II. \ M l.ll
pas; chacun évidemmenl est libre de prendre son plaisir de la façon qui lui con-
M. GOT, dans le rôle de P
vient le mieui ■ pour moi, je ne saispas de divertissemenl plus grand pour n
espril que de voir mit la scène des actions el des personnages qu] me font penser.
Les raisons tirées de l'interprétation et de la mise en scène sout surtout d'ordre physique ; le soir de la première représentation, on n'a pas assez éclairé la scène durant certains tableaux, et il est reconnu que « l'on entend mal au théâtre quand on n'yvoit pas ». J'accorde qu'une cerlaine obscurité esi nécessaire pour les apparitions du spectre, mais il faudrait combiner les choses de telle façon que l'illusion du surnaturel se produisît sans que la réalilé fût cachée aux yeux. Ainsi, dans l'entrevue de Hamlet avec Gertrude, on apercevait Je fantôme du père, mais on ne voyait ni la mère ni le fils : c'est trop sacrifier l'un des deux éléments d'intérêt. Une autre cause matérielle de la froideur du public a certains passages, c'est que M. Mounet-Sully a, par omments, trop baissé la voix. Moi, qui sais Hamlet à fond, j'entendais l'artiste comme les sourds entendent parfois les personnes, au seul mouvement de leurs lèvres; mais tout le monde n'a pas le devoir de connaître les répliques des personnages de théâtre, et M. Mounet-Sulh. auquel je n'adresserai que cette critique, a ainsi diminué en certains endroits son succès — et même le succès.
.Mais cette réserve formulée, — et le défaut peut être si facilement corrigé! — quelle admirable créalion a faite M. Mounet-Sully!
Avec M. Mounet-Sully, Hamlet est bien
l'homme que j'ai dépeint, victime touchante,
sympathique, de la fatalité, et poursuivant par
des moyens aussi audacieux que puissants la
réalisation de la mission qui lui est imposée par
son père mort. Oui, M. Mounet-Sully est bien
Hamlet-Oieste! Il est aussi Hamlet le philosophe,
Hamlet le rêveur, Hamlet le mélancolique. Je
n'ai jamais si bien compris qu'en voyant
M. Mounet-Sully celte phrase du commentaire
de Victor Hugo sur Hamlet : « 11 y a entre la vie
et Hamlet une transparence; c'est
le mur du rêve; ou voit au delà,
mais on ne le franchit point;
RKSjflIjik comme la grande larve d'Albert
*y& ^jj^jj-^ML ^£1 ■**- Durer, Hamlet pourrai!
\1 aSIP^K^^à se nommer Melancho-
lia. »
M. Mounet-Sully est aussi Hamlet l'amoureux, Hamlet le poète. H es! beau. Il est la représentation vivante de l'Hamlet d'Eugène Delacroix, avec quelque chose de plus |iuiss;inl encore.
M. Mounet-Sully est bien l'artiste romantique qu'il fallait pour cette œuvre romantique!
Cette appréciation n'est pas Irop flatteuse ; allez voir Hamlet et vous reconnaîtrez l'exactitude de ce .pie j'écris.
Faut-il énumérer une à une les scènes où M. Mounet-Sullv a excellé? Je nierai notamment cellede l'esplanade, du livre, de la represenlaiion.de l'oratoire, du cimetière, et, en dépit de l'obscurité, l'entretien d'Hamlet avec sa ""'n'.: m;"s l '" ,hl que M. Mounet-Sully a compris son rôle comme il me paraît devoir être compris; cl pour achever cet éloge sincère, je dirai que le suprême mente de M. Mounet-Sully esl d'avoir justement donné au caractère d'Hamlet
cette unité que j'ai indiquée, cette unité souveraine, — suivanl l'expression si heureuse de M. Montégut, — qui n'exclul pas la diversité dans le jeu et la variété des effets en rapporl avec les phases de l'action.
Ce n'est pas sans quelque ennui que je passe au jugement de l'interprétation du rôle d'Ophélie, par M"* Reichemberg; j'aime, en effet, comme toul le public, le talent de M Reichemberg, et je ne mus point d'ingénue plus admirable que cette comédienne; mais elle ne m'a poinl plu sous les traits d'Ophélie.Je me représente Ophélie plus grande, moins petite ûlle, plus femme, quoique vierge; «un doux et charmanl lis i, comme dil Shakespeare. M11, Reichemberg est plutôt une pâquerette : elle en a la grâce, mais aussi la ténuité. La scène de la folie a été jouée en artiste habile, mais cela De suffi! pas. Que la charmante sociétaire de la Comédie française croie bien qu'il m'en coûte de me séparer pour une fois du groupe de ses admirateurs. Elle ne tardera pas a m'y ramener. — et non ave.- contrainte, — quand elle rentrera, elle aussi, dans son domaine, la comédie.
J'ai déjà dit comment M. Silvain et M11, Agar se sont acquittés de la tâche ingrate de personnifier Glaudius et Gertrude, deux vilaines personnes.
M. Gol a dessiné avec beaucoup d'esprit le type de Polonius : je voudrais voir l'éminenl doyen supprimer encore cette fois dans son jeu deux ou trois échappées bouffonnes. Polonius n'est pas un bouffon ; c'est un grotesque convaincu, Machiavel-Jocrisse, a dit François-Victor Hugo, qui croit que Shakespeare a voulu mettre sur la scène lord l!urleii;h, le ministre d'Elisabeth, afin de se venger de ce que ce lord avait collaboré a ce monstrueux statut U qui assimilai! a des vagabonds tniis les acteurs ambulants el les punissait comme tels.
M. Maubanl esl un spectre de belle apparence.
H. Goquelin cadet trouve le moyen de rendre drôle un fossoyeur. 11 aide ainsi à faire accepter par les auditeurs quième.
M. iMipont-Vernon a composé avec soin la figure du comédien. Les vrais artistes ne dédaignent aucun emploi : M»« Hadamard a agi de même pour le rôle de Baptista.
C'esl du reste une justice qu'il faut rendre a tous les artistes de la Comédie française: en cotte interprétation i'Ramlet, chacun apporte, même n'ayant que quelques mots à dire, un concours dévoué el sérieux.
Les décors sont d'un bel aspect, el M. liianchini a dessiné les costumes avec une érudition et un goût remarquables.
\l. \mhroisi' Thomas a ponctué par quelques notes la folie de la tille de