L'HOMME A L'ÉTAT NÉOLITHIQUE
Ces branches de la famille aryenne sont : lindo-iranienne (1), qui plus tard se subdivisa en iranienne et indienne, l'hellénique (2), l'italique (3), la celtique (/i). la germanique (5), la slave (6), la letti([ue (7). Enfin des peuplades peu connues, parlant des langues (8) dont la filiation est encore indécise, et ne rentrant pas dans les groupes qui précèdent.
Les premiers mouvements des peuples en Asie n'ont pas été sans influence sur l'Europe, avant même que les tribus sibériennes fassent leur apparition. Les invasions néolithiques no sont peut-être pas leur œuvre directe; mais elles sont certainement la conséquence de leurs migrations.
Entre leur départ de Sibérie et l'arrivée des Aryens dans nos pays, il s'est écoulé bien des milliers d'années, car les mouvements furent lents, les séjours |d'arrêt prolongés. 11 serait impossible d'évaluer la durée d'un pareil exode.'
Si nous pouvons nous rendre compte de l'ensemble des phénomènes attachés au groupe aryen, si les Sémites nous fournissent également des renseignements sur leur évolution, nous ne connaissons absolument rien en ce qui regarde les autres familles humaines; le mystère le plus complet enveloppe leur origine el leur vie. Que se passa-t-il en Asie centrale au moment où les hauts plateaux s'ouvrirent à l'homme; en Afiicjue, après les inondations qui suivirent le pléislocène; et dans le nouveau monde, alors que
(t) Branche hindoue : Sanskrit, sindhi, pandjabi, kachmiri, nepàli, bengali, assami, hindi, goudjarali, maraLlii, oiij'a. — Branche iranienne : Zend, perse, pehlevi ou huzvârèch. parsi, kurde, afghan, baloulche, ossèlhe ; (juant à l'arménien, bien des auteurs le rangent dans la branche iranienne; mais en le considérant comme s'éLant séparé de très bonne heure. La voie suivie par la migration arménienne semblerait devoir exclure celle langue du groupe iranien.
(-2 Le grec et ses dialectes.
i3i Latin, osque, ombrien, italien, espagnol, portugais, français, prQvent;al,ladin, roumain.
(4) Groupe gaélique : Irlandais, erse, niannois — Groupe breton ou kimriqne : Gallois, comique, breton, «aulois.
(5j Le ijroape gotique et non gothique, auquel apparlenaienl le lombard, le herule, le vandale, le burgonde qui ont disparu sans laisser de traces. Le groupe Scandinave dont les formes actuelles sont l'islandais, le norvégien, le suédois, le danois. Le groupe bni^ allemand renfermant le saxon et ses dérivés l'anglo saxon, d'où l'anglais ; le vicu.x saxon, d'où le bas allemand, le hollandais et le flamand el une forme spéciale, le frison. Le groupe haut allemand.
(6"i Dont l'aire était autrefois en Europe bien plus grande qu'elle n'est aujourd hui. Les Slaves occupaient aux septième, huilième et neuvième siècles ap. J.-C. la Poméranie, le Mecklemboiirg, le Brandebourg, la Saxe, la Bohême occidentale, la Basse Autriche, la plus grande partie de la Haute Autriche, la Styrie du Nord et la Carinlhie septentrionale. On parlait des idiomes slaves sur les lieux qu'occupent à présent Kiel, Lubeck, Magdebourg, Halle, Leipzig, Baireuth, Linz, Salzbourg. Giatz el Vienne Mais dans tous ces pays les Slaves furent absorbés par l'élément germanique. Les langues slaves sont les suivantes : russe, ruthène, russe blanc, slave liturgique, bulgare, croato-sêrbe, Slovène, tchèque, slova(]ue, polonais, sorbe (serbe de Lusace) el polabe.
(7) Jadis représentée par le lithuanien et le lelle qui survivent encore, et le vieux prussi 1 qui a disparu il y a deux siècles environ.
;8) Parmi les langues indo-européennes non classées sont : I étrusque (Cf Corssen, Ueber die Sprache der Etruxki'r. Leipzig, 187i 1875), le dace, le lydien, le carien, le lycien et quelques autres langues de l'Asie Mineure, ralbanai.^.
les glaciers eurent disparu, que les grands lacs se furent asséchée? Les peuples ont alors dû se mouvoir en tous sens, se mélano-er, se chasser, s'entre-détruire les uns les autres; et nous ne possédons pas la moindre notion sur ces perturbations d'où est sorti le monde moderne inférieur, celui qui n'a pas joué de rôle notoirement utile.
Quant aux évaluations de l'âge auquel on doit faire remonter les débuts de Tétat néolithique dans les divers pays, je n'ai pas besoin de dire qu'elles n'ont rien de la précision scientifique. Elles sont très variées suivant leurs auteurs; toutefois, celles qui suivent, bien qu'hypothétiques, semblent être les moins mal fondées et les plus vraisemblables.
Certains savants admettent que c'est vingt millénaires avant nous que la hache polie fit son apparition dans l'Asie antérieure et la vallée du Nil(l); d'autres pensent qu'en Crète, ce phénomène se produisit six mille ans plus tard (2), qu'en Suisse il débuta vers lan iOOO avant Jésus-Christ (3).
En ce qui concerne la limite inférieure, nous sommes moins mal renseignés, parce que nous approchons des temps historiques. En Chaldée, l'âge néolithique aurait cessé vers le sixième millénium avant notre ère et il en aurait été, à peu de chose près, de même, en Egypte {!x)\ tandis que c'est, au plus tôt, au trentième siècle que serait née la civilisation égéenne, et que la Scandinavie n'aurait connu le bronze qu'au dix-huitième ou vingtdeuxième siècle avant J.-C. En Gaule, en Suisse, c'est vers le vingtcinquième siècle que se serait passée cette évolution; tandis que la Finlande aurait, vers le cinquième ou le troisième siècle seulement, remplacé ses armes de pierre par d'autres, faites de fer, sans passer par le bronze; et que la Polynésie aurait attendu jusqu'au dix-huitième siècle après J.-C.
Il serait aisé d'établir une table indiquant l'apparition des métaux dans les diverses régions ; mais ce serait empiéter sur l'histoire. Mieux vaut réserver cette intéressante question pour les siècles où ces progrès ont pris place, afin de mieux faire sentir l'induence des foyers de civilisation. Toutefois, je dois faire
(1) O. Montelius, se basant sur la straligra- (-2) A. Evans, Congrès id. Reu. Ecole An-
phie des fouilles de Suse, fait remonter cette 'hrop., 1906, pp. 2/4 et2.5. orioine à iO 000 ans Congrès d'Anllirop. prt- >3) S. Reinach Apollo.
hisî de Monaco, 1906, in Rev. Ecole Anlhrop. (D Cf. J. de Morgan. Recherche, sur les oii-
P.ni^lU 1906. p. 274). 'jines de l Egypte. Pans, 1897. Le tombeau de
Negadah.
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observer que les tendances actuelles sont de réduire notablement l'importance et la durée de l'état néolithique pur dans les divers pays, et de reporter à l'énéolithique bien des civilisations attribuées autrefois à la pierre polie. Cette tendance se justifie par une foule de découvertes montrant le métal, bien que peu abondant, en compagnie des instruments considérés jadis comme néolithiques (1).
L'apparition du métal ne donna pas lieu, comme on serait tenté de le penser, à une révolution; elle se fit par contact, dans la majeure partie des cas, plutôt que par invasion, et lentement s'infiltra dans les milieux néolithiques. Au début, les armes et les instruments métalliques furent peu nombreux par suite de la rareté du cuivre; au point que, dans bien des cas, leurs formes reconnues comme supérieures, furent copiées en silex (2). Puis, la métallurgie s'établissant dans les pays miniers (3) et les relations commerciales s'étendant peu à peu, le métal prit la place de la pierre. Cette période de transition, qu'on est convenu de désigner sous le nom d'énéolithique, est la première phase de l'état métallurgique.
La pierre taillée continua cependant d'être en usage bien longtemps encore; on l'employait pour armer la tête des projectiles qui, par la force des choses, devaient être perdus, soit à la guerre, soit à la chasse. Les pointes de flèches en silex étaient encore employées à Fépoque où le fer était depuis longtemps connu [h). On en rencontre des milliers sur les champs de bataille de Marathon et de Trasimène. J'en ai trouvé de nombreux spécimens dans les sépultures de l'Etat du fer au Nord de la Perse, et il n'est pas certain que les Huns ne s'en fussent pas encore servis lors de leurs invasions dans l'Europe (5).
(1) En 1881, dans Minsion scientifique au Cau- aussi les in^tnimcnls de cui\ rr ntil :■[<■ fondus
caxe, l. I, p. :<1, je.Tivais: « Le nombre des sur des modèles de silex poli,
objets dôcouveris jusqu'ici est si restreint, (3) Les premiers centres do la m.Mallurgie
qu'il serait difficile d entrer dans des compa- furent peu nombreux. On ne savait alors e.x-
raisons en re lùlat néolithique au Caucase ploilcr que les affleurements oxydi'-s des gise-
<'t le même état dans des régions plus con- menls métallifères.
nues; d est même impossible d'affirmer que ^4) Pointes de flcclies en silex et en obsi-
ies Caucasiens soient jadis passés par cette dienne dans les sépultures de l'étal du fer au
phase de la civilisation. » Depuis 1889 toutes Talyche Russe. Cf. de Morgan, MIsxion scien-
mes constatations tendent à prouver que les lifique en Perse, t. IV, 1« partie, 1896, p. 75,
objets caucasiens d'apparence néolithique fig. 7i), n'M3 et 14 (Musée de Saint-Germain),
appartiennent en réalité à l'énéolithique et (5) Ammien Marcellin ne parle, en ce qui
sont contemporains de l'usage des métaux concerne les Huns, que do pointes «le javelots
(J- M.). et de flèches faites d'un os pointu. Mais il e~t
(-2) Cf. DE Morgan, Rech. sur les oritj. de jvrobable que ces barbares pm|ilovaient aussi
t'Ktii![)le, 1897, [1. 77, fig. 179, 180, haches en ],•<, |inintes de silex, silex jaune station de Licht). Fré(picmrnonl
Ainsi l'emploi de la pierre ne disparut que très lentement des usages courants ; il persista, même jusqu'aux approches de notre ère, dans certaines pratiques cultuelles telles que l'éviscération des momies en Egypte (1), la circoncision chez quelques peuples asiatiques (2).
Dans les pays où se développèrent les premières grandes civilisations comme la Chaldée (3), l'Elam (/i) et l'Egypte (5), les populations en étaient encore à l'état énéolithique quand apparut l'écriture, c'est-à-dire quand débuta l'histoire; mais, dans la plupart des contrées, à l'énéolithique succéda l'usage du bronze, puis celui du fer; et ce n'est que longtemps après qu'apparut l'écriture. C'est ainsi que les choses se passèrent dans tout le nord, le centre et l'ouest de l'Europe; tandis que dans la région méditerranéenne, le fer ne fut connu qu'après la science de figurer la pensée.
Les plus anciens instruments métalliques (6) sont faits de cuivre pur (7) ; c'est plus tard seulement qu'apparut Tétain (8) dans le bronze. Quant à l'or (9), il accompagne le premier métal sous forme d'électrum (10), produit du lavage des sables, et contient en général une forte proportion d'argent. Ce n'est que longtemps après qu'on parvint à l'affiner; car, au temps encore de la douzième dynastie égyptienne, les feuilles d'or ornant les sarcophages des j)rinces (M) renfermaient 17 p. 100 d'argent (12).
(1) Itfisiohii, liv. 11, DiODOiiK DE SiciLi;, liv. I. — J. liVANS, les Ages de la pierre, Il ad. fr., 1878, p. 9.
(4) Chez k^s Juifs el les Phéniciens entre autres.
(3) Cf. E. DE SkRzv.c. Décoiiverles en Chaldée.
(4) Les couclies profondes du Tell de Suso renfermenlen même temps que le silex taillé des instruments en cuivre pur. L'usaj^e du silex se continue pour certains instruments l)ien longtemps après la découverte de l'écriture.
f5) Cf. DE Morgan, Recherches s. les orig. de l'Egyple, 1897, p. 'i47, sq. L'usage du cuivic l>ur apparaît un ijeu avant la fondation de la royauté pharaonique et se conlinue au cours des deux premières dynasties au moins.
(G) Dans le nouveau monde, le cuivre était d un usage courant avant l'arrivée des Eurol>éens. Dans les lettres de Cortez à Charles- <^)uint il est fait mention des trihuls payés aux rois mexicains avant la conquête Certains villages étaient taxés tous les jours à cent haches de cuivre Bernard Diaz raconte que, liirs de sa seconde expédition avec Grisalva, les habitants de Goatzacoalco apportèrent aux Espagnols des haches de cuivre En trois jours il en fut réuni plus de 600. En 1873, l'ingénieur Felipe Larainzar a découvert dans la mon-
tagne de! Ciguila (État de Guerrero) une ancienne mine de cuivre exploitée par les Indiens. Ce métal (Ciavigero et Torquemada) servait pour les transactions, comme la monnaie dans le monde classique, comme en Chine les couteaux de hronze.
(7) Cf. Bektiiklot, Hist. des sciences, outils et armes de l'à^'e du cuivre pur en Egypte, ds Comptes rendus de l'Acnd. des sciences. CXXIV, pp. 1119-1125, 1897.
(8) Les Indiens envoyaient létain (Vavanechla = désiré des Yavanas) dans l'Arabie et peut-èlre la Grèce (Yavnn) (Cf Fi-,. LemoriMANi, les Orig. de l'Histoire, t. III, ]i. 14.)
('.)j Le plus ancien bijou d'oi- daté (|iie jr connaisse est la grosse [)erle d'nr découverte dans la tombe de Mènes à Ncgadah.De celte époque également est le couteau de silex orné d'une lame d'or du musée de Ghizeh; je le pense contemporain. Cf. J de Morgan, Rech. s. les orig. de l'Egypte, p. 197, fig 744 et pi. V.
(10) Toutes les monnaies grecq. es archaïques sont en élcclrum 'Cf. Bauci.ay V. IIead, Uisloria namorum, Oxford, 1887) Les plus anciennes (Lyilie) datent du huitième siècle seulement av. J.-C
(11) Cf. J. DE Morgan, Fouilles à Duhchour, t. I, 1894 ; t. II, 18E4-1895.
(12) Analyses de Berthelot.
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Il semblerait (juil y eut dans l'antiquité deux foyers des inventions métallurgiques; l'un, le plus ancien, correspondant à la Chaldée ou à rElam, dont les montagnes sont riches en minerais cuivreux; l'autre dans l'Asie centrale (1), qui nous aurait transmis ses découvertes par la migration des peuples sibériens (2). Toutes les donnéesarchéologiquess'accordenteneiretpour dévoiler l'existence de deux courants métallurgiques bien distincts dans l'ancien monde. L'usage des métaux était courant dans l'Egypte (3) et l'Asie antérieure, bien longtemps avant qu'il n'apparût chez les peuples du Nord. En Amérique, il aurait été le fruit d'une découverte indigène (/|), bien que de nombreux indices permettent de supposer l'existence de relations très anciennes outre le nouveau monde ot l'Asie (5).
(1) Cf. J. DE MoRGA>, Mission scientifique au Caucase, t. II, Fecherclies s. les oriy. des peuples du Caucase, 18S9, p. 15 à 35, pi. (carte) I.
(2/ l'armi les migrations les plus intéressantes et en même temps les plus mystérieuses, on doit citer celle du Swaslika qui s'est étendue sur les deu.x hémisphères Cf. Th. WiLsoN. The Swaslika. in Smilh.t. inslil. Rep. Washinglon, 896 . Ce signe ne semble pas exister d'ancienne date en Chaldée et en Assyrie Je ne l'ai jamais rencontré en Elam ni vu en Egypte. Il semble n'être entré dans le monde antique qu en njème temps que les peuples aryens (iraniens et européens) ; sa présence dans le nouveau monde semblerait indiquer un contact entre les populations américaines et celles de l'Asie. Mais il est im-
possible de préciser l'époque à laquelle cette inllucnce se serait fait sentir.
(3) S Reinach, le Fer en Egypte, ds VAn- Ihrop., XV, p 116.
(4) Fr. Lenormant, dans les Premières Civilisations (t. I, p. 71), a traité longuement de l'invention des métaux et de leur introduction en Occident, reprenant toutes les données fournies par les auteurs classiques et orientaux.
(5) M. Flint a découvert dans les mounds de Nicaragua et du Costa Rica un certain nombre de haches et d'ornements en jadéite (minéralogiquemenlidenlique àcelle del'Asie), roche étrangère au nouveau monde [Matériaux. 1886, p. 273). Ce fait vient a[»puyer l'hy pothèse relative à la diffusion du Swastika.