‹ Les premières représentations célèbresChapitre 17 sur 70 · LB FILS NATUREL · texte numérisé non relu

LB FILS NATUREL

HBBMINK.

« Parfaitement.,. Continuez,

JACQUES

«> Vo^9 alliez boire du lait à la ferme wisine; moi^ je passais. Je yous suivis. Je n*osais cependant pas entrer dans la ferme où vous entriez avec votre tante.

HERMINE. '

« Vous m'avez attendue à la porte.

JACQUES

« Vous saviez que j'étais là.

HERMINE

« On voit tant de choses derrière soi.

JACQUES

u Quand vous avea quitté la ferme, j'étais caché derrière un buisson, dans un pli de la colline. Il vous fallait descendre un petit sentier fort étroit et dont les pierres s'égrenaient sous vos pieds. Voua aviez peur. C'est alors que vous m'avez aperçu de nouveau et que, voulant faire la brave y comme il arrive à toute jeune fille en présence même du jeune homme le plus indifférent, vous vous êtes élancée» au risque de tomber. Dans cette course rapide» vous avest perdu le bouquet de bluets, de bouton» d'or et de marguerites que vous teniez à la main. Je me précipitai, je le ramassais et je vous le remis, en ayant soin de garder une fleur pour moi. Vous me dites î « Merci, » — Je m'éloignai, — je me retowrnid

plusieurs fois. Et je revins le lendemain sur la même route. — Je vous aimais ».

C'est joli, assurément. Mais jamais le cœur ne s'attifa de la sorte et n*emprunta, même entre jeunes gens du meilleur monde, des rubans aussi brillants et surtout aussi lisses. La période est tirée à quatre épingles; rien de moins, rien de trop; le pli de la colline, les pierres égrenées, la rosée dans Vherhe, le bouquet de hluets et de boutons d'or, c'est la quintessence de nos poètes modernes. Eh bien! d'un amour qui s'exprime'ainsi, de cet amour de dilettante, nous ne donnerions pas cher, je vous assure. Jacques et Hermine sont des peintres en ce moment; ils blaireautent , pour nous servir d'une phrase d'atelier. L'attitude de ces deux jeunes gens est d'ailleurs inouïe : ils ont la gravité innée et la sagesse infuse; ils connaissent la vie, ils connaissent le Code, ils connaissent tout, A chaque instant on craint d'entendre tomber des lèvres de l'héritière une phrase de cette nature : « Elle est forte, cellelà! » Ou bien : « On ne me met pas dedans, moi! » Plus tard, Jacques rencontre Hermine dans un salon, après dix-huit mois d'absence, et^lorsque leurs deux familles sont brouillées. Il va solennellement à elle, et tout haut : « — Bonjour, Hermine, lui dit-il. — Bonjour, Jacques, répond-elle. — Vous n'avez pas douté de moi? — Pas un seul instant. — Ni moi de vous. » Et comme les parents s'effarouchent, la jeune fille répond : «« Nous nous tendons franchement la main devant tout le monde; ce qui me paraît plus convenable que d'attendre une occasion de nous

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