OPÉRA-COMIQUE A &RAND SPECTACLE EN TEOIS ACTES ET DIX TABLEAUX
Paroles de MM. Du ru et Henri Chivot Musique de M. Edmond Ai dp.w
Représenté pour ht première f"is le 30 octobre 1886
sur le théâtre de la Gaîtè
Directeur : DEBRUYÈRE. — Secrétaire général : DELILIA
Le théâtre de la Gaîtéa dépensé pour monter la Cigale n lu Fourmi autant d'argent eu costumes, en décors, en ballets, que lui en aurait conté une somptueuse féerie. La Cigale et la Fourmi n'est cependant qu'un opéra-comique, <>n. plus simplement encore, un drame-vaudeville, où les airs populaires et les romances connues sont remplacés par de la musique nouvelle.
Voici la fable que MM. Alfred Duru et Henri Chivot ont agencée sous un titre emprunté à La Fontaine.
Le bonhomme Mathias, propriétaire de l'hôtellerie du Faisan doré, à Bruges,
est le tuteur et le second père de deux nièces. Thérèse et Charlotte. Il les a fait élever à la campagne, dans une ferme des environs de Bruges. Charlotte y a pris des goûts rustiques et solides, et lorsque le rideau se lève, elle vient d'épouser un bon cultivateur nommé Guillaume. Thérèse, au contraire, n'a pris au village que le goût de la toilette, de la danse et surtout de la musique, qu'elle a merveilleusement apprise avec maître Knaps, le magister du lieu. Vincent, le fils de Knaps, est épris de Thérèse et Thérèse ne le hait point, mais elle ne veut pas se marier encore. Son rêve c'est d'aller à Bruges, d'y voir la kermesse et l'Opéra. A cet effet, elle se cache dans la carriole qui doit reconduire sou oncle Mathias à Bruges, et fouette mon àne! La voilà partie pour ce séjour de délices et de perdition.
L'hôtellerie du Faisan doré est vraiment magnifique et possède dessalons si vastes, que le duc de Fayensherg, un vieux roquentin qui joue au Richelieu avec les demoiselles de l'Opéra, dont il est le surintendant, y donne un bal masqué. M. de Fayensherg, que j'appellerai dorénavant le duc tout court, pour ne pas répéter ce mot bizarre, est marié, et sa femme, jeuue et jolie, est plus que bien avec le séduisant chevalier Franz de Bernheim. Effrayée d'avoir été presque surprise par son mari, qui, du reste, s'est à lui-même donné le change dans une scène absolument identique à celle du duc de Bouillon et de Maurice de Saxe dans Adrienne Lecouvreur, la duchesse supplie son amant d'user de stratagème pour détourner les soupçons. Le chevalier feindra d'être amoureux d'une autre femme.
Or, Thérèse, pour assister au bal masqué dont son oncle lui avait refusé l'entrée, s'est déguisée en bouquetière et offre des roses à tout venant ; le chevalier la remarque et se met à lui faire la cour, pour se conformer aux projets de la duchesse. La petite bouquetière est priée de chanter ; elle s'en acquitte si joliment que le duc l'engage immédiatement à l'Opéra.
Son succès est immense, mais, fidèle à son caractère de cigale, elle jette insoucieusement par la fenêtre l'argent qu'elle gagne avec sa voix. Bientôt le chevalier s'aperçoit que son manège l'a conduit plus loin qu'il ne l'avait prévu ; il est devenu sincèrement amoureux de la Boseline, c'est le nom de théâtre de Thérèse. Boseline partagera sa passion, mais elle entend être épousée. La duchesse jure de rompre ce mariage ; le chevalier, effrayé par l'éclat dont elle le menace, n'ose pas s'éloigner d'elle une seule minute, pendant une fête que le duc donne dans son palais ; et la Boseline, qui a tout compris, égarée par la douleur et la jalousie, cingle au visage de sa rivale un apologue qui ne vaut peut-être pas la citation de Phèdre au quatrième acte d'Adrienne Lecouvreur, mais qui produit le même effet de scandale et de stupéfaction. Du reste, la Boseline disparaît après cette dangereuse vengeance.