu et dont j'ai retrouvé les anciens rivages au pied des montagnes du Mazandéran et du (ihilan (3), ne se trouvant plus alimenté par la fonte des neiges de l'Altaï, du plateau persan et des autres massifs voisins, commença son assèchement. Il en fut de même pour la plupart des grandes nappes d'eau douce, en Sibérie, aux États-Unis et dans le monde entier.
La fonte d'aussi grandes masses de glace ne se fit pas sans amener des changements importants dans le relief topographique du sol. Si elle s'était effectuée régulièrement, il en fùl résulté
[l] Le canal dont la topographie sous-nia- (2) Pour les érosions glaciaire-,, Cf. \\ . M.
rine fournit les contours et qui est situé au Davis, Glacial érosion in France, Switzerland
sud (le la Norvège peut n'être que le résul- and Norway, in Proc. Boston Soc. of Nal.
tat des érosions causées par les nappes d'eau ///sf., vol. XXIX, n" 14, pp. .273-.'H22, 1900. —
prébaltiques se déversant dans l'Océan, leur M. Boule, la Topographie glaciaire en Au-
niveau se trouvant relevé par les apports vergue, ds A/îfî. r/f Geogr. ,5''année,ir>;(vril 1896.
<;normes dus à la fonte des glaciers situés sur (3) Cf. J. de Morgan, Mission scienlif. en
le versant oriental de la crête Scandinave. Perse, t. 1,1894; Eludes tjéologiques. p. 131».
LES PHÉNOMÈNES GI.AC.I AUlES 95
l'établissement de fleuves immenses, creusant de profondes ■vallées, puis couvrant leur fond d'alluvions ; mais ce n'est pas avec autant de simplicité que les choses se passèrent.
Nous observons, lors de l'extension de certains glaciers et de la fermeture des vallées secondaires dépourvues de glaces, la formation de lacs parfois très étendus qui, se constituant en plusieurs années, finissent j)ar rompre leurs barrières. Ils se vident alors en un temps très court, souvent en quelques heures seulement, causant dans les pays situés en aval de véritables déluges.
Ces lacs de barrages (1), fréquents dans nos montagnes et au Oroenland, étaient jadis très nombreux dans les Alpes Scandinaves; ils ont laissé, dans les vallées des deux versants et dans les fjords, des terrasses (2) parfaitement horizontales, témoins de l'ancien niveau de leurs eaux (8).
De semblables cataclysmes se sont produits fréquemment au cours de la période glaciaire ; mais alors leurs proportions étaient bien plus grandes qu'elles ne sont aujourd'hui (/i). Enfin, lors de la fonte définitive des glaces, de nouvelles inondations survinrent ; et c'est à cet ensemble compliqué que nous devons le diluvium.
Ce dépôt ne s'est pas fait en une seule période; il est le résultat d'alluvions successives, dues à des phénomènes successifs •eux-mêmes, mais désordonnés (5). Ainsi, dans nos alluvions dites quaternaires, il en est qui peuvent appartenir au pliocène supérieur, époque de l'apparition des glaciers; il en est de contemporaines des diverses phases glaciaires et interglaciaires; mais la majeure partie semble due à la disparition des glaciers.
(1) L'Ecosse fournil des preuves indiscu- (4) Cf. E. A. Martel, Ruptures de poche-; tables de la formation de lacs itîndus au d'eau des glaciers, ds l(i Nature, n" 1138, -cours de la période glaciaire. (Cn. Lyell, 23 mars 1895.
Anliq. of Man, ¥ éd., 1873. p. 304 et sq., (5) Les Annales chinoises ont conservé le
•chap. XIV.) En Suisse, le Màrjelen See, en souvenir d'une grande inondation placée par
amont de Brieg, dans la vallée du Rhùtie, est les livres sous le règne de Yao. D'après le
un des exemples les plus intéressants de système chronologique du Lih-laï ki-ssé, les
îacs-barrages visité en 1865 par Lyell (Pri/jcip. travaux de Yu, pour réparer les désastres
-ofGeoL, XI' éd., vol. L 1'- 374). J'y ai, en causés par l'inondalion, auraientété terminés
1906, vérifié points par points la description en 2-278 avant J .-G. ; d'a|irès celui des .\nnales
<iu'en donne le grand géologue anglais. des bambous Su-Tchou-schou en 2U62. iFn.
(2) 11 y a lieu de discerner entre les ter- Lenoumant, Hisl. anc. de l'Orient ; 9' éd., rasses glaciaires cl fluviales. Cf. à ce sujet t. I, 1881, p. .56.) Déluge clialdéen de Berosc. la belle étude de \V. M. Davis RivEH. Tenaces Déluge indien dans la Çatapati Brâhmana. in New Eiigland, l',W2 (in Bull, of Ihe Miixeum Déluges d'Ogyges, de lieucalion et de Darof corn [jaral lue Zooloyij at Hcward CoUeije. vol. danos en Grèce, des Lithuaniens, de tous le- XXXVlll, Geol. Ser., vol. V, n" 7, pp. 281-3i0. peuples indo européens. (Cf. Fk. Lenokmant,
(3) Cf. R. L. Barett, The Sundal Drainage Hisl. anc. de l'Orient, Q' éd., t. I, §4. Le System in Central Norway (Bull, of Ihe Ame- Déluge, p. 55. Chapitre dans lequel sont rican Gengr. Soc., vol. XXXII, n" 3, 1900, reprises toutes les traditions relatives à ce pp. 19L)-220). cataclysme.)
La masse énorme du liquide rendu au sol apporta une grande humidité dans l'atmosphère ; il en résulta des j)luies intenses qui, dans les pays où les eaux glaciaires n'avaient pas eu d'action directe, les remplacèrent dans leurs effets d'érosion et d'alluvion. C'est ce qui se passa pour le nord de la France entre autres et probablement aussi pour les pays syriens et égyptiens.
Dans ces dernières régions, les traces laissées par les eaux diluviennes sont telles, qu'cà l'abondance des pluies nous devons joindre d'autres causes, celle entre autres de l'écoulement subit de vastes lacs qui, ayant rompu leurs digues, se précipitèrent dans les pays situés plus bas qu'eux. Le creusement du Bahr- Béla-Mâ, ou fleuve sans eau, postérieur aux alluvions caillouteuses, doit être attribué, je pense, à un cataclysme de cette nature.
Les alluvions asiatiques et africaines peuvent être contemporaines de celles de l'Europe; mais rien n'oblige à le croire, surtout dans le détail; car aucune liaison certaine n'a encore été constatée entre ces divers phénomènes.
L'observation et l'étude des alluvions est, dans nos pays, rendue difficile par l'abondante végétation qui couvre le sol et par les modifications de surface apportées par la culture ; mais dans les pays déserts, tels que le Sahara, certaines parties de l'Algérie, de la Tunisie, de l'Egypte, de la Syrie, les faits sont beaucoup plus nets qu'en Europe. A El-Mekta près de Gafsa (Tunisie), entre autres, on voit de la manière la plus claire les traces du charriage. Les ateliers d'El-Mekta ont été balayés par le courant et leurs restes se sont déposés dans les épaisses alluvions de Gafsa, à 15 kilomètres en aval. Or ce oued a changé de lit, a coulé à bien des époques différentes, entraînant tour à tour les débris d'ateliers d'industries diverses ; en sorte que si la superposition des couches peut renseigner au point de vue de la succession des crues, elle est souvent sans valeur en ce qui concerne l'âge des instruments charriés; leur superposition ne doit donc pas être prise en considération de manière absolue.
Le fait que je viens de citer pour une localité tunisienne s'est forcément reproduit dans nos pays. Sa constatation, d'ailleurs conforme aux lois de l'écoulement des eaux, porte un coup bien grave aux théories basées sur la superposition des couches dans
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les alluvioiis ; parce qu'elle apporte la possibilité d'un doute sur la valeur scientifique des successions apparentes (1).
Après avoir passé en revue les phénomènes glaciaires euxmêmes, nous examinerons quelles furent les conséquences de ces perturbations au point de vue du climat, de la dore et de la faune, et enlin en ce qui concerne la vie humaine; mais il eût été impossible de se rendre un compte exact de ces transformations, sans être préalablement entré dans les détails qu'on vient de lire sur ces faits naturels, dont la répercussion fut si grande sur les destinées liuniaines.
La période glaciaire est loin davoir [)ris lin ; nos temps qui en font encore partie, sont caractérisés i)ar un imj)ortanl mouvement de recul, commencé longtemps avant les débuts de l'histoire. Il est à penser que ce retrait des glaces n'est pas définitif, que les froids reviendront, et avec eux la dépopulation d'une partie de notre globe. Rien ne peut faire prévoir l'amplitude de cette future oscillation ni le sort que destinent à Ihunianité les lois de la nature.
11 se passera, lors de ce cataclysme, des révolutions que l'imagination la |)liis féconde ne saurait concevoir ; désastres d'autant plus horribles que, chaque jour, la population de la terre s'accroissant, les districts les moins fortunés se peuplant peu à peu, les divers groupes humains, refoulés les uns sur les autres, ne trouvant plus l'espace nécessaij-e à leur existence, se détruiront entre eux.
(i) Cf. J. DE MoRG.\N, i Anthropologie , la chronolooie relative des faits préhisto- 11K)7, pp. 380 à 383. Note sur l'incertitude de riques.