‹ Les Premières illustréesChapitre 93 sur 97 · MOISSON · texte numérisé non relu

MOISSON

Clotilde M""s de CLERY.

Valentine DINELLI.

Graziella DARLY.

Julie DOLCY.

Gabrielle TYLLON.

Emma LÉCUYEB.

De MM. André THEURIET et Eugène MORAND.

Représentée pour la première fois

sur te théâtre de la Comédie française,

le 28 mai 1887.

Directeur : M. J. Clabetie.

Secrétaire général : M. Hodinikis.

Au premier acte, nous sommes chez Verdier. La maman \icut de faire îles confitures donl elle classe scrupuleusement les pots : groseille, cerises, abricots... c'est le lilliot qui sera content, lui, qui les aime tant, quand il Tiendra en vacances. Car, pour elle, Antoine est toujours resté, malgré ses ringl ans. le garçonnet qu'elle faisait sauter autrefois sur ses genoux, l d brave jeune nomme, cel Antoine, un bûcheur et un savant; bachelier, puis licencié, il passe en ce moment même ses examens d'agrégation. Arrive le père Verdier, un modeste garde-chasse ; il était en tournée dans les bois et ne devait rentrer que plus tard; mais il a rencontré le facteur qui lui a remis une lettre. [1 en a reconnu l'écriture, elle est d'Antoine et, ma foi, n'] tenanl plus, il

s'est hâté de la porter à la ménagère. Il la lui donne, mais pas moyen de la lire, ses yeux se brouillent : — mes lunettes sont bien mauvaises, dit-elle, il faudra

que je les change. Oh! les femmes, s'écrie Verdier, dessensitives!! allons! donne-moi ça ! Mais bernique ! à la deuxième ligne, la voix s'arrête dans son gosier, il tâtonne, se reprend, puis finalement s'interrompt en pestant contre ces maudites pattes de mouche indéchiffrables. Survient un de leurs vieux amis, Noël; celui-là ne sera pas aussi ému, peut-être! on lui tend Je papier et le voila qui commence; mais l'émotion prend bien vite le dessus et il s'arrête en s'essuyant les yeux et en invectivant la cheminée qui n'en peut mais, et qu'il accuse de fumer à suffoquer, bien qu'elle ne soit pas allumée. Enfin on est venu à bout de lire la bienheureuse lettre ; Antoine est agrégé et il arrive; sa missive ne le précède que de quelques heures. On garde Noël à déjeuner, il faut absolument qu'il soit là pour la réception du garçon, un gaillard qui fait honneur à son vieux professeur, car c'est lui, botaniste distingué, qui a donné au jeune agrégé ses premières leçons. Comme de juste, Noël ne se fait pas prier, et voilà la maison sens dessus dessous ; tous ces braves gens sont si affairés qu'ils ne se sont même pas aperçu que la pluie battait ferme les vitres, lorsque la porte s'ouvre et parait Mlie Raj inonde de la Tremblaye, la fille d'un gentilhomme récemment arrivé dans le pays, et propriétaire d'un des châteaux voisins. Surprise par l'ondée, sous bois, avec son fiancé Osmin de Préfontaine, un hobereau compagnard aux allures gauches et empesées, tous deux se sont réfugiés dans la maison Verdier. La jeune fille est trempée jusqu'aux os, on lui donne de quoi se changer, et la voilà affublée d'une cape de paysanne et le fichu sur la tête, babillant comme une espiègle qu'elle est, les pieds sur les grands chenets du foyer.

Peu à peu, cbacun est retourné à ses occupations; Osmin de Préfontaine est allé voir au debors si l'on pouvait se risquer à rentrer au château sans rencontrer trop d'ornières, Raymonde seule est restée devant la cheminée, quand une porte s'entre-bâille discrètement et un homme entre à pas de loup ; c'est Antoine qui, pour arriver plus vile, a pris un chemin de traverse ; il voit sur le fauteuil, lui tournant le dos, une cape puis un fichu, il s'avance et, croyant que c'est sa mère, il lui prend la lête à deux mains et l'embrasse à plusieurs reprises. Ray-

U.\ ï MONDE.

monde pousse un cri. Antoine, tout confus do sa méprise, s'en explique d'une façon si charmante que lesvoilà devenus tout d'un coup bons amis el que Rai monde va même jusqu'à aider le jeune homme à mettre le couvert. ^ — -^

Mais les Quages ont disparu, il ï i

faut partir. Osmin est revenu, les Ver- v^St — " " ' -£"

dier et \oè| sont arrivés pour se mettre à table et Raymonde prend congé après avoir toutefois invité sa nouvelle connaissance à venir rendre visite à son père qui s'intéresse beaucoup, lui aussi, aux sciences naturelles.

On déjeune, et naturellement on cause de l'incident de la matinée.

— Quelle est cette jeune personne, demande le vieux Noël ?

— C'esl \i Raymonde de la Tremblaye, répond le père Verdier. / .>

— M"* de la Tremblaye, s'écrie V \ Noël, vous êtes sûr? et il se rassied tout ému, en ajoutant d'une voi\ sombre : — Elle! quelle drôle de chose tout de même que la vie ! !

Le second acte nous transporte au château de la Tremblaye, où Antoine vient assidûment causer botanique avec le vieux gentilhomme : la Bore qui l'intéresse le plus, vousl'avez deviné, c'est Raymonde pour laquelle le jeune homme a ressenti une soudaine et sérieuse passion. De son côté, Raymonde ne semble pas insensible aux avances de son nouveau camarade et, pendant que le pauvre fiancé officiel est tenu un tantinet à l'écart, ce ne sont avec Verdier que douces causeries en tête-à-tête, et longues promenades dans le pair.

Mme de la Tremblaye s'aperçoit la première du danger et en informe son mari ; celui-ci, qui veut avant tout le bonheur de sa fille, qu'il sait ne pas être folle d'Osmin.et qui ne serait pas fâché d'avoir toujours sous la main un gendre aussi distingué que Verdier, malgré sa naissance roturière, laisse entendre que Raymonde doit être complètement libre de son cœur et que c'est à elle seule à prononcer; mai- ce n'est pas là l'affaire de M"" de la Tremblaye, qui insiste pour la

prompte conclusion du mariage qvec M. de Préfontaine qui, en sa qualité de gentilhomme, habitant depuis longtemps la localité, affermira la considération dont ils ont besoin. Le mari se tait, ne trouvant rien à répondre, car il sait de

quoi il retourne; malheureusement le public n'est pas aussi bien informé et le voilà qui, comme pour Chamillac, se demande quel peut être ce secret dont

on ne veut pas lui faire la confidence. Toujours est-il qu'il faut que ce soit bien sérieux, car M""' de la Tremblàye, femme de résolution, il paraît, prend Raymonde à part et lui ordonne de fixer elle-même la date de son mariage avec M. de Préfontaine. Mais la fillette ebasse de race; si sa mère a du caractère, elle aussi en a, et assez pour refuser et déclarer nettement que, plutôt que d'être M""' de Préfontaine, elle préférerait, nouvelle Ophélie, se jeter dans les eaux de l'étang.

Le troisième acte se déroule cbez Noël; on sent, dès Jors que le bonhomme va être le Deus rj: machina qui dénouera la pièce, et l'on attend la fameuse révélation.

Raymonde a mis ses menaces à exécution et a voulu en effet se jeter dans l'étang; mais les nerfs ont pris le dessus et la désespérée s'est évanouie dans l'herbe à deux pas de l'eau ; c'est là qu'Osminl'a retrouvée et transportée dans une maison voisine qui se trouve être justement celle de Noël.

Raymonde revient à elle et, devinant un ami dans le brave homme, lui raconte pourquoi elle avait voulu mourir.

— Je réponds de tout, vous épouserez Antoine, affirme énergiquement Noël.

Entrent M. et M,,IC delà Tremblàye affolés :

— Raymonde! où est Raymonde?...

Soudain, à la vue de Noël, debout

devant eux comme le spectre de Ranco, ils s'arrêtent interloqués.

— Vous me reconnaissez donc?

crie-t-il au couple attéré... et, s'adressant à M"" de la Tremblàye confuse et baissant les yeux, il ajoute : Je veux, entendez-vous bien, je veux que Raymonde épouse Antoine Verdier; bien qu'elle soit en réalité la fille de votre amant, M. de la Tremblàye, aux yeux do la loi, elle est ma fille et j'ai le droit de la marier à ma guise.

(I^uiné rioNivA'ir Devant cet ultimatum, M"" de la

4„<, t. &orw&ts Tremblàye a recouvré toute son éner-

I gie; non, malgré tout. Raymonde sera

M"" de Préfootaine et elle met Noël au défi de s'y opposer, Mais le bonhomme a

maintenant toutes les audaces, et se sent parfaitement capable de faire n'importe

quelle gaffe; il va chercher Raymonde qui attendait dans une chambre voisine

fcjur.

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