FABRE D'ÉGLANTINE
(JuiU6tl859.)
Bien peu de sympathie s'attache à la personne et aux ouvrages deFabred'Églantine. Un examen toujours très-rapide de son existence ondoyante Va. perpétuellement fait rejeter, par les historiens, dans lès bas*fonds où s'agitent les intrigants sans autorité. Moins favorisés que tant d'autres, que Laclos, l'auteur des Liaisons dangereuses, qui mourut général d'artillerie, que Barrère, demeuré épicurien jusqu'au seuil de sa quatre-vingtième année, Fabre d'Églantine paya immédiatement de sa tête quelques heures d'opulence et de dissipation, — une tête fort expressive au dire de ses contemporains, animée par des yeux pétillants. OnTembarqua dans une affaire d'agiotage, et, sans lui permettre de se défendre et de produire des témoins, mis hors des débats, par suite des réclamations emportées de plusieurs de seé coaccusés, il fut condamné à mort; il n'entendit même pas le prononcé de son jugement. Du reste, ce procès
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et les irrégularités de droit dont il avait été entaché eurent un fâcheux eflPet sur le public d'alors, quelque habitué qu'il fût à la justice expéditive.
Nous sommes loin de vouloir essayer une apologie de Fahre d'Églantine ; aussi n'examinerons-nous pas si son passage au comité de Finêtruction publique eût de bons résultats. Nous n'interrogeons pas sa vie privée, acquise aux plaisirs vers les derniers temps. Ses Lettres amoureuses, qui forment deux petits volumes; assez rares aujourd'hui, attestent de la sensibilité et de l'exaltation. Mais nous pouvons et nous devons regretter l'écrivain si prématurément brisé, l'auteur énergique du PMlinte de Molière, Il est permis de supposer que, sans les événements entraînants de la Révolution, Fabre d'Églantine, maintenu par le succès dans sa vraie voie, aurait donné à la France un poète comique d'un ordre supérieur. Tel qu'il est, arrêté à trente-neuf ans, doué dé vingt facultés, peintre, musicien, hpmme*de bureau, orateur, acteur, nous le trouvons singulièrement remarquable. Rien ne nous ôterait de l'idée qu'il aurait été plus loin que Laya, Marie Chénier, Alexandre Duval. Nous puisons cette conviction aussi bien dans le PMlinte que dans V Intrigue épistolaire; mais nos préférences sont pour cette dernière pièce, dont l'action est conduite de main de maître et remplie de détails excessivement ingénieux. On rit d'un bout à l'autre dans Vlntrigue épistolaire^ ce qui n'a pas lieu pour le PMlinte.
L'idée de continuer Molière, précisément dans son œuvre considérée comme la plus parfaite, était une idée hardie et qui, aux yeux de certains fanatiques.
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participait même du sacrilège. Pour nous, qui nous plaçons à un point de vue plus humain, nous compre*nons ce désir de Fabre d'Églantine de pousser jusqu'aux conséquences extrêmes un caractère borné par Molière dans les rapports de la bienséance mondaine. La tentative lui a été heureuse. Le Philinte a des parties d'une noblesse et d'une éloquence peu communes. A vrai dire, c'est moins une comédie qu'un drame, et un drame placé, on le sent à chaque scène, sur les limites d'un nouveau régime.
Le sujet du PMUnte de Molière est connu, je suppose. On sait qu'il s'agit d'un homme ruiné par la friponnerie d'un procureur, et que recommande trèsvivement Alceste à Philinte. On sait que Philinte, personnification spirituelle de l'égoïsme, refuse d'employer son crédit pour cet inconnu, lequel se trouve^ au troisième acte, n'être autre que Philinte lui-même. Alceste, généreux jusqu'à l'oubli, le tire du danger, mais ne lui épargne pas sa harangue. Il est vrai que cette harangue est fort belle et résume la pièce tout entière.
M. Leroux joue consciencieusement le rôle de Philinte, c'est-àr-dire qu'il n'en dissimule aucun des côtés désavantageux; il entre peut-être mieux dans l'esprit philosophique de l'ouvrage que M. Geoffroy, qui continue le personnage d' Alceste sans presque y apporter de nuances.
GYMNASE
Reprise de Marie ou Trois Époques^ comédie en trois actes, par madame Ancelot. (Septembre 1859.)
M. et madame Ancelot, il y a quelque trente ans, tenaient un salon des plus agréables ; les lectures y alternaient avec les bals et même les bals travestis. L'anecdote que nous allons rapporter remonte à cette époque. C'était en hiver; madame Ancelot avait convié plusieurs intimes, — les familiers seulement, — pour entendre Marie. La lampe solennelle, coiffée de son abat-jour vert, avait été apportée sur la table; on n'attendait plus personne. De sa voix la plus argentine, la maîtresse de maison lisait le premier acte de sa comédie encore inédite. On connaît ce premier acte : une jeune fille, Marie de Sivry, afin de sauver l'honneur et la vie de son père compromis dans de maladroites spéculations, n'hésite pas à sacrifier son amour pour un jeune homme à qui elle était fiancée, et elle épouse un spéculateur enrichi, M. Forestier tout court.