LA 1>RÉ1»0NI)KH.\NCE IRANIENNE
procédés asiatiques. Quelques cités, qui résistèrent, furent entièrement détruites ; bon nombre cFIoniens, les Téiens et les Phocéens, èmigrèreut. Milet(l) négocia; passant des mains de
Comblement du golfe Latmique par les alluvions des rivières.
Crésus à celles de Cyrus, elle obtint que ses conditions ne seraient pas aggravées. Quant aux habitants de Xanthus, capitale
(1) Certainement la colonisation grecque de presque toutes les côtes île la Méditerranée ne s'était pas faite sans violences ; mais les anciens peuples, attachant au début une faible importance à quelques marins venus s'établir au fond d'une baie, les avaient laissés faire. Ce n'est que plus tard, alors que ces étrangers eurent construit des villes et des murailles, que, d'hôtes devenus intrus, ils commencèrent à gêner, <)ue, descendant de l'intérieur vers les côtes, les aborigènes cherchèrent à affranchir leur pays.
Le premier royaumequienireprit ces guerres d indépendance fut celui de Lydie. Gyges (fi87- 65-2) les commença ; mais des invasions cimmériennes, qui furent nombreuses dans l'Asie Mineure, l'empêchèrent de mettre ses projets à e.\écution. (Strabon suppose deu.x invasions des Cimmériens; la première aurait eu lieu au
huitième siècle, la seconde vers (533; Hérodote n'en reconnaît qu'une au début du septième siècle. Les Cimmériens seraient restés cent ans en Asie Mineure. Cf. E. Cunrius, Hisl. ijrecque, 1883, t. II, p. 132 et Deimi.i.no, Le/eyer, p. 51, s(|. qui propose une chronologie entièrement différente.) Sardes elle-même aurait été dévastée tout au moins dans sa ville basse, les llammes du temple d'Ephèse éclairèrent au loin le sac de Magnésie. GuuL, Efjliesiaca, p. 3.5; O. Mui.i.cn, Griech. Liler., I, 101.
Quand, en G23, le fléau fut passé, Sadyalle. roi de Lydie, soumit la Phrygie et reprit la guerre contre les Grecs. D'ailleurs la Lydie avait d'autres inquiétudes : les Mèdes entraient sur la scène politique, revendiquant l'héritage des Assyriens qu'ils venaient de vaincre.
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delà Lycie, ils préférèrent mourir plutôt que de se soumettre (1). Sardes était devenue le centre de l'action perse vers l'Occident. Toute l'Asie Mineure était conquise; les Grecs qui n'avaient pas émigré payaient régulièrement tribut, fournissaient les vaisseaux et les contingents auxquels ils étaient taxés.
Bien qu'ils eussent été à même de se rendre compte, par les résistances qu'ils rencontrèrent, de la j)uissance de l'amour de la liberté chez les Hellènes, les Orientaux ne s'en firent aucune id(''e juste (2), leur mentalité n'étant pas le moins du monde préparée à des sentiments aussi insolites pour des hommes d'Asie. Ils assimilèrent donc, dans leur esprit, les Grecs aux autres peuples qu'ils connaissaient et pensèrent qu'ainsi postés à l'entrée de l'Europe, ils feraient rapidement la conquête de l'iiellade d'outre mer.
Mais, avant de se lancer dans d'aussi lointaines expéditions, il fallait aux Perses un emj)ire homogène, et la Chaldée possédait encore la moitié méridionale de l'Asie. Gyrus marcha contre elle sans prétexte, et, en 539, Babylone perdit son indépendance de la façon la plus prosaïque, quoi qu'en aient pu dire les anciens.
Vaincue en rase campagne, l'armée chaldéenne, une fois rentrée dans ses murs, se révolta contre son souverain, et Nabounaïd se rendit à Gyrus. Le passage d'un pouvoir à l'autre se fit sans secousse. Les villes de Phénicie, suivant leur politique séculaire, se prosternèrent devant le soleil levant.
De l'Occident, Gyrus ])artit pour aller raffermir son autorité sur les frontières orientales de son empire. 11 possédait la Khorasmie (le Khi va actuel), la Sogdiane (pays de Samarkand et de Bokhara) ; son pouvoir s'étendait jusqu'au Jaxartès (Syr actuel, dans le Khokhand) (3) et sur une partie de l'Afghanistan. Quant cà son expédition aux Indes (Ji), elle semble
(1) De foules les villes ioniennes, Piiocée de nature à donner aux Perses une fâcheuse fut la plus héroïque dans sa résistance contre idée de l'esprit grec. Ainsi, dès les débuts de Harpage, général de Cyrus. Après un long leurs relations, les Chiotes leur livrèrent, siège les habitants, ne conservant plus d'es- contre le territoire d'Alarnée {Hérodote, I, poir, abandonnèrent la cité et, partis sur leurs 156, 160), Pactyès réfugié dans le sanctuaire vaisseaux, s'en allèrent retrouver à Alalia en d'Athêna. Ce sacrilège ne manqua pas de Corse (Cyrnos) leurs compatriotes déjà établis frapper l'esprit des Orientaux.
dans cette île; mais, chassés par les Carlhagi- (3) Arrien, 4. 2. .3; Q. Cuftius, 7. 6. 16, 7. 6
nois et les Tyn-héniens, ils ne purent se 20; Straboii, .517; Ptol. 6. 12; Sleph. Btjz.;
nnaintenir et allèrent se fixer à Rhégion et à Pline, 6, § 4'.t; Solinus, 49. 4.
Ilyélé (Lucanie). (4) Nearque ds Arrien, 6. 24.2; Slrabon, 686,
(2) Malheureusement quelques faits élaient 722.
tenir plulôt de la fable et n'avoir été ((ii'une tontalive peu fructueuse, si toutefois elle eut lieu.
Les pays de la Baktriane, de rOxus, étaient encore pour les Perses et les Mèdes le berceau de la race, le patrimoine par excellence (1) ; et rien n'est plus naturel que de voir les souverains achéménides constamment préoccupés de la possession de ces provinces menacées, depuis longtemps déjà, par des bandes asiaticfues, probablement elles aussi indo-européennes, mais non iraniennes. C'est en guerroyant contre ces nomades que Cyrus trouva la mort dans les plaines de la Turkomanie. Los Grecs ont fait de sa fin un récit dramatique et merveilleux, mettant dans la bouche de la reine des Massagètes des paroles dignes de la tribune d'Athènes, mais bien peu natuiellcs de la part d'une nomade sibérienne.
Cyrus fut un habile [)olitique et un \'aillanL guerrier ; mais ne nous hâtons pas de lui accorder ces grandes qualités dont les Grecs honorent sa mémoire, car rien ne semble justifier en lui une aussi flatteuse opinion. Ce n'était et ne pouvait être qu'un souverain oriental ; ni son administration, ni son armée, ni luimême n'étaient à même d'avoir les sentiments d'humanité qu'on lui attribue. Les Perses, cependant, semblent avoir été moins barbares que les Assyriens, parce qu'ils ne se laissèrent que moins souvent aller à des cruautés inutiles.
La Perside demeura le centre de l'Empire ; mais le roi, sans cesse en mouvement, habitait successivement toutes ses pro-
(1) Llran Vej serait, suivant l'uiiinion de les((uels les Assyriens lulleront jusqu'au quelques savants, la plaine située entre l'Araxe sixième siècle. Ces pays ont cessé d'être touet le Kur, c'est-à-dire le moderne Qara-bagh raniens pour la Cappatloce et la Lycie, au mo- (J. Darmsteter, le Zend Avesta, t. II, p. 5, ment où les Grecs se sont implantés en Asie note 4). Or, le Qara-bagh n'est pas une riche Mineure, pour les pays de Van et de l'Ararat, plaine, mais bien un massif montagneux, cou- quand les Arméniens les ont occupés, sous vert de forêts, riche dans ses vallées d'où son les Achéménides vers l'époque de la chute de nom de jardin (bagh) par opposition avec le Ninive. Il n'est pas question dans les écrits Qara daghi situé de l'autre côté de l'Araxe. assyriens, d Iraniens dans le Qara-bagh et la Au centre du Qara-bagh est le lac bleu (GhiJk- vallée de l'Araxe ; les Mèdes sont cantonnés tchai, le Goktcha des Russes) où se trouvent beaucoup ])lus au sud vers le lac d'Ourmiah. des souvenirs des rois d'Ourarthou. Si donc les Le Qara-bagh n'a cessé d'appartenir aux Iraniens s'étaient formés en nations dans ce peuples caucasiens qu'au moment de l'extendistrict, ils eussent été en rapports avec les sion des royaumes d'Arménie; quant aux valpeuples civilisés connaissant l'écriture et les lées basses de l'Araxe et de la Kourah, elles Mèdes eussent laissé des inscriptions. D'autre sont demeurées caucasiennes jusqu'aux invapart, la branche perse des Iraniens serait sions des Turcs. Les découvertes archéolodescendue au travers de la Médie vers le Fars giques viennent, dans celte question, contrôler et VAvesla en ferait mention, ce qui n'est pas, les données historiques. Le premier état du fer et l'intluence perse, au lieu de s'affirmer du sud dans le petit Caucase est très certainement au nord, aurait eu des effets inverses. De par anaryen; l'influence iranienne ne se fait sentir ailleurs, dès que débute l'histoire pour les qu'au second étal du fer. Il faut donc cherpays du Haut Tigre, nous voyons les pays du cher ailleurs que dans la Transcaucasie, le Taurus, de l'Arménie, du Caucase, habités par Qara-bagh oii les vallées de l'Araxe et de la des peuples louraniens, ceux même contre Kourah, lAryanem Vaèjô de VAvesla.
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vinces : Suse fut une capitale, à cause des liens de famille qui rattachaient les Acliéménides à l'Elam; Babylone une autre, parce qu'elle était l'un des centres politiques les plus importants; de même pour Ecbatane. Quant à Ninive, qui ne s'était pas relevée de ses ruines, son nom même s'effaçait peu à peu.
Aucune capitale ne fut choisie pour l'établissement définitif de la « Porte royale » ; les trésors demeurèrent dans les villes où ils se trouvaient, à Sardes, à Babylone, à Ecbatane, en Phénicie, toujours prêts à payer de nouvelles guerres. Toutes ces richesses, comme bien on pense, appartenaient au Roi des rois, et si quelques familles en bénéficièrent pour une faible part, ce ne furent que celles des Perses et des Mèdes occupant les grands emplois.
Pendant tout le cours de la monarchie achéménide, comme d'ailleurs toujours jusque-là en Asie, aucune dépense ne fut faite pour l'amélioration des provinces ; tout était dû au roi, mais le roi ne devait rien. Une seule route fut construite alors, reliant Babylone à Sardes, par le haut Tigre ; mais c'était la « route royale », uniquement établie dans un but politique, pour le passage du souverain et de ses armées.
L'Oriental n'a jamais compris, de nos jours encore, qu'en accroissant la l'ichesse de ses sujets il augmente ses propres revenus; et si parfois il y songe, c'est le sourire aux lèvres, car il lui faut des bénéfices immédiats et non des espérances qui ne se réaliseront peut-être que pour ses successeurs. Que lui importe ce qui se passera après lui !
Gambyse (1) devint seul roi des Perses par l'assassinat de son frère Smerdis (2), et à peine eut-il posé la tiare sur sa tête, qu'il se rua sur l'Egypte dont les richesses l'attiraient. Là, il se comporta en barbare, tout comme s'il eût été Hyksos ou Assyrien.
Le pharaon Psamménil, fait prisonnier 1 3 , fut mis à mort; les
(1) Kambouchiya des inscrijjlions perses. VI Arhiklichaijarchn
(2) Bardiya des inscriptions perses. (AoTaÇÉpÇriç a').
(3) Voici la liste des quatre dernières dvnas- ..r,, r-i i ' t /— ' e ' r-v tiesd Egypte d après G. Maspero, Htsl. anc. •' ^ "'» i* f ' des peuples de l Orient classique, t. III, p. 7G8,
note 1. ^^- Miamounri. iV/nrrtio«ac/ia(Aap£Îo;p').
XXVII" dynastie, Perse. XXVIII' dynastie. Saïte-