‹ Les premières représentations célèbresChapitre 13 sur 70 · AU PETIT-FILS DB M. ERNEST LEGOUVÉ SN SON BBBOEAU · texte numérisé non relu

AU PETIT-FILS DB M. ERNEST LEGOUVÉ SN SON BBBOEAU

NoTembro 1857.

Puisqu'on fit de toi, cher petit bonhomme, Un être publie, en te dédiant Un écrit moral qu'eût signé Prudhomme, Et que tu liras, en l'étudiant;

Je veux à mon tour, voix douce, mais nette.

Sans que ta nourrice au pied mesuré Cesse d'agiter ta barcelon nette, T*adresBer ces vers, enfant préféré.

Car il ne fau1> pas que tu puisses croire, Un jour, que le monde était aussi laid Et que la critique était aussi noire Que les dépeignit Tauteur du Pamphlet.

(1) C'est à son petit-fils que M. Legouvé a dédié sa comédie du Pamphlet,

Quand tu seras grand, on viendra te dire Que les gazetiers sont tous des méchants, Parce qu'un d'entre eux, ardent à médire, A de ton aïeul persiflé les chants.

On ajoutera : — Ces gens n'ont point d'âtres Où sécher leurs mains, où chauffer leur cœur ; Ils sont mal vêtus, hargneux et verdâtres ; Tout impuissant est doublé d'un moqueur I

Je te vois déjà faisant la grimace Devant ce portrait, qu'ils auront rêvé.

Yeux-tu regarder un critique en face?

Tourne l'œil vers moi, petit Legouvé.

Sans réaliser le beau pentélique, Ni ces profils purs que l'art grec frappa, Je n'ai rien d'atroce et de famélique, Et je suis plus gros que ton grand-papa.

Pas plus tard qu'hier, à l'heure où je passe, , Pour régler ma montre, au Palais-Rojal, Un honnête couple a dit à voix basse :

— Tiens! M. Bidaux, l'adjoint d'Épinal!

C'est que, vois-tu bien, de quel nom qu'on nomme L'auditeur qui fuit les accents du luth, On peut sans cesser d'être un honnête homme Bâiller aux Français comme à Tlnstitut.

•COMËDIE-FRANCAISE

Reprise do ChaUerlon^ drame en trois actes et en prose, par M. Alfred de Vigny. (Décembre 1857.)

Cette reprise était annoncée depuis plusieurs années; on avait même parlé de M, Bouvière pour le rôle principal; mais M. . Bouvière ayant quitté la Comédie-'Française, ou la Comédie-Française ayant quitté M. Bouvière, ce rôle est revenu à M. Geffroy, qui l'avait créé il y a vingt-deux ans. On a prétendu que M. Geffroy avait longtemps et justement hésité avant de reprendre ce personnage où il lui est difficile aujourd'hui de produire une illusion physique, car Chatterton avait à peine dix-huit ans le jour de son suicide. Un pareil scrupule est honorahle, mais nous sommes aise cependant qu'il ait été vaincu par les instances de l'auteur et de la direction. Autant nous serions surpris et affligé de voir M. Geffroy se charger d'un rôle de jeune premier amoureux {ji'Q^i'Qe pas comme cela qu'on dit?) dans un ouvrage nouveau, autant nous trouvons tout na-

70 LES PBBMIÈRES BEPBÉSBKTATIONS

tupel de le voir reparaître dans une pièce au souvenir de laquelle son nom et son talent sont demeurés étroitement attachés. Il est telle création qu'on ne peut séparer de son créateur.

• Peintre habile en même*temps que soigneux comédien, M. Geflfroy a su se composer des traits et un costume aussi Satisfaisants que possible. Sa pâleur effrayante, son abattement, l'austérité funèbre de son habit noir, ont pu donner à penser que la misère et la solitude sufSsaient à éteindre sur un visage les rayons de la jeunesse. Il a bien dit le long monologue qui est presque tout le premier tableau du troisième acte, et à propos duquel M. Alfred de Vigny écrivait dans sa préface : •< Le peuple le plus impatient a écouté les plus longs développements philosophiques et lyriques, h

La reprise de Chatterton a été mûrie encore, mais dani des proportions moindres, par la présence de madame Plessy dans le rôle de Êitty Bell. Malgré tous ses efforts pour entrer dans lé drame, nous croyons eette belle actrice condamnée à rester éternellement sur le seuiL Elle a exagéré la simplicité de la jeune et adorable puritaine au point d'en faire une automate et une somnambule; sa diction, monotone et musicale jusqu'à la langueur, tombait, syllabe par syllabe, sur le public^ comme les gouttes de pluie des branches d'un saule.

Un troisième personnage, placé entre la passion et le devoir, tantôt comme un obstacle et tantôt comme un trait d'union, le Quaker, est représenté par M. Samson. Nous aurions préféré M. Provost. Ici, la figure narquoise de l'excellent Sganarelle, ses

yeux spirituel)^, sa parole aigrelette ne peuvent que nuire à la dignité d*un caractère en qui réorivain a prétendu résumer toutes les beautés et toutes le|i grandeurs morales. Aussi, les spectateurs n'ont-ils pas l'air d'être absolument édifiés sur son compte» en dépit de ses cheveux blancs, de son habit marron et de son langage évangélique; on l'écoute avec dé'< fiance, on s'attend à quelque malice soudaine, on la désire {)resque, on sourit aux inflexions de voix qui rappellent le répertoire des valets. Ce n'est pas la faute de rintelligenee de M» Samson, qui est grande, comme on le sait; c^est la faute de son organisation. Il manque de force dans la scène importante où il se jette aux genoux de Chatterton pour le supplier de vivre; son attendrissement se traduit alors parce tremblement des mains étendues, ^ui était le tic. de feu Lepeintre aîné.

Peu de chose reste à dire des autres rôles, relé*^ gués sur le second plan ! John Bell, lord Talbot et le lord-maire. Ils sont suffisamment remplis.

Quelques lignes sur le drame et sur l'impression qu'il a produite sur le public compléteront notre compte rendu. Chattertof^ est tiré^ du roman de Stello; les principales situations ont passé du livre au théâtre; des pages entières sont devenues des scènes, sans presque subir de mutilations. M. Alfred de Vigny a seulement élevé la profession de John Bell : au lieu d'un sellier, il en a. fait un manufacturier; sa femme ne tient plus une boutique de petits gâteaux, comme dans la nouvelle ; enfin, le Docteur Noir s'est changé naturellement en quaker. Quant â l'aotion matérielle, elle est restée 1^, même quia d^ns

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le livre, aussi nette, aussi nue, aussi fpudroyante de simplicité; Fauteur Ta ainsi définie.: « C'est Thistoire d'un homme qui a écrit une lettre le matin, et qui attend la réponse jusqu'au soir; elle arrive, et le tue. »

L'auteur n'a pas voulu admettre d'autres ressorts que ceux-là. Ailleurs et précédemment, dans laMo^ réchale d'AncrCy par exemple, il s'était montré inventif et compliqué. Mais dans Chatterton^ le but était différent : il s'agissait de faire prédominer un système, et de réinstaller sur des planches accoutumées au bruit et aux événements « le drame de la pensée ». Pour cela, il était besoin d'une pensée violente, l'énergie de l'action morale devant se substituer à l'énergie de l'action matérielle. Le plaidoyer du suicide se présenta alors à l'esprit du poëte ; et le spectre de l'adolescent anglais sortit un instant de son tombeau pour souffleter la société actuelle sur la joue du dix-neuvième siècle, l'égoïsme français à travers l'indifférence britannique.

Le succès de Chatterton eut, on s'en souvient, la puissance et la rapidité d'un acide. Ce drame avait l'âpre saveur ^'une vengeance, mêlée à quelque chose dé calme, de certain, d'éloquent.

Assurément, il doit y avoir eu, à cette époque, en haut ou en bas, par le gouvernement ou par des individualités, il doit y avoir eu, disons-nous, du bien de fait à propos de ce drame. Les Bentiments ardents qu'il tisonne, cette défense presque farouche de l'intelligence, ces imprécations dans le ton de la fatalité antique et succédant à la sérénité sombre de l'exposition ; tout cela; s'adressant pour la première fois à

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