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SCÈNE m

LYSIDAS. CLIMÈNE, URANIE, ÉLISE, DORANTE, LE MARQl IS.

URANIE

Nous sommes ici, monsieur Lysidas, sur une matière que je serai bien

aise que nous poussions, et je désire savoir vos sentiments.

Sur quoi, Madame?

Sur le sujet de Francillon.

Ah. ali!

Que vous en semble ?

LYSIDAS.

LYSIDAS.

DOUANTE.

LYSIDAS.

Je n'ai rien à dire là-iessus : car, nous auteurs, nous devons parler des ouvrages les uns des autres avec beaucoup de circonspection.

DORANTE

Mais encore, entre nous, que pensez-vous de cette comédie?

Oui, de bonne foi et sans crainte, je vous en prie, diles-nous votre avis!

LYSIDAS.

Puisque vous l'exigez et que je suis en discrète compagnie, je vais vous confesser ce que je pense! D'abord peut-on souffrir une pièce qui pèche contre le nom propre des pièces de tbéàtre? Car enfin le nom de poème dramatique vient d'un mot grec qui signifie agir, pour montrer que la nature de ce poème consiste dans l'action ; or dans cette comédie-ci il ne se passe pas assez d'action ;' les récits y dominent : ainsi l'action principale, le coup de tête de Franchie, u*est que raconté.

LE UARQUIS.

Voilà qui est spirituellement remarqué, et c'est prendre le fin des choses.

DORANTE

Il n'est pas vrai de dire que l'action est trop mince et que les récits dominent. On y voit beaucoup d'actions qui se passent sur la scène, et les récits euxmêmes y sont des actions suivant la constitution du sujet.

LYSIDAS.

Dumas est très heureux, monsieur, d'avoir un défenseur aussi chaud que

\ciUS.

DORANTE

Oh! Dumas n'a pas besoin que l'on vienne à sa défense, le public parisien raffole de Francillon.

LYSIDAS.

Ah ! monsieur, le public!

DORA N r e .

Achevez, monsieur Lysidas. .le vois bien que vous voulez dire que le public a mauvais goût, et C'esl le refuge ordinaire de vous autres messieurs les ailleurs, dans le mauvais succès de vos ouvrages, que d'accuser l'injustice du siècle, le

peu de lumières des auditeurs et le parti pris de la critique. Toutefois vous reconnaîtrez que l'auteur ne l'ait pas de grandes concessions pour se concilier le public et la critique, et qu'en outre l'unanimité des suffrages, — mettons la presque unanimité pour ne paraître dédaigner aucune opinion, — est bien aussi un argument en faveur de Francillon.

Vous m'accorderez du moins que le Ion du dialogue est trop haut monté, trop vif, et que certaines plaisanteries sont assez froides.

DORANTE

Ah! froides, non, par exemple! Trop...

cbaudes serait un terme plus juste, mais le diapason aciuel de la conversation mondaine est singulièrement suréevé, et il est évident que

iiileur comique doit se mettre à l'unisson, c LI mèn e .

La pudeur est visiblement blessée à certains endroits. Ainsi j'ai Ujiine scène on l'on parle de la ongueur des cheveux d'une tille, eten termes que je ne répéterai pas.

LYSII) \S.

Et la réponse à cette question de franchie : « Qu'est-ce qu'il y a de mal dans ma robe? — 11 n'y a rien de mal dans voire robe, si j'en juge par ce qu'il y a de bien dehors. » — Est-ce que cela est congru?

J'ai ouï dire qu'on s'en permet bien d'autres dans le monde où le Marquis fréquente de coutume.

LE MARQUIS

Je ne dis pas,... mais à la Comédie française...

Sans prétendre être fort savante en ces matières, il me semble que le théâtre est le relie! des mœurs, l'écho des conversations d'une époque, d'un monde.

FRANCILLON. u.i

LYSIOAS.

Alors vous êtes, madame, une réaliste!

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