CHELLE S
trouver, l'impi
udent tue l'un des mousquetaires de Sa Majesté le roi très chrétien Louis le quatorzième, un contemporain de Porthos. Cette maladresse... et cette adresseront fourrer Joël à la Bastille, d'où certes il ne sortirait pas, à moins que ce soit pour être pendu, si un haut personnage ne veillait sur lui.
Ce haut personnage est l'ambassadeur d'Espagne, le duc d'Alaméda qui — sachez-le tout de suite — est FAramis des Trois Mousquetaires, le chevalier d'Herblay, l'évêque de Vannes, le compagnon de Porthos, l'ami de Fouquet, devenu le confident de Charles II et l'instrument des Jésuites.
Ce n'est pas parce que Joël est le fils de Porthos que le duc d'Alaméda s'intéresse à ce jeune homme, car le duc ignore cette filiation tout aussi bien que Joël : le mobile de cet intérêt est tout autre et moins avouable : le duc veut ruiner le cri-
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DE l'OltïIKt.-.
dit de la Montespan, la séparer de Louis XIV et lui donner une remplaçante qui serve mieux les intérêts de la Compagnie. Or la femme que le duc d'Alaméda a choisie pour remplir cet office est M"0 Aurore de La Tremblaye, el comme il faut un mari, — pavillon couvrant la marchandise, — c'est Joël qui sera le mari, puisque les deux jeunes gens s'aiment et désirent s'unir, forl inconscients d'ailleurs tous les deux de toutes ces machinations.
En conséquence, on tire Joël de la Bastille; on le mène à l'autel et l'on a le soin, avant que la nuit n'arrive, de l'envoyer en mission auprès du maréchal de Créqui, commandant des troupes sur les frontières de l'Est. Joël part bien chagrin, mais sans défiance.
Ce qu'il a de périls à éviter, d'embûches à déjouer sur la route de Paris à la frontière, c'est à faire frémir: Car on ue voulait rien moins que rendre veuve M ' de La Tremblaye, devenue nominalement et non de fait, — vous m'entendez? — l'épouse de Joël, devenu lui-même, par le gracieux octroi du roi, chevalier de Locmaria.
Enfin, Joël arrive devant Fribourg, dans lequel le duc de Lorraine, Charles V, notre ennemi, s'était établi, et qu'assiège M. de Créqui. Là, le fils de l'orthos sauve deux fois l'armée française et s'empare, avec quelques compagnons, par surprise, de la ville, dont il ouvre les portes à M. de Créqui. Pour récompense, on le renvoie à la cour porter au roi 1rs drapeaux conquis sur l'ennemi, et Dieu en soit loué, car Joël n'arrive que juste à temps pour empêcher le duc d'Alaméda — un Aramis trop poussé au noir — de livrer à Louis XIV la pauvre Aurore, endormie par un philtre. Encore, Joël est-il obligé de mettre, pour cela, l'épée à la main et de ferrailler avec le duc, qui s'est souvenu de ses jours de jeunesse, et qui se bat non comme un homme d'église, mais comme un mousquetaire. Même, dans le l'eu de l'action, en plein combat, Aramis s'écrie : > Ah! vous voilà pris, jeune homme; je vais pratiquer sur vous le coup favori de l'ami l'orthos! » Et ces paroles amènent le dénouement. « Porthos ? Mais c'était mon père, réplique Joël en bondissant en arrière. — Votre père ! s'écrie le duc en abaissant son arme. »
La vérité éclate alors, et le duc, ainsi que le roi, renoncent à leurs projets... qu'il est inutile de qualifier.
Le chevalier de Locmaria est nomme gouverneur de Uellc-lslc el part occuper son poste, accompagné d'Aurore, qui sera d'abord... femme, puis mère d'un petit-fils de Porthos.
•le vous ai déjà prévenus que je négligeais bien îles détails; mais, outre la place qui memanque.il faut bien vous laisser des surprises quand vous irez voir le drame à l'Ambigu.
73 LKS PREMIERES ILLUSTREES.
M. Emile Blavet a vraiment l'ait œuvre de bon dramaturge, car si le roman n'est pas de lui, la mise au point d'un roman pour la scène est toujours une tâche ardue. Combien, et non des moins fameux, non des moins expérimentés, y ont échoué ! .
Un seul reproche est adressé à M. Blavet, et je ne m'associe pas à ce blâme, c'est d'avoir commis d'audacieux anachrouismes et d'avoir prêté à Louis XIV des procédés lubriques un peu vifs. Sur le premier point, M. Blavet se défendra aisément, comme le faisait autrefois Dumas, el répondra qu'il n'a pas entendu écrire une œuvre historique proprement dite, mais mettre une action fantaisiste dans le cadre de l'histoire; sur le second point, je ne me constituerai certainement pas l'avocat de la moralité de l'époux, tant de fois adultère, de Marie-Thérèse.
Le directeur de l'Ambigu doit aussi revendiquer sa part dans la réussite, car la mise en scène est très belle. On pourrait dire que les cinq tableaux de l'épisode de Fribourg — le camp, la pêche aux Français, l'escalade, la plateforme et le défilé — attireraient, à eux seuls, le public, si les autres actes n'offraient aussi des attractions réelles avec leurs combats singuliers, leurs amours, leurs festins, leurs réceptions royales, leurs scènes militaires et leurs chansons.
Enfin , l'interprétation est remarquable.
M. Chelles est d'une jeunesse, d'une bravoure charmantes: il mériterait d'être surnommé, comme Mélingue le fut jadis pur Jules Janin : « Bras de fer et coup d'épée, l'Achille et l'Ajax du guet-apens. »
MM. Gravier, Montai, Péricaud, Bartel et Fugère méritent des éloges.
M. Fabrègues a bel air sous les vêtements du roi Louis XIV. Il n'est pas de haute taille, mais Louis XIV, on le sait, n'était pas grand et portait, dit-on, pour se grandir, de hauts talons.
M"" Deschamps-Françoise d'Aubigné, M1" Vrignault-M11, de laTremblaye, M"" Danglars-M",e de Montespan, et M"" 0. Farna-Marie-Thérèse, forment un ensemble féminin des plus harmonieux.
Je cesse d'écrire pour cesser de louer, comme eût dit Boileau, le critique
contemporain du fils de Porthos.
Henri de Lapommeiiaye.
DISTRIBUTION DE LA CRÉATION