AMBIGU
Xe Roi de Bohême et ses sept châteaux, drame en'six actes, par M. Paul Meurice. (Octobre 1859.)
M. Paul Meurice se sera dit : — Mon premier acte se passera dans une de ces forêts empruntées à Shakspeare, où tout le monde se rencontre et s'égare; j'y grouperai des Bohémiens pittoresquement vêtus, qui attendent leur roi. Ce roi sera une sorte de Figaro et de Zafari, un vagabond poétique, doué de tous les dons de la gaieté et du courage; je l'appellerai CabritOj parce que je ne peux pas l'appeler Tragaldabas. Dans ma forêt enchantée, je ferai passer, comme c'est mon droit de fantaisie, Philippe IV, Tinfante, dona Carmen, son amoureux, et la duc de Buckingham par dessus le marché. Mon Ca^rito sera mêlé à tout^ protégera tout le monde ; et, quand le roi d'Espagne lui demandera son nom, il répondra entre deux gambades : — « Je suis le roi de Bohême! »» ce qui termine merveilleusement une exposition.
Mon deuxième acte, — se sera encore dit M. Paul
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Meurice, — . évoquera au bord de la mer bleue un ancien temple à Phébus-Apollon, hanté par une belle devineresse du nom de Sjlvana. J'aurai là une scène de bonne aventure qui est tout à fait dans les mœurs dUors; S jlvana cachera sa jeunesse sous le masque effroyable d'une vieille de cent ans; de longues mèches de cheveux blancs tomberont sur son manteau rouge et vert, constellé de signes infernaux', elle s'appuiera sur la béquille des fées mauvaises; sa voix sera cassée; son regard sera éteint; mais sa main blanche et douce la trahira à son insu; aussi quand, après avoir tiré leur horoscope au roi d'Espagne et au roi de Bohême, elle leur donnera rendez-vous pour la nuit suivante, au château en ruines de Maria Padilla, chacun d'eux ^e dira en souriant : — J'irai I
Mon troisième acte transportera le spectateur au pays des visions, en pleine fantasmagorie. Je dirai les mystères des cloîtres éclairés par la lune ; je ferai rouler sans bruit les portes d'airain sur leurs gonds invisibles ; des formes indécises passeront le long des galeries enveloppées de nuées. Cela rappellera peutêtre la Dame blanche y mais j'aurai le soin de remplacer la musique de Boïeldieu par une action vive et animée. Le fantôme de Maria Padilla causant amoureusement, au bord d'une table de mosaïque, avec le bohémien Cabritoj ne sera pas, je crois, sans intérêt, ou du moins, sans originalité. Devineresse ou fantôme, on reconnaîtra facilement Sylvana, qui, si elle le voulait, aurait bien des choses à révéler à Cabrito sur sa naissance ; mais elle se contentera, pour le moment, de lui apprendre qu'il est d'une grande