‹ Les premières représentations célèbresChapitre 14 sur 70 · CHATTERTON · texte numérisé non relu

CHATTERTON

une société en train de s'industrialiser et de se matérialiser autant que l'Angleterre, devait y jeter, chez les uns l'inquiétude, chez les autres la pitié, chez tous la réflexion.

Sans être tenté de discuter le résultat ohtenu par cette noble protestation, il nous a toujours semblé que renseignement voulu par M. Alfred de Vigny eût gagné à un autre exemple que celui de Thomas Chatterton. A, la place de cet enfant de dix-huit années, qui n'a pas eu le temps de connaître bien à fond la lutte avec les hommes, occupé qu'il fut sans cesse de fouiller les annales et d'interroger les manuscrits; à la place de cette courte et tendre existence, qui n'a dans l'histoire que la valeur d'une élégie, nous aurions voulu voir quelque homme do trente ou de quarante ans, exercé au malheur, mûr pour l'injustice et pour la pitié. Lorsqu'on fait tant que d'agiter le fantôme du suicide pour en faire un exemple, c'est la dépouille d'un Caton qu'il faut au moins évoquer. Les misères et les désespoirs de dixhuit ans, si terribles qu'ils soient, n'atteignent jamais aux souffrances héroïques et raisonnées des maturités. La mort volontaire d'un tout jeune homme est un fait qui attriste, comme tout fait brutal, mais qui, philosophiquement, ne prouve rien ou prouve peu de chose. C'est une exception, un chagrin imprévu; chacun s'emploie, plus ou moins sensément, à blâmer la victime et à la taxer d'impatience, d'orgueil, de faiblesse, parce que chacun se sent fort de ses souffrances surmontées et de ses hésitations vaincues. On n'a pas lé droit de s'instituer martyr pour des douleurs momentanées;

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encore moins a-t*on le droit de casser bautainement son avenir. J'admire Camoens envoyant mendier son esclave dans le jour, et partageant avec lui, le soir, le pain de la pauvreté avouée. Tous les grands génies sont bienfaisants; et, comme tels, ils ne croient pas, pouvoir disposer d'eux-mêmes; instruments divins, ils attendent patiemment que le souffle de Dieu se soit retiré de leur lèvre et de leuv âme* Voilà pourquoi un jeune bomme attentant à. ses jours nous semble plus coupable qu'atten* drissant.

Le véritable drame, la seule leçon qui serre le cœur, non pas soulement pendant le cours d'une re* prépentation dramatique, mais pendant plusieurs se-* mailles et pendant plusieurs ni ois, c'est le cadavre d*un quadragénaire, actif comme Bourg SaintrEdme, poétique et désolé comme Gérard de Nervj^l. Esprits incomplets, natures demi-aveugles et demi-illuminées, se cognant à toutes les réalités comme à toutes les idéalités, atblètes de trop de force et qu'un enfant de village renverserait d'un coup de main, ces bommes, ces auteurs, si babiles la plume aux doigts et si niais la parole à la bouobe, sans guide, sans but, voilà ceux de qui devait s'emparer M. de Vigny I Devant cei corps refroidis, devant ces visages dont la majesté dernière atteste la lenteur et la profondeur de leur résolution, le moraliste demeure stupéfié; l'Église ellfr-même, en présence de ces infortunes si mystérieusement trancbées, voile ses yeux de Ii^ même façon qu'elle voile la façade de ses temples.

De tels Chattertons, galvanisés et repétris par le

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chaleureux et loyal auteur de Stello, auraient sans doute doublé et triplé l'effroi du public. Mais le public d'alors était-il mûr pour ces tentatives? et n'était-ce pas déjà assez d'audace, de talent et de succès? «

VAUDEVILLE

Les Fausses Bonnes Femmes, comédie en cinq actes, par MM. Théodore Barrière et Ernest C^pendu, (Janvier 1858.)

Les Fausses Bonnes Femmes n'onV pas réussi ; nous allons essayer de dire les nombreuses causes de cet insuccès et d'en tirer un enseignement pour l'histoire dramatique de notre temps; Les Fausses Bonnes Femmes n'ont pas réussi, d'abord parce que la pièce ne répond pas au titre, qui était une sorte d'engagement -vis-à-vis du public. On s'attendait à un pendant des Faux Bonshommes, et Ton n'a eu qu'un drame quelconque, avec une étiquette de fantaisie. Le sujet est celui-ci : une veuve du grand monde, abandonnée par un homme qu'elle comptait épouser, s'attache à dépraver sa rivale. Pour cela, elle la conduit à Bade, où elle lui fait faire connaissance avec une demidouzaine de femmes équivoques, et où elle jette sur ses pas un fat qui la compromet. Le but de ce Méphistophélès en crinoline est de ramener à elle son ancien amant, après l'avoir dégoûté de sa nouvelle

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