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ON CONSEIL JUDICIAIRE

M« Boisrobin, avocat, et M" Pagevin, avoué, s'entretiennent familièrement avant l'audience. Ils plaident dans la môme affaire: l'austère Pagevin pour

M. Thomery, qui vent faire donner un conseil judiciaire à sa femme; sémillant Boisrobin , pour M"- Thomery, une charmante

petite évaporée, qui adore M. Thomery, grignote sa dot sans malice et s'indigne qu'un mari qui se dit amoureux veuille lui jouer un tour aussi pendable.

M' Boisrobin va plus loin que sa cliente. Il ne comprend pas qu'un parei homme trouve même un avocat pour défendre sa cause; et il ne se gêne pas pour s'expliquer la-dessus avec son confrère M' l'agevin.

— Dites tout de suite, répond aigrement l'avoué, que vous ne plaiderez jamais pour un mari.

— Certainement non, répond Boisrobin, tant que je serai garçon

— J'ai pour principe, continue l'austère Pagevin (marie à une femme rèche et jalouse), que l'on doit chercher le bonheurdans un mi

Et Boisrobin :

— ("est au-~i là que je le cherche.

Voilà la note. Dieudonné, qui joue M' Boisrobin, s'est fait une tète charmante de joli avocat homme du monde, coqueluche des jolies femmes, spé-

cialiste de tous démêlés conjugaux, jusqu'au divorce inclusivement. Jolly est un Pagevin désopilant, Il est grincheux des bottes à la toque, en passant par les favoris et le lorgnon. Et cette bouche! cette bouche! Si vous allez au Conseil judiciaire, placezvous le plus près possible de la rampe, pour ne pas perdre une nuance des moues de la bouche de Jolly. Tout le succès de la pièce tient dans ce demi-pied de largeur : c'est peut-être la première fois qu'un pareil succès sort d'un « four >•. Les plaidoiries de Pagevin et de Boisrobin, voilà le clou de ce premier acte. Celle de Pagevin est ce que vous imaginez. Souffleur à part, toutes les farces qui nous ont tant réjoui dans notre enfance, quand nous avons vu jouer les Plaideurs, sont ici rééditées : exorde ampoulé, comparaisons saugrenues, coq-à-1'ane amenés par la mauvaise pagination des feuillets, que l'avoué embrouille au beau milieu de sa plaidoirie. Évidemment MM. Bisson et Moinaux sont partis de ce principe que toutes les bonnes plaisanteries ayant été faites, il ne faut pas hésiter à les reprendre, en les embellissant si l'on peut. Us y ont souvent réussi. C'est ainsi que la péroraison du discours de Pagevin a excité une hilarité générale :

« Je ne m'étendrai pas, dit l'avoué en finissant (après 11 tions employées par M"'e Thomery, pour désarmer les coin pas sur les charmes troublants de notre adversaire. »

Ces choses-là sont d'un effet irrésistible devant I ferme intention de se diverlir.

Dieudonné a répliqué avec une finesse et une désinvolture tout à fait plaisantes, de membres du barreau : ils riaient plus fort que les autres à ces mouvements d bout des doigts, à ces petits coups de bras, rageurs chez M' Pagevin, élégants chez j la manche vers la saignée du bras, à toute cette mimique moitié instinctive, moi se trahissent les caractères, les genres de clientèle.

Bien entendu, le tribunal prononce pour M. Thomery contre M""- Thomery, < nomme conseil judiciaire.

Le deuxième acte se déroule dans le cabinet de M" Pagevin. Nu, ce cabinet, sévère, g bibliothèques symétriques surmontées d'un buste d'orateur en plâtre et ses affiches

Nous n'attendons rien de précis, le premier acte ayant donné peu de chose à pré demande seulement aux auteurs de ne pas laisser, dans leur intérêt et dans celui de ce beau feu de rire qui s'est si joyeusement allumé au premier acte.

MM. Moinaux et Bisson ont imaginé de nous faire assistera la séduction de l'austèr mery. Vous devinez bien que la petite prodigue joue la comédie et que toute sa diplo d'argent possible de son incorruptible curateur. Nous tenons déjà Pagevin pour un

UN CONSEIL jrmciAiiu

pointure de son mauvais caractère ; cela rend le succès des coquetteries de M"" Thomery plus plaisant, et cela fournit le prétexte d'une série de scènes très divertissantes entre M" Pagevin, sa femme et la légion de prodigues à qui l'incorruptible avoué sert de tuteur.

M' Pagevin a épousé pour de l'argent une femme qui a dix ans de plus que lui et qui est jalouse comme une tigresse. Elle vient réclamer son mari jusque dans le prétoire ; elle veut l'embrassera l'audience et il faut, pour se débarrasser, que M'' Pagevin la bouscule.

— Voyons, laisse-moi donc tranquille. Je ne veux l'embrasser ; je suis en robe !

Mn" Pagevin gémit de tant de froideur :

— Quand je pense qu'à noire repas noces tu as refusé de prendre du café

parce que cela t'empêche de dormir!

Et Pagevin :

— En me mariant j'ai renoncé à tous es plaisirs.

— A qui le dis-tu. mon ami !

Cette épouse tendre et dédaignée doit tout naturellement être horriblement jalouse de M"" Jane May (M""" Thomery) qui vient montrer à son curateur ses petits chapeaux roses, sa toilette crème relevée de rubans jaunes et oranges, délicieusement éclairée par bouquet dépanne pâle qu'il faut ■ montant de la ceinture de Jane May à ses lèvres de jopoupée, à son petit nez de bis-

— Combien avez-vous payé ce boui? demande Pagevin, grondeur.

Vingt francs.

— Vais c'est de la folie !

— Ah ! ne me grondez pas. Moi qui l'avais acheté pour vous '

Vous voyez bien que M,,,r Pagevin a raison de faire surveiller son

e beaucoup es de binocl étaient les plis d< •■s plaidoiries o

lai-méme qu'on

'■>■. avec ses deux à rendre.

11 fiche pas : on Tt graduellement

'rraanle M-« Tho-

'in'ii tirer le plus 1 msist- ot sur la

mari par son domestique.

L'avoué, affolé par cet espionnage, veut corrompre à tout prix l'homme qui le file.

— Qu'est-ce que ma femme te donne pour faire ce métier-là?

— Une misère ; trente francs par mois. Mais madame m'a promis de me doubler si je parv« à pincer monsieur.

Je ne dis pas que tout ce comique soit bien rare ; mais il nous a beaucoup amusés l'autre soir. Nous avons ri quand on a vu M"" Thomery forcer M" Pagevin à lui faire des avances doubles, quand nous avons vu un jeune prodigue qui a surpris l'avoué au théâtre avec sa pupille exploiter cette circonstance pour réclamer deux mois d'un coup. Nous avons ri surtout quand le major Tubeuf, ancien médecin militaire, interdit comme tous les clients de M« Pagevin. se fait avancer une grosse somme à charge de persuader à M-8 Pagevin que son mari a besoin

de partir seul, subitement, pour Royan {M,m Thomery passe l'été sur cette plage". — Comment, seul ! s'écrie M"" Pagevin éplorée.

UN CONSEIL JUniCI.VIRi;.

— Dans l'état de santé de M. Pagevin, la société d'une femme...

— Mais si je vous donnais ma parole d'honneur.. .

— Je ne^vous croirais pas...

Pagevin quitte donc son épouse et son étude pour

suivre sa pupille. L'avoué rigide et grognon a disparu ;

c'est un élégant, un gommeux fringant, que M. Tho-

mery et M""3 Pagevin surprennent aux bains de mer

en tentative de détournement de pupille. Le cas de

Pagevin est très mauvais; mais il n'est pas niable.

Aussi le malheureux avoué ne tente même pas de se

justifier. 11 voit M"e Thomery tomber dans

les bras de son mari ; alors il s'aperçoit

qu'il a été joué ; il renonce à son mandat de

conseil judiciaire, et, piteusement, il se laisse

emmener par sa femme.

Je ne démêle pas très clairement quelle part l'auteur de la Mission délicate — une autre pièce charmante — a eue dans la collaboration d'Un conseil judiciaire; mais je vois très nettement quel est l'apport de M. Moinaux. Comme le disait derniè-

rement M. Alexandre Dumas dans la préface qu'il a mise au Bureau du Commissaire, M. Jules Moinaux a repris et continué la tradition de la verte et saine gaieté de Sénecé, de Gérard Bontemps, de Verboquet le généreux et de ce Tabarin qui débitait ses joyeux devis sur la place Dauphine, au pied môme de la vieille maison où ont été écrits 1rs Tribunaux comiques. Cette fois, M. Moinaux a porté ses personnages sur la scène. Il s'est dit que les mésaventures de l'homme en robe noire qui font au théâtre de Guignol la joie des petits enfants étaient sans doute propres à réjouir également les hommes, M. Moinaux a eu raison de faire cette tentative. Elle devait réussir, car il n'y a pas de plus grand plaisir, pour les grands comme pour les petits, que de s'égayer aux dépens des choses et des gens dont ils ont peur.

Ce rire-là est vieux et éternel comme les larmes.

Hugues Le Roux.

DISTRIBUTION DE LA CRÉATION

MM. .IOLLY Pacevin.

DIEU DON M: Boisrobin.

BOISSELOT Courvalois.

CORBIN Olivier.

COURTES Tubeuf.

GARRAUD Raoul.

MAYER Le Président.

MM. PEUTAT Mathieu.

ROCHE Grimblot.

MANGIN BAsncHt.

PELLE RIN Le Greffier.

Mm« JANE MAY Pauline.

D. GRASSOT M»' Pagevin.

DARLY M"" de Strade.

Le Fils de Porthos

Représentée pour la première fois au théâtre de l'Ambigu le /2 novembre 1880.

M. ROCHABD

Le drame de l'Ambigu, le Fils de Porthos, appartient à ce genre qualifié drame de cape et tFépée, genre qui plaît tant au public et dont Uexandre Dumas père a donné la formule la plus étincelante. C'est lui qui su1 mélanger avec le plus d'art l'histoire etla fantaisie. L'histoireï Oh! j'accorde fpio Dumas père la violait singulièrement,

mais.suivanl le laineux i on le lui pardonnait,

puisque c'était pour faire des enfants séduisants de bravoure, de grâce et d'esprit.

LHS PREMIÈRES ILLUSTRÉES.

Et, d'ailleurs, Dumas n'a-t-il pas accompli ce miracle que ses fictions sont devenues des réalités? En effet, avec autant de finesse critique que de raison, M. Blaze de Bury a pu écrire : « D'Artagnan appartient à l'histoire comme Don Quichotte. »

oui, d'Artagnan, Aramis, Athos et Porthos ont vécu et sont immortels :

leur existence est aussi certaine que celle d'Hercule,

d'Achille, d'Ulysse et de

Samson.

Pour profiter de cette

popularité des personnages

mis en scène par Dumas,

M. Paul Mahalin imagina

que Porthos avait eu un fils,

et il raconta, il y a trois ans,

dans le Gaulois, les aventures

de ce rejeton digne de son

origine. Le récit forma un

roman en deux volumes

qui est très intéressant, et

M. Emile Blavet vient d'en

tirer, d'une main très alerte

et très hahile, un drame en

quatorze tahleaux.

Nous n'avons pas la prétention de vous mettre au

courant de tous les exploits

du fils de Porthos et de vous >ruac se-o»

faire connaître tous les incidents qui traversent son existence, — deux volumes, quatorze tableaux! — mais nous voudrions, par notre résumé abrégé, vous mettre en goût d'aller voir... l'histoire complète.

Donc Porthos — Porthos du Vallon — a eu un fils. C'était pendant son séjour — rappelez-vous le roman de Dumas — dans un des villages de Belle- Isle-en-Mer, Locmaria, alors que Belle-lsle-en-Mer appartenait à M. le surintendant Fouquet. Le gentilhomme à la mâle prestance avait fasciné une jeune fermière, Gorentine Lebrenn, sage jusqu'alors, l'avait séduite, puis tout à coup avait disparu, laissant la pauvre femme enceinte. Corentine ignora toujours la cause de cette brusque disparition, mais nous la savons, nous, puisque c'est alors que se produisirent coup sur coup les événements suivants: la chute de Fouquet, l'arrestation de celui-ci à Mantes, sa translation à Pignerol, l'occupation de Belle- Isle parles troupes royales et la mort de Porthos dans la grotte de Locmaria. Tout cela fit que la Bretonne ne connaissait pas le vrai nom du père de son fils et qu'elle ne put, à sou lit de mort, en avouant sa faute à son enfant, lui fournir pour toutes indications qu'une date et un nom, Porthos. Elle ajoutait l'expression d'une volonté suprême, celle que Joël —ainsi avait élé dénommé le fils de Porthos

LK FILS DE l'ORTIIOS.

— allât àParis rechercher son

père, « non pas pour profiter de son nom, de la fortune et du rang qu'il occupait sans doute dans le inonde, mais pour qu'il vît ? brave fils qu'elle lui avait donné, pour qu'il l'appréciât et pour qu'il l'aimât ».

Les derniers devoirs rendus à sa mère, Joël part pour Paris avec un peu d'argent dans la ceinture et un talisman, « une maîtresse rapière à la lame longue et large, au lourd pommeau ». Pour manier cette rapière, il fallait avoir un rude poignet. Mais Joèl était bien le (ils de Porthos : il avait hérité de sa stature, de sa force physique, et la fermière, secondée par son parrain, maître Plouër, ex-bas officier du régiment de la marine, avait développé ces dons de la nature, de sorte que Joèl possédait un poing à casser des galets, un estomac à les digérer, qu'il se servaitde l'épée comme le plus fort des bretteurs et tirait un coup de mousquet comme le plus adroit chasseur. En outre du courage, Joèl avait le sentiment de l'honneur, et, ce qui ne gâte point les qualités de l'âme, de l'appétit et de la gaieté.

Ainsi armé, Joël monte dans le coche de Nantes à Paris!

Vous connaissez trop la poétique du genre pour ne pas être convaincus qui' Joël ne descendra pas de ce coche sans avoir eu un duel, sans avoir terrassé des brigands ci sauvé quelque femme, linsi il est! Et de là nait aussitôt un vif amour entre le bâtard Joël et la noble demoiselle Aurore de La Tremblaye, fille

de sire et baron de La Tremblaye, en son vivant greffier du point d'honneur et lieutenant de nos seigneurs les maréchaux de France pour la province d'Anjou.

Voilà, par conséquent, un second problème qui se pose; le premier était : h Joël Irouvera-t-il son père, ou tout au moins découvrira-t-il sa filiation? » le second est : « Joël épousera-t-i] Aurore de La Tremblaye? »

Le Breton s'occupe d'abord de résoudre le premier de ces problèmes; mais, pendant qu'il en poursuit la solution et même au moment où il pourrait la

Imp Torval.

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