‹ Les Premières illustréesChapitre 25 sur 97 · ES FEMMES COLLANTES · texte numérisé non relu

ES FEMMES COLLANTES

Le concierge de théâtre ordinaire esl nn personnage imposant- mais le concierge de théâtre subventionné, ah : mon ami.

Celui del'Odéon m'apparut sous les espèces d'un homme de taille moyenne au\ traits nobles, à la calotte grecque et aux manières dépourvues de courtoisie. A mon premier refus, je ne parvins pas directement jusqu'à lui. Je dus m'a dresser simplement au secrétaire général du théâtre, qui me donna, avec beaucoup de bonne grâce, quelques explications. \ mon second refus, c'esl le concierge lui-même qui opéra; c'est lui qui remit, de ses propres mains mon

manuscrit. Voilà, me dit-il simplement. » Je le contemplai un instant timide

\\ait-il In la pièce seulement? Je n'osai l'interroger. Il abaissa vers i

son regard chargé de mépris, puis me tourna le dos. C'était fini!

Sans doute, d'autres pensées envahissaient cette calotte grecque et en avaient chassé la mesquine attention qu'elle m'avait accordée une seconde. Peut-être que, sous ce crâne de velours, germait déjà la conception de cette reprise magistrale ''n Songe d'une nuit d'été, avec la musique de Mendelssohn, par laquelle, doux ans après, la direction du deuxième théâtre français devait affirmer son système d'encouragement des jeunes.

Êtes-vous jamais monté dans l'omnibus de l'Odéon, portant sous votre bras ci' funeste rouleau révélateur de la pièce refusée? Il semble que tous les voyageurs vous regardent en ricanant, se doutant devotre déconvenue et jouissant de rotre humiliation. Et quand le conducteur va vous rendre votre monnaie, ce conducteur qui en a tant mi passer d'infortunes dramatiques.

on se ligure qu'il va vous dire : 1 Ah! mon ami, si vous m'aviez demandé conseil avant! »

Mais, passons!

Il me fallait donc un introducteur quelconque pour lis Femmes collantes, auprès d'un directeur de théâtre.

.l'avais lu ma pièce à M. Jouvin, ce pauvre Jouvin, le fameux critique du Fi<iaio d'autrefois, qui vient de mourir. M. Jouvin, donl tout le momie connaît la rare érudition el le grand laleni d'écrivain critique, était en même temps un homme au cœur exquis. Mon vaudeville l'amusa, c'est à la bienveillance de ce charmant homme, a l affection paternelle qu'il ne cessa de me témoigner, quejedus l'encouragement le plus précieux et le plus flatteur que j'aie rencontré, en même que je suis redevable a ses bons soins et à sa protection première de chacun des accès qui inouï été successivement offerts dans le monde journaliste ou théâtral.

C'esl par M. Jouvin que j'eus de AI. Philippe Cille une recommandation auprès du directeur de Clunj .

.le portai ma pièce a Chili).

Elle J demeura a peu près un an.

Pendant le cours de cette année, j'eus le plaisir de rencontrer plusieurs fois au théâtre le directeur, qui se montra charmant avec moi. « Je vous lirai, je vous lirai, » me répétait-il. Des mois se passaient, il ne me lisait pas.

Un jour pourtant, je le tins dans son cabinet devant le manuscrit :

« Eh bien? lui dis-je.

— Mais, me répondit-il, vous savez bien que nous ne jouons pas d'opérettes à Cluny.

— Mais ce n'est pas une opérette que je vous propose.

— Allons donc! c'est plein de couplets. »

Là-dessus, le directeur ouvre le manuscrit et me montre une page où la disposition calligraphique d'un dialogue à courtes répliques pouvait à la rigueur offrir l'aspect d'un couplet.

Je demeurai un instant étonné.

« Mais ça ne rime pas , monsieur , vous voyez bien.

— Les vers d'opérette ne riment jamais.

— Enfin, monsieur, je vous donne ma parole d'honneur que ce n'est pas une opérette, qu'il n'y a pas le moindre couplet.

— Allons, c'est bon, je vous lirai plus attentivement. »

Mais je crois qu'il n'en a pas démordu et que, malgré ma protestation, aujourd'hui encore, il doit se figurer que ma pièce était une opérette.

Je vous disais donc

qu'une année environ se passa. \u bout de celle année, le directeur abandonna la direction de Cluny. J'étais sauvé. 11 me rendit mon manuscrit.

Voyez-vous si le directeur était resté là-bas quinze ans ! Je refoulai mon dépit au fond de mon cœur et mon manuscrit au fond d'une vieille malle et je renonçai au théâtre.

.le voulais faire du journalisme, de la nouvelle ou du roman, que sais-je enfin? travailler à m'acquérir de la sorte un peu d'autorité et le plus de relations possibles pour parvenirà être joué.

Seulement les relations ne venaient pas beaucoup et l'autorité ne venail pas du liuii :

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