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DALILA

M. Lafontaine, le comédien de Paris préposé particulièrement aux rôles difficiles, débutait dans Do,lila par le personnage d'André Roswein. Il a plusieurs fois, dans la soirée, forcé la sympathie par des mouvements imprévus et superbes.

GYMNASE

Les Comédiennes^ comédie en quatre actes, par MM. Louis Lurine et Raymond Deslandes. (Mai 1857.)

La physionomie d'une salle de théâtre, le soir d'une première représentation, constitue elle-même un spectacle infiniment curieux. Prenons, par exemple, la première représentation des Comédiennes et entrons au Gymnase.

Il est clî^ir que ni vous ni moi n'avons payé notre place, ce soir; les auteurs, dont cette pièce est le vatout (la dernière pièce d'un auteur est toujours son va-tout), ne l'auraient pas souffert; ils ont jeté deux cents billets dans Paris. Xô directeur dont l'habileté , va être une fois de plus mise en question, l'acteur qui va hasarder de nouveau sa renommée, l'actrice qui va étaler une robe sans précédents, les mille intéressés du théâtre^ ceux dont la vie et l'honneur dépendent d'un succès, se sont distribué la salle. Les journalistes, ces témoins de toutes les chutes et

de toutes les apothéoses, forment le reste du public.

— Ohl monsieur! tout est loué! vous' répondrait le buraliste avec une solennité indulgente, au cas où votre inexpérience vous pousserait vers lui.

Les Comédiennes ne commencent pas le spectacle. Un vaudeville de M. Scribe donne le temps d'ouvrir , les portes des loges, d'apporter des petits bancs, de réparer les toilettes. A huit heures, les avajit-scène s'emplissent de murmures soyeux, de bruits de fauteuils; des hommes, trop tôt sortis de table, penchent leur figure animée par-dessus quelque épaule enveloppée de cachemire. On ne se gêne pas pour parler haut. A chaque instant, le contrôleur de Torchestre s'avance et désigne les places aux arrivants : — Le numéro 33, quatrième rang, au milieu ! — Le 67, dans ce coin!

Voici les zélés : un pince-nez se montre, précédant un personnage de petite taille, M. Jules de Prémaray, l'homme d'esprit de la Patrie; il est suivi par M. d'Avrigny, qui représente V Assemblée nationale. M. Jouvin, dont la myopie a fait oublier celle de M. Paul Foucher, se heurte à tout le monde en cherchant sa stalle, et fait ses excuses à son beaupère qu'il ne reconnaît pas. Un peu raide, mais souriant et vêtu avec recherche, c'est M. de Galonné, un grand nom à la tête de la Revue contemporaine. M. Florentine est trop vaste pour se contenter d'un fauteuil d'orchestre, il remplit la loge du Constitua iionnel et sourit débonnairement, en découvrant une double rangée de dents blanches au fond d'une barbe plus noire que l'Érèbe. M. Paul de Saint- Victor, fier et attentif, écoute une jeune dame assise â côté de

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lui, et qui parle comme un feuilleton après avoir autrefois partie comme un vaudeville.

On frappe pour les Comédiennes; les musiciens sortent de dessous le plancher. A gauche du spectateur, dans une loge de rez-de-chaussée donnant sur la scène, une figure brune et soucieuse apparaît derrière un grillage qui restera clos toute la soirée,» c'est M. Montigny, le directeur : il va suivre de là ses pensionnaires; sombre et boutonné, avec des moustaches épaisses, le sourcil dur, on le prendrait pour un ancien militaire. Se^ regards interrogent la salle; il n'écoute pas l'ouverture.

Le premier acte s'encadre dans un site champêtre*, Asnièresou Bougival ; déjeunes messieurs ont amené ^ une carrossée d'actrices en volants, en rubans, en chapeaux de paille, avec un grand bagage d'ombrelles, de bouquets, de lignes à pécher. Au milieu de ces évaporés et de ces évaporées se détache la figure un peu sérieuse de Fernande, comédienne de genre, jolie femme comme les autres, et qui joue indifféremment avec l'affection bruyante d'un épais marchand de soieries de Lyon. Son cœur n'attend pour s'éveiller que l'apparition du bel inconnu qui ne fait jamais défaut aux comédies sur l'herbe. Celui-ci se nomme Maurice, et ce n'est pas sa faute s'il ressemble à l'Armand Duval de la Dame aux Camélias. Il commence par éviter mademoiselle Fernande, qu'il redoute d'aimer; il refuse de la reconnaître, il se fait prier pour lui donner le bras, et puis, ma foi, au diable les craintes et les scrupules! « Je t'aime I tu m'aimes ! »» La pièce est lancée ; c'est le moment d'arrêter le premier acte.

M. Montigny paraît content. Quelques journalistes retardataires arrivent; M. de Biéville se fait raconter le commencement par son frère, M. Fernand Desnoyers. Du reste, on ne se rend pas encore au foyer; ce n'est pas Tusage après un premier acte; on n'a pas eu le temps de se former une opinftn sur la pièce. La plupart des spectateurs de l'orchestre, debout etr tournant le dos à la rampe, élèvent leurs lorgnettes vers les galeries ou les dardent au fond des baignoires ténébreuses. Quelques bourrus se concentrent dans la quatrième page de la Presse, d'autres, tout étonnés, se surprennent à lire VEnWaote, en s'aperce vant qu'il est écrit maintenant par M. Albéric Second. Un bruissement d*éventails remplit la salle.

Au deuxième acte, la comédienne est chez elle, et naturellement Maurice est chez la comédienne. Ils murmurent ensemble les premières strophes d'un poëme d'amour qui doit durer toute la vie. Mais on sonne. « On sonne toujours ici! >» remarque Maurice. C'est le marchand de soieries de Lyon, qui roule, qui s'égaye et qui apporte un châle sans facture.

On sonne encore. C*est un jeune fat qui vient acheter des billets de bal de l'Association des artistes à mademoiselle Fernande, dame patronnesse. On sonne. Ce sont des fleurs et des déclarations. Ennuyé de ce carillon (passe pour la sonnette du théâtre, mais tant de sonnettes dans la vie privée!), Maurice ne trouve rien de plus ingénieux, pour le faire cesser, que d'offrir son nçm et sa main à Fernande. « Il serait possible ? » s'écrie-t-elle. « Il est pos-

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sible, » répond-il, pendant que le rideau descend lentement sur la scène.

— Ce n'est pas mal, se décide à dire Darthenay, cet audacieux, en gagnant le foyer où, cette fois, les impressions de la critique vont se produire, à titre d'essë!. — Un peu maigre d'action, lui répond à l'oreille Achille Denis. —7 De jolis mots! de jolis mots! répète Léon Gozlan, devenu depuis deux mois le très-urbain et très-original feuilletoniste du Pays,

Il faut monter deux étages pour arriver au foyer du Gymnase. On se rencontre. D'habitude, les financiers, les gens du monde et généralement ceux qui tiennent tin rang élevé se contentent d'ouvrir leur loge et de distribuer, sur le seuil, leurs poignées de main. Il en est qui se hasardent jusque dans le couloir. Quant au foyer, ni hommes, ni femmes, tous journalistes, les quotidiens, les bi-hebdomadaires, les hebdomadaires, les mensuels, le Tintamarre et la Revue des Deux Mondes, cohue, poignées de main, brouhaha, intérêts, défiances, promesses, jugements contenus, mots d'ordre pris et oubliés, recommandations et présentations, des rires, quelquefois des colères, un mot préparé et qui avorte, un mot involontaire et qui fait fortune, les regrets et les comparaisons, le comédien qu'on invente et celui qu'on enterre, la figurante d'hier dont- on fait le premier sujet de demain! Au. foyer, on discute le mérite des Comédiennes et la valeur des deux auteurs. On estime que M. Raymond Deslandes est un jeune homme distingué, actif et obséquieux; mais. les plus .sérieux éloges sont réservés pour M Louis Lurinç,.

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On se rappelle ses débuts très-brillants dans le feuilleton du Courrier français y où il était le roi de la nouvelle, concurremment avec M. Marie Aycard et • M. Eugène Guinot. Les gens qui se piquent d'avoir la mémoire des succès évoquent le souvenir de deux actes spirituels écrits avec la collaboration de M. Félix Solar, le Boudoir ^ joué à la Comédie-Française, et Madame Basile, l'épisode délicieux des Confes-sions transplanté au Vaudeville. On se plaît à répéter que M. Lurine fut un moment collaborateur de Charles Nodier, et Ton est heureux de voir enfin cet érudit et ce délicat retourner au théâtre, trop envahi par les gens d'optique et de patois.

— Et puis, dans ce domaine des mœurs galantes, il n'est pas le dernier venu^ objecte avec raison M. le marquis de Belloj; le Treizième Arrondissement a sa date avant les Filles de marbre et le Mariage d'Olympe. — Pourquoi ne pas citer également Ici Von aime, un livre qui s'eat tant vendu sous le paletot? ajoute M* Xavier Aubryet. - — Bref, il est décidé que la pièce sera soutenue, qu'elle a des parties exquises, qu'elle sent son autear de race. Les correspondants de journaux étrangers, du Nord et de V Indépendance belge, consignent cette réussite sur une feuille de leur carnet, qu'ils déchirent et jettent par la fenêtre, où un homme est aposté,'avec mission de courir au chemin de fer.

Le troisième acte des Comédiennes commence par une scène bien trouvée : la vente aux enchères du mobilier de Fernande. C'est à se croire rue Trudon, chez mademoiselle Rachel. A combien le bracelet? à combien les dentelles? à combien ces miraculeuses

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robes deDéjanire? Le marchand de soieries de Lyon achète tout, en pleurant. Les robes parties et le dédit . payé au directeur, Maurice surprend un regret dans les yeux de Fernande. Elle a sur sa toilette le manuscrit d'une pièce dM à la plume d'un de nos meilleurs écrivains, et dont le principal rôle lui était destiné ; il y avait là des effets nouveaux, une occasion éclatante de faire consacrer son talent : Fernande s'arrête à cette idée, et rêve. Allons I allons! Maurice n'épousera pas Fernande; il s'arme de résolution, il ne lui dit même pas adieu, il part, il est parti.

Ordinairement, à cette .heure-ci, — il est onze heures, — quelques défections se déclarent parmi les critiques casaniers, les mariés oa ceux qui demeurent à Bercy, comme M. Edouard Thierry. Un gros homme, qui ressemble à un prélat, les yeux assoupis, la chevelure blanche et riante, descend ^vec peine l'escalier des premièrej8.galeries ; avez-vous reconnu M. Jules Jaiym? Il va jouer aux dominos, et il rentrera chez lui parlant latin et se moquant de sa goutte. Pendant ce temps-là, les acharnés retournent au foyer; ils passent les acteurs euTevue. — Geoffroy est toujours le même. — Qu'importe, pourvu qu'il soit toujours amusant! — Lesueur est, avec Got, l'homme qui téussit le mieux les silhouettes; il est parfait dans ce rôle de musicien piteux et passionné. — Les actrices? mademoiselle Victoria? mademoiselle Delaporte? Point d'autorité encore, mais de rintelligence et des yeux à tout brûler.

Pan! pan! pani Mademoiselle Fernande est dans sa loge; on l'habille. Six mois se sont passés depuis le départ de Maurice. Il s- est marié avec une demoi-

selle de province, et ce soir-là précisément il est venu 'au spectacle avec çlle, tranquillement, dans une bonne avant-scène. Dès que Fernande les apei^ çoit, elle ne veut plus jouer, elle arrache son collier, elle défait ses boucles d'oreille, elle piétine sur son écharpe, et, sanglotant, elle cache sa tête entre ses mains. Il s'agit cependant de lui faire entendre raison. Maurice d'un côté, le marchand de soieries de Tautre, se chargent de ce soin. La pauvre comédienne les écoute, et, résignée, elle retourne tristement à son art.

Ce dénoûment est touchant et simple. Il a ému. M. Montigny rayonnait derrière son grillage. En fait, la pièce de MM. Louis Lurine et Raymond Deslandes a des qualités incisives; elle veut être moderne à tout prix, et pour cela elle ramasse en son chemin des historiettes qui n'ont que le tort d'avoir servi à beaucoup de gens. Ainsi, l'homme à la blouse qui écrit à l'actrice : « Levez les yeux quand vous entrere'z en scène, vous me reconnaîtrez à mes jambes qui pendront en -dehors de la troisième galerie. »» Ainsi le collégien : « Mademoiselle, soyez jeudi à votre fenêtre, à trois heures; je passerai à la tête de ma pension. » Les petits journaux ont usé ces anecdotes. Il y a encore l'épisode de la guitare, qui nous a fait l'effet d'une dissonance : mademoiselle Fernande raconte qu'elle a autrefois chanté dans les cafés et sur la voie publique. Elle ne veut pas se séparer de sa guitare, elle lui a donné la place d'honneur dans sa chambre.

GAITE

Reprise d'ilnlofii/, drame en cinq actes, par M. Alexandre Damas. (Juin 1857.)

L'Auberge des Adrets a failli étr« un drame sérieux; AntonyB,idi!\\\i devenir une parodie. L'œuvre de M. Alexandre Dupaas a résisté cependant, ô. oause de la passion sincère qui est en elle. Il se peut que ce soit un monstre au point de vue de l'habileté dramatique ; mais il reste un type et des cris qui caractérisent une époque et des sensations. Le personnage d'Antony est le produit révolté de l'hébétement qui suivit la catastrophe impériale, hébétement qui a été si admirablement décrit dans les premières pages de la Confession d'un enfant du siècle.

Il est évident que la jeunesse étouffait sous le ciel sans horizon de la Restauration, et qu'elle se rattachait à tout ce qu'on voulait lui faire oublier : aux colères de Jean- Jacques Rousseau,' aux mélaocolies de Werther, à l'ironie de Voltaire. Ce fut alors

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