‹ Les premières représentations célèbresChapitre 16 sur 70 · LBS FAUSSES BONNES FEMMES · texte numérisé non relu

LBS FAUSSES BONNES FEMMES

derie dans un coin, le monsieur qu*on toise du haut en bas et à qui Ton jette l'éternel : « Tenez, vous étes'stupide ce matin I » tout cela est gravé, noté dans leur souvenir avec madame AUan; c'est un monde excentrique, fait pour la convention littéraire; à force d'art et d'esprit on peut l'admettre. Mais dans les Fausses Bonnes Femmes, ce faux monde détonne à force de faux goût, de, fausses saillies et même quelquefois de faux français. « J'irai voyager »> , dit un personnage, au lieu de « Je voyagerai «. — Et vraiment, cela rie suffit pas d'avoir lu Alfred de Musset, Lamartine, les Feuilles d'automne, et de posséder sur une étagère en acajou une érudition de format Ch.arpentier. MM. Théodore Barrière et Capendu se seront dit : Nous allons nous donner un vernis littéraire en semant à travers notre pièce des noms contemporains, en citant M. Alfred de Vigny et Quitte pour la peur, Chateaubriand, le Figaro, Balzac et la Duchesse de Langeais, Ils ne se sont pas rappelé que cet épisode des Treize avait déjà fourni un acte à la Closerie des Genêts. Ils ont cru être modernes à l'aide de deux ou trois placagjes de cette sorte; ils ont cru être jeunes en inyo- ({\i2jiih.iXiXii^vo^o^ la mémoire d'une mère, le saint nom de ma mère ; ils ont cru montrer du cœur en ramassant des sentimentalités dans les canots d'Asnières, et jusqu'à ce refrain dont le quartier latin ne veut plus :

Il était un petit navire, Qui n*avait ja, ja, ja, jamais navigué.

C'est une chose bien surprenante que ces inégali-

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tes, ces heurts, ces coups portés à faux^ ces pétards mouilléS) ces essieux rompus, cet essoufflement) ab 'bout de ce bon vouloir et de cette louable ambition^ Mais aussi quelle bizarre idée de donner un drame plaintif pour pendant à une comédie pétillante de gaieté i Le titre des Faussés Bonnes Femmes laissait supposer une œuvre toute de gr&ce et d*entrainement ; Famertume a pris le dessus, et nous n^avons eu ni satire ni comédie. M. Théodore Barrière est-il donc destiné à ne remporter des succès que par hasard et à n'avoir du talent que lorsqu'il ne s'en doute pas? Il est le fondateur d'une littérature incertaine et qu'on pourrait qualifier de névralgique. Il se débat, il se révolte; c'est Une vocation perpétuellement en querelle avec un tempérament. Nous ne savons pourquoi, mais il nous semble que dans un récent ouvrage {Lettres d'un mineur sur VAustraiie), M. Fôucherj a dû avoir en vue M, Théodore Barrière, en écrivant les lignes suivantes :

« J'ai un de mes meilleurs amis, écrivain dramatique des plus forts, qui apprécie dans une mesure exagérée le courage des gens remuants. Il est .tout flamme et rempli d'aspirations fantastiques qui procèdent, assure-t-il, d'un besoin ardent des exercices physiques de la vie activé. Il abandonne un scénario qui presse, pour faire au pas gymnastique quatre lieues autour de sa chambre ; souvent, au beau milieu d'une scèn^ pathétique, il quitte son bureau, se glisse dans la cuisine et profite de l'absence de la bonne pour fourrer deux ou trois poignées de gros sel dans le pot-au-feu; il plante là le dénoûment d'un cinquième acte pour descendre quatre à quatre dans

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la cour décharger du bois avec les commissionnaires; et si, lorsqu'il se promène et rêve sous les grands arbres, vous mettiez une hache à sa disposition, pris d'jine soudaine fantaisie bûcheronnesque, il serait capable de réduire en falourdes le quinconce le plus épais. 9*

Nous ignorons la part de M. Capendu dans le désastre des Fausses Bonnes Femmes, comme nous avons ignoré sa part dans le triomphe des Faux Bonshommes; c'est un des bénéfices et un des inconvénients de la collaboration. Il nous excusera si, dans ce compte rendu, nous avons surtout été préoccupé par la personnalité de M. Barrière, personnalité qui s'est manifestée mainte^ fois par des tentatives dignes d'encouragement. A l'un comme à l'autre nous exprimons d'ailleurs notre désir sincère de les voir rentrer dan» la lice par une œuvre plus mûrie, et surtout conçue en dehors de toutes préocôUpations industrielles. Il ne fait pas bon travailler, comme ils l'ont fait, avec l'idée fixe de suivre une veine et de continuer une vogue. Ce n'était pas d'une suite aux Faux Bonshommes que le théâtre du Vaudeville avait besoin, c'était d'une bonne pièce.

COMEDIE-FRANÇAISE

RACHEL (Janvier 1858.)

Nous consacrerons quelques lignes à mademoiselle Rachel, non pas pour venir ajouter à sa biographie^ mais pour rappeler les variations de l'opinion publique à son sujet. On s'est souvent et diversement passionné pour ce talent, fait moitié de sauvagerie et moitié d'étude; la réaction classique» un moment découragée, soutint dans ses cominencements cette réputation, comme l'atmosphère soutient les ailes de l'oiseau. Afin de mieux frapper un coup, jugé nécessaire, on n'hésita pas à lui sacrifier mademoiselle Raucourt, mademoiselle Duchesnois, mademoiselle Georges, toutes les idoles de l'Empire. On s'embrassait alors dans les couloirs du Théâtre-Français, on versait des larmes d'attendrissement dans les bureaux du Constitutionnel. Il s'établit immédiatement autour de la jeune artiste un conseil de surveillance

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pour rempéchér de sortir du cercle tragique tracé par les écrivains du grand siècle.

Pendant un .certain nombre d*années, en effet, mademoiselle Ràchel demeura fidèle au culte de Racine et du père Corneille, comme elle l'appelait dans ses lettres familières; mai^ toutes ses tentatives ne furent pas également heureuses : on s'aperçut que la sensibilité lui faisait parfois défaut ; elle dut renoncer au rôle à'Esther et à plusieurs autres sur lesquels elle avait trop compté. Peu à peu ses triomphes se virent circonscrits à Camille à' Horace, à Emilie de Cinna et à Hermione diAndromaque, trois physionomies admirablement rendues par elle d'ailleurs. La critique, de qui elle avait été jusque-là Tenfant gâtée, commença à la discuter sérieusement et même injustement, à l'occasion de la reprise de Phèdre; on ne trouva pas en elle la Phèdre d'Euripide, non plus que la Phèdre de Sénèque; on fut difficile et exigeant. Alors mademoiselle Rachel eut peur. Elle se défia de ces œuvres mortes et de ce répertoire de tnarbre'; d'autant plus que certains poëtes illustres, certains esprits élevés, après avoir laissé passeï^ l'engouement d'un parti et l'engouement de la foule, la sollicitaient de se tourner vers la littérature moderne. M. Théophile Gautier caractérisait ains^i son talent, et battait en brèche ce préjugé qui consistait à'ûe voir en elle qu'une tragédienne exclusivement :

« Mademoiselle Rachel, disait-il, qui a obtenu de si beaux succès dans l'ancienne tragédie, est préci« sèment douée de toutes les qualités modernes, dans le talent comme dans la beauté. Cette jeune fille, élaiJcOo et mince, qui pourrait se faire une ceinture

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de son diadèmei cette enfant au corps Bouple, aux mains fluettes, au pied mignon, au front bombé, aux yeux pleins de sombres éclairs, à la lèvre arquée par le sneer, ne ressemble en rien aux femmes antiques, :à hanches étroites, à flancs épais, à larges épaules, à front bas, que nous font voir les statues grecques et romaines. Toute la passion maladive du temps où nous vivons anime ces membres frêles, inquiets, nerveux, et tirant de Ténergie morale la force que les anciens tiraient de l'énergie physique. Cette fièvre moderne, qui bouillonne sous toutes les froideurs de la vieille tragédie, et qui parvient toujours à trouver quelque échappement, est une des causes inconnues et inavouées du succès de la jeune tragédienne. Tel croit applaudir un vers antique et bat des mains à un coup d'œil byronien. h

Nous n'aurions pas dit si bien pour rendre notre impression personnelle. Ces jugements, ces aperçus renouvelés â propos finirent par agir sur Tesprit de mademoiselle Rachel, qui craignit de périr sous la monotonie. Ses premiers pas vers le drame contemporain furent d'abord timides et guidés par la transition ; elle passa par Lemercier et par M. Lebrun avant d'arriver à Victor Hugo; elle s'essaya dans Frédégonde et dans Marie Stuart avant de revêtir les oripeaux brillants de la Tisbé. Nous avons même souvenance d'une Catherine II de M. Hippolyte Romand. Tout cela retarda l'ascension glorieuse de mademoiselle Rachel; et à cette époque d'inquiétude et de transformation se rattache un article de M. Jules Janin, dont nous extrayons ces phrases assee dures :

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i* Non, cei*tes, cette petite personne qui entre ainsi sans ftiçoû et sans peui», ce n'est pas là Frédégondft. Tout lui manque, tout l'écrase; et. dans ces cruautés, dan» ces perfidies, dans ces mensonges, dans ce . sang, dans «e vice, dans ces vengeances, éperdue, hors d'elle-inéme, elle ne peut appeler à son aide que son ironie qui est toujours la même, et ces petits moyens si réguliers et si corrects qui composent tout son talent. La personnalité de mademoiselle Eachel, personnalité étroite et mesquine, ne peut guère s'accommoder de ces grands rôles dans lesquels il faut, avant tout^ être naturellement pleine de majesté et de grandeur. La puissance lui manque, et quand elle comprend la gène de sa position (ce qu'elle ne comprend pas toujours), soudain elle s'abandonne â je ne sais quelles ressources du métier que tous les comédiénâ du monde ont à leur disposition, les plus médiocres aussi bien que les plus habiles. Tant il est vrai que c'est là uiie femme qui n'a que de l'instinct et pas d'intelligence, qui ne comprend que ce qu'elle devine, et qui méconnaît la plupart dU temps l'inspiration qui est en elle pour obéir â des conseils de professeur >».

Il ne faudrait pas trop cependant prendre aU pied de là lettre ce jugement. M. Jules Janin, qui passe pour avoir découvert un des premiers l'étoile de mademoiselle Rachel, s*est ingénié plusieurs fois à amonceler des nuages autour d'elle, et il y à réussi en maintes circonstances.

Deux périodes nous semblent donc se partager la carrière de mademoiselle Rachel : la période ancienne et la période moderne. Dans la première, se-

Ion nous, elle s*est montrée remarquable ; mais dans la seconde, elle a été supérieure. Lady Tartufe donna la mesure de tout ce que ce génie contenait d'ardeur contemporaine ; Balzac n'eût pas rêvé mieux pour la princesse de Cadignan ou pour madame d'Escars. Le costume actuel, qui la faisait si digne, si sévère et si distinguée, nous Ta montrée encore sous les traits de Louise de Lignerolles. Fut-elle bien comprise avec son jeu profond et sobre? Nous l'ignorons, mais l'impression qui nous en est restée ne s effacera pas de longtemps.

Dans un- autre ordre de composition fantaisiste, Advienne Zecouvreur [où elle récitait si adorablement la fable des Deua> Pigeons)^ Diane et la Cmrine^ malgré des défaillances prévues et en partie rejetables sur les auteurs, ont prouvé les services que mademoiselle Rachel était appelée à rendre au théâtre moderne.

Tout est dit à présent. Elle est morte trop tôt, pour avoir vécu trop vite. Elle a péri à la tâche, courant, allant, voyageant, avant-hier en Angleterre, hier en Russie ou aux États-Unis, quelquefois àj^aris, tous les jours en province. Elle croyait se devoir a tous, et sa passion, sa ûèvre se sont répandues sur le monde entier. Pourquoi la plaindrions-nous? Elle a atteint du premier bond, cette enfant de la bohème et de la rue, aux sublimes sommets de l'art et aux cimes diamantées de la fortune; elle a été aimée, adorée, admirée, honorée, enviée, — et elle est morte jeune. Tout est pour le mieux.

GYMNASE

Le Fils naturel^ comédie en cinq actes dont un prologue, par M. Alexandre Dumas fils. (Janvier 1858.)

Diderot se doutait-il que, quatre-vingts ou quatrevingt-dix ans plus tard, un jeune présomptueux lui prendrait son titre du Fils naturel et referait tranquillement une comédie avec les matériaux de son drame? Oui, peut-être; car Diderot possédait plus de bon sens que de vanité, et il a vu loin en toutes choses. Il applaudirait aux succès très-mérités de Tauteur du Demi-Monde, et son bruyant enthousiasme irait probablement jusqu*à lui dire : « Refaites aussi mon Père de famille! refaites mon Est-il ion? est-il méchant? ne vous gênez pas! >»

La vérité est qu'une sympathie presque unanime environne à présent M. Dumas fils. C'est une ligne littéraire nettement tracée et sagement suivie que la sienne. Il se défait peu à peu de Timitation paternelle et rend de plus en plus énorme la distance qui

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le sépare des Aventures de quatre femmes et d'un perroquet. Ce n'est pas que tout soit également répudiable dans l'œuvre de son adolescence; au temps où il n'était encore que « le petit Dumas », il rimait avec effusion, et nous venons de relire dans son volume de poésies, paru il y a onze ans, sous le titre de Péchés de Jeunesse, ces vers qui n'ont rien perdu de leur première fraîcheur. On en jugera par l'extrait suivant :

Quoique ma vie encor sourie à son printemps, £t quoique six mois seuls dépassent mes vingt ans^ C'est Tombre du passé qui fait mon présent sombre ; Je suis jeune et déjà j'eus des amours sans nombre, Qui tous, en me raiUant, un jour s'en sont allés, Après m'a voir promis ce qu'aucun d'eux ne donne, Me laissant seulement, comme dernière aumône, Le souvenir, parfum des parfums envolés !

£t pourtant, à cette heure où mon cœur se tourmente, ' J'ignore où, mais il est une femme charmante Qui, sans savoir encor qu'elle aura cet amour. Doit m'aimer ou du moins doit me le dire un jour. Nom que souvent j'appelle et que pourtant j'ignore, Vous qu'à mon grand regret je n'ai pas vue encore, Femme inconnue à qui ma bouche dira : — Toi ! Que faites-vous à l'heure où je suis sôul chez moi ? Ètes-vous gaie ou triste? Êtes- vous brune ou blonde? Dans quçl coin de Paris, dans quel endroit du monde Vivea-votts maintenant ?. * .

Vous souriez, et vous supposez que M. Dumas fils a rencontré cette femme, car le souvenir vous revient de tous les romans demi-mondains nés sous sa plume depuis lors. Pendant quelque temps, en effet, et avec uûe insistance qui a failli faire de lui un spécialiste, il s'est constitué le chantre et souvent le

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ôhâmpîoii de Pamour moderne. îl paraît avoir renoncé à écrire pour les libraires; peut-être n*a-t-il pas tort; sauf des qualités incontestables de passio;) et de mouvement, ses romans sentent Timprovisation; Tobservation est superôcielle ; on voit les déviations du plan et la hâte de Texécution. Il a donc bien fait de se tourner exclusivement vers le théâtre, où le premier rang lui semble réservé.

Docile aui avertissements, îl n'a fait tenir qu'un rôle secondaire à Tamour dans la Question d'argent et dans le Fils naturel; s'il n'a pas épuré son atmosphère, il Ta changée du moins et élargie. Cela lui a réussi. On a crié au miracle; on a dit que Beaumarchais était ressuscité! Vous n'avez jamais vu une salle comme celle de la première représentation. Au )aiilieu d'une telle ûèvre , les sensations doublent de puissance et les adjectifs sont forcés de se mettre â Tunisson ; ainsi, îl y a un joli prologue, on Ta trouvé superbe; il y a un bon quatrième acte, on a déclaré que rien de pltis fort ne s'était produit sur la scène. L'auteur a été nommé au milieu d'applaudissements qui ont donné des inquiétudes â l'architecte du théâtre, comme dit Lucien de Rubetopré dans son compte rendu de V Alcade dans rembarras. Enfin, on l'a couronné de lauriers et salué comme Voltaire à la représentation à*Irine* Henri Delaage a parlé ûe dételer son coupé.

Ce n'est point la meilleure pièce de M. Dumas fils^ mais c'est une de ses bonnes. Voici le sujet : c'est un âls naturel qui refuse, par un sentiment de dignité, fondé sur cinq actes de développements, la proposition que lui fait son père de le reconnaître.

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Une idée antisociale ! diable I et d*une hardiesse dont on discutera la portée et Topportunité. Représentez-vous Antony, le front haut et se faisant un. piédestal de sa bâtardise; ou bien l'équivalent de la Claudie de George Sand, cette fille séduite qui repousse la main de son séducteur. On ne me prêtera point la pensée de réagir contre une réputation naissante et contre un talent légitimé de reste ; mais on me permettra de tailler dans la forêt de l'enthousiasme, qu'on n'a peut-être élevée vis-à-vis de M. Alexandre Dumas fils qu'avec l'intention loinr taine de la faire marcher tout à coup contre lui, comme la forêt de Macduff.

L'insuffisance de ce plaidoyer en faveur des enr fants clandestins a été reconnue par toute la presse.. L'auteur a eu le tort radical d'élire une exception et d'entourer son client de tous les dons dé la fortune et du hasard; or, du moment que la lutte est supprimée pour le fils naturel, l'intérêt s'amoindrit, les conséquences prennent simplement des proportion^ d'arrangements et de convenances; la leçon reste sans fruit, parce que l'exemple est sans force.

Comme plan et comme exécution, la pièce ne nous paraît pas non plus offrir d'harmonie. L'action s'y brise à deux places, après le prologue et après le deuxième acte. Engagé comme drame, le Fils naturel se termine en vaudeville ou, ce qui vaut moins encore, en petite comédie bourgeoise; on y sent un parfum de V Enfant trouvé, de Picard et de M. Mazéres; ces lazzis, après l'élévation du début, déroutent le spectateur et blessent le sens moral. On avait fait provision d'attendrissement pour un père et un

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iils, et voilà justement ce père et ce fils qui, jouant au plus fin , vous prient, en raillant, de remettre votre mouchoir dans votre poche et d'attendre une occasion meilleure. Ce père, qui était, avant tout, humain, c'est-à-dire possible au commencement, descend par gradation jusqu'à la caricature, et encore à la caricature sans couleur, à la caricature vieillie; il trouve que son fils «« est un gaillard », il fait des plaisanteries sur la Chambre, c'est un Cassandre; on le désigne dans les derniers actes sous le nom de papa, du cher papa^ et on détourne les yeux de lui. Ce n'est plus un visage, c'est un barbouillage. M. Dumas fils n'a pas d'excuse d'avoir fait un comparse de celui qui devait être le second type de sa comédie, — le père!

La mère est touchante comme toutes les mères ; elle souffre, elle pleure, elle aime; c'est la figure sur laquelle on se repose et qui délasse des grimaces. Madame Rose Chéri est très-bonne dans ce rôle; elle fait du prologue une pièce entière, qu'au besoin on pourrait détacher de l'ouvrage et jouer isolément.

Mais les autres caractères! D'abord, c'est le général et sa sœur, du Gamin de Paris, deux êtres qui se querellent et dont l'un soulève des axiomes de cette force : « C'est l'homme qui fait le titre, et noti le titre qui fait l'homme. »» C'est ensuite un notaire de l'école du bon sens, farceur comme le bon sens, grofsier comme le bon sens, philosophe comme le bon sens, et dont voici la théorie : « Le but de la nature est que l'homme ait beaucoup d'enfantSy qu'il les élève bien pour qu'ils soient utiles et qu'il les

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aime biem pour qu'ils Boient heureux. Se marier quand on est jeune et sain, choisir dans n'mforH quelle classe une bonne fille franche et saine, Talmev de toute son ftme et de toutes ses forées, en faire une compagne sûre et une méve féconde, trayailler pour éleyer ses enfants et leur laisser en mourant Texemple de sa vie : voilà la vérité, n Jusqua-ljt, c'est très* bien; mais oe notaire, qui est bien moins un notaire qu'up lapin, a le tort d'ajouter : « Ze rest^ n'est qu'erreur, crime oufoln^ »

Ahl non> non, JLe reste, c'est l'étude, c'est la science, c'est la poésie; votre franchise et votra santé ne valent pas ce restera» ami notaire. Pas de théorie, s'il vous plaitt

Il fallait un amour au FUs naturel; l'auteur a créé une héroïne très-jolie, mais sur laquelle les traits de la sympathie viennent se fausser et s'émousser comme sur un bouclier. Cédons la parole à M. Alexandre Dumas fils ;

HERMINE

u Vous rappelez-vous le jour où nous nous sommes rencontrés pour la première fois?

JACQUES

«Le 6 mai. Vous aviez une robe blanche à petites fleurs bleues. Vous étiez coiffée d'un grand chapeau de paille : sur votre bras gauche était jetée une écharpe de mousseline; de votre main droite, qui te^ nait un bouquet de fleurs des champs, vous releviez un peu votre jupe pour ne pas la mouiller, car il y avait de la rosée dans l'herbe, si bien que je pus voir fuê vous avez des pieds charmants, Sst-^e bien eelaf

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