LE PAMPHLET
moyen désespéré mais souyeraîn^ le signal ou la digue, le remède ou le châtiment. Vouloir le proscrire, c'est vouloir empêcher le sang de bouillonner.
Nous n'ignorons pas que, de tout temps, le pamphlet a été traqué par la loi. La Restauration a emprisonné Béranger ; le gouvernement de JuiUet a mis la main sur le collet de Lamennais et frappé d'amende M. de Cormenin. Mais qu'est-ce que cela prouve? Tel pamphlet d'il 7 a cent ou cinquante ans est la page universitaire d'aujourd'hui. -^ Penser que le Bélisaire deMarmontel a étébrûlé en Sorbonnel ' * •
Peut-être va-t-on nous dire que nous remuons bien des noms et que nous agitons bien des souvenirs, à propos d'un événement secondaire. Secondaire ? nous ne l'entendons pas ainsi. Gomment I nous sommes en présence du Théâtre-Français et de l'Académie française^ c'est-à-dire du premier théâtre du monde et de la première société littéraire de l'époque; où voulez-vous que nous trouvions jamais plus riche occasion d'examen et de critique?
Après avoir épuisé contre le pamphlet les arguments de dignité et d'honneur personnel, M. Ernest Legouvé arrive avec une dernière question, irrésistible selon lui : Ja question de sensibilité. — Voyez, dit-il, comme une phrase malencontreuse peut désoler une mère ! contemplez l'effet de vos révélations sur cette épouse au désespoir, sur cette jeune fille si intéressante, et que ses larmes embellissent encore (style Legouvé P') ! Quel cœur barbare n'en serait attendri I
Le moyen est captieux, j'en conviens; mais voyez à votre tour jusqu'où il peut entraîner. Voici un ab-
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surde romancier, et nous nous tairons pour ne pas faire de peine à sa mère I Voici un auteur drama^ iique qui vient de donner quelque chose sans nom et sans style, et nous nous tairons parce que sa femme pleurerait I Voici un versiâcateur ridicule, et nous nous tairons parce que sa fille est un angel Ces raisons sont d'un ordre bien extraordinaire, si du moins ce sont des raisons.
Mais nous tous devinons. Allons, soyez de bonne foi : convenez que le pamphlet n'est qu'un mot. làdedarfs,*et surtout qu'un prétexte. Avouez que c'est à la critique tout entière que vous en voulez, à la revue, à Tépigramme, au feuilleton. La critique est ' polie, elle; la critique aime à discuter, à concéder, à sourire ; elle cause avec vous familièrement et comme avec une ancienne connaissance. Cependant elle vous agace plus horriblement que le pamphlet ; elle n'est pas grossière, elle ne trahit pas votre vie privée, elle respecte votre honneur. Pourtant, vous souffrez mille supplices. Vous la regardez et Técoutez d'un air ahuri, pendant qu'assise au coin du feu et y faisant rougir les pincettes, elle vous explique en termes choisis et mesurés Tinsuccôs de votre dernier ouvrage et les côtés essoufflés de votre tal^t. Et lorsque la critique a fini, il est de la convenance que vous la reconduisiez en la remerciant. Ohl alors, comme vous préférez le pamphlet, n'est-ce pas? le pamphlet, cet imprudent adversaire I le pamphlet qui se laisse mener sur le terrain ou conduire à la geôle, le pam* phlet dont on peut se venger, au moins I ^
Gela se comprend. Nous sommes tellement de cet avis que nous croyons qu'il y aurait, de nos jours, un