coutume est encore en usage dans l'Orient où
(2) Cf. BoETTicuER, Andentungen iiber dus les mosquées, les tombeaux des saints,
Ileilige und Profane, 1846. — E. Curtius, Hisl. écuries royales sont des lieux d'asile.
/|30 LES PliEMIÈRES CIVILISATIONS
avantageux de rendre plus souvent les oracles, la divinité ne s'absenta plus. Enfin, on créa des collèges pour administrer les sanctuaires prophétiques; ce devint une véritable ex])loitation commerciale de la parole divine.
Le plus important de ces sanctuaires fut, sans contredit, celui de Delphes, qui joua un grand rôle, à tous points de vue, dans la vie grecque. Son influence conserva une sorte de cohésion entre les difterents peuples hellènes, et fut toujours d'un bon conseil pour la nation. C'est à lui, entre autres, qu'est du le développement physique de la race, grâce aux exercices du corps qu'il préconisait.
Consulté sur chaque acte de la vie nationale, l'oracle encouragea la colonisation, les entreprises commerciales ; Région, Métaponte, Crotone et beaucoup d'autres villes se fondèrent sur le conseil du dieu. C'étaient de nouveaux foyers qui s'établissaient ainsi, centres de richesse dont, tôt ou tard, l'oracle devait avoir sa bonne part.
Certes, l'Apollon de Delphes n'était pas seul, il y avait bien d'autres oracles que lui ; mais leurs affaires étaient restreintes, en comparaison de celles du grand sanctuaire hellène.
En j)eu de temps, les temples étaient devenus fort riches ; et leurs prêtres, disposant de grands capitaux, dont ils savaient apprécier le pouvoir, jouaient un rôle de plus en plus important.
Avides, mais dépensiers, superstitieux et imaginatifs, comme tous les artistes, les Grecs donnaient volontiers à leurs dieux, et les temples ne rendaient jamais. C'étaient des terres inaliénables, des lingots d'or (1) et d'argent, de bronze, des œuvres d'art, des objets de prix; et journellement les prêtres voyaient croître leur richesse par des offrandes, des dons, des dîmes, par les revenus de leurs biens fonds, par les intérêts de leurs capitaux engagés dans les affaires.
Car les prêtres, ayant pour mission d'administrer les biens religieux, plaçaient l'argent du dieu dans des entreprises commerciales ou industrielles, prêtaient sur gages, soutenaient des expéditions pacifiques ou militaires. Les particuliers, les Etats mêmes, faisaient dans les temples des dépôts, nul lieu n'étant plus sur. Bijoux, titres, métaux, s'accumulaient ainsi dans les
(1) Hérodote, I, 14.
LA PRÉPONDÉRANCi: IHAMENNE
liU
cryptes du sanctuaire. Le temple de Delphes était véritablement devenu la « Ikinque nationale grecque ».
Sans ses oracles, cependant, la Grèce n'eût jamais atteint une pareille gloire ; car les divisions profondes qui séparaient les divers peuples, les rendant ennemis irréconciliables, eussent arrêté tout progrès, si d'un sommet élevé, indépendant des petitesses locales, dominant toutes les querelles, n'était partie une influence bienfaitrice.
Delphes voulait la richesse et la prospérité des Hellènes parce que c'était vouloir son propre bien. Et, pour guider ce peuple difficile, il fallait aux prêtres des connaissances profondes de tout ce qui était alors.
Personne n'était d'ailleurs mieux j)lacé que les prêtres d'Apollon pour tout apprendre. De chaque pays venaient des Hellènes, apportant des connaissances nouvelles, des idées (1), des notions étrangères sur la géographie, l'histoire, la politique internationale. C'est ainsi que le clergé fut à même de se tenir au courant des moindres détails en toutes choses, que les idées philosophiques et religieuses de l'Orient furent analysées, que le génie hellène, ne retenant que les notions utiles ;2 , fut à même de les
(1) La doctrine de Zoroaslre et des mages avait éveillé la curiosité des Grecs, dès leurs premiers rapports avec la Perse. Aristote, Hermippe et d'autres avaient composé sur le Magisme des livres dont il ne reste que le nom(DiOG. Laert, Proem, 1, 8. — Pline, //(.</. nat., XXX, 1-2). Les historiens, depuis Hérodote jusqu'à Agathias, sur une étendue de dix siècles (450 av. .I.-C. à 550 ap. J.-C.) nous ont fourni une foule de renseignements directs et indirects de liante valeur (Cf. Wi>disciim.\n>, Zoroaslrisclie Sludien, p. 160 sq.), et le résumé le plus clair et le plus fidèle de la doctrine dualiste se trouve dans le traité d'isis et d'Osiris, (|ui probablement ne fait que reproduire Ihistorien des guerres de Philippe, Theopompe (Cf. Il" liv. des Philippiques). Avec le Néoplatonisme et le Mjsticisme éclectique (rAlexandrie, le sens historique s'obscurcit et Zoroastre et sa doctrine s'évaporent, sans profit pour la science, dans l'éclectisme théosophique du siècle. l'Cf. Klenker, Anhang., n, I, 17. — Clem. d'Alex., Slromnld, 1, xv.) (J. Darmsteter, le 7.end-Avefilri,im'2. introd. L ]). VIII.)
(2) Les idées philosophiques trouvèrent en Grèce un lerrain plus favorable que partout ailleurs; le peu d'importance du clergé, le manque de livres saints, permirent aux Hellènes de se lancer dans des spéculations que n'entravail point la religion. De Thaïes aux sophistes (600 à 400 av. J.-C), ce fut le temps de la méthode cosmologicjue. C'est l'ensemble
de l'univers qu'on voulut expliquer d'un terme. La fantaisie se donna largement carrière en une foule de systèmes aussitôt abandonnés que créés.
Deux écoles sortirent de ce chaos: celle des Ioniens dans laquelle lu philosophie devient sensualisle, expérimentale : l'autre, celle des Doriens plus réfléchie, plus rationnelle. Pylhagore semble avoir été son fondateur; l'écoled'Elée (Xénophane) en développe les ])rincipes, il affirme l'unité et l'éternité d'un être supérieur, d'un dieu. De la multiplicité des conceptions, de leur impossibilité de se fondre en une seule s'imposant aux autres naquit un dégoût qui enfanta le scepticisme. Socrate ramena les eprils vers la raison, l'examen des choses et de soi-même; il donna la méthode et il se fonda encore une foule d'écoles; mais toutes ou presque toutes restèrent attachées à la méthode socratique. Celle de Platon devait éclipser toutes les autres. Bien qu'imprégné de l'esprit socratique, le platonisme est, par le fond et par la forme, un système original. C'est l'intuition de la vérité absolue, des notions premières, éternelles et nécessaires, de l'idéal, par une faculté qui pei'çoit naturellement l'inTini, savoir la raison.
Aristole, i(uoi(|ue portant d'autres principes, le particulier, le réel et le sensible, créa une doctrine se rapprochant par bien des points de celle de Platon. Malgré les efforts de ces deux colosses, la précision manquait, le doute revint et avec lui le cynisme, le
exploiter, qu'enfin l'écriture, venant de Phénicie, fut transformée et appliquée à la langue grecque (1).
Elle servit d'abord pour les comptes, pour les dédicaces aux
dieux ci), pour les sentences morales,
i oIAÎ^ >I 4'^ '*°^*^ ^^^ listes des grands prêtres (3). Vers
le huitième siècle av. J.-C, on commença à recueillir et à inscrire les noms des magistrats des Etats et des villes, les listes des vainqueurs aux jeux nationaux ('i).
Ce n'est que tardivement qu'elle entra dans l'usage de la littérature.
Dans les arts, la poésie et la politique, l'oracle de Delphes joua un rôle très important; c'est lui qui soutint le peuple hellène dans les moments de crise. Le pillage de son temple, par les Peises, fut un de ces
Inscription boustropliédon de l'osselet crimes qu'une race ne pardonne de Suse (6). jamais.
Pendant que TAttique vivait sur les principes et régie par les lois qu'elle tenait de Solon, rionie, en perj)étuel contact avec l'étianger, émettait des théories philosophiques nouvelles pour le monde grec.
Depuis longtemps, ces idées fermentaient dans les iles et sur les côtes d'x\sie, quand les Perses vinrent y écraser la civilisation ; et de même qu'alors les Ioniens s'en furent coloniser au
Inscription boustropliédon de Théra (5).
stoïcisme. La pliilosopliie grecque avait fini sa carrière; elle a légué ou monde l'enseiiilile de la philosophie, traitée avec un génie (]ui de longtemps ne sera pas dépassé : elle montra la prodigieuse activité de cette mentalité hellène, suhlime en mille choses et qui s'est tuée elle-même par l'exagération de cette activité.
(1) Pour R. Dussaud (l'île de Chypre, ds Reu. Ecole Anlhrop. Paris, 11(07), l'alphabet phénicien ne serait qu'une lointaine filiale du monde égéen. (A. J. Reiuach). (Cf. R. Dussaud, Journ. Asial., 1904, I, p. 357 et les Arabes en Si/rie avant Flslam, 1907, p. 85), et non une descendance du démolique égyptien. Cette hypothèse, qui prend le contrepied de celle admise jusqu'ici, ne sendile pas appuyée sur des liases bien silres.
(2) Hérodote, V, sq. — Osselet d'Arislagoras.
(3) Les asclépiades de Cos, les boutades d'Athènes, les prêtresses de Héra, à Argosrè.
[Fni;ini. Ilist. Graer.. I, XXVII ; Tluicydlde, II, i ; 1\'. VXi). Ces liïslfs Jious fournissent pour la chronologie grec<|ue les points de repère les plus anciens. (Cf. Nitzscii, Rôm. Annalislik, p. 208.)
(4) Liste desolympioniques dans le gymnase d'Olympie {Paùsun., VI, 6, 3 : 13, 6. — KmcHnoFF, Arch. Zeiluny, 1878, p. 139).
(5) Cf. RoECKL, Mém. Acad. Berlin, 1836; Her- MANN RoEHL, Inscr. (jr. Antiquillima\ lSf^-2, p. 2, n° 12 a.
(Pr;Ço[vwp - ipyizxi - IIûo/.Xt);- KÀsaycipaç (ospa'.S'Jî.)
(G) Cf. B. Haussoullier, Offrande à Apollon Didymécn, dans Mém. délég. en Perse, t. VII, 1905. p. 155, sq., pi. XXX. TâSe TàyâÀiJLoiToc [à] r.ô Xci'o' ApiaTÔXoy o; ["/.«"i] Opâatov àviÔetïav T[(i>-~ciXÀwvt SexaTr,v' £/^a[Àx£j£ S'aùià TaixX^ç ô xu8tp.âvo[po
LA PRKPONDÉRAXCE IRANIENNE /i33
loin, de même la philosophie ionienne s'en alla créer de nouveaux foyers. Elée, fondée par les Phocéens sur la mer Tyrrhénienne, devint un centre philosophique du jour où s'y fixa Xénophane de Golophon. ^'ers la même époque, Pythagore se transportait de Samos à Crotone.
Ces deux philosophes diiïéraient d'opinion ; mais ils ouvraient des voies nouvelles. Toutefois, ni le Nombre des pythagoriciens, ni VElre des Eléates, ne parvinrent à faire comprendre le monde phénoménal. Les Ioniens inventèrent le Devenir ; Empédocle d'Agrigente adopta VElre éternel^ Leucippe supposa VAiome; aucune de ces écoles ne donna satisfaction, et les Eléates en arrivèrent à dire : « // ni] a absolument rien, el s'il y a quel(/ue chose, cela esl inconnaissable. » Les germes du scepticisme étaient semés.
Quelle révolution dans le monde que cette liberté de pensée, d'examen des questions vitales de la Nature ! Jusqu'alors, ces éléments, à peine envisagés, avaient été du domaine surnaturel dans tous les pays ; et voilà que cet antique édifice menaçait de s'écrouler, entraînant dans sa ruine, en même temps que les convictions plus ou moins sincères, l'état social tout entier.
En d'autres temps, les principes du Christianisme, prêches dans le monde romain, semblèrent un véritable crime de lèsenation. Ne venait-on pas proclamer V égalité des hommes dans une société vivant de l'esclavage, des castes, des distinctions entre homme et homme ! Les persécutions n'eurent d'autre but que d'étoulTer des idées considérées alors comme dangereuses pour la société et pour l'Etat.
Ce ne fut pas sans déplaisir qu'Athènes vitapparaître les conceptions nouvelles qui, mettant en discussion les croyances antiques, les traditions, les principes reçus des ancêtres, empoisonnaient les mœurs. L'Ionie, d'ailleurs, foyer de ces idées subversives, était déjà mal vue de l'Attique, par suite de la légèreté de ses mœurs.
11 se forma deux partis à Athènes, celui des vieilles croyances et celui des idées nouvelles; c'est à ce dernier qu'appartenait Périclès. Les longues discordes qui avaient troublé sa patrie depuis les guerres médiques, l'attitude des conservateurs, furent les causes qui portèrent Périclès au pouvoir. Il n'y demeura qu'une quinzaine d'années, mais ces quinze ans suffirent pour que le siècle prit son nom.
La prospérité de tonte la Grèce atteignit alors son apogée. Athènes tenait la tète du mouvement, aussi bien au point de vue politique qu'à celui de l'intelligence ; capitale d'un petit territoire de TAttique, elle venait de passer au rang de chef-lieu du gouvernement fédéral des villes maritimes.
Les arts (l) et les industries prirent à cette époque un essor inconnu jusqu'alors (2). Les étrangers affluaient, apportant chacun leurs connaissances, leur métier. Athènes allait devenir, comme autrefois Thèbes et Memphis, comme Rome quelques siècles plus tard, la proie de l'étranger; l'affluence exotique la conduisait lentement vers la dégénérescence.
Périclès comprit le danger ; il remit en vigueur une vieille loi tombée en désuétude et par laquelle « ceux-là seuls pouvaient prétendre au droit de cité qui étaient, par leur père et leur mère, enfants de l'Attique » (3).
Cette décision de Périclès fut un trait de génie qui sauva sa
patrie.
Athènes vivait alors de ses colonies (4^ de son commerce maritime et de ses mines du Laurium, bien plus que de son terri-
(1) {Macrobe, V, 21, 10 ; Hérodote, V, 88.) En llalie, les poteries altiqiies avaient déjà pénétré vers le milieu ilu cinquième siècle jusque dans la région du Po, comme l'ont montré les fouilles d'Atria. Elles s'exportaient d'un a\itrp côté jusque chez les Ethiopiens. {Scylax, m, Cf. H. Blu.m.ner. Gewerbliche Thaliykeil, p. 66. — E. Curtius, Hisl. grecque. Trad. fr., 1883, t. II, p. 552, note 1.)
(2) La sculpture grecque est généralement divisée comme suit : 1" période iirimilive, depuis les origines légendaires (tout au plus le X" s.), jusqu'au septième siècle ; 2% les maîtres primitifs depuis la fin du septième siècle jusqu'à 540 av. J.-C. (LX* olymp.) ; 3% l'archaïsme, de 540 à 460 av. .I.-C. (LXXX" olvmp.) ; 4% de 460 à 396 (XCVl- olym.) la grande époque; enfin, 5% de 396 au temps d'Alexandre (CXX» olymp., 292 av. J.-C). Dès lors, l'art grec entre dans son déclin ; 6% de 292 à la conquête romaine (146 av. J.-C). L'art du fondeur ne se développe que très tardivement. Les plus anciennes statues de bronze étaient faites de pièces rapportées (tête de Zeus d'Olympie). L'art du fondeur n'existait donc pas encore dans le monde hellénique au septième siècle av. J.-C ; ou du moins, il était tellement rudimentaire que les fondeurs n'osaient pas attaquer des sujets d'imi)or(ance. Suse, huit cents ans auparavant, avait déjà fondu des pièces de gros volume et avec une perfection qu'aujourd'hui même aos industries ne sauraient guère surpasser.
(3) La loi de Périclès ne pouvait être appli-
quée immédiatement avec une rigueur inexorable. Mais le principe fut rétabli ; et comme alors en une année de grande cherté (445-4, LXXXIIl* olymp.), il arriva d'Egypte un présent de 40.CKK;) boisseaux de blé pour être distribués entre les citoyens, ceu.x-ci, par égo'isme, saisirent l'occasion d'appuyer l'exécution formelle de la loi. Le nombre de ceux qui profilèrent de cet envoi dépassa 14.1300, celui des exclus monta à 4.760. (Cf. E. Curtius, Trad. fr., 1883, t. II, p. 551.)
(4) Voici quelques exemples des taxes auxquelles étaient soumises les villes sous la dépendance d'Athènes. Abydos payait 4 talents, Lamsaque 12, Perinthe 10, Selymbria 5, Chalcédoine 9, Byzance 15, Rhodes (sans ses possessions continentales) 18, et plus tard Lindos 15, Paros (à cause de ses marbres) de 16 à 30 talents, Tbasos (riche en mines) 30, Eginc (()ue la politi(|ue athénienne voulait ruiner) 30, Cos 5, Milet, Leros, Tichioussia et quelques autres villes 10; CoIophon3, Phocée 3, Ephèse de 6 à 7 et demi ; Naxos 6 talents, 4.000 drachmes, Andros de 12 à 15 ; Cylhmos 3 ; les villes d'Eubée (après la pri.se de Chalcis) 33 talents. On sait que la valeur moyenne du talent était de 8.135 francs de notre monnaie, et que la monnaie courante était le letradrachme atlique (Av. tète de Minerve, Rv. Chouette d'Athènes), dont la valeur était de 5 fr. 40 de notre monnaie. (Cf. E. Curtius, Hisl. <jrecque. Trad. fr., p. 530 sq. — In, Bei- Iraqe zur Gesch. und Topogr. v. Kleinasien, 1872,p. 21.)
toire, trop exigu pour ses besoins. La question capitale pour son gouvernement était celle des blés, car il fallait donner à la ville le pain à bon compte. Les règlements les plus sévères furent institués pour protéger l'importation des céréales.
Athènes était devenue l'un des plus grands marchés de l'Orient méditerranéen : toutes les denrées, tous les produits étrangers se trouvaient au Pyrée, des esclaves de toutes races, les poissons et les peaux de la mer Noire, les bois de construction de la Thrace, les fruits de FEubée, les raisins de Rhodes, les vins des Iles, les tapis de Milet, les métaux de Chypre et de ses propres mines, l'encens de Syrie, les dattes de Phénicie (1), le papyrus d'Egypte, etc. (2).
La monnaie en cours était le tétradrachme d'argent à l'ancien type d'Athènes. Il existait bien, il est vrai, de l'or monnayé; mais ce numéraire était rare et peu courant. Les commerçants préféraient, tout comme les Orientaux de nos jours, l'argent à Tor.
Inventé par l'Asie Mineure, le monnayage des métaux précieux avait été rapidement adopté par tous les États, grands et petits. Toutes les villes de Grèce, de Phénicie, les satrapies perses, la cour achéménide elle-même émettaient du numéraire; mais il n'était pas estimé au prix de celui d'Athènes, qui se répandit dans tout l'Orient et longtemps fut en usage. Plus tard, on le remplaça par le tétradrachme d'Alexandre le Grand, dont le cours fut encore plus étendu (3).
A la prospérité politique et commerciale correspondait un essor intellectuel plus complet que ce qui s'était jamais vu (/i). En sculpture, en architecture, la Grèce atteignait alors des sommets
(1) L'apparition, dans la Palestine méridio- tion; le détail dans les ornements, si courant nale, de la peinture cérami<|ue grecque à su- dans les arts extrême-orientaux, dans le jets noirs sur fond rouge, eut lieu au cinquième byzantin, n'entrait que pour la proportion siècle avant lère commune. (H. Vincent, juste nécessaire dans le sentiment artistique Canaan, 1907, p. 14.) chez les Gréco-romains. Le goût existait aussi
(2) E.'cuRTius, Hisl. grecque, 1883, l. II. Trad. bien chez l'homme riche et instruit que chez fr., p. 556. l'ignorant et pauvre et le vase d'argile en
(3) C'est ainsi que le thalari de Mar ie- usage dans les foyers modestes était auss Thérèse d'Autriche a encore cours dans une beau par .ses lignes que les cratères d'or des partie de rAfricjue Orientale, et que la Chine puissants. Cette aptitude de tout un peuple, préfère la piastre mexicaine à toute autre nous la retrouvons plus anciennement en monnaie. Egypte, avec des conceptions différentes du
(4) Ce qui caractérise le goût romain et plus beau. De nos jours, malgré les encourageencore celui des Grecs, c'est le besoin inné menls donnés par les Etals aux arts, le sentichez ces peuples de faire en tout œuvre d'ar- ment de l'esthétique est l'apanage des clastiste. Il n'était pas un artisan qui ne cherchât ses instruites. 11 n'est pas inné chez les peuà donner au produit de son travail un aspect pies modernes; la richesse ne le donne pas. agréable à l'esprit et aux yeux. Le moindre L'utilitarisme est au vingtième siècle le but ustensile de cuisine, par exemple, le moindre presque unique de la grande majorité dans des objets usuels était gracieux, souvent même tous les pays.
beau, par ses lignes et par son ornementa-
qui n'ont pas été dépassés (1) ; l'histoire naissait avec Cadmos de Milet, Acusilaos d'Argos, Ilécatée et enfin [lérodote. C'était l'histoire anecdoticjue dont les vues et les procédés se sont conservés jusqu'à nos jours. 11 appartenait aux temps modernes de se placer au-dessus des anecdotes et d'envisager, dans l'histoire, les eflets et les causes.
Celte paix, due à la suprématie d'Athènes, ne fut pas de longue durée; Gorinthe, la ligue péloponésienne, les guerres qui se suivirent, d'insignifiantes querelles, amenèrent le déclin de l'Attique et, en même temps, celui de toute la Grèce. L'hégémonie passa aux mains des Spartiates, Thèbes prit une situation importante ; les jalousies et les haines régnèrent en maîtresses dans l'Hellade et, avec elles, les procédés les plus honteux. Les Lacédémoniens, en effet, ne rougirent pas d'appeler les Perses contre Athènes.
La Grèce n'était occupée que de disputes et de philosophie, on analysait tout, on discutait tout, jusqu'aux choses les plus essentielles de la vie nationale: c'était le déchaînement de l'égoïsme.
« Aucune constitution, et la constitution républicaine moins que toute autre, ne pouvait longtemps subsister ; car, dès que le juste et l'injuste, l'honneur et la honte, la vertu et le vice, tout enfin n'est plus qu'une chose relative, qu'il apparaît à l'un de telle façon, à l'autre de telle autre, un pareil état d'esprit mène fatalement à la décomposition de toute société (2). »
Socrate, sentant le péril imminent pour sa patrie, voulut réagir ; et ce qu'il demandait n'était certes pas nouveau pour les Hellènes, car on le lisait inscrit en lettres d'or sur le fronton du temple de Delphes ; « Connais-toi toi-même. » Socrate était un patriote, cherchant la rénovation morale de ses concitoyens ; il mourut victime de ses sentiments de juste humanité, de son nationalisme.
Le siècle de Périclès, le grand siècle, voit apparaître, pour la première fois, des hommes faisant non plus la gloire d'un peuple,
(1) Il ne nous est malheureusement rien culanum étaient de simples décors muraux
resté de la peinture antique ; seules les fres- n'ayant aucune prélention à la f^rande œuvre;
ques romaines de Pompéi, d'Herculanum et aussi ne faudrait-il pas les considérer comme
de Rome sont parvenues jusqu'à nous, ' de types de la i)einture des maîtres dans l'école
même que la fresque dite Aldobrandini, du romaine. L'école romaine elle-même n'était
Vatican. Ces quelques restes ne font (ju'ac- <]u'un pâle rellel de celles de Grèce, et en .
croître nos regrets de ne rien connaître de particulier de celle d'Athènes dont nous con-
Polyf^note, d'Apelle,de Zeuxis, de Parrhasios, naissons sur les vases (Lekylhos; le merveil-
et de celle pléiade de maîtres dont les an- leux dessin.
ciens vantaient le talent à l'égal de celui des (2) E.CvRtws, Hisl. grecque, Trad. fr., t. IV,
sculpteurs. Les fresques de Pompéi el d'Her- p. 123.
Zi38 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
d'une cité ; mais appartenant à celle du monde. Périclès luimême, Phydias, Socrate, et tant d'autres de cette époque, font honneur au genre humain tout entier.
Pendant que la Grèce rayonnait de toute la splendeur de sa civilisation, un autre empire hellène, celui de l'Occident, brillait, lui aussi, d'un vif éclat; mais la Grèce occidentale était, comme sa mère-patrie, divisée, affaiblie par les haines, les rancunes, les jalousies. De perpétuelles luttes entre villes venaient sans cesse entraver le progrès. En Orient, les Perses semaient la discorde dans le monde grec ; en Occident, c'était Cartilage qui, surveillant avec un soin jaloux les moindres fautes de la Sicile, ne laissait pas que d'en profiter et d'affaiblir, par tous les moyens, ces étrangers venus en intrus dans des parages qu'elle considérait comme son domaine.
En Italie, la colonisation, commencée à lapygia, s'était rapidement continuée au long de toute la côte, depuis la pointe extrême de la péninsule jusqu'à la Campanie. Tarente, Métapoiite, Sybaris, Thurium, Crotone, Rhegium située en face de Zanclé en Sicile, Eléa, Posidonia (Paestum), Naples, Cyniea (Cumes) étaient les principaux établissements grecs d'Italie.
En Sicile, les colonies hellènes occupèrent la côte orientale et TTiéridionale de l'ile ; les principales furent Syracuse, Mégare, Hyblaea, Gela, Camarina, Agrigente, Sélinonte, Léontini, Catane, Zanclé, Himera, etc.
L'histoire de la Sicile est celle de toutes ces villes qui, disputant leur indépendance à leurs voisins grecs ou carthaginois, luttant sur mer contre les Tyrrhéniens, dans l'intérieur de l'île contre les anciennes races sicules, passèrent fréquemment de la puissance à la déchéance, d'une domination à une autre.
Syracuse sut triompher de ses voisins d'Afrique et étendre sa domination sur toute la partie orientale de l'ile. Riche et respectée, gouvernée par des tyrans amis des lettres et des arts, elle connut une splendeur bien comparable à celle d'Athènes; l'éloquence, les études historiques reçurent, de la part des maîtres, une impulsion très grande. On construisit partout de superbes édifices ; Syracuse devint une immense cité. En /i66, elle chassa les tyrans pour vivre en démocratie ; une constitution fédérale s'établit alors en Sicile.
Si la Grèce occidentale avait connu, en Sicile, une unité sous
LA i'iu':poM)i;uANCi-: iuanienne
l'hégémonie de Syracuse, il n'en fut pas de même pour l'Italie, où Tantagonisme entre villes d'origine achéenne, doriennc ou ionienne, demeura faiouche. L'histoire de ces colonies, pour un temps si florissantes et si riches, n'est qu'une succession de guerres de ville à ville, do |)illages et de ruines.
La Sicile gréco-punique.
Sybaris, Crotone, Métaponte, les Achéennes, furent d'abord les cités les plus prospères et les plus puissantes. Elles cherchèrent à s'emparer de tout le Sud de l'Italie. Siris, d'origine dorienne, fut détruite {580 av. J.-C), puis Crotone et Sybaris entrèrent en lutte et Sybaris fut entièrement ruinée (510). Crotone elle-même s'éteignit dans l'anarchie. En sorte qu'au temps des guerres médiques il ne restait plus rien de la puissance achéenne dans la Grande-Grèce.
Tarente devint alors la ville importante de l'Italie méridionale. Thurium, soutenue par Athènes, eut aussi son temps d'éclat.
Mais la haine de Corinthe poussait les Athéniens vers ses colonies de Sicile. En attaquant Léontini, ville ionienne, les Syracusains lui donnèrent prétexte d'intervenir (427). Des flottes et un important corps d'armée furent envoyés du Pyrée; la guerre dura
ii/,0 LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
(le longues années et, à plusieurs reprises, Syracuse fut à deux doigts de sa perte. Mais cette campagne devait se terminer pour Athènes par un désastre (/il3). Son armée fut anéantie, six à sept mille de ses citoyens épargnés dans le massacre des gorges d'Acrae et des bords de l'Asinaros devinrent esclaves. Les généraux furent mis à mort.
Quant aux villes siciliennes, l'issue de la guerre ne leur fut pas heureuse. Les vieilles discordes de ville à ville se réveillèrent;
Écriture punique (1).
et les Egestains, livrés sans défense à Syracuse par Teirondrement de la puissance athénienne, appelèrent les Carthaginois (/i09).
Hannibal, petit-fils d'ilamilcar, vint en Sicile et bientôt Sélinonte, Himera, Agrigente ne furent plus que monceaux de ruines.
Ainsi, partout le monde hellène se déchirait à belles dents ; les sentiments théoriques élevés, les rêves des rhéteurs et des philosophes, n'avaient été d'aucune influence sur les haines séculaires des Grecs entre eux. Les temps qui succédèrent aux guerres médiques et qui précédèrent l'accession d'Alexandre ne virent que troubles, querelles, trahisons, bassesses, égoïsme des villes et des hommes. On se demande comment il se peut faire que les arts, les sciences et les lettres aient pu devenir si florissants dans un milieu aussi troublé, comment des peuples si vindicatifs et cruels furent aptes à émettre des théories humanitaires et égalitaires aussi élevées.
La conduite des Hellènes fut toujours en contraste avec les principes qu'ils affichèrent avec tant d'éclat: leur vie privée comme leur vie publique en montre mille exemples. Fut-il, entre autres, un régime politique plus éloigné de la forme républicaine que la démocratie hellène ?
Mais entre la mentalité de ces peuples et celle des Orientaux vermoulus, quelle difterence! Malgré leurs défauts, malgré leur impuissance politique, les Grecs commençaient à diriger le monde.
(1) Cf. Corpus In.fcr, sémil., l" partie, n* 176. « Vœu fait par ton serviteur Melekjaton le Suffêle, fils de Maherbaal le Suffète. »
LA PRKPONDÉRANCI-: IRANIENNE /,/|l
Les Perses avaient rêvé l'Empire universel ; leurs forces se brisèrent devant une civilisation supérieure à la leur. S'ils avaient vaincu la Grèce, il n'en serait résulté qu'un accroissement insignifiant de leur domaine, car, au delà, se présentaient de nouvelles terres à conquérir. La INIéditerranée tout onlière, plus civilisée déjà que l'Orient, était pour les ambitions impériales une proie vraiment désirable, et les Aclièniénides y avaient songé puisqu'ils entrèrent en relations avec Carthage ; mais c'eussent été ensuite les peuples du Nord et du Centre de l'Europe, qu'il eût fallu conquérii', tribus barbares à peine améliorées par quelque peu d'influence grecque ou phénicienne, fermement attachées à leur indépendance.
Darius avait fait l'expérience des Scythes ; son fils et lui-même, celle des Grecs; ces deux guerres eussent du suffire pour éteindre chez les Orientaux les ambitions impériales. Ce n'était pas aux royaumes vermoulus qu'il était réservé de commander à toute la terre; leurs rois avaient dans les veines trop de sang asiatique, dans la tête trop de cette ancienne mentalité inapte aux conceptions générales (1).
C'est vers 600 av. J.-C. que les Phocéens fondèrent, sur la côte de Ligurie, la ville de Marseille. Déjà les autres points avantageux avaient été occupés, ils n'eurent donc pas le choix.
Lorsque les Phocéens apparurent dans l'Occident de la Méditerranée (2), vers la fin du septième siècle, ces mers étaient parcourues par des vaisseaux appartenant à trois ou quatre marines, dont les ports d'attache se trouvaient sur les côtes voisines. C'étaient les Ligures, en Provence, vers Gênes, dans les Baléares, sur les côtes d'Espagne ; les Étrusques dont les flottes étaient maîtresses dans la mer Tyrrhénienne (3) ; les Tartessiens (4) (du royaume de Cadix) occupant les portes d'Hercule et les côtes voisines, tant en Afrique qu'en Europe. Enfin, les Carthaginois qui, n'osant guère s'aventurer en vue des côtes d'Italie, se
(1) Il est curieux de rapprocher des textes Cf. Menant, Ann. a.tsyr., p. 221) ou « Par la
assyriens ceux des Perses achôinénides, en volonté d'Assour, mon seigneur, j'ai » etc..
ce qui concerne le rôle de la divinité dans les (Assourbanipal).
expéditions militaires. Le Perse dit :•< Ormazd (2) C'est à cette époque que le pharaon
m'accorda son secours ; par la grâce d'Or- Necho fil exécuter le périple de l'Afrique
mazd, mon armée tua beaucoup de monde de (Hérodole. IV, 42).
l'ennemi. » (.1. Oppeut, les Inscripl. des Aché- (3) Tile-Live, I, 23, 8; V. 33, 7 ; Velleius, I, 7;
ménides, 1851, p. 121. Inscr. de Darius I, à Cf. Muller et Deecke, Die Elrusker, I, 1877,
Bisoutoun) ; l'Assyrien disait : « .le me suis p. 16(), sq.
recommandé à Assour, mon seigneur, et j'ai (4) Avienus. 462-463, 22^, 2^. marché vers le pays d'Elam. » (Sennacherib,
LES PREMIÈRES CIMLISATIOXS
montraient sur celles d'Espagne (1), de Sardaigne (2) et aux Baléares 8).
Après avoir visité le royaume de Tartessus /i sans s'y fixer (5) fait escale sur le Tibre où Tarquin l'Ancien les reçut en hôtes (6), les Phocéens s'arrêtèrent enfin dans la baie de Marseille (7). Protégée par ses îles, apte à la formation d'un centre commercial important 8\ ]Marseille formait la tète de ligne des voies qui, remontant le Pihône, conduisaient en Suisse, en Belgique et dans l'Allemagne du Nord, de celles qui, par Carcassonne et Toulouse, permettaient de gagner les plages de l'Océan (9.
La nouvelle colonie se développa rapidement. Les Perses venaient d'asservir Phocée, la mère-patrie; ce fut pour Marseille et Alalia, en Corse, l'occasion de recevoir d'importants renforts.
Mais les Etrusques et les Carthaginois ne pouvaient voir que dun très mauvais œil cette puissance maritime qui grandissait dans leurs propres mers. Ils s'unirent (10) et l'écrasèrent (11). De tous les comptoirs phocéens de l'Occident, il ne resta plus que ^Marseille isolée, sans mère-patrie; mais qui, renonçant à la suprématie maritime, lança ses commerçants vers les pays neufs de l'intérieur, et commença déjouer un rôle très important dans la Gaule méridionale (12 .
Pendant que les Phocéens tentaient vainement de s'emparer de la thalassocratie dans la [Méditerranée occidentale c'était alors le
(1) Tyr, (]ui avait fondé des comptoirs sur les côtes espagnoles, semljle les avoir abandonnés au huitième siècle, lors des difficultés que lui causa l'Assyrie. Cf. C. Julli.\n, llisl. Gaule, t. I. 1908. p. 197. note 4.
f2) Diodore de Sicile, V, 15. 4.
(?î) Vers t)54, Carihage semble s'être installée aux îles Baléares, d'ap. Tiniée (Diodore, V, ttî, .S).
(4) Le royaume de Cadix était alors extrêmement florissant et riche (Hérodote. IV, l.-)2) Stésichore (ap. Strabon, III, 2, 11; Jw<tii}. xi.iv. 1:4, 14, etc.) remontant à une anti(|Milé de six mille ans. prétend-on f./u.s///?, xliv, 4; S^viô. III, 1, 6: Miicrobe. I. 20, 12;.
(.i; Enire 6C0 et 601 ? Cette date est calculée ai)proxiniativement d'après l'avènement d'Arganlhonios qui aurait régné ((ualre-vingts ans et serait mort au plus tard en 540 (Hérodote, I. 163 et 165), C. Juli.ian. Hixl. Gaule, l. I, 1908, p. 199, note 4.
(6; Juxtin, XLIII, 3, 4: Cf. C. .Iullian, Hist. Gaule, 1908, t. I, p. 200 et note 2.
(7) Vers 600 av. J.-C. (Arislote, ap. Athénée, XIII, 36, p. 576; Trogue Pomi)ée, ap. Justin, XLIII, 3; .S/r<if-.. IV, i. 4) ; — Plutaroie, Solon, 2. Cf. pour le récit traditionnel de la fondation de Marseille, C. Jii.lian, Hixt. Gaule, 1908, t. I, p. 201.
(8) Les archéologues ne s'accordent pas au sujet de l'emplacement exact de la ville phocéenne ; les uns (Bayle, 1838; Verdillon, 1866; Rouby, 1873; StofTel, 1887, etc.) pensent qu'elle occupait la hutte des Carmes, les autres (Albanès, Clerc), supposent qu'elle se trouvait à la butte de Saint-Laurent.
(<)) Cf. C. JuLLiAN, Hist. de la Gaule, 1908, p. 63, VII. Croisement en Gaule des voies européennes, p. 65. VIII. La Gaule, intermédiaire entre le Nord et le Sud.
(10) Le traité de 509 entre Rome et Carihage est peut-être relatif à ces événements (Polybe, IlL 22).
(11) En 5.35, Cf. Hérodote, I,6G; Strab., VI, 1-1: Aulu Celle. X, 16, 4.
(12) Les Phocéens de Marseille fréquentaient tous les marchés des côtes depuis Gênes jusqu'à la Catalogne et plus spécialement celui de P> réné{Port-Vendres) (AL'ienus, 558, sq. ; Hérodote. II, .38). Dans l'intérieur, ils avaient installé des comptoirs; le plus florissant fut celui d'Arles {Avienu.^, 689), au passage du Rhône et au port des bateaux qui descendaient et remontaient ce fleuve. Ils avaient occupé Monaco (Hécatée, ap. Stepli, Byz.).
LA PRÉPONDÉRANCK IRANIENNE
.Wi
temps où Cyrus régnait sur les Perses), pendant (jue Marseille répandait peu à peu son influence bienfaisante chez les populations Ligures (1), les peuples du Nord de l'Europe s'agitaient.
Les Celles (2) habitaient alors les plaines basses de l'Allemagne septentrionale, les îles sur les côtes de la Frise (3), et la presqu'île danoise, sol bas et marécageux, où les hasards des migrations les avaient conduits quand, venant d'Orient au travers des plaines de la Russie centrale et de la Pologne, ils avaient été poussés vers la mer du Nord par les flots humains qui les suivaient.
Les Celtes étaient des Aryens (ù) prochement apparentés aux ■Gaulois (|ui les joignirent plus tard (5) et dont vraisemblablement ils n'étaient ({u'un rameau; plus éloignés des Germains (6),
(1) Un des premiers soins des Plioct'eiis fui d'importer en Gaule Tusage de la mmi- Tiiiie, base de toutes les trausaclions coiiiiiht- ■ciales. Les plus anciens coins furent au lype de Pliocée; c'étaient de petites monnaies d'ar- :gent (obole, 0 gr. 55 à 0 gr. 57) qui bientôt furent usitées et imitées dans tout le sud de la Gaule. (Cf. Blaxcard et Lauoier, Icon. des mon. du Trésor d'Auriol, Marseille, 1872: — Lauoier, les Monnaies Mnssdlioles du cabinet des médailles de Marseille, 1887; — Blanciiet,
Traité des Monnaies gauloises, 1905, p. 'iH], sq.).
(2) Le nom de Celtes était au début inconnu •des Romains et la première indication qu'ils nous fournissent au sujet des Gaulois remonte au sixième siècle avant J.-C. (Tarquin l'Ancien). Hérodote (IV', .xi.iv) dit que l'Ister (Danube) prend sa source au pays des Celtes ^Ke^-toi). César assimile les Celles au.\ Gaulois. Diodore de Sicile (V, xii) les distingue «omme babilant au-dessus de Marseille près des Alpes et en deçà des Pyrénées. Ceux situés au-dessus sont les Gaulois {Id. Slrabon, IV, i). Fauvelle (l'Homme, 1885, p. 395, sq.) est d'avis qu'il n'y a pas lieu de sé[)arer ces deux peuples bien qu'ils eussent parlé deux dialectes spéciaux. (Cf. Si'LPicE SÉVÈRE, Dialogue: VLPiKy, Dig., XXXII.) Les Celles semblent n'avoir été qu'une brandie de la famille gaëli(iue. Slrabon (IV, i) dit que les A(|uilains étaient de son temjjs beaucoup plus rapprochés par leur idiome, comme par leurs traits, des Ibères (|ue .des Gaulois. Les Belges (César) issus de Germanie étaient les premiers avant-coureurs de l'invasion germani(]ue qui devait se poursuivre jiar les Cimbres et les Teutons, et se terminer au cimpiième siècle par les Franks.
(<) Drasidae memorant rêvera fuisse piipuli partem indigenas [les Ligures], sed alios (|uoque ab insulis extremis coniluxisse et traclibus transrhenanis (Amm. Marcellin, XV, 9, 4, d'ap. Timagène, contemporain d'AngusIe). La thèse courante fait monter les Celles en Gaule de la vallée du Danube haute ou centrale. (d'Ar- Bois, II, p. "i79 ; II)., les Celtes, p. G: — liER- TRAND, la Gaule avant les Gaulois, p. 25t>--2,'i8; —
NiEZE, p. 151; — SciiRADER, Heallexikon. 1901, p. 9u2; — IIiRT, Die Indogermanen, I, 1905, p. 171, s([. Lu Iradilion druidique est acceptée par Marcks, Bonner Jalirbuclicr, XCV, 189't, p. :i() et par C. .Iui.uan, Hist. Gaule, t. I, 19U8, p. 227, s(|.
(4) C'est peut-être dans le bassin de la mer Baltique «pi'il faut chercher le berceau de cette langue indo-européenne qui donna à notre continent sa première unité sociale. Je ilis langue et non pas race (C. Jui.lian, Hist. Gaule, 1908, t. I, p. 233 et note 3). La parenté des racines celtiques et germanitiues a fait émettre celte hypothèse. D'autre part les aflinités des langues phrygo-hellènes et italiotes avec les groupes occidentaux obligent à reporter plus à l'est le berceau commun. Enfin la parenté entre tous les groupes que je viens d'énumérer et les langues irano-indiennes nous obligent à chercher plus loin encore vers l'Orient. Il se i)eut que les langues celtogermaniques se soient dé\elo])iiées dans l'Allemagne du Nord et qu'elles aient pris le faciès que nous leur connaissons, mais à cou[> sûr elles ne sont pas nées dans ces pays inhabités jusfpi'à la fin de l'époque glaciaire.
(5) Les Galates ou Gaulois qni vinrent se joindre aux Celtes au numient où Brennos marchait sur Delphes étaient leurs proches parents. Les auteurs de l'antiquité ne surent jamais distinguer entre ces deux branches, donnant aux Celles le nom de Gaulois et inversement (t;f. PuTARoiE, l'aulEmile, 12, etc.).
(fi) Les pays de l'ambre étaient aussi, semble-l-il, habités par des Celles sous le nom vague <riIyperboréens (Héraclide de Pont, aj). Pi.iirARnnE, Camille, 22: — C. Jullian, //i.v/. Gaule, l. I. 1908. p. 237 et note 5). Celte extension des Celles jus(praux plages voisines de Kœnigsberg semble bien exagérée, si le terme celtes désigne des peuples définis autrement que par un nom vague, tel que les Anciens en appliquèrent aux peuples sur lesquels ils ne possédaient que peu de notions. Cf., sur la parenté des Gaulois et des Germains, C. Jul- LiAN, Hist. Gaule, t. I, 1908, p. 2i3, note 3.