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passion. Mais le courage lui manque à la moitié de son œuvre, et elle se sacrifie généreusement à leur bonheur commun.
Ce sujet était aussi bon qu'un autre. Depuis longtemps on a cessé d'exiger des thèmes nouveaux, mais on veut au moins des variations nouvelles. Les principales situations humaines sont épuisées, dit-on, et le public, sans trop s'attacher à vérifier cette assertion, qui sent le paradoxe complaisant, en est venu à se contenter aujourd'hui des mérites de l'exécution. Nous traversons la période des virtuoses littéraires. Pourquoi faut-il que MM. Théodore Barrière et Ernest Capendu, après avoir donné un brillant concert avec les Faux Bonshommes, aient si complètement failli dans l'interprétation des Fausses Bonnes Femmes? Maigres solistea^i ils ont ajouté à l'indigence de leur mélodie une multitude de couacs, qui les ont fait prendre pour des amateurs, — Dès que l'action s'engage, c'est-à-dire vers le commencement du quatrième acte, il se dégage de leur pièce un air 'de parenté avec les Viveurs de Paris, avec les Petites Lâchetés et avec la Calomnie. L'amant désolé, qui a vu sortir un homme de la chambre de sa fiancée, renouvelle avec celle-cf la scène du chevalier d'Aubigny et de Mademoiselle de Belle-Isle.
L'intérêt ne porte sur aucun des personnages : la corruptrice mêle des questions d'argent à des questions de sentiment; l'amant est un imbécile à qui elle ordonne de partir et qui part, à qui elle dit d'amener sa maîtresse et qui l'amène, à qui elle défend de pleurer et qui remet son molichoir dans sa poche. La femme dont elle ébauche la corruption exciterait
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seule la sympathie, si son rôle ne se resBëtitait pas tant de Tindécision générale. C'est pourtant entre ces trois personnes que la pièce se passe. Un tort fondamental a été de faire deux veuves de ces deux femmes; cela enlève du charme au point de départ» On slnquiètede ne pas voir circuler un seul visage de jeune ôlle dans cette galerie; c'était cependant un contraste attendu. Comme caractères, on conviendra donc qu'il n*j a là-dedans rien de bien cherché ni^ pa^t conséquent, de bien trouvé; et lorsqu'on se de-* mande où sont les fausses bonnes femmes, on n'en dé* couvre ni dans les héroïnes, ni parmi les figures épi-*^ sodiques que les auteurs ont groupées autour d'ellôs; Une bavarde y une prude, une entremetteuse et une douairière ridicule, rassemblées dans un salon de conversation à Bade, telles sont les fausses bonnes femmes qu'on exhibe ; mais ce ne sont que des têtes insignifiantes, au lieu des portraits annoncés. Pas une qui ait le relief du Bassecour des Fatup Boni* hommeêf ou du père Dufourré.
Malgré ces vices capitaux, et peut*être même à causé de ces vîces,^ on était en droit de s'attendre 4 une pièce rapide et serrée. Ce n'aurait pas été la première fois qu'on eûlr vu des individualités ternes concourir à un ensemble attachant ; les faits sont in-^ dépendants des caractères ; la plupart des compositions de M. Scribe en fournissent la preuve. Malheur reusement l'habileté et la verve ont fait défaut à MM. Barrière et Capendu, comme leur avaient fait défaut l'invention et la portée comique. Tout se passe en récits dans les trois premiers actes des Faussés Bonnes Femmes ; et, dans les deux derniers, les si*-
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tuations s'accumulent et se pressent, écourtées, tronquées, pour aboutira un dénoûment fatal. Aprôs avoir rempli deux actes, sans les égayer ni les faire marcher, un notaire disparaît et ne revient plus ; lô fat dont nous avons parlé ne se montre qu'à la fin du troisième acte, et Ton ne s'imagine pas la nullité de ce pantin eh gants jaunes.
Il fallait de la gaieté cependant. Mis en demeure de tenir les promesses de leur titre de comédie, les auteurs ont découpé sur ce fond pénible et incohérent quelques silhouettes bouffonnes, entre autres uii curieux et un narrateur. Le curieux est fluet ; son nez a le perçant de la vrille ; sa bouche s*entr'ouvre et sourit, comme dans l'attente d*une révélation : ses yeux vont ôt viennent; on est toujours certain de le rencontrer derrière l'épaule ou dans les poches dé quelqu'un. Cette figure, ou plutôt cette' indication, est la meilleure de l'ouvrage. Le narrateur est moins heureux; avec lui, les histoires s'enfilent, un mot en amène un autre; on avait déjà ri de cô personnage dans la Famille improvisée : u Voulez-vous parler de Dozainville? parlons de Dozainvillel » Une belle-mère et son gendre ont aussi ft tâche de réjouir le public, mais ce genre de comique est vieux comme les rues, et il n'est pas Un de leurs effets qu'on n'ait vu dans M. Bayard ou dans M. Laurencin.
Mais au moins, nous demandera-t-on, à défaut de l'invention, de l'habileté, de l'intérêt, de Ht gaieté, il y a sans doute de l'esprit dans les Faussa Sonnes Femmes? Encov6 une fois, nous voilà bien embarrassé et presque honteux de notre attitude sévère.
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Songez donc, cher lecteur, que l'esprit sauve tout, particulièrement à Paris, et que les Fausses Bonnes Femmes n'ont pas été sauvées. Nous attendions . comme vous Tesprit de M. Barrière, un esprit un peu bourru, un peu déhanché, un peu rageur; mais Tesprit de M. Barrière n'est pas venu. A la place, nous -avons eu par moments un pastiche du style de M. Alexandre Dumas âls : « Mon cher, aimez-vous les histoires? — Vous dites? — Je vjous demande si vous aimez les histoires? — Pourquoi ça? — C'est que j'en ai une à vous raconter, etc. »> Plus loin, c'est une évaporée, très-proche parente de madame de Santis, du Demi-Monde, qui arrive en faisant fracas : « Serrez mes domestiques quelque part w, ditelle ; et la voilà qui débite avec volubilité ces riens, ces propos, CiEîS bâtons cassés, ce couplet archirebattu : « Ah ! ma chère, ces chemins de fer, quelle drôle de chose! ça tousse, ça siffle, ça éternue I et ces arbres qui défilent... A propos, j'ai une robe à quatre volants, vert d'Azof ; c'est d'un effet délicieux, vous verrez. » Cette même dame, qui est seule à rire de ce qu'elle dit, répond un instant après à un homme d'affaires qu'on lui présente poliment et qui lui offre ses services : « Je. vous remercie, monsieur, j'ai mes voleurs. »» Il faut ajouter que le mot a paru un peu fort aux oreilles du public.
Nous savons bien où ces néo- vaudevillistes prennent leur monde et leurs grandes dames : c'est dans le Caprine, c'est dans 11 faut quune porte soit ouverte oti fermée. Les gants mis et remis, déchirés, la sonnette agitée avec impatience, le « Justine, quelle heure est-il? » la cigarette roulée vingt fois, labro-