‹ Les premières civilisationsChapitre 49 sur 79 · XV · texte numérisé non relu

XV

'Si

bissant toutefois des influences d'autant plus marquées qu'ils se trouvaient plus rapprochés des foyers.

(1) Quelques exemples suffiront à montrer 1 importance des iiilluences étrangères sur les premières civilisations méditerranéennes. Certainement, en Crète, l'usage de l'émail est d'origine orientale ; mais il est difficile de dire s'il provient de Ciialdée par les Phéniciens, ou d Egypte, ces deux pays étant, dès la haute antiquité, en possession de cette industrie. Par contre, le siège de pierre dit trône de Minos, les tables d'offrandes (libations) sont d'origine franchement pharaonique. L'appareil et la taille de la pierre semblent être, eux aussi, de môme origine; car c'est dans la vallée du Nil que cette architecture se développe tout d'abord. La glyptique, née sur les rives de l'Euphrate et du Tigre, sous forme de cachets et de cylindres, gagna l'Egypte, la Phénicie, le monde préliellènique, employant

toujours les anciens procédés de gravure. A Uaghia Triada, entre autres, on a trouvé un vase de stéatite, portant en relief des scènes sculptées. Il suffit de jeter les yeux sur les o^-uvres du même ordre découvertes à Suse et dans les nécropides primitives de l'Egypte pour se rendre compte de l'origine de l'art que décèle le vase en question. Enfin, la diffusion des procédés lei^hniques de la céramique est l'un des exemples les plus curieux de ces migrations. Partie de Chaldée, elle gagna la Syrie et peut-être l'Egypte, puis se répandit dans le monde préhellénique.

(i) Il existait cependant des relations commerciales entre les pays du nord et ceux du midi, puisque l'ambre découvert dans les ruines de yiycènes est d'origine ballique. (Cf. E. CARTHAïLAC,Ma/énaux, t. XX, 1886, p. 201.)

LA PRÉPONDKRAXCE ÉGYPTIENNE 327

Le résullal fut (jiie, dans la Méditerranée, il se forma deux centres principaux issus des données primitives et des contacts avec l'étranger; l'un, le plus ancien, en Crète, l'autre, plus récent, à Mycènes et dans les régions voisines (1).

Les (Icniiércs découvci'tcs, si impoilanles, permctlcnl aujourd'hui d(^ tracer un tableau des civilisations méditerranéennes ; tableau hien sommaiie, il est vrai, et souvent bien hypothétique^ mais traduisant nettement les conceptions actuelles (cf. p. 32(3).

Les croyances religieuses ou superstitieuses, dont on trouve déjà la trace chez l'homme néolithique de nos pays, étaient encore bien rudimentaires. La crainte du mal, l'espérance du bien et de la vie future, tels étaient les sentiments ([ui poussaient l'être vers l'adoration dun monolithe, d'une grossière statue ou d'images gravées sur les rochers.

Certainement la l^ranche européenne des Aryens n'avait pas, au point de vue philosophi(|ue et moral, évolué comme ses sœurs des Indes et de l'Iran; les croyances, chez elle, étaient grossières, instables, plutôt superstitieuses que religieuses ; et, si les Grecs ont su les colorer d'une délicieuse poésie, elles n'en étaient pas moins si flottantes chez eux qu'ils adorèrent la plupart des dieux de rOrient, les adaptant à leurs goûts et à leur génie.

Vers l'Occident méditerranéen, l'influence orientale se faisait d'autant moins sentir qu'on s'éloignait plus du foyer ; certainement les métaux étaient depuis longtemps connus sur toutes les côtes, jusqu'à celles de l'Espagne; mais les peuples occidentaux étaient en retard sur la Sicile, en retard elle-même sur l'Italie et sur les pays grecs.

Bien peu de peuples, vers le quinzième siècle, connaissaient l'écriture. L'Egypte, la Nubie, les Hétéens faisaient usage des hiéroglyphes; la Chaldée, l'Assyrie, l'Elam employaient uniquement les cunéiformes; tandis {|u'en Syrie se développait, à côté de cette écriture, le système alj)ha]jéti(}ue araméen et son dérivé le phénicien. En Crète, une écriture spéciale, dont on n'a pas encore trouvé la clef, semble être née spontanément, et, bien qu'on n'en connaisse

(1) Dans les Cyclades, la poterie peut êlre III. Poterie mycénienna locale, avec desclassée comme suit : sins en noir mat, noirs et ronges, rouges et

I. Poterie primitive avec décor incisé, presque noirs, rouge lustré,

toujours remi)li de pâle blanche. IV. l'ase.s mijcéniens //iipor/e'.s-, qui peu à peu

II Poterie peinte à ornements (jéomélriqaes. remplacèrent, dans les Cyclades, la poterie in-

— La peinture est noire sur fond blanc ou digène, et semblent provenir de Crète. (Edm.

blanche sur fond noir. Pottier, Cal. vases antiques, 18%, I, p. 198, sq.)

pas encore la valeur, les archéologues pensent qu'elle s'est formée et développée sans influence extérieure.

La Chine, également pourvue du métal, possédait aussi ses hiéroglyphes issus d'une pictographie d'origine locale. L'Amérique

Pluie

Aurore

Feu Mont Poisson

Œil

Bouche

li<2Ai^4<3>^

Jardin Riz

P â ;K tu .§ a P

yu tan ho chan 'yu mou kheou yeou mi

Hiéroglyphes primitifs chinois, avec leur valeur moderne (1).

centrale commençait peut-être, elle aussi déjà, la figuration de la pensée ; rien n'autorise cependant à faire remonter aussi haut les débuts de la civilisation dans le nouveau monde.

On a cherché, pour la Chine, à rapprocher ses signes hiéroglyphiques de ceux de la Chaldée('2), espérant trouver entre ces deux

systèmes un lien commun. Ces efforts n'ont pas abouti : les analogies entre les deux écritures j)rovenant de ce que, dérivées de la pictographie, elles renferment forcément un certain nombre de signes naturels communs, qui se pourraient aussi bien rencontrer chez tous les peuples, sans que pour cela il y eut eu contact de l'un à l'autre ou influence de l'un sur l'autre.

Si nous nous en rapportons aux annales indigènes, l'archéologie ne fournissant encore aucune donnée sur les origineschinoises,c'estvers le vingtième siècle avant notre ère que l'organisation politique et sociale de cette partie de l'Asie aurait pris une forme. Yao, le premier roi de la première dynastie, le ^Nlènès de la Chine, aurait

Caractères chinois de diverses époques (3).

(1) D'après A. Remusat, Rech. sur l'orig. et la format, de récriture chinoise (Mém. Insl. royal, de France, t. VIII, 1827,i, et Klaproth, Aperçu de l'origine des direrses écritures, p. 4-13.

(2) Cf. Terrien de Lacouperie, Wheat carried from Mesopotamia to early China, dsBn^yonian and oriental record, Londres, juillet 1888.

(3) N° 1. Caractères dits des têtards attribués à Yu le Grand, 2278 av. J.-C. (d'après les copies conservées dans les Archives de l'Empire à Pékin.) — N» 2. Ecriture tchouen usitée de l'an 800 à l'an 200 av. J.C. — N" 3. Écriture courante moderne — (d'ap. P. Berger, Hist. de l écriture, 189), p. 44).

vécu vers le vingt-deuxième siècle, et organisé sous la royauté une population agricole possédant déjà, outre l'écriture et l'usage des métaux, cuivre ou bronze, des notions astronomi{)ues et la plupart des arts utiles.

Confucius, dans le Chou-Ring (I), n'a {)as cru devoir enregistrer les temps fabuleux qui précédèrent Yao ; il les rangea dans les dynasties divines, tout comme l'école memphile attribuait aux serviteurs d'ilorus les faits antérieurs à Menés. Quoi qu'il en soit, en Extrême Orient, les débuts bislori(|ues sont certainement postérieurs de deux à trois mille ans à ceux de la Chaldée et de l'Egypte. Quant à la période d'incubation de la monarchie, peutêtre a-t-elle été aussi longue que celle dont nous entrevoyons la durée pour les pays de l'Asie antérieure; mais sûrement elle déliuta bien longtemps après.

Le Japon, bien moins ancien que la Chine, a vu l'état néolithique (2) se continuer, chez certaines peuplades, presque jusqu'à nos jours ; tandis que chez d'autres, d'arrivée récente dans le pays, les métaux furent connus vers le troisième siècle avant notre ère (3) au plus tôt. A l'époque de la XVllP dynastie d'Egypte, ces îles en étaient donc, pour longtemps encore, à la pierre polie.

Dans le sud de l'Asie, l'Inde et l'Indo-Chine, à l'époque qui nous occuj)e, l'influence étrangère était encore loin de faire sentir ses effets. Nous connaissons de ces peuples les vestiges de leurs établissements néolithiques ou énéolithiques (li) ; quant au

(1) Cf. le Chou-King (Irad. Couvreur); le lure, construisaient des dolmens, inconnus Ché-Ki, de Sé-ma-Tsien (trad. Chavannes); avant eux. (Cf. W. Gowland, The dolmens of le Yi-King (The oldest hook of liie Ciiinese, Japan and Iheir l)uilders, in Trans. and Proc. par A. Terrien DE Lacol'Perie, Londres, 190-2). of Ihe Jap. Soc, London, 1897-1898, IV, pp. Dans ce dernier ouvrage (vol. I, p. 96, sq.), 182-183.— V. Dickins, Congr. préhist. France, l'auteur cherche encore à prouver l'origine 1907(1908), p. 47i, sq.) — Michel Revon {le occidentale de l'écriture chinoise. Sliintlioï.sme, Paris. 1907, in-8) pense que le

(2) La céramique japonaise prend, dès l'é- Japon a été le théâtre de deux invasions : poque néolithique, un caractère très spécial l'une, venue de Corée, qui a fourni la masse ne présentant aucune analogie avec ce que de la population, l'autre, issue de l'archinous connaissons de r.\sie occidentale et des pel Malais, qui a fourni la classe aristocrapeuples venus de Sibérie. (Cf. E. B.^elz, Zur litiue.

Vor-und Urgeschichle .Japans, in Zeituch. fnr (i) Les stations de Somron-Seng et de Long-

Ethnol.. Berlin, 1907, p. 281, sq. — Go\M..\>ii), prao.au Cainhodge, montreni la Iransilionentre

The dolmens and lUirials Mounds in Japan, le néolilhi(iue et rénéûliliii(iue. Les objets de

Arcliieologia, London, 1897. — Dc'initz, Vorge- pierre \ présentent un faciès tout parti-

schichlliche Graber in Japan, 1887. — Baelz, cuIIli-. Quant aux métaux employés sous

Kôrperliche Eigenscliaften der Japaner. Tokio, forme d'alliage (cuivre, 95 p. 100 ; élain, 5

1882 et 1883. — Id., Die Menschenrassen Os- p. 100), ils diffèrent par la forme des instru-

tasien, Berlin. Anlhrop. Gex., 1901) ments, ainsi que par la teneur en étain, de

(3) Les premiers imniii-'rants de race japo- ce que nous connaissons dans lOccident. naise, venant du nord-^pst de l'.Vsie par la Cette industrie est antérieure à la civilisation Corée et Tchouchima, apportèrent peut-être kmère, dans l'Indo-Chine ; mais ne semble à leur nouveau pays une civilisation qui, pas remonter à une très haute antiquité. (Cf. bienque préhistorique, élait déjà très avancée: J.-B. Noui.ët, l'âge de la pierre polie et du ils connaissaient le bronze, le fer, l'agricul- bronze au Cambodge, ds Arc/i. du 3/usee c/'/i/*/.

courant qui leur apporta l'usage de la métallurgie, nous ne pouvons, jusqu'ici, nous faire aucune idée de son époque.

Pour lAmérique, nous ne savons, de manière précise, rien sur l'évolution de l'écriture ; parce que, ne pouvant en traduire les

textes, nous ne sommes, pas à même de juger de leur époque relative. Quoi qu'il en soit, il n'est peutêtre j)as exagéré de faire remonter jusqu'aux environs du quinzième siècle avant notre ère les débuts de cette curieuse civilisation et de son système graphique, dont nousne possédons que des types relativement modernes.

Ailleurs, dans le monde entiei', il n'existait d'autre procédé d'enregistrer les faits et les idées que la tradition orale ; aussi les premiers hommes qui parvinrent à la notion de l'écriture, sous quelque forme que ce soit, prirent-ils sur les autres une

mexicaine ocronipagnée telle avance ciu'il fallut des de légendes explicatives en hiéroglyphes Lt-i^*^ ''vaiiLe qu ii laiiui ue^

(dap.L.DE RosNy,/es Ecriiuresfi(juraiives) (1). milliers d'années pour que

l'équilibre s'établisse et^

d'ailleurs, l'effet de cette supériorité n'est encore pas terminé.

Quant aux langues, nous ne possédons, pour la plupart, que

d'informes vestiges de leur état en ces temps si reculés. Cepen-

Peintiire figiiiative

nal. de Toulouse, 1879.) — H. Mansuy, Stal. préhist. de Somronseng et de Longprào, Hanoi, 1902.

(1) Le registre supérieur représente la fondalion de la ville de Mexico (dont l'aigle A esl le symbole) par KouaoïiUi-Kelzki et Te- Nolch, aidés par les chefs des princii)ales fa-

milles (1. Akassitli, 2. Koiiapa, 3. Oselopa. 4. Akecholl.ô.ïesineouh, 6. Tenoiilch, 7. Clioniimill, 8. Chokoyol, 9. Chiouhcak, 10. Alototl). Le registre inférieur figure les con(piètes d'Akamapichlli, premier roi de Wesico sur le* États de Colhuacan{B) et deTenolclititlan (C).

LA PRHPOXDKRAXr.E KCYPTIENNE 33|

dant, grâce aux loxles laissés par quelques-unes d'entre elles et aux traces encore vivantes de certains idiomes, il est possible de se faire une idée générale de la carte linguistique du monde à cette époque.

En Chaldée, l'akkadien, dans tonte la force de son développement, se transformait déjà en babylonien, différant en cela quelque peu de l'assyrien, qui se formait sur le Tigre, conservant plus d'archaïsmes que le dialecte du Midi.

En Syrie, l'araméen, le chananéen, le phénicien partis de Chaldée, avaient évolué chez de petits groupes d'hommes, dans le pays même et en Egypte au temps des pasteurs. Il en était résulté une foule de formes dialectales dans chacun des idiomes primitifs: le tyrien, le sidonien qui essaima plus tard le punique, l'hébreu, le moabile, l'ammonite, le galiléen, ramorrhécMi, le samaritain, etc., tous plus ou moins proches parents, s'entendant les uns les autres, mais dont la plupart ont disparu sans laisser de traces.

En Arabie où, malgré la proximité de l'Egypte et de la Chaldée, l'écriture n'avait point encore pénétré, il se parlait une foule de dialectes, tous voisins entre eux et plus proches de la lan<i-ue primitive que ceux du Nord qui, dans leurs migrations, s'étaient mélangés d'expressions et de formes étrangères.

Tel était le domaine des langues sémitiques, fort restreint, comme on voit, et formant un groupe homogène. Ceci explique les affinités étroites qu'on rencontre toujours entre les diverses branches de cette famille, quels que soient les matériaux soumis à l'examen.

L'Egypte n'avait guère modifié son parler d'autan, qui était d'usage dans toute la vallée du Nil, de Syène à la Méditerranée ; mais dans la vallée du Nil seulement, car ce pays n'a jamais essaimé de colonies durables, ses fondations à l'étranger n'étant que des postes militaires, aux garnisons sans cesse relevées. Il existait dans la langue vulgaire des différences de terroirs et, dans le Delta, des traces très marquées d'influence asiatique (l).

Au sud commençaient les langues klianii tiques des nègres,

(l)S.ir le haut Nil, les dialectes nubiens iiHlécliifTi-és sur les murs, entre autres du

étaient restes purs. Quelques siècles seule- temple de Philœ ; certains se sont conservés

ment avant noire ère, ils employaient une jus(iuïi nos jours (le Biotiari) écriture spéciale dont on retrouve des textes

qu'en Nubie on écrivait au moyen des hiéroglyphes égyptiens; plus haut, l'écriture était inconnue.

Au nord, riiétéen, dont les textes encore indéchiffrés ne nous renseignent pas sur la nature delà langue, puis des tribus autochtones, certainement apparentées aux Hétéens, et s'étendant jusqu'au pied du mont Caucase. Les peuples de ces pays parlaient probablement des langues agglutinantes comparables au géorgien de nos jours, au vannique des temps assyriens, mais n'écrivaient pas.

Seuls, des anciennes races, Van et l'Elam possédaient alors les cunéiformes. Suse nous a transmis une abondante littérature montrant une langue agglutinante avec flexions simples.

DansTIran, un grand nombre de dialectes Aa^ g>T "--^'^TJ^>^^^^ divisaient alors le plateau. Sur les bords ^^Tg^^^^l'^§H occidentaux, où se parlaient encore les idiomes des anciennes races, le mède et le perse se trouvaient en îlots ; mais ces langues devenaient plus compactes au fur et

à mesure qu'on avançait vers 1 Orient, au

Texte anzanite de <.hil- i i ■ i i i t^

. , ■ r'u 11 nord pour le mede, au sud i)our le i)erse. De nak in Chouchinak, ^ 'il

sur un pommeau de tous les dialectes iraniens, il ne nous reste terre émaillée (1). ^^^^^ç j^j^^^ ^^^^ ^^^ chose : le zend, dans l'Avesta,

et le perse, dont nous ne connaissons qu'une forme relativement récente, lachéménide.

Ces deux langues sont parallèles et ne j)rocèdent pas Tune de l'autre. La preniièreétaitprol)a])lementle parlcrd une secte oud'une tribu habitant le Nord, l'Hyrcanie ou la Bactriane ; la seconde acheva son développement dans les pays situés au Sud du plateau.

Le lieu d'origine du zend et son époque ont été l'objet de longues discussions; les uns placent son berceau vers les confins de la Scythie, les autres en Médie ou dans l'Atropatène. Certaines sources le montrent parlé à l'époque où la famille iranienne était encore groupée dans le pays de Balk, c'est-à-dire trois à quatre mille ans avant notre ère ; d'autres abaissent cette date jusqu'au quinzième siècle, voire même aux temps des Achéméiiides. (^uoi

(1) « Moi Chill)ak in Choiichinak, fils de cl la bf-néilirtion de la vie de noire famille

Choutrouk Nakhkounte, vaillant chef, pour la — Cf. V. Scheil, Mém. Délcg. en Perse, t. 111,

bénédiction de ma vie, la bénédiction de la textes élamites-anzanites, 1901, p. 74. vie de Nakhkhoiinla-Oulou, ma femme chérie.

LA rUKPONUKHANCE ÉGYPTIENNE 333

([u'il en soit, cctlc langue ne le cède sûrement en rien au perse pour l'anticiuilé, bien que son écriture soit de date récente.

A côté de ces deux langues, il en est d'autres qui n'ont jamais été écrites, et dont nous ne possédons presque rien; tels sont le mède dégénéré en kurde actuel, et l'ossèthe parlé par une peuplade perdue au milieu du grand Caucase.

Mais ces types n'étaient pas les seuls, ils se décomposaient eux-mêmes en une foule de dialectes. Toutes ces formes ont à jamais disj)aru, parce que l'écritui'c n'est arrivée que tard en Iran, et qu'elle n'a januiis été mise ([u'au service du perse d'abord et du zend ensuite.

Il en fut de même dans les Indes, où l'invasion aryenne apporta probablement un grand nombre de langues, elles aussi divisées en multiples dialectes (1). Aucune ne fut écrite avant le second ou tout au plus le troisième siècle av. J.-C. ; elles se parlaient seulement comme la plupart des langues de l'Iran et de la Grèce un demi-millénaire auparavant. Dès le III* siècle avant notre ère, la langue védique possédait déjà une culture ; mais son dévoloppement avait été purement oral. Le sanskrit classique en sortit, provoqué par l'application de l'écriture. Quant au sanskrit-mixte, il n'est qu'une manière d'écrire le prâkrit, et les brahmanes en ont fait sortir le sanskrit profane. Les dialectes pràkrits, populaires par leur origine, ont également évolué, du IP au IV siècle de notre ère, sous l'influence du sanskrit.

« Tout, dans ce système, se tient et se suit en un mouvement naturel et bien lié. Les mêmes inspirations que nous voyons à l'œuvre dès les premiers temps continuent leur action dans la suite ; au travers des évolutions qui se commandent et s'engendrent l'une l'autre, les principes moteurs restent identiques (2 . »

La Scythie (Russie méridionale et Transcaspienne), alors occupée par des tribus aryennes, ne nous a rien laissé; et ce n'est que dans le sud et l'occident des pays méditerranéens que nous rencontrons quelques indices permettant de suivre les Aryens. Encore, ces

(1) Nous ne possédons aucun document sur déjà fermement établis dans ces pays. Il sem-

linvasion de l'Inde par les peuples de lan- blerail aussi que des tribus aryennes ont, éga-

gues dravidiennes, de môme que nous n'avons lement, traverse l'Altaï pour gagner les pla-

aucun renseignement sur l'époque où les teaux de l'Asie centrale et là se soient fondues

Indo-Européens franchirent l'Hindou Kouch, avec les populations mongoliques.

pour pénétrer dans les plaines du Pandj-Ab (2) Cf. E. Sénart, les Inscriptions de Pii/a-

et la haute vallée du Gange. Les premières dasi, t. II, 1881, p. ,53. informations historiques montrent les Aryens

33,i LES PREMIÈRES CIVILISATIONS

traces ne nous sont-elles parvenues qu'indirectement, seulement par quelques noms de peuples transmis par les textes égyptiens.

Les Lyciens, les Phrygiens, les Dardaniens, les Kébrènes, les Paplîlagoniens, les Bithyniens, les INIysiens, les Ascaniens, etc., de l'Asie Mineure, parlaient des langues apparentées au grec, de même qu'une foule d'autres peuplades, dont les noms sont oubliés aujourd'hui.

Parmi ces peuples, les Ascaniens, ancêtres des Arméniens, ont plus tard gagné le bord du massif persan, dans les pays de l'Ararat; ce qui porta bien des savants, des linguistes même, à chercher à les rapprocher des peuples iraniens. Mais il ne faut pas oublier que c'est vers le XV^ siècle avant notre ère que les Arméniens passèrent le Bosphore, en compagnie des peuples que je viens de citer et que, s'ils sont aujourd'hui plus rapprochés géographiquement de la Perse que delà Grèce, ce n'est que par suite <le leur retour vers l'Orient. Cette famille linguistique semble former le passage entre le groupe gréco-ilaliote et la souche irano-hindoue (1).

La Grèce et l'Italie furent occupées par des peuples très proches parents, si nous en jugeons par les affinités que présentent leurs langues.

Le grec prit des formes spéciales, suivant les pays où se fixèrent les diflérentes tribus, et il n'est pas bien certain que ces variétés n'existaient pas déjà avant l'invasion. C'est ainsi que Téolien fut parlé vers la pointe occidentale de l'Asie Mineure; le dorien dans le Péloponèse et plus tard en Crète Ci), dans les colonies de Sicile, de Libye et d'Italie méridionale; le béotien au nord de Corinthe; l'ionien, la langue des îles, était aussi parlé dans certaines localités de l'Asie Mineure, en Attique, etc. ; sans compter les nombreux dialectes disparus avant l'introduction de l'écriture chez les Hellènes.

(l)Hûbschmanu considère l'arménien comme Perse, t. VI, 1905, p. 59, sq.) dérive des hié-

laisanl partie d'un groupe indépendant dans roglyphes sumériens primitifs. Cette descen-

la famille indo-européenne. (Cf. Zeilschr. de dance est affirmée par des rameaux, des têtes

Kuhn, t. XXIII, p. 407.) C'est à lort qu'on a humaines schématisés Quelques signes sem-

pensé (HovEL.\cijuE, la Linguistique, Paris, blant appartenir au même groupe ont été

1888, p. 288), confondant le vannique avec rencontrés dans les Cyclados, à Mile entre

l'arménien, que cette langue avait été écrite autres, en sorte qu'on serait tenté d'attribuer,

dans I antiquité en caractères cunéiformes. dans la très haute antiquité, un système

(2) Les peuples qui occupaient la Crète d'écriture figurative ou hiéroglyphique à avant l'invasion dorienne possédaient, non seu- l'Orient méditerranéen et de songer à une paiement une langue que nous ne connaissons rente possible entre les signes hétéens qui, pas, mais une écriture restée indéchilïrable. comme on le sait, furent en usage jusqu'à la Elle résulte siirement de la simplification d'un côte et les hiéroglyphes, d'où descendent les système hiéroglyphique, tout comme le proto- curieux signes découverts en Crète par M. Elamite (Cf. V. Scheil, Mém. Délég. en Evans ;etpeut-être aussi l'écriture chypriote.

LA PRÉPONDÉRANCE ÉGVPTIKNNE

C'est vers celte époque également que la péninsule italique fut envahie par des tribus étroitement apparentées à celles de la Orèce, mais ne descendant pas d'elles. \.c lalinfri, qui renfei-me <l('s lornies plus archaïques (jue le grec, est la langue qui a dominé les autres. Il avait alors une foule de sœurs, telles (|ue Tos- <iue, l'ombrien, qui toutes disparuient de bonne heure. L'ombrien était parlé dans le sud-est de la Péninsule, ros(|ue au sud, le latin vers le milieu, près de létrusque, langue que quelques auteurs (2) rattachent au groupe indo-européen, et que d'autres (3) •croient pouvoir faire rentrer dans celui des dialectes qui, avant la venue des Aryens, se parlaient au sud de l'Europe.

Dans quelques pays isolés, tels que les montagnes, les anciens idiomes se seraient conservés encore longtemps. L'albanais (li), le basque (5), jusqu'à nos jours, l'ibérien (6), dans la péninsule espagnole, jusqu'au milieu de l'empire romain.

Les Celtes (7) s'étaient avancés dans la France et depuis longtemps occupaient nos pays. Ils étaient probablement venus de la région du Dnieper ou du Bas,-Danube, en passant par les pays baltiques, apportant avec eux des langues, telles que le breton, ■dont le parler s'est perpétué jusqu'à nous.

Pour le reste de l'Europe, nous ne pouvons nous prononcer ; certainement il avait été, plusieurs fois déjà, envahi par les peuples aryens ; mais aucun indice ne nous permet de juger des langues que parlaient ces premiers envahisseurs.

Le monde situé en dehors de celui que je viens de décrire sommairement était en entier le domaine des langues inférieures, monosyllabiques ou agglutinantes.

En dehors des principaux centres de culture intellectuelle,

(1) Nous en pouvons suivre révolution de- bolais (1542), et le premier livre en cette

puis le troisième siècle avant notre ère. (Cf. langue est de 15i5. Le bnsipie, dont l'origine

CoRSSE.-y, Ueber Ausspraclie, Vokdlismus iind demeure absolument inconnue, se subdivise

Belonunij der laleinischen Sprache, 2" édit. en une vinglaine de dialectes, parlés tant en

Leipzig, 1868, t. I, p. 695.) Espagne qu'en France.

{2) CoRssEy, Ueber die Sprache der Elrusker, (6) L'ibérien, langue parlée jadis dans toute

Leipzig, 1874, 1875. l'Espagne et le Portugal jusciu'au.x environs

{3) FuGviER, Zur prechislorischen Elhnol. lia- de Narbonne en Gaule, ne nous est connu

lienx, 1877. que par les médailles (i" s. av. J.-C.) et les

(4) L'albanais ou skipetar sembleappartenir inscri[)lions encore indécliillrées; on le pense à la souche aryenne. apparenté au basque. (Cf. Van Evs, La lan-

(5) Cf. Broca, Sur l'origine et la réparlilion gue ibérienne et la langue basque, ds Rev.de de la langue bascjue, ds Rev. d'Anlhrop., t. linguistique, Paris, 1874, I. VIH, p. 1. — Vin- IV et carte, pi. IIL — Carte du prince Bona- son, La question ibérienne, ds Mém. Coiujr. se. ])arte, 1869. Le plus ancien document en lan- de France, 1874, t. Il, p. 357.)

gue basque n'est pas antérieur au di.xième (7) La branche celtique (indo-européenne) du

siècle de notre ère (charte latine de 980, don- langage se subdivise en deu.v groupes, le

nant quelques noms propres basques). Quant gaélique et le kimrique. au plus ancien te.xte basque, il est dan"s Ba-

il se forma, dans les îles et sur les côtes, une multitude de foyers d'une indépendance relative, où chaque peuplade donna cours à ses tendances. Ces foyers s'influencèrent les uns les autres et ne manquèrent pas de réagir plus ou moins sur les pays d'antique civilisation.

Tour à tour on a voulu attribuer à une seule origine les progrès dans nos pays. Tantôt ce furent les Phéniciens qui, par l'étendue de leur navigation, auraient porté leurs connaissances dans toute la Méditerranée; tantôt ce furent l'Egypte, la Ghaldée, la Grèce même, apportant du Nord des notions qu'elle ne posséda jamais aux origines. Aujourd'hui que la Crète entre en jeu (1), l'on exagère déjà les conséquences des récentes découvertes.

11 faut se souvenir (|ue tous les éléments en contact jouèrent leur rôle suivant des proportions que nous ne saurions, dès maintenant, évaluer d'une manière précise; mais dans lesquelles les grandes civilisations asiatiques tiennent une place certainement prépondérante, par la force que leur donnaient les siècles écoulés, l'expérience, la puissance commerciale, maritime et militaire.

Dans tel pays, l'influence égyptienne domina; dans d'autres ce fut celle de la Phénicie, de l'Assyrie ou de la Chaldée, souvent plusieurs à la fois. Quant au génie indo-européen, il n'entra sérieusement en ligne qu'après avoir dépassé ses maîtres ; et l'on peut affirmer, sans crainte, qu'au début son influence fut insignifiante sur les vieilles civilisations.

Dans une étude aussi compliquée, ne reposant que sur des appréciations souvent discutables et sur des faits d'une analyse très ardue, il ne faut jamais perdre de vue l'ensemble de l'évolution et laisser son esprit s'attacher outre mesure à des détails, quelque séduisants qu'ils paraissent.

(t) Minos, ayant formé la première marine rat. 25). Son frère Rliadamante réunit sous nationale, domine les Cyclades et étend son son sceptre une partie de la côte d'Asie Mihégémonie sur toute la Grèce (Thucyd., I, i). neure au,x îles septentrionales de lArcliipel On signale des établissements crétois de (Dion. Sic, V, 7J). Enfin, son autre frère cette époque dans la plupart des îles de l'ar- Sarpédon se forme un royaume indépendant, chipel. (Voy. BoLANACHi et Fazy, Préc/s ciVi/s/. mais allié, en Lycie (Hérodote, I, 173.— de CrÀie, pp. 118-121.) On en place également Diod.Sic, V, 79), et dans une portion de la un à Ténare, en Laconie (Plutarque, De .scr. Carie et de l'ionie. (Cf. Bolanachi et Fazy, numin. vindict., p. 559. — Hesych). Minos, Précis d'histoire de la Crète, pp. 121-126.) Telavec sa flotte, soumet une partie de la Sicile, les sont les traditions grecques sur la thalasoù il lutte contre les Sicanes, les rivau.x des socratie Cretoise. (Fr. Lenormaist, les Premiè- Sicules (DiOD. Sic, IV, 79. — Hérodote, VIII, ;e.s- Civilisations, t. II, 1874, p. 418, noie 1.) Cer- 170), et il fonda Ileraclea, Minoa et Egyon. tainement elles ne répondent pas absolu- De son temps, un peu après lui, les Crétois ment à la réalité des faits, mais montrent dominent sur la lapygie, où ils bâtissent combien l'influence minoenne avait laissé de Ilyria, Brentésion et Tarente (Hérodote, souvenirs chez les Hellènes. VII, 170. — Strab., VT, p. 279. — Cono.n, nar-

LA PRKPOXDERANCE EGYPTIENNE

Si, dès l'âge du bronze, nous rencontrons parfois, mais très rarement, dans l'Europe centrale et septentrionale, des traces d'influence de l'Orient, nous n'en devons point être surpris; car les peuples commerçaient entre eux dès la plus haute antiquité. Mais

Tableau monlranl le dcueloppemenl de la connaissance des métaux dans l'Asie Anlérieiire, l'Afrii^ue du Nord el l'Europe |I).

Page 1