‹ Les premières représentations célèbresChapitre 20 sur 70 · PALAIS^ROYAL · texte numérisé non relu

PALAIS^ROYAL

RATBL Wt ARNAL

(Mm m%.)

M. Ravel amuse par ,éen procédés totit différent» de ceux de M. Arnal; c'est le comédien en d&hors dans aoB eiprcMion la plua développée : il donné de toutes ses facultés et de tous ses membres; il ne con* sait pas de demi'-comique.

M. Bavel tient à ce que son entrée ait l'apprêt d*nii ouragan, d'une émeute. Il ne lui déplaît pas de sauter parla fenêtre, comme dans MareofêinfOn d'apparaître sur la pointe d'un pied, comme dans Un montienr fui iUU Uê femma. Avant tout, 11 lui faut Te salut de la claque, cette rumeur ou plutéi cette clameur qui dit imnoiédiatement : « «-* Cest luil nous allons bien être réjouis) nous allons nous amuser pour notre argent! «

Choyé, fêté dés son apparition, M* Bavd se sent à son aise ; il rit au public, il rît à l'orchestre, il rit aux

galeries, il va jusqu'à rire aux avant-scène, dans lesqueUes son regard plongé d'un air satisfait et en se dressant sur la pointe des pieds, le nez frétillant, les mains écarquillées, la bouche fendue jusqu'aux oreilles. Cet a,ir d'intime contentement et de résolu* tion joyeuse, M. Têtard, le minuscule statuaire, l'a parfaitement rendu dans le petit buste de sa collection dramatique. /

Pourquoi faut-il que M. Ravel prolonge outre mesure cette exhibition de sa propre hilarité? A quoi bon perpétuer cette communication à la fois trop directe entre l'acteur et le public? Là est le tort, là commence le défaut. Durant la pièce, M. Réfvel ne quitte pas des yeux le spectateur ; il le prend pour son confident, il le veut avec lui, sur la scène, pour ainsi dire ; il l'extrait de sa loge pour lui confier son embarras et lui demander conseil.

. M. Arnal, au contraire, veut entrer par une fissuré de la pièce; il désire qu'on ûe le reconnaisse pas tout de suite, qu'on le prenne pour un figurant, pour un commissionnaire qui apporte- une lettre ou pour un serviteur qui annonce que le dîner est servi. Il souhaite que le public, tranquille d'abord, se dise au bout de quelques minutes : «« — Hé quoi ! se peut-il que cet être pacifique, que cet homme sans toilette turbulente; sans faux-col exagéré, sans pantalon à carreaux écossais, saus grands bras, sans grands cris, se pèut-il que cet homme soit Arnal, l'incomparable Arnal, celui qui a diverti toute une génération? » Et le triomphe de M. Arnal est grand quand il est reconnu peu à peu et que les rires disséminés arrivent à se fondre en un bravo général.

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