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CHAPITRE IV

La flore, la faune et l'homme aux temps glaciaires l'homme à l'état paléolithique.

Durant les perturbations glaciaires, le monde organique no senrichit pas d'une seule espèce ; les animaux, comme les plantes, ne firent qu'osciller entre les tropiques et les régions polaires, modifiant leur habitat, suivant leurs besoins, d'après les ressources qu'ils rencontraient. Bien des formes disparurent de nos latitudes; par exemple les grands mammifères herbivores qui, abandonnant l'Europe, la Sibérie, l'Amérique du Nord, continuèrent à vivre dans l'Afrique centrale et l'Asie méridionale, où ils existaient déjà (1) dès l'époque quaternaire.

Ces transformations de la vie animale ont toujours eu lieu, même durant les temps humains, parce que fré(|uemment les climats se sont modifiés et partant la flore (2 /, cause première de

1) Zitlel {Traité de Paléontologie, Irad. Barrois. i. IV, p. 764) compte qu aux temps quaternaires la faune mammalogique de l'Europe comportait 110 espèces, tandis qu'aujourd'hui elle en possède 150, en y comprenant les espèces domestiques et importées; mais est-il certain que nous ayons retrouvé des vestiges de tous les mammifères qui ont vécu nu cours du pléistocène?

(2) La flore actuelle du globe ne se compose pas de groupes organiques homogènes. Cette flore est, au moins pour un grand nombre des éléments qui la composent, un legs du passé. Chacun des groupes qu'on y peut distinguer doit avoir son histoire souvent très ancienne, et il en est qui sont aujourd'hui dans la toute-puissance de leur développe-

ment, comme il en est d'autres réduits à ne plus offrir qu'un petit nombre de types, derniers survivants d'un ensemble dont la prospérité réclamait d'autres conditions {A. dk Lapparent. Traité de Géologie. 1906, p 11F>.) — Pour se rendre compte de la distribution du règne végétal sur le globe suivant les conditions géographiques et climalériques. Cf.

1. Costa NTiN, les, Végétaux et /es Milieux cosmiques. Paris, 1898 — Id., la Nature tropicale. Paris, \899.- E. EviGLER, Die Enlwickclung der Pftanzeri Géographie in den lelzten Jahrenhundert und }Veitere Aufgahen derselben. Berlin, 1^99. — O. Drlde, Manuel de géographie botanique, trad. G. Poirault. Paris. 1897. — A. F. W. ScHiMPKR. Pflanzen. Géographie auf PhijMologiiirher Grandlage. lena, 1898. —

LA 1 J.ORE, f.A FAUNE KT 1/llO.MME AUX TEMPS GLACIAIUKS 99

la faune d'un pays {!). Dans la période historique, sous nos yeux encore, bien des espèces abandonnent certaines régions pour se concentrer en d'autres. L'aurochs qui, au temps de César, peuplait les forêts de la Germanie, ne vit plus aujourd'hui que dans deux îlots de forêts, en Lithuanie et en Circassie. L'autruche qui, lors de la première dynastie égyptienne, habitait encoie la moyenne vallée du Nil (2), qui, sous Julien II (vers 350 ap. J.-C), vivait sur les bords de l'Euphrate (o), ne se rencontre plus aujourd'hui qu'en Afrique centrale et australe ; elle a disparu de l'Asie.

Hien des animaux ont fui devant les modifications duc limât ('i) ; mais beaucoup aussi ont disparu devant l'homme qui, de mieux en mieux armé, les poursuit sans relâche. Les matelots hollandais ont exterminé les derniers des Dodos; l'ours a été complètement détruit en Angleterre et dans presque toute la France et, en vingt ans seulement, dans les montagnes iraniennes, le gros gibier a très sensiblement diminué, depuis que les nomades se sont armés de fusils à tir rapide et à longue portée.

Quoi qu'il en soit, dans les temjis pléislocènes, l'influence de l'homme sur la disparition des types animaux peut être considérée comme nulle; car ses moyens d'attaque du gibier n'étaient encore que très rudimentaires. C'est le climat qui fut le grand agent destructeur aussi bien que conservateur. La flore est notre meilleur guide pour apprécier les causes de ces variations dans la faune ib).

A. Masclef, la Géographie botanique et son évoliilion au dix-neuvième siècle, ris la Géographie, t. II. 1900. p. 35 sq. — G. Saint-Yves, Sur la dislribulion des plantes en Sibérie et dans l'Asie centrale. Id., p. 81.

1) La répartition sur le globe des mollusques terrestres (Cf P. Fischek, Manuel de conchi/liologie. 1887) fournil de précieuses indications sur les condilions de la vie sur la terre. Ces animaux, étant de ceux qui si' déplacent le moins, ont nettement conservé leurs caractères locaux depuis les temps géologiques. G est par leur élude qu'on peut le mieux retrouver les relations anciennes des continents entre eux.

(2) Abydos, El Amrah.

(3) Ammiën MARCiiLi.iN, Expéd. de Julien II contre lex Perses. — Des fragments d'œufs d'autruche ont été rencontrés à Suse dans les couches élamites du quinzième siècle environ avant noire ère L'on voit cet oiseau figuré sur un koudourrou d'époque cosséenne provenant de la même localité et sur des cylindres-cachets chaldéens du trentième siècle environ av. ,I.-C.

(4) Nebringa démontre qu'à Thiede, près de Brunswick, après la fonte de la granile carapace glaciaire, il y eut d'abord une faune de toundra composéedu renne, du bœuf musqué, du renard bleu, du lemming, du lagopède alpin . et qu'à cette faune de loundra succéda une faune de sti-ppe composée de la gerboise, du porc-épic des steppes, du lagomys, du cheval sauvage, de l'hémione, du rbinocéios, du mammouth, et à certains endroits de l'antilope saiga. En d'autres termes, lorsque l'adoucissement du climat amena la transformation de la toundra en steppe, la faime changea également. (Cf. A. G. Naihorst, la Géographie, 1901, I. 111 , p 7, sq.)

(5) Sur la flore pléislocène, consulter : De .Sahorta, Aperçu sur la flore df l't'poque quaternaire. Caen, 1857. — De Sai>orta, lievue des Deux Mondes, 15 sept. 1881 — De Saporta, Congrès de Stockholm, 187 i, L p. Su sq. - De Saporta, le Monde des plantes, 1879. — De Saporta, Origine paléonloloqique des arbreu cultivés, 1888. — Schrotter, Die Flora dai Eisicit. Zurich, 1884. — Schi-mper, Traité de paléontologie végétale, t. I, p. 253, etc.

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En Anglelcrre, les couches dont le dépôt a précédé la première extension glaciaire, le Forest bed de Happisburg (1), montre une flore se rapprochant beaucoup do celle de notre temps dans les réo-ions de même climat : Pimis sulvestri.^, P. ahies. Taxas baccatu, Niiphar liiteum^ Ceralophijlliim demersum, Potamogelon, Prunus spinosa, Memjanthus Irifolia, Alnus, Ouercus, Betula, etc.

Dans le même pays '2;, « les prenders indices de refroidissement se sont fait sentir par l'apparition d'une flore à Salix polaris et Drijas octopetala (3), distincte d'une flore glaciaire ultérieure, à Betula nana et Salix herbacea. De même en Ecosse, une flore semblable à celle du temps présent se trouve intercalée entre deux végétations glaciaires de bouleaux nains ».

Une flore voisine de celle du Suflblk a été trouvée en France à Jarville, près de Nancy, et à Bois-l'Abbé, aux environs d'Epinal, à la base des alluvions glaciaires vosgiennes. La physionomie de cette flore est subalpine et indique un climat analogue à celui qui règne aujourd'hui dans le pays à 1.000 mètres d'altitude. Le mélèze, actuellemenl confiné entre l.SOO et 2. 001) mètres, était alors commun sur les ])asses collines des environs de Nancy iji). C'est la première extension glaciaire qui aurait anéanti, en France, le platane, le sassafras, le chêne du Portugal, les derniei's représentants des cannelliers et des palmiers.

A Deuben i)rès de Iharand, à 18 kilomètres seulement de l'Erzoebirge, l'argile (|ui supporte le limon à fihinoceros lichovhinus a fourni une vraie flore glaciaire à Salir herbacea, Polij- (jonum viviparum ■ 5. avec coléoptères arcti(|ucs comme Carabus Groenlandicus (6). M. Nathorst peuse (jue cette végétation, mar- ([uant le bord externe des glaces septentrionales, régnait presque sans partage au nord des Alpes, sur 300 kilomètres, laissant tout au plus se développer par places des massifs de Betula odorata.

La flore interglaciaire est connue sur divers points de l'Allemagne du Nord, notamment à Honerdingen (7) où elle se montre composée de nénuphars (]ui ont crû sur un lac dont les bords étaient ombragés pai des forêts de pins, de chênes, d'aunes, de

(1) Lyell, Anliq. of Mnn, i« .'•ilil. Loiidon, (ô) A Schlussenried et ù Wald sec en Wiir 1873, ]>■ 250 lemberg, ou a rencontré des mousses arc

(2) De Lappahem. Titiité de (rrniagie.U' i-(\\U, tiques st,-ml)lal)les à celles du Groenland et du 1906, p. 16 '8 et si). Labrador : Uijpniim sarmcnlosuw. II. aduncuw.

(3) Nathorst. in Hei<. Géol. suisse, 11' inWL, [(>) Nathorst, Koiu/I . Velenskap. al;a<l. p. 76. — Refd el RwLr.\,Geol. mar/.3[Vl,p.4il. Stockholm. 189'..

(4) Fliche, Cotiipt. rend. Anid. ■'^r.. I.XXX. 7) WKr.Ki;. IWiilln-oi-oloyie, ISÎKi. p. 1233; XCVII. [>. l;«i».

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