‹ Les premières représentations célèbresChapitre 43 sur 70 · ON NB BADINE PAS AVEC L*AMOUR · texte numérisé non relu

ON NB BADINE PAS AVEC L*AMOUR

aqua-tintes et dans les frontispices des idylles de Léonard. A gauche, la cabane de la mère de Rosette, à demi cachée dans les feuilles et dans les fleurs ; à droite, une fontaine ; au milieu de la scène, un grand arbre, et sous cet arbre un banc. Là sont assis, les mains entrelacées, Perdicân et Rosette, les nouveaux amoureux. Je n'entreprendrai pas de donner une idée de ce dialogue, tout plein d'une 'fraîcheur émue, harmonieux comme, un chant de fauvette, et fait pourtant des mots les plus simples. Ils sont interrompus par Camille, sur qui les airs indifférents de Perdicân ont produit leur effet et qui vient à son tour, le sourire aux lèvres, lui tendre la main. « — Soyons amis, Perdicân, lui dit-ellé; et . pour commencer, racontez-moi vos amours. » Il les raconte, le beau jeune homme, sans se douter d'aucun piège, et cette narration ne fait qu'encourager Camille dans son projet de quitter le monde. Elle écrit, le jour même, à une de ses amies de couvent, en lui annonçant son retour; mais la vaniteuse ne peut résister au désir de lui apprendre que ses rigueurs ont réduit son cousin au désespoir. La lettre tombe entre les mains de Perdicân; je laisse à juger de son ébahissement. Il jure de punir cette étrange fille, et, déchirant une feuille de ses tablettes, il lui demande en deux lignes un rendez-vous près de la fontaine. Un homme passe. « — Holàl Tami, dit-il, portez tout de suite ce billet au château et remettezle à mademoiselle Camille. »

Que va faire Perdicân? L'imprudent jeune hommo va tout simplement rendre sa cousine témoin de ses protestations d'amour à Rosette. Ahl Perdicân^ mur-

216 LES PBEMIÈBBS BEPRÉSEKTAXIONS

mure à ce moment la voix secrète du poëte, on ne badine pas avec r amour! Penchés tous deux sur le bord de la fontaine, Perdican et Rosette se plaisent à contempler leur sourire encadré d'herbes et de marguerites, pendant que, cachée derrière un arbre, Camille dévore silencieusement son offense. Il entasse avec un cruel plaisir les promesses sur les serments et les baisers sur les promesses; un de ses bras est passé autour de la taille de la petite paysanne; il fait plus, il jette daiîS l'eau un anneau qui lui avait été donné par Camille. « — Je t'aime, Bosettel murmure-t-il d'une voix brûlante à son oreille; et toi? — Hélas! monsieur le docteur, je V0U9 aimerai comme je pourrai, répond l'innocente. — Tu seras ma femme 1 »

Le troisième acte est consacré aux explosions et aux flammes de la passion. Camille aime Perdican, elle ne s'en fait plus mystère à elle-même ; elle l'aime et elle l'avoue hautement. Dans son oratoire, agitée, fiévreuse, elle se pare comme pour un bal ; adieu la robe montante de la novice! il lui faut au-^ jourd'hui les étoffes brillantes et bruissantes; elle fait courir des bijoux sur sa poitrine découverte; elle resplendit; elle est sûre d'elle ; et quand vient à passer Rosette, tout effarouchée de son récent bonheur, elle lui dit d'un ton et d'un regard compatissants ; «* Tu te crois aimée, pauvre petite; eh bien 1 place-toi à ton tour contre ce rideau, et tu verras ; retiens ton souffle, et tu entendras 1 » Tout arrive, en effet, comme le veut cette damnée fille : Perdican, vaincu par tant de beauté et par tant d'éclat, n'en a pas pour dix minutes à reprendre

Page 1