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LES LIONNES PAUVRES ÏU

raît en devenir un, car la pièce (les auteurs n'ont pas osé l'appeler une comédie) touche à ce qu'il y a de plus séduisant et de plus terrible dans les ménages : latoibtte et l'adultère. Il n'est pas question, comme on le croyait d'abord et comme on le craignait, de femmes galantes, habituées des guinguettes splendides, aventurières des eaux; non : l'action se passe en pleine bourgeoisie, dans le monde doublement légal des notaires, pour lesquels M. Emile Augier a gardé une incurable sympathie. Les Lionnes pauvres sont des lionnes mariées, des lionnes en puissance 4'assez tristes lions, disons-le sans parenthèse. Et îgoutons que ce titre, emprunté à l'argot passager de la Diode, est peu heureux pour une œuvre qui, malgré ses défauts, comptera parmi les tentatives dramatiques. L'intrigue est celle-ci : la jeune femme d'un vieux maître clerc demande à un amant le luxe que son mari est insuffisant à lui donner; et lorsque la lumière se fait sous le nez de celui-ci, il se récrie et va mourir dans un coin.

Quelques-uns trouveront peut-être que mes analyses sont brèves; elles sont condensées, voilà tout. Elles ramènent l'auteur ou les auteurs à leur point de départ, ^n leur demandant : « — Qu'avez-vous fait de votre idée primitive? n Là pièce (les auteurs n'ont pas osé l'appeler un drame) est toute dans les développements, tandis que, selon nous, il fallait l'attaquer autant dans les prémisses que dans la conclusion. Atant et après ne ^ont rien pour eux, ou sont peu de c\iQ%e\ pendant est tout. C'est un point de vue, mais faussement installé.

Maintenant, s'il faut rendre justice à tout ce que

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les Lionnes pauvres ont 4e \>Ta,YO\xre dans l'attaque et de sang-froid dans la l^çon; si Ton exige, ou seulement si Ton réclame que nous notions les mouvements imprévus, les scènes anxieuses, les reliefs brutalement accusés et les indications dénoncées spirituellement, — deux qualités antipathiques, deux dons s'excluant et que Ton retrouve extraordinairement à un égal degré chez Tauteur de la Jeunesse, — nous sommes prêt à nous exécuter. A qui apprendrons-nous que M. Emile Augier doit à son cœur mille délicatesses, à son temps mille amertum'es, et à son éducation mille expériences? De tous ces composés il résulte un homme, c'est le principal.

On avait tant parlé à M. Emile Augier de la chute triomphale du Mariage d'Olympe, qu'il a voulu sans doute avoir raison à la fois du public et de la critique avec les Lionnes pauvres. Le fait est que ce dernier ouvrage peut être considéré comme le pendant de ce fameux Mariage; mais il laisse subsister l'éternelle question de l'opportunité de l'exhibition du vico. GhacuQ perd la tête à ce problème. L'opinion, la censure, tout le monde avait tellement fatigué le jeune académicien, qu'il s'est écrié, au commencement du cinquième acte, en prédisant le désordre. L'ignominie et l'hospice à son héroïne : « — J'espère qu'il y a là de quoi satisfaire les honnêtes gens! » Eh bien! non; vous dépassez le but; vous en finissez d'un coup avec cent blessures qui demandent cent baumes.

11 faut exhiber le vice, c'est vrai, c'est nécessaire, mais jamais le vice absolu, car c'est toujours le vice malade et relevant, non plus de l'homme de lettres, mais du médecin. Au vice dépouillé de circonstances

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atténuantes, ce n'est pas la rampe qu'il faut, c'est Charenton. La chirurgie ne raisonne pas avec une jambe cassée; la morale ne doit pas transiger avec un instinct criminel.

Les Lionnes pauvres mettent en scène une femme invraisemblable et sans excuse. C'est l'exception. Elle a toutes les bassesses; quant à ses séductions, ellçs demeurent jusqu'à la lin un mystère pour les spectateurs. La maladresse est évidente ; on ne frappe pas sur des créatures pareilles ; on peut battre de verges la mer, comme Xerxès;.on ne fouette pas la boue. Deux hommes sont avilis par cette femme : le ipari et l'amant. Le mari est vieux et obtus, l'amant est vulgaire. Un plaisant traverse aussi cette intrigue ; il est représenté par M. Félix ; on voit d'ici son genre d'épigrammes : le sel, le poivre, les épices qui emportent le palais, on les lui a prodiguées. Il est le point sur Yi de toutes les situations, mais un point plus gros que les i, ce qui est un tort.

Pour nous résumer, le publia a été plus surpris que touché; il a été remué peut-être, il n'a pas été ému.

Les Lionnes pauvres t de MM, Emile Augier et Edouard Poussier, viennent de paraître en librairie avec une préface qui définit très-nettement les privilèges de l'art dramatique. A propos des mutilations qu'a subies ou failli subir cette pièce, M. Emile Augier, seul signataire de la préface, replace sur le

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tapis rétèrnBlle question de la moTalité au théâtre. Où commence cette moralité? Qui est-ce qui a mission d'en déterminer les limites? Jusqu'à quel point est-il opportun de démasque:' les mœurs de ce temps? Voilà ce queTauteur des Lionnes pauvres se demande et demande aux autres, dans une très-bonne langue d'ailleurs, franche et claire.

Il est évident qu^il y a des sujets dangereux à mettre en*scène. L'insistance de certains auteurs à ne présenter depuis quelque temps que des tableaux du monde galant était faite pour alarmer toutes les susceptibilités.

On doit le dire aussi : il se rencontre parfois, dans les théâtres de deuxième ordre, des directeurs d'une instruction négligée, mettant la spéculation audessus de tout, les premiers à pousser les auteurs dans la voie de l'actualité, quelque scandaleuse qu'elle puisse être. Pour ces directeurs industriels, pour ces auteurs complaisants, une surveillance préalable est indispensable; personne ne l'a jamais nié, personne ne le niera jamais.

Mais il est, dans une sphère plus haute, des hommes qui, par leur talent, par leurs antécédents, par l'évidence de leurs bonnes intentions, sont faits , pour échapper à l'action de ce contrôle.

Bien avant la publication de cette préface, le procès des Lionnes pauvres était jugé dans l'opinion. Celui qui avait écrit la pièce était un académicien, un grand prix de vertu, plus compétent que personne dans la question de moralité, et ayant luimême fait partie autrefois de la commission de colportage ; celui qui la recevait, M. de Beaufort, était

également un homme du monde et un homme de lettres. Que de. garanties des deux côtés! Ace degré de position, d'honorabilité et de talent, il était clair . pour tout le monde que l'auteur et le directeur devenaient seulement justiciables du public.

La préface des Lionnes pauvres profitera à la liberté de l'art.

M. Emile Augier a touché, en passant, à quelques autres points de pure littérature. Il a expliqué pour-r quoi il avait placé son intrigue dans un milieu de petite bourgeoisie, et non dans le grand monde: «< Il nous a semblé, dit-il, que si nous rétrécissions notre cadre, nous élargissions notre idée en montrant cette plaie du luxe dans les régions où le luxe n'était pas encore descendu avant nos jours, y»

Il est moins à son aise dans la question de colla* boration, au sujet de laquelle il parait avoir gardé sur le cœur les spirituelles et paternelles remontranceg de M. Lebrun, — son tuteur à TAcadémie française.

Voici en quels termes s'exprime M. Emile Augijer :

« Je suis volontiers de l'avis de M. Lebrun à l'endroit de la collaboration; mais on n'est pas toujours maître de sa destinée. Voyez en ce cas, par exemple : j'ai pour ami intime un de mes confrères qui n'a pas plus que moi l'habitude de collaborer. Mais nous ne sommes très-mondains ni Tun ni l'autre, et passons aisément notre soirée au coin du feu. Là on cause de choses et d'autres, comme le Fantasio de notre cher de Musset, en attrapant tous les hannetons qui passent autour de la chandelle; et, si parmi ces hannetons il voltige une idée de comédie, auquel

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des deux appartient-elle? A aucua et à tous deux. Il faut donc lui rendre la volée ou la garder par indivis. »

C*est gracieux, — mais spécieux.

Il se peut que le hanneton des Lionnes pauvres ait été saisi au même instant par MM. Emile Âugier et Foussier; — et Ton comprend que M. Lebrun n'ait pas prévu ce cas. Aussi n'a-t-il point voulu tancer la collaboration à la chandelle; il s'est contenté de reprendre et de remettre à sa place la collaboration qui n'est que Texploitation de Tidée d'autrui.

Or, c'est cette collaboration seule que M. Augier a pratiquée, — jusqu'à présent.

Za Chasse au roman, la Pierre de touche et le Gendre de M. Poirier n'appartiennent point à là classe nouvelle de hannetons qu'il produit aujourd'hui sur le bureau de la critique. Ce sont bien et bonnement trois romans de M. JuleS Sandeau.

M. Emile Augier ne s'est pas davantage brûlé les doigts en attrapant,* avec son cher de Musset, le petit vaudeville de T Habit vert. Il n'a fait que mettre en œuvre la Montre de ce dernier.

Les observations de M. Lebrun n'ont porté et ne pouvaient porter que sur ces faits. Les Lionne pauvres montrent un nouveau côti de la collaboration.

La préface nous a naturellement amené à la lecture de la pièce; nos impressions premières n'en ont pas été positivement modifiées. La vraie dépravation, le seul danger sérieux de cette œuvre, c'est le personnage de Bordognon. L'homme est cjnique, et sa gaieté n'a pas d^ base. Écoutez sa biographie faite

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