‹ Les premières représentations célèbresChapitre 5 sur 70 · ANTONY · texte numérisé non relu

ANTONY

qu'on inventa le malaise. La maladie trouvée, on s'ingénia non pas à en chercher le remède, mais à en étudier les divers accidents, et Ton prit à cela un acre plaisir. Le dernier mot de cette étude a été dit par VAntony de M. Alexandre Dumas.

Rien de plus simple ne pouvait germer sous le chapeau tromhlon d'un jeune-France : un inconnu a demandé la main d'une demoiselle, on la lui a refusée parce qu'il n'avait qu'un nom de baptême à lui offrir. Cette jeune fille est devenue la femme du colonel d'Hervey. L'inconnu, ou Antonj, dont le devoir était certainement de se retirer et de se faire oublier, méconnaissant les liens sacrés du mariage, continue de poursuivre de ses assiduités madame d'Hervey, mère de famille. Il ne recule ni devant le rapt, ni devant la violence, et il finit par tourner tellement "la tête à cette pauvre femme, qu'il la décide à accepter la mort entre ses bras.

. Et tout cela, parce qu'Antony n'a pas sa place dans la société I

Au fond, cette donnée ne supporte pas l'analyse. Il y a une scène, au deuxième acte, où l'on entend ces mots : « Adèle. On sonne... silence... une visite... — Antony. Ohl malédiction sur le monde qui vient me chercher jusqu'ici I » La pièce entière est là.

Malédiction sur le monde!... parce que l'on sonne.

Robert Macaire dit : « Qu'est-ce que la vie? un lampion dont je souffle la mèche! »» Antony, la tête inclinée sur l'épaule, dit : « Il est probable que j'arriverai comme les autres, après un certain nombre de pas, au terme d'un voyage dont j'ignore le but,

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saBS avoir deviné si la vie est une plaisanterie bouffonne ou une création sublime. »

Tous les deux se trouvent également déclassés; tous les deux ont les mêmes désirs, les mêmes ampleurs, les mêmes rancunes, les mêmes effrois : le fiantôme du premier est le gendarme, le fantôme du second est le mari.

De ce qu'on lui a pris la femme qu'il aimait, Antony conclut que la vie ne lui réserve plus rien, que toute carrière lui est fermée, que le monde est stupide et sans cœur, qu'il n'a plus qu'à se promener sombre et pâle dans les bals éjtincelants, qu'à ricaner devant les couples amoureux, qu'à essayer la lame de son poignard, et qu'à porter sa tête fatale sur Técha* faud, — qu'il appelle encore la Grève. Il a existé en effet des particuliers comme Antony. On n'en voit plus maintenant. Le malaise a disparu; si l'on souffre, Tcm sait où et .pourquoi. Un hlasé est introuvable.

Cet état de Vâme a été saisi et défini par Alexandre Dumas avec une autorité qij'on ne peut nier; il l'a exagéré avec une puissance à laquelle le public ne s'attendait pas et n'a pu se soustraire. Sur ce canevas, étrangement naïf, -il a semé des traînées de poudre. Toutes les audaces, il les a eues; toutes les brutalités, il les a jetées comme en défi à la face du parterre; — et il a réussi, comme tout écrivain passionné risque de réussir en effet.

Ce drame, écrit en grand dédain du mariage, né se passe guère qu'entre amants et m^tresses. La vicomtesse, Olivier, Eugène, en voilà du demimonde 1 Le mari ne paraît qu'à la chute du rideau.

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