LES FEMMES COLLANTES
Je nie mis à caresser un projet désespéré.
Je demeurais sur le boulevard de Clichyj en suivant le boulevard à main
droite, on finit par rencontrer le théâtre des Bouffes-du-Nord, làbas, là-bas, à la Villettc.
Si je me faisais jouer aux Bouffes-du-Nord ? MM. Sardou el Georges Ohnet ne doivent pas apporter tous les jours des pièces à ce théâtre-là; peut-être qu'on m'accueillerait.
Je me voyais déjà rein, en train de surveiller les répétitions, prenant tous les jours le tramway après mon déjeuner pour m'en aller là-bas.
Ça y est, je me décide, .le mets mon chapeau, je prends mon manuscrit, je suis sur le boulevard. Un tramwaj passe. Il était complet.
Ça a suffi pour me décou-
suis remonté cboz moi
efourréma pièce au fond
lie. Et le temps s'ccou-
ait toujours.
je me tournai dans un rêve vers les grands
"'': ir rager. Je si
r^^r et j'ai refoi
°^ de ma mal
I ne nuit de ûèvre et d'insomnit théâtres de genre. Je voulais aller déposer ma pièce au Palais-Royal ou aux Variétés.
Le matin me rendit mon calme.
.le me lins ce petit raisonnement :
Si le théâtre de Cluny a mis un au à nie rendre mon manuscrit, il faut bien compter un peu plus de temps pour les autres théâtres.
J'établis sur une feuille de papier le calcul d'approximation suivant :
Palais-Royal . . Deux ans et demi.
Variétés. . . . Deux ans et demi.
Vaudeville . . . Six ans.
Renaissance . . Six mois.
Menus-Plaisirs. Quinze jours (k cause du fréquent changement de direction).
Report Un nu de Cluny.
Un an et demi au fond de la malle.
Total.
Quatorze ans et quinze jours .
I.t ci' n'est qu'au bout de quatorze ans et quinze jours qu'il me faudrait aller, fatigué, flétri, écœuré, rebuté de tous les théâtres en vogue, échouer à Déjazet. Allons-y tout de suite!
J'\ allai.'
* Je dois déclarer que, depuis la représentation de ma pièce, plusii que je viens du citer m'ont formellement affirmé qu'ils auraient reçu Ir, Femmes collantes. Je leur adresse ici l'expression d' uicc.
Mais sans conviction.
0 fortune! Le directeur de Déjazet se trouvait être l'ancien secrétaire de Cluny, un charmant garçon, plein d'excellentes et généreuses idées, un homme aimant sincèrement le théâtre. Je l'avais connu à Cluny ; il m'accueillit comme un ami.
Il lut ma pièce. Il la reçut.
Et voilà.
Et maintenant vous parlerai-je des ennuis des répétitions, des difficultés de s'accorder avec, les interprètes et de faire jouer à peu près l'ouvrage comme on le désire?
Vous parlerai-je des ennuis plus considérables encore, procurés par l'opposition de la censure qui s'ingénie à découvrir une allusion obscène à chacune de vos paroles? (et messieurs les censeurs sont joliment iogénieux sur ce chapitre-là !).
Vous parlerai-je des émotions de la première?
Non, n'est-ce pas?
Je vous ai déjà bien assez ennuyé avec toutes ces histoires qui ont un amusement rétrospectif pour moi, mais qui n'amuseront guère, je le crains, vos lecteurs.
Merci, mon cher deBrunhoff, du grand honneur que vous me faites et du réel service que vous me rendez en faisant paraître les Femmes collantes dans votre collection. Bien à vous,
Léon Gandillot.
Dans la charmante lettre que nous adresse M. Gandillot, auquel nous avions demandé d'écrire le texte des Femmes allantes, il n'y a qu'une lacune : celle de nous raconter sa pièce et de nous dire le succès qu'elle a obtenu.
M. Gandillot a sans doute jugé inutile de nous dire les péripéties abracadabrantes par lesquelles passe son inénarrable héros Badinois, et cela pour deux raisons : la première, c'est qu'il lui eût été difficile de condenser en quelques ligues l'immense éclat de rire de cinq actes de durée, et la seconde, c'est que tout le inonde connaissants;! spirituelle comédie, en homme d'esprit, il n'a pas voulu se repeler.
Nous croyons toutefois devoir enregistrer ici ce que disait de ses cinq actes le maître critique du Temps, et nous espérons que la modestie de M. Gandillot ne nous en gardera pas rancune.
Feuilleton du Temps du 25 octobre :
(i J'avais '.lit lundi dernier, en terminant mon feuilleton, que les Femmes collantes pourraient bien devenir un gros succès. L'événement a passé mes espérances, .le m'étais si franchement amusé le premier soir que je suis retourné voir la pièce... Oh ! par plaisir uniquement, car je la savais assez pour en parler toul a mon aise. J'ai trouvé une salle comble et un public qui se pâmait de rire.