‹ Les premières représentations célèbresChapitre 44 sur 70 · ON NE BADINE PAS AVEC L*AMÔUB 2V · texte numérisé non relu

ON NE BADINE PAS AVEC L*AMÔUB 2V

seg fers. Mais pourquoi ce rideau qui s'agite et quel est ce' soupir qui s'exhale? C'est Rosette qui s'enfuit, cachant dans ses mains sa tête haignée de larnies. Et Perdican de courir après Rosette.

Le cœur se serre et se révolte au spectacle des tortures dont ces deux bourreaux accablent cette enfant. Je ne sais pas de scène plus touchante que celle où elle s'agenouille devant Perdican, en le priant de reprendre le collier qu'il lui a donné, et de lui permettre de se retirer chez sa mère, parce que tout le monde se moque d'elle dans le village. C'est fait avec rien et cela tire les larmes. Enfin, lorsquel'un et l'autre, Camille et» Perdican, ont assez joué avec cette pauvre âme, Rosette, brisée par ces odieuses alternatives de joie et de douleur, meurt sans bruit, comme elle avait vécu, tout à coup, comme elle avait aimé. Ce dénoûment, farouche comme un coup de faux, terrifie Camille, qui retourne au couvent sans regarder derrière elle...

Ce chef-d'œuvre, dont je n'ai pu faire entrevoir les délicatesses infinies et les ardeurs puissantes {à quoi bon d'ailleurs, puisque depuis plus de quinze ans il est entre les mains de tout le monde?), ce chefd'œuvre a beaucoup impressionné l'auditoire de la première représentation, mais pas autant peut-être que l'auraient désiré les lettrés. Ces phrases, dont on suit le contour exquis à mesure qu'elles sortent de la bouche de l'acteur, ce langage qui a la précision d'une ciselure et la couleur d'un trait de pinceau, me semblent avoir causé moins de 'ravissement que d'étonnement. *« Cela n'est pas du théâtre », dit-on assez généralement eu parlant des pièces d'Alfred

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de Musset; « cela n'est ni charpenté, ni agencé, ni machiné. — Cela n'est pas du théâtre? Eh! tant mieux, si le théâtre, tel que vous le comprenez, est la négation de toute poésie, de tout enthousiasme, de toute 3incéritél Tant mieux, si le théâtre ne doit pas s'arrêter dans les chemins ombreux, ni rêver aux étoiles, ni s'accouder au bord des fontaines! Tant mieux si 4e théâtre n'est qu'un jeu mathématique, une chose qui s'apprend ches le dramaturge du coin ou chez le vaudevilliste d'en face ! Gela n'est ni machiné ni charpenté, dites- vous encore? C'est ▼rai; on y parle et on y agit, on y aime et on y souffre, on y rit et on y sanglote, ou y meurt comme dans la vie réelle. Gela n'est pas du théâtre, vous avez raison, et il est heureux que cela ne soit pas du théâtre l

On ne badine pas aveo Vamow est aussi bien joué qu'il est possible de le souhaiter. Mademoiselle Favart, vouée d'habitude ailx sensitives de la comédie de deuxième ordre, a révélé dans le rôle de Camille des qualités de composition et même d'énergie. Le don de la mesure et la science indélimitable du dé» tail lui vientlront avec les représentations suivantes. En paysanne idéale, madeiQoiseile Emma Fleury a réalisé les types dessinés par Binet et par Moreau le jeune, ces poupées coiffées d*un petit bonnet à lucarne, à la gorgerette défendue par un saint-esprit en or, et montées sur des talons de deux pouces; mais, plus que les paysannes de convention, made* moiselle Fleury a eu la naïveté et l'accent naturel. Nul autre que M» Delaunay n'aurait donné autant de chaleur et de vivacité à Perdican. J'ai 'peu parlé

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du baron, figure comique d'une minime importance; M. Provost lui prête des airs tour à tour solennels et ahuris qui achèvent de la soulever de terre et de la réintégrer dans le royaume du fantastique. Ses deux acolytes, Blasius et Bridaine, le tabellion et le gouverneur, sont très -originalement représentés par M. Monrose et par M. Barré, Tun noir comme un corbeau, Tautre rouge comme une betterave.

ODÉON

Gaétanaf drame en cinq actes, par MM. Edmond About et de Najac. (Janvier 1862,)

L'ancienne cabale est revenue, la cabale d'autrefois, organisée, puissante, avouée; par bonheur, elle n'a écrasé ni un débutant ni un chef-d'œuvre. M. Edmond About possède le privilège, tantôt heu- ■ reux et tantôt funeste, d'éveiller le bruit autour de tout ce qu'il fait. Le bruit est devenu tempête l'autre soir. Que M. Edmond About ne s'en montre pas trop fier cependant : il n'a pas encore eu, comme l'auteur de VAmi des Lois, les honneurs de deux pièces de canon braquées sur le théâtre. En attendant, le voilà en hostilité réglée avec une partie de la jeunesse du quartier studieux.

Au premier abord, cela doit surprendre, car M. Edmond About, par son âge, par son esprit aventureux, semblait en communion directe avec cette jeunesse, de qui lui viennent aujourd'hui de si rudes coups. Je crois qu'il iaut chercher en dehors de sa

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