IVI
peuples appartenant à une autre vague indo-européenne. Les Celtes faisaient partie de ces hordes qui avaient laissé les Phrygo-Hellènes, les Ascaniens sur le Danube, les Italiotes dans la Styrie, la Carinthie, et peut-être aussi qui avaient envoyé déjà dans la Gaule et l'Espagne les éléments indo-européens de la
race Ligure.
Italiotes, Phrygo-Hellènes, Celtes, Iraniens, Ascaniens, etc., étaient séparés les uns des autres depuis de longs espaces de temps; leurs langues avaient évolué séparément, accentuant les différences qui, à l'origine, séparaient déjà ces tribus.
Leurs mœurs, leur physique même s'étaient modifiés, s'adaptant aux nécessités du sol sur lequel ils s'étaient fixés ; en sorte qu'au moment où, pour la première fois, nous rencontrons ces diverses branches, elles sont si éloignées les unes des autres qu'on serait tenté d'en faire des peuples difïerents (1).
Les Celtes s'étaient transmis d'âge en âge le récit de leur exode. Une fatalité, disaient-ils, s'acharnait contre eux, des guerres incessantes troublaient leur vie ; la mer inondait les rivages et «ses flots bouillonnant» leur arrachaient les terres. Ils avaient pour ennemis et les hommes et la nature, il fallut partir (!2).
Nous avons vu, antérieurement, combien les côtes du Nord de l'Europe sont exposées aux ravages de la mer ; c'est un de ces cataclysmes, une de ces inondations causées par un aflaissement du sol, qui, joint à des guerres entre tribus, obligea les Celtes à s'expatrier vers le sud.
(1) Au moment de leur migration, les Celles connaissaient le bronze et en étaient mê-me à cette cinquième et dernière phase des arcliéologues Scandinaves (Cf. Worsaae, Nordiske oldsager, Copenhague, 1859; — Undset, Jernalderens Deijyndelse i Nord Europa, Christiania, 1881; — Mo.NTELUs, lex Temps préhistoriques en Suî-de, trad. fr. 1895; — 1d., Kullurgeschichle Srhwedens, 190(5 ; — S. Muller, Nordische^ Alterlumskunde , 1897], peut-être même à l'Etat du fer. On suit leurs traces dans le nord de l'Allemagne, la Belgique; mais plus loin le caractère nordique de leur industrie semble s'être modifié. Les Celles, en ellet, trouvèrent chez les Ligures la connaissance de tous les mêtau.\. O. Montelius fait venir la connaissance du bronze d'Orient en Scandinavie (Cf. Temps préhist. en Suède, Trad. fr., 1895, pp. 57-02; par la roule de terre, plus spécialement par la vallée de l'Elbe. Cette opinion concorde avec tous les documents fournis par l'archéologie. D'autres supposent qu'il a été imaginé sur place (en Scandinavie); d'autres enfin qu'il a été révélé par des hommes de la
mer. Ces deux hypothèses semblent être bien fantaisistes lune et l'autre.
Sur les rapports entre le commerce de l'ambre et le développement de la civilisation du bronze dans le Danemark, Cf. Sophus Miller, Xordische Allerlumskunde, I, p. 316, sq.
C. Jùilian (Hisl. Gaule, 1908, t. I, p. 228, noie ^) dit qu'il n'y a aucune trace de char de guerre en Gaule avant les temps gaulois et que les anciens ont remarqué que les Ligures étaient surtout des fantassins. Or, dans les tunuili Halstattiens de la forêt des Moidons (.lura), j'ai rencontré les restes d'un char. Il n'est pas possible de dire si ce véhicule était utilisé à la guerre ; mais son époque se trouve déterminée par l'observation de C. Jullian.
(2) Aviénus, d'ap. le per/p/e d'Himilcon? est le premier auteur parlant de la migration des (Àdles vers la Gaule. — Ephore, ap. Slrabon, VU, 2, 1 ; — Aristote, Ethique à yicomaque, lu, 7 (10), 7; Eudème de Rhodes, III, 1, 25; — Nicolas de Damas, fr. 104; — Elien, Hisl. Var., XII, 23 ; — Cf. C. Julll^n, Hist. Gaule, 1908, t. I, p. 228, note 3, p. 229, note 1.
LA PHKPOXDÉUANCE IRANIENNE
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Ils vinrent so présenter sur les bords du Rhin inférieur (1) ; les uns le traversèrent (vers 530) et s'avancèrent (2) jusqu'au centre de la Gaule après avoir parcouru la Belgique (3), les autres se tinrent sur la rive droite du Uhin ; tandis que des lambeaux de la nation continuèrent de vivre dans ce que la mer avait épargné du domaine de leurs ancêtres (/i).
Les Celtes venus se fixer en Gaule (5) n'occupèrent que le centre du pays, les bassins de la Seine, de la Loire et de la Saône. Le Midi resta aux Ligures, de même (jue l'Armorique, la Normandie et la Belgique même, dont les aborigènes reprirent possession après le passage des envahisseurs (6).
Mais pendant que les hordes du nord s'avançaient vers le plateau Central, des peuples du midi, les Ibères (7), venant d'Espagne, franchissant les Pyrénées, entraient en Gaule (vers 500- 475 av. J.-C.)(8) et, absorbant les Ligures, s'emparaient de tout le sud du pays.
(1) Les Celles, en franchissant le Rhin, avaient laissé dans les plaines du nord-ouest de l'Allemagne une masse de tribus, leurs congénères, qui, n'ayant pas les mêmes raisons qu'eux de s'expatrier, demeurèrent pour longtemps dans les districts où elles étaient cantonnées. Cependant un groupe d'entre elles, celui des Belges, s'avança vers 308 av. J.-C, suivant la voie suivie jadis par les Celtes, les refoula en même temps que les Ligures occupant le nord de la Gaule. En 50 ans, les Belges s'étaient établis dans tout le nord et l'est des pays celtes. Ils occupèrent toutes les vallées des deux côtés des Ardennes, la Moselle, l'Aisne, l'Oise, la Somme et ne s'arrêtèrent qu'à peu de distance de la Seine. Dans l'Est ils s'étendirent sur les vallées du Doubs et de la Saône, le long des lacs de Neuchatel et de Genève et jusque dans le Valais. (Cf. Jullian, Hist. de la Gaule, t. L 1908, p. 313 sq. et notes.)
(2) La même voie fut suivie plus tard par la conquête franque. Tournai, Cambrai, Soissons, etc..
(3) Aviénus (129-13i) semble indiquer (141- 142, 145) que les Celtes vinrent par le rivage flamand et picard, à moins que ce ne soit par mer, comme plus lard les Saxons et les Norlhmands. Dans cette dernière hypothèse, la colonisation de l'.Vnglelerre se serait faite en même temps que celle de la Gaule.
(4) Au sujet des Celtes qui demeurèrent dans le nord de l'Allemagne, Cf. Tacite, Germanie, 37; — Strabon, VH, '2, 1; — Epuoue, fr. 38; — Ed. Didot, Fr. Hisl. Gr., l, p. 213 ; — Plutarque, Marias, 11 ; Denys d'Halicarnasse, XIV, 1.*
(5) Les Celtes qui parvinrent en Gaule n'étaient pas très nombreux, deux ou trois cent mille hommes au plus. Les Cimbres et les
Tenions, lors de leur départ, étaient trois ceu mille soldats suivis des femmes et des enfants (Plutarque, Marias, 11). Chez les Suèves, cent mille soldats étaient levés chaque année (César, IV, 1,3). Les Gotlis, lors de leur entrée dans l'empii-e romain, étaient tout au plus un demi-million (Fustel de Coulanges Inslilulions, II, p. 408; — Euxape, Ed. Didot, Fr. hist. Graec, IV, p. 31). Les Burgondes n'étaient que quatre-vingt mille combattants correspondant à une population de trois cent mille têtes environ. (Orose, VII, 32, 12). On est surpris de la petitesse de ces nombres quand on songe aux résultats obtenus pur ces diverses invasions.
(6) Cf. C. Jullian, Hisl. Gaule, 1908, l. I, p. 244, note 4.
(7) L'origine des Ibères et de leur langue a suscité les hypothèses les plus diverses. On les a tour à tour fait venir du Caucase et de l'Egypte, on les a traités d'aryens, de sémites, de touraniens; on les a tantôt assimilés et tantôt opposés aux Celtes ; et, de plus, leur situation à l'extrême Occident leur a valu de passer aussi pour la descendance d'Américains, immigrés en Europe dans les temps fabuleux où la terre de l'Atlantide réunissait les deux continents. (C. Jullian, Hisl. Gaule, 1908, t. I, p. 256; — R. de Bei.loouet, t. II, p. 239, s<i.; — Bladé, Étude sur l'origine des Basques, 1869; — Piiililps, Die Einwanderung der Iberer, 1870, in Sitzumj.^b d. Akad d. Wiss. phil. Hisl. Classe, Wien, LXV ; — Laoeau, Anthrop. de la France, 1879, p. 599, in Dicl. encycl. des se. médic. ; — d'ArboisJde Jubainville, les Premiers habitants de l'Europe, I, 1889, p. 24, sq.).
(8) L'antériorité de la migration celtique sur celle des Ibères est établie par C. Jullian