LES FUNERAILLES DB L^HONNBUB
a 'fait cerner la chapelle fanéraire, ordonne aux conspirateurs de se démasquer.
Dès lors, dona Béatrix de Lara n*a plus qu'une idée, qu'une préoccupation : éviter une rencontre entre son ûls et son amant, entre don Jorge et le roî.JPour cela, cette tendre mère n* hésite pas à livrer don Jorge aux mains du coupe-jarret du deuxième acte; elle le charge, lui et ses affidés, de le bâillonner, de lui lier les poignets et de le tràns^ porter à Alcala. Mais dona. Florinde, que le soin de sa vengeance rend vigilante, fait échouer ce dessein; — et, au sixième acte, nous retrouvons don' Jorge dans Tantichambre du roi. Dona Béatrix Ty a précédé. La scène est dramatique au dernier point, et elle est rendue«avec une singulière puissance par Bouvière et par madame Laurent. Jorge veut tuer le roi, sa résolution est implacable. « Frapper un homme endormi I s'écrie dona Béatrix. —Je le réveillerai! » dit-il. Elle se jette au-devant de lui, elle .défend la porte avec son corps. Don Pèdre accourt au bruit. La pâleur de don Jorge, ses vêtements en désordre, ses doigts crispés, tout le dénonce, tout Taocuse ; lui-même, d'ailleurs, rougissant des mensonges de sa^ mère, avoue hautement sa criminelle tentative. La situation de don Pèdre est embarrassante : frappera-t-il le ûls de sa maîtresse? lui fera-t-il grâce? C'est cette dernière résolution qui l'emporte. « Allez, partez! lui dit-il, vous avez la vie sauve. •«
Cette grâce inattendue est plus cruelle au cœur de don Jorge qu'un arrêt de mort. Que fera-t-il de la vie à présent? En quel lieu ira4-il cacher son
front déshonoré? Il sollicite une suprême faveur :' il invite le roi et dona Béatrix à se rendre le lendemain au couvent de .Saint-Bai'thélemy où, dit-il, doit avoir lieu un enterrement d'importance.
C'est cet enterrement, base du dernier acte, qui a tout compromis le soir de la première représentation. Jusque-là le drame avait bien marché; on Tairait trouvé curieux, rapide, émouvant, grandiose par intervalles. Mais lorsque don Jorge s'est avisé de montrer un cercueil vide à toute la cour assemblée, le désappointement du public a égalé celui de la cour. « Qui donc est mort? demande le roi. — Mon honneur! et c'est à ses funérailles que je vous ai convoqué I >» L'idée est fort belle sans doute, mais à la Porte Saint^Martin elle ressemble à une mystification. Ce cercueil béant exige un cadavre ; les tombes ne se payent pas d'abstractions. Dona Béatrix de Lara, la mère déchue, le comprend si bien que, tombant au pied d'une croix, elle s'empoisonne en présence de son fils, qui pourra désormais rentrer tète haute dans la vie.
J'ai loué la conception des Funérailles de V Honneur ; j'ajouterai qu'on y trouve un souffle généreux et des aspirations loyales, mérites qui ne crèvent pas absolument les yeux dans le répertoire actuel. La forme a ce parti pris de violence et de trivialité, qui fut de tout temps le caractère des œuvres de M. Auguste Vacquerie; je regrette qu'il n'ait pas appliqué à cette action romanesque le vers, qu'il travaille en ouvrier de premier ordre. Assez d'autres relèveront les étrangetés et les emphases dont il lui a plu de semer sa pièce; le pastiche du style de
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M. Victor Hugo y est perpétuel. « Vous savez ce qui est convenu? — Pour ce qui est convenu? >» répond le bandit Zorzo. Et autre part, don Jorge de Lara, cachant son visage avec ses cinq doigts gantés de noir, s'écrie : « Moi, fils ténébreux d'un père flamboyant! » N'allons pas plus loin; l'arbitraire auteur de Profils et Grimaces a sa poétique faite; nous perdrions notre temps et notre encre à vouloir le détacher d'une glorieuse idolâtrie, dont tout son talent est empreint et enveloppé. A peine lui arracherionsnous un sourire.