DALILA
foyer! votre fojer! Maïs qui vous en a révélé le premier la poésie, si ce n'est un de ces fainéants et de ces drôles dont vous dénoncez si bellement les mœurs dissolues et la vie extravagante? La haie en fleur y le petit bois, V enclos plein de lumière, les auriez-vous inventés par hasard? Cette chanson qui s'est involontairement gravée dans votre mémoire, vous avez oublié que c'était un pauvre qui la chantait l'autre matin en passant devant votre porte. Votre foyer 1 Mais vous n'en êtes que les locataires vaniteux et ingrats I Le charme y a été apporté, comme un parfum dans le vent, par ces artistes et par ces écrivains dont vous cherchez à rabaisser les élans. Ces heures si douces, employées à la lecture d'un poëme qui rassemble autour de vous votre famille attentive et émue, alors qu'un voile de pluie s'abat sur nos campagnes, vous les devez à quelqu'un de ces débauchés que vous voulez avilir! Ces stances qui coulent, fortifiantes, en vos veines, ces odes que vous ne pouvez répéter sans un frissonnement d'admiration, ont été composées sur une nappe rougio par une main égarée I Tout à l'heure, les larmes de vptre fille tomberont silencieuses sur le piano, et les feuillets qu'elles mouilleront seront l'œuvre d'un homme de désordre et de volupté, d'un fou, de Donizetti! La grâce de vos enfants, le ton parfait et sensé de votre femme, ne sont qu'autant de réminiscences de tant de beaux livres barbouillés par des malheureux dont le nom vous fait crier shoMng! Ah ! ne touchez pas à ces hommes et à ces mémoires! n'approchez pas votre main, gantée ou nue, de ces instruments mystérieux où Dieu a mis un écho
10 LES PBEHIÈBES BEPRÉSENT ACTIONS
de sa voixl Là où vous ne comprenez pas, passez, mais n'insultez pas !
Hélas! il y aura toujours la grande et la petite vue. Sous une treille latine, un homme est là, qui trébuche et qui chante. Quelqu'un passe, dédaigneux, en murmurant : Ivrogne! Un autre le salue et le nomme : Horace.
La manière de M. Octave Feuillet peut être définie en quelques mots : il retourne le style d'Alfred de Musset contre Alfred de Musset lui-même. Il va chercher Fantasio et Perdican au cabaret, il les endoctrine et il les emmène avec lui, non pas au pays où fleurit l'oranger, mais à Saint-Sauveur, où l'on fait de si bonnes confitures. Il engage Lélio, par ses conseils, à troquer son plumet contre un excellent chapeau gibus, qui se plie en voyage et est fort commode.
Après cela , il ne les empêche pas du tout d'emporter avec eux leur provision de poésie et de tabac; au contraire, il est homme à leur offrir en route un cigare bien sec et, au besoin, une tirade du meilleur jet.
Car M. Octave FeuiUet est un écrivain d'un talent incontestable; nous n'avons jamais songé à le dissimuler; et voilà ce qui donne de l'autorité à ses funestes paradoxes. Sa phrase exercée, quoique uji peu molle, sait s'élever par intervalles à des. hauteurs prudemment calculées et emporter avec elle le spectateur sans lui donner le vertige. On dirait qu'il mesure, comme avec un thermomètre, le degré de lyrisme qui convient aux intelligences moyennes.