‹ Les premières civilisationsChapitre 24 sur 79 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'homme à l'état néolithique.

Avec l'état néolithique, l'humanité entre dans une nouvelle phase de son évolution qui, pour bien des peuples, s'étendra jusqu'aux temps modernes. Tous les pays ont connu cette civilisation; mais alors que, chez les uns, elle ne fut que de courte durée, elle comprit pour d'autres toute la vie post-pléistocène.

Ses débuts ne furent sûrement pas contemporains dans toutes les régions. S'épanouissant rapidement dans quelques centres, elle rayonna ; et son mouvement d'expansion n'était pas encore complètement accompli, que déjà les métaux faisant leur apparition parmi quelques peuplades, les préparaient à l'ère historique.

Nous ne possédons aucun moyen scientifique d'établir, pour cette époque, l'état de culture du monde entier ; mais tout porte à croire que ses diverses parties présentaient au moins une aussi grande variété dans la civilisation de la pierre, que lors des grandes découvertes des navigateurs de la Renaissance et des siècles qui la suivirent.

Il serait bien difficile, en présence d'une telle multitude de mœurs et d'industries diverses, d'une période de si longue durée, d'exposer en détails les divers caractères de la civilisation néolithique. Ils varient suivant les temps et les lieux; très souvent aussi se confondent, soit avec ceux des industries moins perfectionnées, soit avec l'état métallurgique qui, d'après l'évolution normale, ne devait les remplacer que peu à peu.

illll LES PREMIÈRES CIVILISATIONS

Je serai donc obligé de m'en tenir, dans ce chapitre, à l'Europe et aux pays méditerranéens seulement ; me réservant de parler, au cours de mon travail, des civilisations néolithiques dans les autres parties du monde, au fur et à mesure qu'elles se présenteront, correspondant à une phase historique.

Dans nos pays, bien que profitant des notions déjà acquises indépendamment de lui, le néolithique apporta dans la civilisation des idées nouvelles ; dans l'industrie, des procédés et des instruments inusités jusqu'alors.

Nous avons vu que les hommes des kjœkkenmœddings et les Campigniens, c'est-à-dire ceux qui, tout en vivant à l'état mésolithique, étaient les plus avancés, construisaient des habitations, creusaient des canots sur lesquels ils s'aventuraient en mer (1), fabriquaient de la poterie; et nous avons supposé que, peut-être d'ailleurs comme les Magdaléniens, ils avaient des animaux domestiques.

Nous ignorons si les Mésolithiques connaissaient l'usage des plantes textiles, s'ils étaient agriculteurs (2), s'ils possédaient des croyances religieuses ou superstitieuses; bien que le fait soit liés probable, d'après ce que nous avons remarqué au sujet de la sépulture dans les temps pléistocénes.

Avec l'arrivée du néolithique, nous voyons apparaître le polissage de la pierre, l'emploi des roches dures pour la confeclion des armes et des outils polis, l'usage d'une pointe de flèche spéciale très caractéristique, une céramique abondante (3), la ciillure des céréales (/i) et des plantes textiles (5), le tissage (6), l'éle'.age du bétail (7) ; la construction, non seulement de huttes sur le sol, mais de véritables villages sur l'eau.

(1) Presijue toutes les iles de nos mers du découvertes de céramique néolitliiquc dans Nord ont été occupées dès les temps néoli- l'Europe centrale.

tliiques, beaucoup l'ont été avant. (4) Céréales de Suisse à l'époque drs cités

(2) E. Piette (les Plantes cultivées au Mas lacustres: Trilicum vuUjnve (Willt Vat anlid'Azil, ds l Anthropologie, t. VII, n° 1) a quorum (Heer) = ïromenl. T. dicoccum 'SvUvf.) cherché à établir que, dès l'étal archéoli- = épeautre, T. honococcum (L.) = IVoinent, tliique, certains habitants de nos pays étaient Ilordeuin hexaslichon [L.)— orge à sîa langs, cultivateurs et planteurs; mais rien ne prouve H. disticlium (L.) = orge à deux ranys. — que les graines et les fruits, dont il a retrouvé Cf. Heer, Plunzen der Pfnhlbuulen. Zurich, les traces, n'aient pas été recueillis sur des 1865.

plantes sauvages. (5) La seule plante te.-stile connue était :

(3) Sur la céramique de l'époque néoli- Linum usitalissimum (L.) = lin, non [)as le thique en Allemagne, Cf. A. Schliz, Heil- lin actuel, mais une variété à feirillr ( troite bronn. Der Schnurkeramische Kulturkreis spontanée et indigène dans le bassin de la und seine Stellung zu den andcren neolithis- Méditerranée.

clien Kulturformen in Sudwestdeutschiand, (G) La laine ni le chanvre n'étaient encore

in Zellschrift f. Ethnologie. Berlin, 1906, Hcft, employés, seul le lin était lissé.

111, p. 312 et la carte {id., pi. VI), sur laquelle (7) Les animau.v domestiques dont on a

l'auteur a soigneusement pointé toutes les retrouvé les ossements dans les palafittes

L'HOMME A L'KTAT NKOLITHIOUE

Les idées religieuses (I) se dessinent; nous en trouvons des traces spécialement dans la sépullure qu'on donne aux morts (2). L'architecture commence avec les dolmens et les pierres levées (3). L'industrie se développe ; on creuse de véritables mines pour

J^Jr3'"'T-i" .. „;f,/;-)R faible cifiip/uurff^

Climat actuel de l'ancien Monde.

extraire du sol le silex (/i), matière première indispensable, qui devient l'objet d'un commerce très étendu. De vastes ateliers se

sont (d'après Rulimeyer) : le chien, le cheval, le porc, la chèvre, le mouton, le bœuf.

(1) Divinités? figurées dans les grottes de la Marne ; crânes perforés et trépanés.

(2) Cavernes funéraires naturelles, cryptes artificielles sépulcrales. (Cf. Cartailhac, la France préhistorique, 2° édit., 1896. — B"» de Baye, Archéol. préhisl. Paris, 1879 et 1889.) Des indices certains d'incinération ont été retrouvés dans la Marne (B"" de Baye), en Bretagne (F. du Châlellier), dans l'Aisne (Pilloy), en Suisse (Morel-Fatio), etc.. On se trouverait donc en présence de deu."c rites funéraires très distincts, l'inhumation et la crémation, impliquant des idées différentes chez des populations qui, cependant, vivaient confondues; ou, comme le pense Pigorini, en

face de l'usage encore en vigueur chez bien des peuples sauvages de décharner le cadavre avant de confier les os à la terre.

(3) On a pensé que l'homme à l'étal néolithique, celui qui construisit les dolmens, connaissait l'usage de l'écriture. (Cf. Cu. Le- TOURNEAU, les Signes alphabéliformes des inscriptions mégalithiques, ds Bull. Soc. Anlhrop. de Paris, t. IV, série IV, n» 2, 15 mars 1893, p. 28.) Mais cette opinion, contraire d'ailleurs à toute vraisemblance, a été réfutée par Hervé et A. et G. de Mortillel {id., p. 39 sq.).

(4) Bas Meudon (Seine), Petit Morin (Marne), Noinlel (Oise), Mui de Barrez (Aveyron, Spiennes(Belgiqne), Cissbury (.\ngleterre), en Haute-Egypte, etc. ..

créent pour alimenter l'exportation de la pierre (i) ; Thomme protège ses agglomérations au moyen d'enceintes fortifiées (2).

Les arts glyptiques disparaissent sans laisser, en Europe, la moindre trace. La figuration des animaux, de l'homme, de la nature, en un mot, est oubliée ; et fait place à de grossières ornementations géométriques (3), à des représentations d'armes (Zi), indignes de la perfection qu'atteint la taille de la pierre. En Egypte (5), en Scandinavie (6), le silex se transforme en véri-

Figurcs tracées sur une des dalles de la chambre du lumulus de Mané-Lud, à Locmariaker (Morbihan).

"'jjiiiiiiiiiiii'"''^ JT

iujjjj>^ lliiiimil J-

Représentation pictographique, sur un rocher à Skebbervall (Bohiisland, Suède).

tables œuvres d'art, sous forme de couteaux, de poignards, de têtes de javelots et de lances, de pointes de fièches, etc.; et dans la vallée du Nil, dans les pays élamites, en Syrie (7), la poterie peinte se montre, semblant n'être que la survivance d'aptitudes artistiques de races antérieures.

Mais, suivant les régions, il s'établit une foule de foyers dans cette civilisation même. Les types des instruments diffèrent (8) très sensiblement d'un pays à un autre ; au point que, pour un

(1) Grand -Pressigny, Preuilly (Indreel- Loire), Spiennes (Belgique).

(2) Sur les enceintes préhistoriques", Cf. A. GuÉBHARD, //' Congrès préhisl. de Vannes, 1906 (le Mans, 1907), p. 157 sq. ; Soc. préhisl. de France, 28 mars r,t07 ; id.. 2.î avril 1907. — XXXVI' Congrès (Reims, lOOC} de fAss. Fr. p. l'Av. sciences. — liull. (25'-2fi') de la sect. des Alpes Maritimes du Club Alpin Français. Nice,

(3) Poteries des cités lacustres et des nécropoles néolithiques, sculptures sur les dalles des dolmens (allée couverte de Gavr'inis). Cf. G. cl A. de Mortillet, Mus. pré- JiisL, mi, pi. LV et LVI.

(4j Haches sculptées sur les monuments funéraires de la Bretagne, dans les cryptes de la Marne.

(5) J DE Morgan, Reclierches sur tes Origines de l'Egypte, 2 vol.. 1896-1897.

(6) Cf. s. MilLLER. Nordiske Forlidschminder. KjObenhavn, 18901903.

(7) Dernières découvertes de J. Garstang dans les tells de l'Euphrate mnyen au.\ en\'irons d'Adana.

(8) Cf. Hans Hildebrand, .Sur la subdivision du nord de l'Europe en provinces archéologiques pour l'ùge de la pierre polie, in Congrès de Bruxelles, pp. 479-485.

lhommf: a l'ktat M'OLithique

ethnologue accoutumé à manier des objets néolithiques, il est aisé de distinguer à première vue la provenance de chacun d'eux.

L'origine, étrangère à nos régions, de la civilisation néolithique ne fait plus aujourd'hui de doutes. Cette industrie est venue d'autres pays ; que ce soit par le Nord, l'Orient (1) ou le Midi, nous ne le saurions préciser pour l'instant ; mais le fait d'une invasion brutale ou d(^ l'expansion d'une influence, dans nos régions, est accepté par tous les palethnologues. On serait même tenté de l'attribuer aux peuples venus de Sibérie, lors de leur désertion (2) devant le froid ; et, par suite, de la rattacher au grand ensemble des migra-

tions indo-européennes.

On a vu, d'après l'exposé que je donnais au précédent chapitre, combien les populations de l'Europe occidentale étaient déjà mélangées vers la fin de la phase mésolithique. C'est dans ce milieu, déjà si compliqué, que s'implantèrent les coutumes étrangères ; et elles étaient elles-mêmes bien complexes, par suite du grand nombre de tribus nouvelles qui entrèrent alors en scène.

Dans bien des pays, l'innovation semble avoir été acceptée sans résistance; car les dernières industries mésolithiques j)araissent s'être laissé influencer par l'approche du néolithique (3) ; mais dans d'autres, où la transition est brusque, il semble qu'il y ait eu renvoi, destruction ou absorption immédiate des tribus anciennes par des nouveaux venus. Ceci expliquerait la disparition complète en Europe des arts archéolitliiques.

Si le milieu recevant était compliqué, le flot civilisateur ne l'était certes pas moins. 11 y eut sûrement plusieurs courants (jui, ne

Représentations pictographiques des rochers de l'Irtych, d'après Spasskv, Inscr. Siberiœ.

(1) La civilisation néoliliiique de la Sibérie orientale est remarquable par l'abondance des haches en néphrite et par la finesse de taille de ses pointes de flèches; elle ne possède pas de monuments sépulcraux, les animaux domestiques ne s'y rencontrent pas encore. Elle connaît la poterie grossière, l'os travaillé en harpons, aiguilles, poinçons, etc. fCf. fiap. s. les foiiillex des tomb. de l'àye de la pierre ds le Gouv. d'Irkutsk, par Vitkovsky, 1883.)

(2) La dépopulation de la Sibérie a été

telle qu'aujourd'hui encore, malgré la colonisation russe, ce pays ne renferme, villes comprises, qu'un habitant par 4 kilomètres carrés. Si l'on fait abstraction de la population des villes, presque entièrement européenne, la moyenne tombe à 0.1 par kilomètre po\u- certains districts et à 0,02 pour d'autres; enfin beaucoup sont complètement déserts.

(3) Dans les kjoekkenmœddingsdu Portugal entre autres, l'industrie campignienne se trouve mélangée d'objets polis.

j/l8 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS

touchant pas les mêmes pays, se recouvrirent et se croisèrent parfois, laissant entre eux des espaces indemnes de leur action directe. Il semble certain, en effet, que ce ne sont pas les mêmes hommes qui élevèrent les monuments mégalithiques et bâtirent les villages lacustres; que les divers types d'industrie néolithique répondant à des tendances différentes, représentent une grande variété dans le degré de civilisation des hordes envahissantes, ainsi que dans l'époque de leur venue.

La hache polie du nord de la France, avec ses côtés arrondis (1); celle du Danemark, avec ses bords anguleux (2) ; celle des palafittes, simplement polie sur le tranchant (3); celle d'Italie, avec sa large rainure (/i), ne sont certainement pas issues des mêmes principes.

Mais ces unités, ces tribus, qui nous dira jamais leur nom, leur parenté entre elles, la voie qu'elles ont suivie, les pays où elles se sont principalement tixées, leur lieu précis d'origine ? C'est à peine si nous pouvons deviner leur existence !

En se généralisant, le problème devient plus insoluble encore. Est-ce d'un même centre qu'a rayonné ce progrès pour se répandre dans le monde entier ? La hache caraïbe a-t-elle quelque parenté, même très éloignée, avec celles du Danemark, de rÉgy[)te et de la Polynésie (5) ? Certainement non. Force nous est donc d'admettre la pluralité des foyers néolithiques.

Inutile, pour le moment, de chercher à percer ce mystère ; nos observations sont encore insuffisantes ; car, si nous constatons l'existence du néolithique sur presque tous les points du globe, nous sommes encore loin d'avoir étudié l'évolution de la pierre polie dans chaque région; et c'est seulement de ces monographies qu'il sera possible, un jour, de déduire les lois d'ensemble.

Toutefois, pour quelques rares contrées, mieux explorées que d'autres, il est permis d'établir, dès maintenant, des subdivisions dans la culture locale néolithique.

Dans les pays Scandinaves (6), on constate : 1° l'existence d'une

(1) Cf. G. et A. DE MonTU.LET, le Musée triiments des divers Étals européens. (Cf.

preVîisfor/que, 1881, n" 446 (Vendée); 422 (Seine- Hermann, Die Sleinartefakte der Australie!'

et-Oise); 428 {id.)\ 460 (Morbihan). und Tasmanier, in Zeilsch. f Ethnoloy., Berlin,

(2) /d., n° 454 (Danemark). 1908, p. 40tk forme éolitliique (fig. 1, p. 410),

(3) Id., n" 451 (lac de Bienne); 430 (Alpes- f. paléolithique (f. 4, p. 417), f. solutréenne Maritimes). (f. 3, p. 415, fig. 5, p. 417), f. magdalénienne

(4) Musée Kircher à Rome. (f. 7, p. 419), etc.

(5) En Australie et en Tasmanie, l'indusliie (6) Cf. Montelius-Reinach, Temps préhislonéolilhique récente offre tous les types d'ins-

L'IlOMMl-: A LKTAT iNK OLlTlllOUE 1/|9

industrie dans laquelle la liache est entièrement polie, ou polie seulement sur son tranchant; 2° l'apparition de la hache percée ou hache-marteau (1), dénotant une habileté consommée dans le travail de la pierre ; 3° l'établissement d'une phase de transition, répondant à l'apparition du métal (énéolithique).

En Espagne (2), on distingue trois époques : i° une industrie locale, d'aspect archaïque, avec quelques objets polis, importés, répondant à l'épocjue des kjo'kkenmœddings portugais, mais pas à celle de la civilisation analogue en Scandinavie; 2" le plein développement dans le travail de la pierre polie et dans la poterie ornée ; cette industrie rappelant beaucoup celle des deux premières villes d'Hissarlik; 3" l'apogée dans la taille du silex et le commencement des métaux.

En Suisse (3), l'industrie lacustre comprend trois périodes successives : 1'' Celle des haches, petites, à peine polies et fabriquées en roches indigènes (!i) ; les os sont alors travaillés d'une façon rudimentaire et la poterie, grossière, n'est pas ornée ; 2" Celle des haches plus grandes, simples ou perforées, de matière (5) souvent étrangère à la Suisse; la poterie moins grossière est très simplement ornée ; 3" Les haches-marteaux perforées abondent, le travail de la pierre, de l'os, de la corne est à son apogée ; on ne voit plus de roches étrangères. La poterie s'orne de plus en plus; le métal fait son apparition.

En Italie (6), où l'on ne rencontre jamais de haches polies en silex, où toutes sont façonnées dans des roches dures, il semble que deux courants néolithiques se soient réunis : l'un venant du Jura et de la Suisse, traversant les Alpes, serait descendu dans les vallées du Pô et du Tessin, sans dépasser le Pô ; l'autre, arrivant du bassin du Danube par l'Istrie, l'Emilie et la Vénétie, se serait avancé, en longeant les côtes adriatiques, jusque dans l'Apulie (7).

En France (8), il semble que nous devons adopter trois divi-

riquex en Suède, 1895. — Sophus Muller, S;/n/. (7) Les Cyclades étaient très peu habitées

préhist. du Dimemark. à l'époque néolithique. (R. Dussaud, Fouilles

(1) Cf. G. et A. DE MoRTiLLET, Musre récentes dans l(;s Cyclades et en Crèle, ds préhisl , 1881, n»' 512, 513, 519. Bull, el Mèm. Soc. nnlhrop., l" mars 190i;,

(2) Cf. H. et L. SiRET, Prem. Ages du mêlai p. 110.)

dans le sud-est de l'Espagne. Anvers, 1887. (8) J. Déchelette {Man. Arcli. prcliisl., \90S,

(3) Gosse. p. 33i) établit quatre divisions en se basant

(4) Serpentine, diorite, saussurite, etc.. principalement sur le mode de sépulture.

(5) Néphrite, chloromélanite, jadéite, etc.. I. Fosses(.'), haches taillées et polies triangu-

(6) Pigorini. Cf. Musée Kircher à Rome. laires. — II. Dolmens simples, haches plutôt

sions : l" une industrie très voisine du campignien; mais possédant la hache polie et la tête de flèche (1) caractéristique du néolithique ; 2" celle de la hache-marteau (2), correspondant à l'introduction des roches étrangères et h l'apogée dans la taille du silex; 3° l'apparition du métal concurremment avec l'industrie précédente. La poterie s'améliorant au cours de ces trois phases.

En Egypte, je n'ai reconnu que deux industries : celle de la pierre polie pure (3), où le silex indigène fait seul tous les frais de l'outillage, et la période énéolithique (û), dans laquelle le travail du silex atteint son apogée (5). Alors se trouvent en même temps l'usage des roches dures et celui du métal ; et la poterie décorée de peintures parvient à sa plus grande perfection (6).

En Elam (7), on rencontre également deux phases, celle de la hache polie du type européen, quoique plus plate, et l'industrie énéolitiiique (8) avec son admirable céramique peinte, ses instruments variés, ses haches-marteaux, ses pointes du type solutréen et ses armes métalliques. La peinture céramique commence dès lors à décroître et, comme en Egypte, ne disparaît que dans les temj)S historiques. Toutefois, en ce qui concerne l'Elam, je ne saurais affirmer que la première culture ne soit pas déjà en possession du cuivre (9).

Là se bornent, à peu de chose près, nos connaissances sur la

rectangulaires que triangulaires. — III. Allées couvertes, haches épaisses. — IV. Coffres tle pierre, haches-marteau.-ç perforées.

(l)Cf. G. et A. DK MoRTiLi.ET, Mus. prvhisl., 1881, pi. XLIII, n" 368, 370, 375, 377, 383; ])1. XLIV, n'"' 386, 390, 302, 318, 399, types.

(-2) Id., pi. LIV, n°s514à 517, types.

(3) Dimeh, 'Orn el' Atl, Koni-Achem.

(4) Toukh, Khattara, El Amrah, Zawaidah, Gebelein, Négadah, Kawamil, Abydos, etc..

(5) A l'époque néolithique, la Syrie avait déjà très largement subi l'influence égyptienne. Pour s'en convaincre, il suffît de jeter les yeu.x ■sur les planches de l'ouvrage de Zumoffen (la Phénicie aranl les Phéniciens. Beyrouth, 1900). Je signalerai entre autres, pi. IX, figs. 3, 4, 10 et 11, représentant des types égyptiens purs. (Les fig. 7, 8 el 10 montrent la survivance de l'industrie caplienne ) Il en est de même pour pi. XI, figs. 1, i el 3 et pi. XII. fig. 8. Ces objets proviennent de Ras el Kell>.

(6) J. MoRG.\>, Bech. Orig. Egypte, 2 vol., 1896-1897. — G. ScHWEiNFURTii. Rech. sur l'âge delà pierre dans la Haute-Egypte. .A;;;;. Seri'. Aniiq. Egypte. VI, pp. 9-64. — II. W. SETTON-K-\rtR, Discov. of a neolith. settlement in the \V. désert N. of the Fayoum. Ann. Serv. Antiq. Egypte, VI, pp. 185 7. — Id., Flint im-

plenients of the Fayum, Egypt., Rep. U. ^. Nal. Mus., 1904, pp. 747-751, pi. .XII. — L. W. KiNG et II. R. Hall, Egypt and Western Asia in Ihellght of récent discoueries. Londres, 1907, ch. I, p. 1 sq.

(7) Délégation scientifique en Perse, Reclierches archéologiques, t. I, VII, VIII. Mémoire de J. E. Gautier et G. Lampre sur les fouilles à Tépeh Moussian.

(8) C'est en 1908 que nous avons atteint à Suse les niveaux les plus anciens. La première ville (énéolithique) repose directement sur les collines naturelles, elle est recouverte par 25 mètres de débris des époques postérieures.

(9) Localités néolithiques et énéolithiques du versant occidental des montagnes persanes. Hâroun;ibàd (près Mahi Dècht), Zohab, ser-ipoul, Djeba'i ben Rouan, Tèpèh Goulàm plaine de Moussian (Poucht è Kouh), Tèpèh Gourghi (Balityaris) — Quel<|ues rares indications seulement permettent de conjecturer que le plateau iranien connut également, dans quelques districts, l'état néolithique. [Polissoir de Khalil-Dehlil (Kurdistan de Moukri). — Cf. J. DE MonGA>, Miss. Se. en Perse, t. IV, 1896. Rech. Arch., p. 7, fig. 9.] Mais s'il fut habité par des peuplades appartenant à celte civili-

L'HOMME A LKTAT Nr;OI.ITII [QL'H loi

division des industries néolithiques (1). Les pays étudiés sont peu nombreux; mais ce qu'ils nous enseignent montre que, la plupart du temps, le développement s'est fait spécialement dans chaque région. Les différences ducs aux divers milieux s'augmentant parfois d'influences étrangères.

En ce qui concerne l'occident de l'Europe, aucun phénomène géologique ne semble avoir provoqué, sui- place, la révolution qui s'opère dans la vie de l'homme, lors de l'arrivée du néolithique. Le climat, s'étant réchaufTé, devient le même ({ue celui de nos jours; peut-être est-il quelque peu plus humide et plus froid; mais nous ne pouvons attribuer les changements d'industries à des causes climatériques locales.

De vastes forêts couvrent alors toute l'étendue de nos pays, plateaux entrecoupés de vallées marécageuses où se forme la tourbe. Ces dépôts déjà commencés, lors du campignien et des kjœkkenmœddings danois, se poursuivent dans les temps qui suivent. Les sommets, les plaines, les marais comblés oiïrent de vastes prairies où abonde le gibier (2), le cerf, le sanglier, le chevreuil et tous les animaux sauvages de nos temps. Le chien est, déjà peut-être, le compagnon de chasse de l'homme ; tandis que l'ours et le loup sont ses seuls ennemis naturels.

Construisant des habitations, il délaisse la plupart des cavernes, les réservant pour y soustraire ses morts aux atteintes des carnassiers. Quant aux troglodytes d'antan, que sont-ils devenus ? Ont-ils émigré, ont-ils été exterminés ou, se fondant avec l'envahisseur, ont-ils, abandonnant leurs anciennes coutumes, adopté la nouvelle vie? Nous ne savons.

Nous connaissons assez bien l'industrie et la civilisation des peuplades de la fin de l'archéolithique et du mésolithique; mais ces peuplades elles-mêmes restent mystérieuses, quant à leur importance, à leur répartition géographique. Savons-nous s'il n'existait pas d'autres populations que celles des chasseurs de

salion, ce n'était que sur des points isolés Melea vulyaris, Miislclla foina, M. martes, M.

«t très peu noinlireux. puloriux, M. enninea. Luira vuhjaris, Canis

(1) En Belgique, M. Rutot flivise le méso- lupux, C. vuljies, Felis calas, Erinaceas eurolilhique et le néolithique en cinq phases : pxus, Caslor fiber, Sciurus europasus, Mus si/li° Tardenoisien ; 2° Flénusien ; ri» Campignien : ralicus, Lepus limidus. Sus scrofa. Sus puluslris, 4° Robenhausien et 5° Omalien. Cf. Rutot, Cerrus aires, C. elaphas, C. capreolus, Cnpra Esquisse d'une classiftcalion de l'époque néoli- ibex, C. hircus, Anlilope rupicapra, Bos primi- Ihique en France el en Dehjique, 1907. genius, li. bison. Taurus primiyenius, T. brachij-

(2) Voici (fl après Rulimeyer) les principau.x ceros, T. /'ron/o.s-».'!, dont quelques espèces, peulanimau.x sauvages f|ui peuplaient la Suisse à être domesli(]Uées, étaient d'origine élran— l'époque des cités lacustres : Ursus arclos, gère.

rennes et de chevaux, des mangeurs de coquillages et des constructeurs de huttes ? Nous entrevoyons certainement des mélanges lors de l'arrivée des tribus néolithiques; mais la complication n'était-elle pas bien plus grande encore que nous ne le pensons ?

Que s'était-il passé en Sibérie, depuis l'époque glaciaire ? Les habitants (1), chassés par le froid toujours croissant, avaient quitté leur pays, envahi les montagnes et les steppes laissés libres, au sud et à l'ouest, par la disparition des glaciers et des lacs ; ils s'y étaient installés provisoirement, pour continuer ensuite leur mouvement vers des pays meilleurs. Peut-être devons-nous rechercher dans cette gigantesque migration l'origine de l'arrivée des néolithiques en Europe (2), celle des constructeurs de cités lacustres, de monuments mégalithiques, celle des hommes qui confièrent leurs morts aux grottes sépulcrales naturelles ou artificielles, dont les idées religieuses ont, dans nos régions, présidé à tant de coutumes nouvelles.

Partout où elle rencontrait des lacs (3), la population bâtissait des villages (/j), se mettant ainsi à l'abri de ses ennemis. On en fit autant sur beaucoup de marais et de rivières; mais alors que les lacs nous en ont conservé les vestiges, les cours d'eau les ont emportés (5) et les marais, en se comblant, les ont recouverts d'épaisses couches de vase ou de tourbe. Là où ne se rencontraient pas ces moyens naturels de défense, le Néolithique construisit des villages de huttes, tout comme jadis le Campignien, et les abords en furent quelquefois défendus par des enceintes.

Cette coutume de bâtir sur pilotis n'a rien qui doive surprendre; elle est rationnelle et, de nos jours encore, usitée dans bien des pays (6). Mais il est à remarquer que, dans nos contrées,

(1) L'origine commune des peuples de la base d'un tumulus des poteries décorées l'Europe, de l'Iran et des Indes, prouvée par qu'il pense être néolithiques, puis au-dessus la linguistique, oblige à placer le pays d'ori- les vestiges d'une civilisation plus avancée gine de cette famille dans une région d'où les comprenant des instruments métalliques (Cf. migrations pouvaient s'effectuer. C'est donc la Géographie, t. X, t90i, p. l'2-2.)

sur des considérations géographiques qu'il (3) Les palafitles abondent dans les lacs de faut nécessairement baser la recherche du la Suisse, du Jura, de la Savoie, de la Hauteberceau de ces peuples. Or, seule la Sibérie Italie, de la Hongrie, etc. centrale et occidentale résoud toutes les diffi- (4) Crannoges d'Irlande. Cf. Cu. Lyell, cultes du problème. On verra plus loin que Anliq. of Man, i' éd., 1873, p. 31. — W M. bien des considérations tirées de la linguis- W\ue, Archœoloijia, t. XXXVIII, 1859, p. 8. — tique, de l'archéologie et de la tradition Mudge, Archœoloyia, t. XXVI. viennent appuyer cette opinion. (5) Bordeaux (?) (C.^rtailhac, la France

(2) L'étal néolithique semble être fort peu préhisl , 1896, p. 136).

représenté en Sibérie. (Cf. A. Heikel, An?/»/. (6) Amériquedu Sud, Polynésie, Malaisie, etc.

de la Sibérie occidentale. Helsingfors, 18.14.) L'usage de construire les habitations en les

,. Mais ces pays sont encore mal connus. Près surélevant sur des pieux pour les tenir à

d'Askabad. R. Punipelly a découvert (1902) à l'abri de l'humidité répond à des nécessités

L'HOMME A L'ÉTAT iNÉOLITIIlQUE

elle est absolument spéciale aux états de la pierre polie et du bronze.

L'apparition des dolmens (1) semble coïncider avec la seconde phase néolithique dans la Suisse et la France ; car les plus anciens de ces monuments, dont les mobiliers datent de l'âge de la pierre, renferment des instruments en roches dures importées. Quant aux autres, ils sont énéolithiques, le fait est certain.

L'extension géographique (2) des dolmens est immense; on

Distribution géograpliique des dolmens.

les rencontre depuis le sud de la Scandinavie jusqu'en Algérie, et depuis le Portugal, jusqu'aux Indes (3) et au Japon (/j).

et ne peut être consifléré comme une survivance des palafiltes.On le rencontre en Malaisie, en Polynésie, aux Indes méridionales, au Mazandéran, au Ghilan, en Mingrélie, au Laristan, etc.. voire même en Suisse où tous les magasins des produits de la culture sont surélevés.

(1) En 1901, A. de Mortillet (Rev. Ec. Anlhrop., t. XI) signale pour la France seulement 4.226 dolmens relevés et 6.192 menhirs. La distribution maxima des dolmens suit une ligne droite tracée du déparlement des Bouches-du- Rhône jusqu'à la pointe de la Bretagne, tandis que les menhirs semblent être plutôt concentrés dans l'Armorique.

(2) Les principaux pays où se rencontrent des dolmens sont : aux Indes, l'Assam (pays des Khasias\ Serapoor (Dekani, Neilgherries (Malabar), les pays du nord indien.' — En Perse, les montagnes bordières du nord, Tâlyche, Ghilan, Mazandéran — au Caucase, le Kouban, lAfkhasie. —En Syrie, la Palestine. — En Russie, la Crimée, les envi-

rons d'Odessa. — En Allemagne, dans le Hanovre, entre l'Oder et l'Elbe. — En Hollande et dans la Belgique, où ils sont très rares. — Dans le Holstein, le Schleswig; dans toutes les lies danoises et la presqu'île du Juthland. — En Scandinavie méridionale, jusqu'en Veslergolhland. — Dans toutes les îles Britanniques; dans tout l'ouest de la France, quelques-uns dans les Alpes; sur les côtes de Toscane; en Corse; en Espagne et Portugal sur le versant océanien, dans les Algarves, en Andalousie; en Afri(iue où ils abondent depuis le Maroc jusqu'à la Tunisie. (Cf. Car- TAiLiiAC, la France préliislorique, 'i' éditilSdii, p. 179 sq.;

(3) Les Khasias, peujjle habitant dans le coude méridional du Brahmapoutre, élèvent de nos jours des monuments mégalithiques. Les Va/.imbasdeMadagascaren construisaient encore il y a quelques siècles, et les Hovas en bâtissent aujourd'hui [CA. GRAyDwiKi\, lieu, elhnoijr.. 1886).

(4) Les dolmens jai)onais sont de date rela-

Voli

LES PREMIÈRES CIMLISATIONS

Tous ceux, et ils sont nombreux, que j'ai fouillés en Perse (1), sur les confins de la mer Caspienne, dataient, au plus tôt, du premier état du bronze dans ces pays ; il s'ensuit que si l'usage de construire de semblables édifices était venu d'Asie orientale par ce chemin jusqu'en Europe, cette migration eût forcément introduit en même temps l'usage des métaux, ce qui n'eut pas lieu.

L'hypothèse d'une migration de l'Europe vers le levant est également inacceptable; car elle supposerait que le premier état du bronze dans les pays caspiens s'est trouvé postérieur au même état dans l'Armorique, et ce ne peut être, la civilisation asiatique remontant à des âges bien plus reculés que celle de l'Europe occidentale (2).

Reste cà supposer que l'idée de construire ces vastes sépultures est née dans plusieurs pays; et que, partie de divers centres (3), elle a rayonné parmi les populations possédant les mêmes convictions sur la vie future (4). Les croyances seules, et non les usages qui en découlent, auraient, dans ce cas, fait l'objet d'une o-rande migration, dans l'ancien monde (5). Cette solution semble être la plus acceptable.

L'Amérique (6), qui, certainement h partir du néolithique, et peut-être avant, se développa sur elle-même, presque sans contact avec le reste du globe, parvint aux mêmes idées; témoin

tivemenl très récente. M. Gowland pense que !es plus anciens remontent au deuxième ou au troisième siècle avant notre ère seulement, et les plus récents au huitième siècle ap. J.-C. L'usage de leur construction serait parvenu au Japon par le sud de l'Asie. Cf. W. Gowland, The dolmens of Japan and their builders, in Tians. and Proc. of Ihe Japan Soc, London, 1897-98, IV, pp. 128-183.

(1) Cf. J. DE Morgan, Mi.'ision scienlifique en Perse, t. IV, 1" partie, Recherches archéologiques, p. 13 sq.— H. DE Morgan, in Mémoires de la Déléijallon scientifique en Perse, t. VIII, 1905, p. 251 sq.

(2) Il existe des dolmens jusqu'à l'extrémité orientale de l'Asie. Cf. Marcel Monnier, ds la Gconraphie, t. I, 1900, p. 43, figure représentant un dolmen à Kang-ouen-To (Corée).

(3) Docteur Capitan et U. Du.mas, les Constructions autour des Dolmens, ds. Comptes rendus Acad. inscr. et belles - lettres , 1907, p. 425 sq.

(4) Le mode de sépulture en usage chez les Touaregs montre une survivance des usages répandus dans l'Europe, l'Asie antérieure et les pays méditerranéens dès les temps préhistoriques. (Cf. Exploration de M. R. Chudeau dans le Sahara, ds la Géographie, IddC), l. XIII, p. 304 sq., fîg. 84 à 90.)

(5) G. de Morlillet, le premier, a pensé que les dolmens n'étaient pas l'œuvre d'un seul peuple, mais d'une même idée.

(6) Le continent américain a vu, tout comme les ])ays classiques, de grands mouvements de peuples. Malheureusement, nous n'en pouvons suivre les traces que d'une manière liieii vague et sans qu'il soit possible d établir la moindre hypothèse sur la chronologie de ces événements. Sans remonter jusqu'à l'état paléolithique, nous constatons l'existence de centres divers de civilisation. Aux Etats- Unis, l'homme est nomade, chasseur, pêcheur. Au Mexique, dans l'Amérique centrale, l'Arizona et le Nouveau-Mexique, il est sédentaire, agriculteur, constructeur de monuments remarquables par leurs dimensions et par les sentiments artistiques qu'ils dénotent de la part de leurs auteurs. Au Nicaragua, au Yucatan, à Costa Rica, se rencontrent des traces dune civilisation toute différente de celle du Mexique. Le Pérou, la Colombie sont le centre d'une évolution spéciale, dont l'influence s'étend jusque dans l'Orénoque, 1 Amazone, la Plala et le sud de laPatagonie. Quanta l'origine de ces peuples, elle estencore mystérieuse, cartoutesles suppositions émises jusqu'ici à son sujet ne reposent sur aucune base scientifique.

LTIOMME A L'ÉTAT NKOLITIIIOUE

les chulpas et les sépultures du Pérou et de la lîolivie. Les croyances primitives se compliquant, furent, il est vrai, chez elle l'origine du Panthéon très spécial que trouvèrent les Européens -en abordant ce continent, forme apparente d'un ensemble de pensées très différent de celui (|ai naquit dans nos cerveaux ;

mais cette évolution personnelle n'excluait pas la communauté de ■certaines idées chez deux races.

Quant aux sépultures des Géants dans la Sardaigne, monuments <jui, comme les dolmens, appartiennent à l'état néolithique, on a cherché à expliquer leur origine par une migration. L'aire spéciale qu'ils occupent ne serait-elle pas, au contraire, la preuve d'un <léveloppement sur place des pratiques dues au culte des morts ?

Pour les Niiraghi (1), leurs contemporains, on n'y doit voir que des habitations fortifiées, de même nature que les tours du Sinaï, destinées à répondre à des besoins du moment ; tout comme les enceintes de nos pays, et les Qala de la Perse septentrionale.

Quoi qu'il en soit, l'état néolithique en Europe montre la trace d'au moins deux grands mouvements de peuples, d'industries ou d'idées. Le premier correspondant à l'introduction de l'usage de la pierre polie, le second à celui des croyances qui présidèrent à la construction des dolmens.

Mais ces mouvements, affectant tout le vieux monde, ne sont pas les seuls ; chaque progrès a certainement eu son foyer d'invention et ses migrations. L'art de percer la pierre, par exemple, pour en faire des haches-marteaux, est peut-être né en Suisse; pays où ce tvpe est extrêmement abondant, pour de là se répandre dans les pays voisins. La Chaldée et l'Amérique le connurent aussi, sans cependant qu'il soit possible de lui attribuer, dans ces pays, une origine helvétique ; on est donc conduit à supposer la pluralité des centres, même pour les moindres détails.

Les indications sommaires que fournit l'archéologie sur ces migrations se trouvent être corroborées, bien que d'une manière plus vague encore, par l'anthropologie qui ne saisit qu'une seule transformation. Cette science montre, en effet, la race pré-néolithique dolichocéphale pénétrée par une race brachycéphale, lors de l'apparition de la pierre polie.

Nous ne possédons qu'un nombre bien restreint de documents sur la nature physique de l'homme pléistocène. Quoiqu'il en soit, les spécialistes ont établi des races, s'appuyant sur la conformation des rares ossements parvenus jusqu'à nous; et les déductions qu'ils tirent de leurs études concordent, dans les grandes lignes, avec celles que fournit l'archéologie.

Trois races également dolichocéphales {'1) sont, jusqu'à ce

(1) Le Nouragiie jouait par rapport au vil- Fouille et In terre ilOtranle en Italie. —

lage le riMe que remplissait le donjon dans les (Fr. Lenormant, Notes archéol. sur la terre

châteaux du moven âge : cïtait le refuge. d'Otrante, in Gazelle Archéol., VII' année,

Autour se trouvaient les habitations, légère- p. 32 sq.i. Au sujet de la répailition géogra-

menl construites, les ateliers des fondeurs et iihique des nonragues. Cf. Baix et Gouin,

autres industriels, les étables pour le bélail. Essai sur les Xunujhes et les bronzes de Sar-

Non loin était la nécropole avec ses tombes dai<jne, p. 189 sq. Rien ne prouve que les

des géants. (Cf. La Makmoba, Voyaije en Sar- premiers nour.-igues n'ont pas été construits

daujne. — Perrot et Chipiez, Hisî. de l'Art, par des hommes ignorant l'usage des métau.x.

t. IV, p. 44.1 Des monuments analogues aux (2) Cf. Déchelette, Man. Arch. préhisl.,

nouragues se trouvent dans les Iles Baléares. 1908. p. 482. (Cf. La Marmora, Atlas, pi. XL), dans la

LHOMMK A L'KTAT NKOLITIIIOUE

jour, signalées dans la Gaule pléistocène : celle de Néanderthal- Spy, qui pour certains savants appartiendrait à l'état paléolithique dans nos pays ; mais sur la haute antiquité de laquelle il subsiste bien des doutes ; celle de la Dordogne, rencontrée dans les cavernes magdaléniennes (1) et celle, au type négroïde, des grottes de Grimaldi.

On remarquera que les témoignages étant très peu nombreux, appartenant à des peuplades ayant vécu dans des temps divers et sur des points fort éloignés les uns des autres, il est bien difficile de dire si ces populations ont vécu côte à côte pendant de longs espaces de temps, ou si celle qui possédait la civilisation la plus avancée n'est pas venue s'implanter dans les pays déjà occupés par l'autre. Cette seconde hypothèse impliquerait une migration extrêmement ancienne, contemporaine de l'usage du silex moustérien ; la première au contraire, supposerait un dualisme de races dès l'état paléolithique, et par conséquent un mélange plus ancien encore.

Toutefois il demeure un fait acquis : c'est que tout ce que nous connaissons des hommes pléistocènes de l'Europe centrale et

(1) Tout dernièrement, MM. Bouj-ssonie et Bardon (Cf. Comptes rendus de VAcadémie des Sc'ences, 7 drc. 1908), ont découvert, dans une caverne du département de la Corrèze, près de La Chapelle - aux- Saints, dans des couches non remaniées caractérisées par l'industrie du moiistérien inférieur, les restes d'un vieillard jadis enseveli sous un foyer. Le squelette, qui appartient aujourd'hui au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, est en fort mauvais état; mais la tète, très bien conservée, est encore munie de son maxillaire inférieur. Ce crâne présente les caractères néanderthalo'ïdes plus marqués encore que ceux de celui qui, jusqu'ici, était pris pour type. Il se fait remarquer: par l'aplatissement excessif de la voûte crânienne, par l'exagération des saillies sus-orbitaires, la largeur des orbites, l'élargissement extrême de la base du nez, l'enfoncement énorme de sa racine, par un certain degré de prognathisme, par l'aplatissement des condyles occipitaux (caractère indiquant la très minime amplitude des mouvements de flexion et de rotation de la tète). Enfin par l'absence presque complète des fausses canines, disposition rapprochant cet être des anthropo'i'des. Ce crâne, le plus ancien connu jusqu'à ce jour, sur l'âge ducpiel aucun doute ne peut être élevé, est d'aspect négroïde et dénote un être de beaucoup inférieur aux plus inférieurs des hommes vivant de nos jours (certaines tribus australiennes). — L'importance de celte découverte est considérable ; car elle apporte un argument très sérieux en faveur du transformisme dans l'espèce humaine; mais ne fournit pas encore le

passage entre l'homme et l'anthropoïde. Elle prouve seulement qu'il existait en France, aux temps paléolithiques, des êtres très inférieurs à l'Européen d'aujourd'hui, tout comme il en vit encore dans certains districts de l'Australie et de l'Africiue; que cet homme a disparu devant des races |dus développées, que dès le pléistocène avait débuté cette sélection naturelle qui s'opère encore de nos jours, par extinction des groupes inférieurs. L'aspect négroïde de ce crâne yient à lappui de ce que nous savions déjà ; c'est-à-dire que les couches humaines les plus anciennes dans les pays méditerranéens appartenaient au groupe négrito. (J. M.)

M. Boule (Acad. des Se, séance du li déc. 1908) tire les conclusions suivantes de ses observations sur ce crâne :

« Le type humain, dit de Néanderthal, doit être considéré comme un type normal caractéristique, pour une certaine partie de l'Europe, du Pléistocène moyen et non, comme on le dit parfois, du Pléistocène inférieur. Ce type humain fossile diffère des tyjjcs actuels et se place au-dessous d'eux, car, dans aucune race actuelle, on ne trouve réunis les caractères d'infériorité (|ue l'on observe sur la tète osseuse de la Chapelle-aux-Saints. »

« Il représente un type inférieur se rapprochant beaucoup plus des singes anthropoïdes qu'aucun autre groupe humain Morphologiquement il parait se placer entre le Pithécanthrope de Java et les races actuelles les plus inférieures, ce qui n'implique pas, ajoute M. Boule, l'existence de liens génétiques directs. »

occidentale, nous les montre comme dolichocéphales ; et que les brachycéphales n'apparaissent jusqu'ici qu'avec la pierre polie. Ce fait tendrait à prouver l'invasion, et la démontrerait, si des observations plus nombreuses venaient à concorder. Mais jusquelà, nous sommes en droit de penser que, dans les pays où il n apas encore été rencontré d'ossements humains pléistocènes,. vivaient peut-être, dès cette époque, des tribus de brachycéphales- La découverte de vestiges de cette dernière race réduirait dès lors à néant toutes les déductions qui suivent, toutes celles sur lesquelles s'appuie la science d'aujourd'hui.

Acceptons cependant, que la dolichocéphalie soit la caractéristique des races pléistocènes de l'Europe occidentale; nous voyons les brachycéphales pénétrer par places, influencer seulement en d'autres, lors de la diffusion de l'industrie néolithique.

En France, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, les deux, formes se trouvent mélangées dans les sépultures de la pierre polie et montrent, par là, que le vieux fond ne disparut pas de suite. Il en de même, mais dans de moindres proportions, en Espagne, en Portugal, en Suède, où les dolichocéphales dominent; tandis que dans les îles Britannicjues et en Russie ils sont seuls, Ce fait montrerait que ces derniers pays ont été simplement envahis par influence, mais non pénétrés par les nouvelles couches humaines.

Ces hypothèses correspondent à ce que montre l'archéologie; nous les devons donc accepter, pour l'instant, comme étant celle& qui satisfont le mieux l'esprit. Mais ce n'est pas sans réserves que nous pouvons les admeltre ; car elles ne reposent que sur des bases fragiles, car la généralisation des faits observés peut ne pas être justifiée.

On a voulu faire des envahisseurs néolithiques(l) des aryens (2)^ c'est-à-dire des peuples de langue aryenne, pour expliquer l'origine de notre parler européen (3). Cette supposition est entière-

(1) Cf. Otto Scurader, Sprnrhveryleirhang l'un excluant les branches iranienne, arnié-

und Un/eschichte, 2' éd., 1890 nienne, hellène, latine; l'autre néglifieant les

{%j Le terme « aryen » em])loyé pour dési- Iraniens et les Arméniens. Tous ces termes

gner les groupes linguistiques apparentés étant impropres par suite de leur défaut de

aux langues européennes indiennes et ira- généralisation, je conserverai le plus courant

niennes est fautif parce qu'il géuéralise une " aryen » en étendant, dans mon esprit, s»

expression qui, historiquemeni, ne peut être portée à tous les groupes linguistiques étroi-

appliquée qu'aux Iraniens ou Arias. Il en lement apparentés de l'Europe, des Indes et

est de même pour les expressions « indo-ger- de la Perse.

manique », « indo-européenne ■•. Ces termes Ci) Cf. V. Hehn. Knltarpflitnzen und Hnux-

ne comprenant qu'une partie de renseml)le ; thiere in ihreiii Urbergang von Asien nack

L'HOMME A i;état nkolithique 159

ment gratuite, car rien n'y autorise. Et, d'ailleurs, pourquoi choisir la migration de la pierre polie plutôt que telle ou telle innovation ? et ne pas reporter l'aryanisation de nos pays à l'arrivée du bronze, du fer et de toute autre culture. Pouriiuoi supposer que sa venue ait produit une révolution ayant laissé des traces matérielles (1); pourquoi vouloir que les brachycéphales néolithiques soient uniquement des Aryens ?

11 n'y a pas que les hommes de langue aryenne qui soient brachycéphales ; les Turcs, les Mongoles, les Lapons, les Patagons, les Indiens centraméricains le sont également et, cependant, au point de vue linguistique, ils n'ont rien de commun avec nos peuples. De par ailleurs, tous les Aryens ne sont pas brachycéphales, tant s'en faut, témoin les Européens nordiques, les Indo- Afghans qui sont dolichocéphales. Il se peut donc que l'Europe se soit aryanisée dès les temps pléistocènes, aussi bien qu'à l'aurore de l'époque historique, et que l'arrivée d'une race brachycéphale dans un milieu dolichocéphale (2) n'ait rien à voir avec celle de peuples parlant des langues à flexion dans un milieu d'idiomes agglutinants (3).

La question aryenne est l'une des plus compliquées qu'il soit en ethnologie. L'anthropologie, ne reconnaissant aucun des groupes linguistiques, nie l'existence d'une race aryenne ; et je partage sa manière de voir en ce qui concerne VHomo sliipidus, l'être zoologique. Mais en ce qui regarde les progrès de la civilisation, l'œuvre de VHomo sapiens c'est tout autre chose ; et ce sont ces progrès seuls qu'il importe à l'historien de constater [Ix).

Griechenland und Ilalien sowie in das iibrige Ci) 3. Ta\\or (The Origin of llie Art/anx, 18' 0)

Europa, 1870. admet dans l'Europe occidentale à l'époque

(1) Tout d'abord, dit Broca {Bull. Soc. An- néolithique quatre types humains: les Ibères,

?/!rop., Paris, 18(54, p. 193) répondant à dOma- les Celtes, les Scandinaves et les Ligures,

lius d'Halloy ('cJ., p. 188), il faut distinguer Seuls les Celtes auraient été des Aryens,

deu.v questions qui doivent être examinées (3) Cf. Hommel (Arrhiu fiir Anlltropologie,

isolément: 1° d'où viennent les races qui peu- 1891, t. XIX, p. 260) et de Cara {Rei'ue archéoL,

plent aujourdhui l'Europe? et 2° d'où vien- 189i, I, p. 136) qui considèrent les peuples du

nent les langues parlées aujourd'hui en Eu- Caucase, les liétéens, les Pclasges, les Elrus-

rope? 11 est très probable que ces deux ques, les Ligures, les Basques comme faisant

((uestions, souvent confondues à tort, ne partie du vieux fond anaryen de la popula-

(loivent pas donner lieu à des solutions iden- tion.

tiques. <• Je suis de l'avis de notre vénérable (4) Les principauxouvrages à consulter sur collègue M. d'Omaliiis, dit Broca; en ce sens la question aryenne sont : O. Schrader, Conique, pour moi, les habitants de l'Europe sont paraison de.s langue.^ el histoire primitive, 1890. aujourd'hui à peu près ce qu'ils étaient au — J Taylor, The Origin of Uie Anjans, 1890. temps de l'immigration asiatique ; mais en ce — Renuai.l, The Cradle of Ihe Aryans, 1889. — qui touche les langues indo-européennes, je M. Mui.r.ER, liiogrnphies of Words and llie crois que l'ona raison de soutenir (lu'ellesont home of Ihe Argnmt, 1888. —Van de.n Giiev.n, suivi leur voie d'Orientà l'Occident. » (S. Rei- Congrè.'i xcienlif. internai, des catholiques. NACH, VOngine es An;ens, 189-2, p. 40.) Paris, 1888, t. II, pp. 718-760.

160 LKS PREMIÈRES CIVILISATIONS

On reconnaîtra probablement un jour que l'espèce humaine comporte un nombre plus ou moins grand de divisions, suivant la nature des caractères servant de base aux diverses classifications; mais, qu'entre elles, ces classifications demeurent indépendantes, les groupements de l'une n'ayant rien de commun avec ceux d'une autre. La divergence d'opinion entre les anthropologistes et les linguistes n'existe que parce qu'on oublie que ces deux sciences doivent poursuivre des buts différents et non le même.

Le groupe aryen, composé de peuples parlant des langues d'origine commune, plus développé que les autres, a été le grand ouvrier de la civilisation; et, à ce titre, il vaut qu'on le considère. Qu'il ne présente aucune homogénéité dans les caractères physiques de ses éléments, qu'importe ! si par ses talents il a mis à ses pieds le reste du monde !

11 tombe sous le sens que des idiomes présentant entre eux des caractères communs, grammaticaux et lexicologiques ont une commune origine; qu'ils sont apparentés, ou qu'ils ont subi des contacts très prolongés; et que les groupes humains parlant ces langues ne sont pas étrangers les uns aux autres. 11 demeurera toujours entre eux des traditions, des coutumes, des croyances, des aptitudes, des tendances les rapprochant ; tandis que forcément ils resteront toujours éloignés des peuples dont l'esprit, et par suite le parler, est différent du leur.

Sous le prétexte de se dégager de vieux errements, bien des savants de nos jours, et en particulier bien des anthropologistes, ont fait table rase de tout ce qui était enseigné autrefois, de tout ce qui était admis avant eux, parmi les données fournies par la linguistique et la tradition. Confiants dans une branche nouvelle de l'observation qui, dans leur pensée, devait bouleverser toutes les idées admises, dans une science dont ils ne pouvaient encore mesurer la puissance, ils ont tous nié; ne remplaçant d'ailleurs par aucune base dûment scientifique les suppositions résultant de siècles d'observation.

C'était vite aller en besogne pour une Ecole si jeune; malheureusement, en examinant sans parti pris les tendances nouvelles, on est, à regret, forcé de reconnaître que bien des esprits se laissent trop facilement aller à des spéculations conscientes ou inconscientes n'ayant rien de scientifique.

L'aryanisme montre une masse humaine unie par la langue,

Page 1