‹ Les premières représentations célèbresChapitre 38 sur 70 · LES PBEMIBBBS REP&£SENTATIONS · texte numérisé non relu

LES PBEMIBBBS REP&£SENTATIONS

VOUS, dit-il, je m'en vais vous lire des idylles ravissantes : la Ferme f la Pervenche.,. — Allez au diable 1 *» L*oncle» Million continue sa lecture :

Un nouveau plaisir à chaque page!

Le Vievx'MouUn! — Morbleu! c'est un joli tapage; Le flot glapit, la roue a de Técume aux dents : On dirait que Fauteur a vécu là-dedans.

Tous les vers font tic-tac et sont blancs de farine; Et moi, je sens mon cœur battre dans ma poitrine, Car je songe, en lisant, au vieux moulin que j'ai, Celui qu'on entend geindre ainsi qu*un homme âgé, Quand on passe le soir dans ces plaines superbes Dont Alice bientôt fera faucher les herbes.

Voilà de charmants vers, à coup sûr ; Toncle Million les déclame à ravir, et, pour mieux persuader Rousset père de leur excellence, il fait don à Rousset fils de tout ce qu'il a si bien chanté, c'est-à-dire de la ferme et du moulin.' 11 y ajoute même le château, rétang, le vallon et la plaine. Oncle CarabasI oncle galantuomo! Ce commentaire éloquent laisse sans réplique le père impitoyable : Léon se marie avec Alice, comme dans toutes les comédies connues, et voilà un département menacé d'une avalanche de stances et de strophes!

Cette action-là ne prouve pas grand'chose; les deux ou trois scènes ingénieuses ou gracieuses qu'elle renferme pouvaient tenir en un acte. M. Louis Bbuilhet n'a rien tiré denouveau de la lutte de l'intelligence et de la matière; son poète est presque ridi-. cule. On pouvait s'attendre du moins à une galerie piquante d'originaux; mais, de ce côté encore, l'auteur de l'Oncle Million s'est dérobé à l'attente gé-^

l'onolk miluon m

nérale et sympathique. Ses personnages sont des silhouettes s'agitant derrière le papier huilé de la convention.

Et puis, toujours ridiculiser les notaires! c'est bien usé.

COMÉDIE -FRANÇAISE

Let Effrontés^ comédie en cinq actes, par M. Emile Âugier (Janvier 1861.)

Il n'y a plus de sujets, il n'y.a que des titres; et encore les titres s'amoindrissent-ils. Au dix- huitième siècle, Palissot nommait bravement ses comédies : les Courtisanes, les Philosophes, Nos auteurs satiriques sont plus- bénins. Ainsi la pièce d'aujourd'hui devrait s'appeler : les Cyniques; c'est son vrai titre, et ce titre aiderait à comprendre les violences de l'exécution. Mais voyez-vous, sur une aflSche, l'effet de ces syllabes brutaJes, et le toile des gens de goût! Les Effrontés, à la bonne heure. Il y a dans cet assemblage de lettres une issue au sourire ; cela s'entend, derrière les branches d'un éventail ; et Augier-Duclos, après avoir averti son auditoire , peut commencer sans crainte un de ces r'écits semi-scandaleux où il excelle.

Les Effrontés se groupent, dès le lever du rideau, dans le salon d'un banquier véreux, M. Charrier,

au demeurant le meilleur homme du monde. Le fils et la fille de M. Charrier, Henri et Clémence, nn effronté de plaisir et une effrontée de sentiment, s'entretiennent de leur avenir. Henri n'a d'autre occupation que de faire des dettes et de se consacrer au bonheur de mademoiselle Taffetas, une effrontée dansante de TAcadémie impériale de musique. Clé-, mence n'a d'autre rêve que d'épouser M. de Sergines, encore un effronté, et de la pire espèce celui-ci : un effronté sans le savoir. M. de Sergines vit publiquement avec une femme séparée de son mari, la mar« quise d'Auberive, une effrontée s'il en fut jamais. Quant au marquis, je vous le présente pour la fine fleur de l'effronterie, pour un docteur es impertinence ; aussi n'est-on pas fâiché de voir « accommodé au safran ce voltigeur de Louis XV. » C'est un personnage de la pièce qui s'exprime ainsi. Premier échantillon du style de M. Augier. .

Nous n'avons pas encore notre compte d'effrontés; voici le maître à tous, le sieur Vernouillet, homme de rien, homme d'affaires, sans figure, sans conscience, sans cœur, le roi des drôles, comme on Tappèlera tout à l'heure. Il entre chez le banquier, le front bas, le regard à terre ; car il sort de la sixième, chambre du tribunal de police correctionnelle, où on l'a rudement admonesté., En voyant cette penaude figure, le marquis d'Auberive,, qui passe par là, s'amuse un instant du Vernouillet; et moitié railleur, moitié sérieux, il lui donne une leçon d'effronterie qui n'est pas perdue. « Allons, relevez la tête, lui dit-il; vous avez l'air d'avoir votre condamnation dans la bouche ; le niais V avale , Vhomme fort la

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crache, >» Le marquis ajoute encore de fort bonnes cLoses; par exemple, il conseille à Yernouillet d'être le premier à oublier ses antécédents judiciaires; puis, de tendre la main à tout le monde, comme une menace, certain que personne ne la refusera. Yernouillet, qui ne demandait qu'à être remonté ^ remercie chaleureusement le marquis d'Auberive et part, plein d'enthousiasme, à la conquête d'une 'nouvelle toison d'or.

La première action de ce coquin est d'acheter un journal: la Conscience piblique, kvXoyyv àe ce ^ouv-nal manœuvre la pièce. Vernouillet, devenu un des quatre grands pouvoirs de l'État (cela se passe sous le dernier règne), force les salons, dîne chez les ministres, prétend à tout, vise à tout. Pour commencer, il demande à M. Charrier la main de sa ûlle , et comme le banquier hésite par un reste de pudeur, . Vernouillet lui laisse entrevoir la possibilité d'agrafer le manteau de la pairie par-dessus sa redingote financière. Le consentement de Charrier n'est pas, il est vrai, le seul qu'il lui faille obtenir; reste celui de la jeune fille, celui de sa marraine, celui de son frère. Vernouillet fait face à tout : il a facilement raison de Clémence, qui croit insurmontables les obstacles entre elle et Sergines; mais il rencontre une sérieuse et méprisante opposition chez la marraine et chez le frère. La marraine est cette marquise d'Auberive, dont une faute a motivé la séparation conjugale; Vernouillet exploite cette situation dans la chronique de son journal, et il reçoit, en échange, un coup d'épée du marquis, son protecteur; mais pour des espèces telles que Vernouillet, un coup

d'épée est une bonne fortune. Reste le frère à gagner à sa cause; c'est là le plus difficile; Henri ne. peut dissimuler son dégoût pour Vernouillet; alors, celuici, décidé à tout, ne trouve rien de mieux pour anéantir ses scrupules que de lui communiquer un numéro de la Gazette des TrihunauXy contenant le compte rendu d'un procès correctionnel intenté jadis à son père. Bien en prend à Vernouillet d'être venu chez Henri le bras en écharpe; sans cela, il ne sortirait pas par la porte. Mais Henri n'en reste pas moins frappé au cœur par cette déshonorante révélation : la fortune paternelle a une source impure. Vainement M. Charrier lui offre-t-il de désintéresser jusqu'au dernier sou ses anciens créanciers, Henri, qui ne peut plus le regarder sans rougir, s'engage dans le corps des chasseurs d'Afrique, comme le Grand Godard. Avant de partir, l'aimable jeune homme assure le mariage de sa sœur avec Sergines, rendu libre par le rapatriage du marquis et de la marquise d'Auberive.

J'ai concentré en ces cinquante lignes une action singulièrement éparse. Au bout de mon résumé, je cherche une conclusion, je ne trouve qu'un dénoùment; on m'avait annoncé une comédie, je n'ai à m'incliner que devant une tentative. La nouvelle pièce de M. Augier contient de nombreuses qualités, mais la principale en est absente : l'intérêt. Ce n'est pas sans fatigue que le spectateur suit ces différentes intrigues, mal jointes à l'aide de vieux ressbrts; ce n'est pas sans impatience qu'il retrouve ces types d'aventuriers subalternes taillés dans le paletot géant de Mercadet.

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Au moins, dira-t-on, les BffronUz ont de larges tendances^ et le satiriste s'en est donné à cœur joie; il a frappé sur tout et sur tous, il a presque soulevé des masques; il a fait plus : après s'être montré plus goguenard, plus acerbe, et plus aristophanesque qu'aucun petit journal , il a discuté la question de renseignement et l'abolition de l'héritage; il a défini le rôle du socialisme et celui de la légitimité; il a parlé pendant une demi^heure environ des appé*» tits, des instincts» des passions, des aptitudes; pendant une demi-heure, ce satiriste s'est transfiguré en homme d'État. C'est vrai; mais dans quelle bou-* ohe a-t^il placé ce discours éloquent et original, ce plaidoyer très-généreux quand il n'est pas diffus! dans la bouche d'un faquin dé bas étage, le pire de ses Ejfrontis^ une caricature entée sur une canaille, un bohème sale de corps et d'esprit, dont nour n'avons pas parlé, répondant au nom de Oiboyer et exerçant des fonctions subalternes dans la dm-science publique. Voilà l'homme que M. Emile Augier a choisi pour porte- voix. C'est affaiblir à plaisir l'autorité du inoraliste et du tribun, eonvenez^en. Malgré cela, je ne demande certainement pas mieux que de faire à M. Augier un mérite des vérités plus ou moins utiles, mais à coup sûr hardiment expri* mées par Giboyer-le-fripon. Placé sur le terrain exceptionnel qu'il doit à son incontestable mérite, M. Emile Augier en profite librement et courageu'^ sèment.' Sa situation est haute, il la rend noble. Un ' autre écrivain, M. Ponsard, aussi exceptionnellement et aussi légitimement favorisé que lui, avait déjà essayé, Tan dernier, d'introduire des paroles poU»-

tiques dans une féerie dansée et chantée. Le public avait souri à Fessai audacieux du poëte viennois; il est demeuré insensible aux témérités de Tauteur des -ff/îro^/^^; —peut-être s'est-il souvenu des allusions moins arrogantes de Diane.

Les EfffonUi pnt-ils réussi? Ils ont étonné, ce qui est un très-grand point ; ils ont choqué quelques classés de la société, dit-on; ce ne peuvent être les journalistes ni les financiers. Si Ton a été rebelle au drame et indifférent à la leçon, en revanche on s'est livré sans réserve à cet esprit tapageur, forcené, aussi contemporain que possible, à ces mots drus comme grêle ou sel gris, qui rappellent U Mariage d'Olympe et les Lionnes pauvres. Xin entre autres; on parle d'une demoiselle extrêmement majeure , qui va ceindre la fleur d'oranger. « A trente-cinq ans! s*écrie quelqu'un ; oh I elle a bien droit à des oranges! »

Certes, il y a un tempérament comique dans M. Emile Augier. Mais, jusqu'à présent, sa devise littéraire semble avoir été '. En deçà, au delà.

Quelques coupures ont été pratiquées dans les Effrontés, dont la première représentation s'était prolongée jusqu'à une heure du matin. Les comédiens, surexcités par la présence de Sa Majesté l'Empereur, ont joué avec un entrain infini. Est-il possible de rencontrer un meilleur trio que MM. Eégnier, Samson et Provost? Mademoiselle Plessy chante moins la prose que les vers; elle a un rôle dans ses cordes. Quant à M. Got, l'enfant gâté de la maison de Molière, je suis fâché de le voir aux prises avec ce malséant Giboyer, qui, à être considéré de

très-près, ressemble un peu, beaucoup, furieuse* ment', au Taupin de Diane de Lys, un autre bohème mélancolique, que jouait avec le même talent et la même barbe Texcellent Lesueur. M. Got et M.*Émile Augier ont cru devoir compléter la physionomie de Taupin avec un article de journal, un jeu de cartes biseautées et la pipe du Schaunard de M. Henry Murger. Et voilà comment les types s'altèrent I

VAUDEVILLE

Je vous aimBj comédie en un acte, par M. Charles Hugo. (Mars 1861.)

J'ai rarement connu deux jeunes gens aussi richement doués que les deux fils de M. Victor Hugo. Il serait ridicule de s*en étonner, lorsqu'on songe à la puissance d'électricité intelligente que dégage l'auteur des Légendes du siècle. Cette électricité est telle, que tous ceux qui l'ont approché d'un peu près et fréquemment ont gardé malgré eux un reflet de sa manière et de ses procédés de style. Sans compter ses enfants, en qui cette analogie est toute naturelle, nous pourrions signaler bien des écrivains d'un mérite élevé, chez qui se retrouvent, même à l'état involontaire, la plupart des effets du maître, l'emploi de l'antithèse simple et de l'antithèse à incidentes, la métaphore à ressort, l'hyperbole tranquille, la phrase courte comme un javelot. M. Charles Hugo et M. François-Victor Hugo, bien qu'ils se soient trouvés mêlés, et très-sympathiquement, au

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plus grand nombre des gens de lettres de leur âge, ont conservé plus que personne ces marques de leur illustre origine. Chez eux, ce n'est plus du pastiche, c'est. de l'hérédité. L'un et l'autre sont aujourd'hui des hommes. Le premier semble particulièrement acquis à la littérature de roman : le Cochon de Saint- Antoine ^ la Bohême dorée , la Chaise de Paille se distinguent tout d'abord par des portions excessivement brillantes. Cependant, nous ne pouvons voir là-dedans encore qu'un premier mot ; et nous espérons qu'un jour, laissant de côté sa spirituelle insouciance, M. Charles Hugo se décidera à se liver tout entier. Depuis longtemps sa place est gardée au milieu de la nouvelle génération littéraire; quand viendra-t-il la prendre ?

En attendant^ Je vous aime^ qu'il vient de faire représenter au Vaudeville, est une de ces gracieuses bulles soufflées dans le chalumeau de Marivaux. L'invention y a sa part pourtant. Trois jeunes gens font la cour à une jeune veuve et emploient des moyens différents : celui-ci tient pour la déclaration, celui-là pour la lettre, l'autre pour l'enlèvement. De ces trois systèmes ingénieusement mis en présence et en action, naissent des scènes fort amusantes et qui n'ont d'autres défauts que d'être bourrées d'étineelants quolibets, répartis avec une telle prodigalité que plusieurs se trouvent hors de situation. La belle assiégée accorde sa main à celui des trois assiégeants qui n'a ni parlé, ni écrit, ni enlevé. — M. Brindeau sait son métier; il joue élégamment et rondement le personnage de Darcet, qui a peur « de ce joli pistolet de salon qu'on appelle l'œil d'une femme » .

PORTE SAINT-MARTIN

Let FunérùiUes de CHofineiir, dnime en sept actes, par M. Ângaste Yacquerie. (Avril 1861.)

La destinée dramatique de M. Vacquerle ressemble à celle du pétrel, Toiseau des tempêtes. Sans at* temdre au vacarme épique de TragaldaiaSy la pre* mière représentation des Funérailles de Vhonneur a rappelé les luttes premières du romantisme, alors que la seule vue d'une eotte de mailles ou d'un masque de yelours faisait battre les cœurs de vingt ans. Il y avait en vérité quelque chose de touchant dans la composition du public, ce soir-là ; personne n'y manquait, pas même Bocage, blanchi, ossifié, ayant à Tœil l'immuable lorgnon à*Antony ; on reconnaissait des spectateurs à^Hernani, ventrus et chauves, mais toujours prêts au coup de poing ; le parterre était rempli des épaves de Marion de Lorme; aux galeries et au balcon s'étalaient avec superbe des chapeaux despotiques, des chevelures n'ayant jamais pactis'é, des gilets construits en forme

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de pourpoint. A. une variante près, Tanecdote du vieil as de pique s*est môme renouvelée. Bouvière, au dernier acte, avait à dire : « Je ne suis pas venu ici comme vous, madame, incognito/ n La moitié do la salle a entendu : « En coquelicot! » et quelques ci-devant jeunes hommes de 1830 de s'écrier \—^En coquelicot est très-fort l En coquelicot est tout simplement un trait de génie!

Quelque prévention que Ton ait, à quelque point de vue qu'on se place, le sujet des Funérailles de V Honneur est beau, ample et parfaitement taillé pour le théâtre. C'est déjà quelque chose. La scène se passe dans TEspagne de don Pèdre le Justicier ; et, ayant affaire à M. Marc-Fournier, on est immédiaten;>ent rassuré surTexactitude et-la splendeur de la couleur locale. Un jeune héros, don Jorge de Lara, revient dans son château natal^ après avoir, à lui seul, forcé des villes, défendu des ponts, culbuté des armées, selon le devoir de tout Espagnol qui se respecte un peu. Don Jorge a deux fétiches, l'honneur et le roi. Cette déclaration de principes, qu'il formule en termes très-éloquents, ne tarde pas à être mise à l'épreuve. Un rebelle se réfugie dans son palais. Ce rebelle, ce révolté, dont la tête est mise à prix, est l'infant don Manuel, le frère bâtard du roi. En homme qui possède les traditions de Ruy Gomez, Jorge se refuse à livrer son hôte; mais les alguazils, n'ayant pas les mêmes scrupules, vont s'en emparer de vive force, lorsqu'ils sont arrêtés par un mot que murmure à l'oreille de l'un d'eux dona Béatrix de Lara, la mère de don Jorge de Lara. L'infant Manuel, luttant de délicatesse et jugeant sa cause déses-

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pérée, se livre volontairement, malgré les prières (le Florin de, sa femme. On l'emmène Restée seule avec don Jorge, Florinde lui murmure ces mots : «• Trouvez-vous -cette nuit, à deux heures, dans la rue San-José. — Pourquoi faire ? — Pour apprendre comment votre mère sait se faire obéir des alcades. »» •

Le décor qui représente cette rue San-José est d'un large et poétique effet. On voit arriver don Pèdre avec un de ses familiers; don Pèdre est de la famille aventureuse d'Haroun-al-Raschid : il aime à errer la nuit. « Roi qui veille, peuple qui dort ! » dit-il. Mais, après avoir erré, il ne déteste pas non plus d'entrer dans certain logis mystérieux où l'attend chaque soir dona Béatrix, sa maîtresse. Hélas I oui, dona Béatrix de Lara, la mère de don Jorge 1 Et c'est pour lui révéler cette tache et pour le faire témoin de cette honte que Florinde a donné rendezvous à don Jorge. Par ses ordres, un spadassin d'une taille colossale, habillé des guenilles de Zafari et armé de la longue flamberge de Saltabadil, se livre à un tel branle-bas dans la rue San-José que dona Béatrix accourt sur son balcon, un flambeau à la main, et suivie de son amant. «< — Le roi 1 »» s*écrie avec stupeur don Jorge de Lara, caché sous un porche. Car toute rue San-José suppose un porche; tout porche, un homme caché; tout homme caché, un mystère. Trémolo,

Le troisième acte est rempli par l'exécution de rinfantdon Manuel. L'échafaud a été dressé, sur les instructions du roi lui-même, dans un des carrefours les plus populeux de la ville. A l'heure dite, le fu-

mékfre eortefe àAemàke ea leèiie : «se lune àm ] t^Bts, 1« e^yndanmié. et prâ le boareaui, la ba^e à Tépaale. Xoos attendioiis les ùanemes pannes : « Celui qtri awrche à ma droite a s^nb Fabiano Fabiatti, marquis de Clanbraâdl... • Elles aoatTem^aeéeê par les adieu et les embrasiemeats de Florinde; après quoi, don Pèdre ajant pris place arec tonte ta eoor sar ane estcade teadae d'étoffes d*or, tm eatend dans la coulisse le bmît de la baebe. Contrairemeai à tous les usages, ee a'est pas ria&at don Mannel qni harangae le peuple arant de mourir, c*est le roi qni, dans an speeekhien senti, se justifie de sa eondnite et explique à ses sojets la tbéorie des néeessités d'État.

Après la mort, Tenterrement. Après l'écbafand, le eereaeiL Le goupillon après la bâche. D faut son cadavre à la fosse. Un vide dans le monde, nn troa dans la terre. Don Pèdre, snr la demande de dona Florinde, a permis que l'infant don Manuel fut inhumé dans le tombeau qu'il s'était fait construire aux portes de Séville ; il a poussé la condescendance Jusqu'à autoriser le masque pour ceux de ses partisans qui voudraient le porter en terre. Sept personnes usent de la permission ; parmi elles se trouvent don Jorge de Lara, poussé par un vague espoir de haine, et dona Béatrix, entraînée par un non moins vague sentiment d'inquiétude. Lorsqu'ils sont arrivés à la chapelle funéraire, la veuve de l'infant, Florinde, exhorte ces sept individus à venger la mort de don Manuel et à frapper le roi par Tépée. Un seul acquiesce à ce souhait : c'est don Jorge. Il ost reconnu par sa mère, au moment où celle-ci, qui

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