LES TROIS MAUPIN
d'une fortune assez considérable. — On sait qu'en ces circonstances M. Scribe^ne lésine pas. — Mais, par un contre-coup facile à prévoir, la vertu de la pseudonyme fauvette est sérieusement menacée : premièrement, par le duc de Navailles ; deuxiènaement, par le président de Noyon ; et troisièmement enfin^ par le comte d'Albret, le plus dangereux, car il est aimé. C'est en ce moment que revient da l'armée Henri d'Aubigné, juste à temps pour préserver sa sœur des poursuites très-vives de ces trois messieurs. C'est en ce moment aussi que commence l'imbroglio le plus inextricable et le plus puéril où l'auteur d'Z7»tf Chaîne eÀi jamaiè égairé son habileté proverbiale. L'y suivrons-nous? Pourquoi pas? Nous y surprendrons peut-être quelques-uns des secrets de ce grand Albert du théâtre moderne.
Voici d'abord M. de Maupin, un musicien perpétuellement aviné, qui apparaît et qui réclame sa femme. Béatrix est sur le point de voir sa supercherie découverte ; il né lui reste qu'à fuir ; les préparatifs du départ s'organisent immédiatement» Cependant elle a promis à la princesse Palatine (bonne princesse, et vous aussi I) d'assister à un bal masqué, cette nuit même; UA.e voiture de la cour est en bas qui Tattfend. Comment faire? Bah! l'auteur de Feu Lionel ne s'embarrasse pas pour si peu de chose; on jette un domino noir sur runiforihô de Henri d'Aubigné, et c'est Henri d'Aubigné qui représentera ce soir mademoiselle de Maupin au bal de la princesse Palatine. Il part donc, masqué jusqu'aux dents; et fouette, cocher! — Est-ce assez d'invention?
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AU bal masqué, la MauJ^ia masculine fait des siennes; serrée de trop près par quelques gentilshommes, elle saisit Fépée de Tun d'eux et les blesse à tour de rôle. Le guet Tarréte et la conduit, non pas au For^rÉvéque, mais dans une maison de plaisance du duc de Navailles ; là, nous nous croirions déjà en pleine Régence. En effet, autour d'une table resplendissante de bougies, une douzaine de femmes sont groupées, le verre en main, rieuses, plus que folles, se renvoyant Tune à Vautre des historiettes galamment déshabillées. Elles sont rassemblées sous prétexte d'une retraite austère et pour se conformer au caprice religieux de madame de Maintenon. La duchesse de Navailles et la présidente de Nojon représentent les abbesses de ce couvent improvisé ; mais regardez-y de près, et, sous ces- cheveux qui attendent la poudre libertine du règne de Louis XV, Vous allez reconnaître les deux profils de la marquise de B... et de madame de Lignolles. Henri d'Aubigné, toujours costumé en femme, complète le trio. Alors se déroule une course furieuse, une chasse sans. nom, un quadrille incroyable de quiproquos; un hallali de situations : flambeaux éteints, portes subitement ouvertes, soufflets reçus et rendus^ la maréchaussée, les maris, « viugt-cinq louis si l'on crève un cheval pour arriver avant M. le duc ! » La mise en scène, — cette fameuse mise en scène du Gymnase, — est passée des mains de M. Montigny entre celles de Robert Houdin. Les trucs des Pilules du Diaile se devinent à l'horizon.
On comptait beaucoup sur cet acte, lé quatrième; on y comptait comme sur un ballet; et si ce n'est
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pas tout à fait un ballet, c'est au moins une clownerie, une irlequinade. Les acteurs n'ont pas le temps d'y parler; on ne procède que par exclamations. Pour nous, ce quatrième acte nous a produit un effet des plus étranges; il nous a semblé que, pareille aune horloge qui se détraque soudainement, toute rhabîleté de M. Scribe se détraquait à la fois; les situations se dévidaient avec un bruit enragé; les ressorts sautaient à droite et à gauche; quelques scènes continuaient à aller toutes seules, par un reste d'habitude.
Les Trois Mawpin pouvaient comporter une trentaine d'actes, comme les romans dialogues 4e M. Alexandre Dumas, auxquels ils ressemblent; M. Scribe ne leur en* a concédé que cinq. L'action n'aboutit point, elle s'interrompt. Trois mariages signalent le dénoûment, les mariages des trois Maupin. Maupîn première, la vraie. Maupin, épouse en secondes noces un seigneur russe, dont les fourtaures restent dans la coulisse; Maupin deuxième, c'ést-à-dire Béatrix d'Aubigné, épouse le comte d'Albret, devenu duc; enfin la troisième Maupin, celle du bal de la princesse Palatine et du couvent de Marmoutier, la Maupin du régiment de Berri, offre sa main à une petite servante, qui a appris à lire et à écrire pendant son absence.
La vérité nous oblige à déclarer que, dans tout cela, nous n'avons surpris aucun des secrets qui font . la réputation dramatique de M. Scribe.
D'ordinaire, lorsqu'un auteur prend à partie une époque très-connue de notre histoire, il est permis de lui supposer l'intention de mettre en lumière ou
un personnage jusqu'alors mal expliqué ou quelques côtés très-curieux des mœurs de cette époque. Sans^ un de ces motifs, Texcursion historique est incompréhensible.
M. Scribe, se mouvant au milieu de la cour dévote de Louis XIV, approchant madame de Maintenon, saluant la princesse Palatine, M. Scribe se promenant, une canne à la main, dans TOrangerie de Versailles, M. Scribe manque d'un peu de tournure, d'un peu de langage, d'un peu de science, d'un peu de tout. Sa plaisanterie sort d'une boite au gros sel. Quant à son style, deux échantillons suflSront. S'ils ne suflSsent pas, nous en donnerons quatre la prochaine fois.
Pressé par la duchesse de Navailles de s'expliquer sur une affaire de cœur, le comte d'Albret hésite : « Comment l'oserai-je en présence d'une personne si méritante, si sévère... — Dites si respectable, et que ça finisse! » réplique la duchesse. Et que çcu finisse n'est pas du temps. Et que ça finisse remonte tout au plus à V Auberge des Adrets; c'est le mot de. Robert Macaire aux gendarmes : « Embrassons-nous et que ça finisse ! ^
Passe pour la duôhesse de Navailles et son anachronisme; maïs voici à présent la petite présidente, de Nojon, ayec sa grosse faute de français : ^ J'avais une amie excessivement peureuse... tout le monde peut l'être. » Tout le monde peut être peureuse, cela est clair, puisque M. Scribe l'affirme, et que M. Scribe est un académicien.
Cependant, nous ne sommes pas sans éprouver une certaine inquiétude au sujet du dictionnaire de